Rumeur TikTok : un médicament anti-acné pourrait affiner le nez, vrai ou faux ?

Sophie Lambert

L’effet controversé de l’isotrétinoïne sur la silhouette du nez

C’est sur la plateforme sociale TikTok que la mannequin et influenceuse Kendall Jenner a ravivé une rumeur persistante concernant la substance appelée Acutane. Elle a déclaré, avec conviction : « J’ai utilisé Acutane pour mon acné. Et il y a cette rumeur sur TikTok selon laquelle l’acutane modifie la forme du nez. Et je vous assure que c’est vrai ! » Ce commentaire a naturellement suscité un regain d’intérêt et de curiosité, alimentant la discussion sur cette prétendue propriété esthétique du traitement.

Une molécule connue sous plusieurs noms commerciaux

L’Acutane, connu également sous le nom d’isotrétinoïne, est un médicament relativement ancien, qui fait partie de la famille des dérivés de la vitamine A. Autrefois commercialisé en France sous le nom de Roaccutane, il est aujourd’hui distribué sous diverses appellations telles que Curacné, Procuta ou Contracné. Il s’agit d’un traitement souvent prescrit dans le cadre de cas d’acné grave ou résistante aux soins classiques.

Un traitement réservé à l’acné sévère

Les autorités sanitaires soulignent que ces médicaments ne sont recommandés qu’en deuxième intention, c’est-à-dire lorsque les traitements habituels, tels que les antibiotiques oraux combinés à des soins locaux comme des crèmes ou des gels, ont montré leurs limites. L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) insiste sur le fait que l’Acutane doit être réservé à des situations spécifiques, notamment pour traiter une acné sévère qui ne répond pas aux traitements standards. Il ne s’agit en aucun cas d’une solution à visée esthétique pour remodeler la silhouette du nez ou d’autres parties du visage.

Les affirmations sur l’effet remodelant du nez

Sur TikTok, le Dr Pierre Gagnieur, spécialiste en chirurgie du rhinoplastie, a pris la parole pour démystifier la rumeur. Selon lui, l’isotrétinoïne agit principalement en réduisant la taille et l’activité des glandes sébacées, qui sont responsables de la production de sébum. Le nez possède une concentration particulièrement élevée de ces glandes, ce qui peut expliquer certaines observations. Le médecin explique que chez certains patients, lorsque ces glandes sont très volumineuses ou très actives, une réduction de leur taille par la médication peut donner temporairement un aspect plus fin ou affiné du nez. Cependant, il insiste sur le fait que cette action ne concerne en rien la structure osseuse ou le cartilage du nez, mais reste une réduction des glandes sébacées et de leur inflammation.

Une affirmation étayée par les experts sanitaires

L’Agence de sécurité du médicament a confirmé ces propos en apportant un éclairage scientifique. Le Dr Nathalie Dumarcet, cheffe du pôle dermatologie de l’ANSM, évoque le fait que l’isotrétinoïne, en raison de ses propriétés asséchantes, peut temporairement réduire le volume de la peau et moduler la texture cutanée. Elle précise toutefois que tout effet d’amincissement serait uniquement transitoire et qu’aucune modification de l’os ou du cartilage est attestée. La seule action significative concerne la réduction de la sécrétion de sébum, qui contribue à la diminution de l’inflammation liée à l’acné.

Des effets secondaires potentiellement graves

La prescription de ce traitement doit suivre un cadre strict, étant donné ses effets secondaires possibles. Seul un dermatologue est habilité à prescrire initialement cette molécule, et la durée du traitement est généralement limitée à quatre ou six mois, en fonction des recommandations. La prudence est de mise, car l’isotrétinoïne peut entraîner des effets indésirables majeurs.

Les risques liés à l’utilisation de l’isotrétinoïne

Parmi les effets secondaires pouvant apparaître, certains sont particulièrement sérieux. Des troubles psychiatriques, notamment des dépressions, ont été observés chez certains patients. La prise de l’isotrétinoïne pendant la grossesse est formellement contre-indiquée en raison du risque élevé de malformations chez le fœtus. D’autres effets indésirables peuvent inclure des troubles des lipides sanguins, des anomalies hépatiques, des modifications cutanées ou muqueuses, des troubles visuels, ainsi que des douleurs musculaires ou digestives.

Une position favorable du corps médical spécialisé

Malgré ces risques, le syndicat national des dermatologues et vénérérologues maintient une position favorable à l’utilisation de l’isotrétinoïne pour traiter l’acné sévère. Il souligne que, lorsque le suivi médical est rigoureux, les bénéfices dans la lutte contre une pathologie dermatologique souvent embarrassante et impactant la qualité de vie peuvent surpasser les risques. La société dermatologique insiste notamment sur le fait que, malgré la faible probabilité de troubles psychologiques, le traitement reste un outil précieux dans l’arsenal thérapeutique.

Les controverses et rumeurs autour de cette molécule soulignent l’importance de rappeler que ses usages doivent être strictement encadrés par des professionnels qualifiés, et que toute prétendue action esthétique ne doit en aucun cas justifier une utilisation hors contexte médical.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.