Quels poissons et crustacés privilégier pour un repas de Noël sain, local et durable ?

Sophie Lambert

Choix responsables pour un menu de Noël plus durable

Les repas de fêtes auront cette année encore leur part d’ornements culinaires de prestige, avec en pole position des fruits de mer tels que les huîtres, les bulots, les coquilles Saint-Jacques, les crevettes, le saumon ou encore le homard. Ces mets sont désormais des éléments centraux sur de nombreuses tables lors de la célébration de Noël, incarnant la tradition et le raffinement que l’on attend en cette période. Ils se sont emblématisés comme étant des incontournables de cette saison festive, en raison de leur saveur, leur symbolisme et leur valeur culinaire. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que leur consommation régulière peut avoir des implications importantes, tant sur notre portefeuille que sur la planète et la santé des océans. En effet, ces produits, souvent perçus comme des indispensables, ont un coût environnemental que nous sommes nombreux à ignorer, tandis que leur rareté croissante soulève des enjeux de durabilité à long terme.

Impact environnemental et surpêche : un défi mondial en 2024

Selon une étude publiée par la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) en 2024, la situation de la ressource halieutique mondiale est préoccupante. Sur un total de 2 570 stocks de poissons suivis à l’échelle mondiale, plus d’un tiers – précisément 35,5 % – est soumis à des pratiques de pêche qui dépassent la capacité de renouvellement naturelle. Ce phénomène de surpêche menace la pérennité de nombreuses espèces, telles que le thon rouge, le saumon sauvage, le cabillaud, ainsi que diverses gambas, crevettes tropicales et palourdes, en fonction des zones de capture. La consommation moyenne annuelle par habitant en produits de la mer s’élève à plus de trente-deux kilogrammes, dont une majorité, soit environ 70 %, doit être importée, soulignant la dépendance de nos marchés aux ressources lointaines et souvent fragiles.

Favoriser une pêche et une consommation plus respectueuses

Face à ces enjeux, il est crucial de faire des choix éclairés pour minimiser notre empreinte écologique lors de la préparation de nos repas de fêtes. La priorité devrait aller à la consommation de poissons et fruits de mer issus de pratiques durables ou coopératives, en privilégiant, par exemple, des espèces moins menacées. Le saumon, star des festivités, est élevé de façon intensive ou pêché dans des habitats sauvages fragilisés, ce qui donne intérêt à le remplacer par une alternative locale, comme la truite française d’élevage. Il est aujourd’hui possible de trouver cette dernière sous différentes formes, fraîches ou fumées, dont la qualité et le goût sont quasi équivalents à ceux du saumon. La transparence sur la provenance et le mode de production doit également guider nos choix. Pour les poissons blancs, le merlan se distingue comme une option peu coûteuse, pêchée dans nos eaux côtières, surtout en hiver, saison durant laquelle sa saisonnalité est à son apogée.

Coquillages locaux et de saison : un choix écologique et gourmand

Lorsque l’on parle de coquillages, la France offre une diversité et une abondance remarquables, en particulier pour ceux produits en aquaculture artisanale. La consommation d’huîtres, élevées essentiellement dans des régions comme la Charente-Maritime, la Bretagne, la Normandie ou l’Aquitaine, est idéale durant le mois de décembre, comme leur saisonnalité le recommande. Ce mois-ci constitue aussi une période privilégiée pour savourer ces coquilles, qui sont issues de filières bien gérées, respectant une saisonnalité stricte et évitant la pêche hors saison. Si l’huître ne séduit pas tous les palais, la coquille Saint-Jacques constitue une alternative raffinée, provenant principalement des pêcheries françaises. De même, les moules de bouchot, élevées en France, proposent une option durable pour accompagner vos recettes de fêtes. La mer a tout à gagner d’un consommateur conscient, en privilégiant des produits locaux, saisonniers, et issus de pratiques responsables.

Crustacés : des choix éthiques pour les amateurs

Côté crustacés, il est conseillé de se tourner vers des options locales, telles que les crevettes roses de Méditerranée, qui offrent une alternative aux gambas ou aux crevettes tropicales généralement importées de loin. Ces dernières, souvent attrayantes par leur apparence ou leur taille, posent cependant des questions environnementales, notamment du fait de techniques de pêche pouvant endommager gravement les habitats marins. En outre, il est possible de privilégier les espèces de pêche françaises, comme l’araignée de mer ou le tourteau, qui sont présentes en quantité dans nos eaux et dont la saisonnalité est bien respectée dans notre pays.

La pêche responsable, un réflexe à adopter

Pour ceux qui souhaitent continuer à profiter des produits de la mer lors de leur repas de Noël, une étape fondamentale consiste à s’informer sur l’origine et la méthode de pêche. En posant des questions à votre poissonnier ou en vérifiant les étiquettes, vous pouvez déterminer si le poisson ou crustacé a été pêché selon des techniques respectueuses. Il est crucial d’éviter la pêche en chalut de fond, qui érode et détruit les fonds marins, tandis que la pêche en casiers ou en filet maillant a un impact bien moins négligeable. De plus, plusieurs labels certifiés garantissent des produits issus de pratiques durables. Le MSC (Marine Stewardship Council), par exemple, certifie que la population de poissons est en bon état, tandis que l’ASC (Aquaculture Stewardship Council) atteste du respect des règles pour les produits d’élevage. Les labels comme le Label Rouge ou le bio apportent également une garantie supplémentaire quant à la qualité et à la traçabilité, permettant de faire des choix plus éthiques et responsables.

En somme, à l’approche des fêtes, il est souhaitable de veiller à la provenance, à la saisonnalité et aux méthodes de pêche de chaque produit marin, pour que nos repas de Noël soient autant gourmands que respectueux des ressources naturelles.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.