Prendre soin de sa bouche pour prévenir les maladies cardiaques

Sophie Lambert

Lien croissant entre maladies parodontales et risques cardiovasculaires

Les chercheurs accumulent de plus en plus de données suggérant que les pathologies parodontales, telles que la gingivite et la parodontite, sont associées à un risque accru de développer des événements cardiovasculaires graves. Parmi ces incidents, on compte l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral, la fibrillation auriculaire, ainsi que l’insuffisance cardiaque et d’autres troubles liés au métabolisme cardiaque. Une déclaration scientifique publiée le 16 décembre dans la revue Circulation par l’American Heart Association (AHA) met en lumière comment la santé bucco-dentaire influence directement ou indirectement la survenue de ces catastrophes cardiovasculaires.

Dans cette étude, l’AHA insiste sur le fait que des preuves de plus en plus solides pointent vers une corrélation entre la propreté buccale et les risques de maladies cardiaques. En effet, des maladies parodontales mal gérées peuvent favoriser un état inflammatoire systémique, susceptible d’aggraver une situation déjà vulnérable au niveau vasculaire. La prévention et le traitement de ces affections buccales s’avèrent donc essentiels pour limiter l’évolution vers des complications cardio-vasculaires majeures.

La prévention et le traitement : des leviers de réduction du risque

Il est crucial de comprendre que la prévention des maladies parodontales ne se limite pas à une simple hygiène dentaire. Adopter des gestes quotidiens tels que le brossage régulier, l’utilisation du fil dentaire ou les soins dentaires professionnels peut significativement diminuer la fréquence et la sévérité de ces infections. En traitant rapidement toute inflammation des gencives, il est possible de réduire l’activation chronique du système immunitaire qui, si elle persiste, pourrait favoriser l’apparition d’affections graves, notamment celles du cœur. Le nettoyage professionnel permet aussi d’éliminer la plaque dentaire accumulée, première étape pour réduire le risque de progression vers une parodontite avancée.

De plus, il est important d’aborder ces mesures comme des pratiques de santé publique à long terme. La lutte contre la maladie parodontale passe également par la sensibilisation à une meilleure hygiène de vie, notamment en limitant le tabac, en gérant les facteurs de stress et en maintenant un poids santé. Ces démarches combinées contribuent à diminuer le fardeau inflammatoire global de l’organisme, un facteur clé dans la prévention des événements cardiovasculaires.

La connexion entre maladies cardiaques et maladies parodontales : un contexte global

Les événements cardiovasculaires aigus sont, en termes de mortalité mondiale, l’une des causes principales, en seconde position après certains cancers. Leur mécanisme principal repose sur l’accumulation de plaques d’athérome dans les artères, processus également connu sous le nom d’athérosclérose. Cette accumulation entraîne la formation de blocages partiels ou complets dans les vaisseaux sanguins, engendrant des crises cardiaques ou des AVC.

Les maladies parodontales ne sont pas simplement des infections locales : elles constituent un facteur de risque indépendant pouvant influencer la survenue de ces événements. Parmi les complications possibles, la survenue de syndromes coronariens aiguës, d’infarctus du myocarde, d’insuffisance cardiaque ou encore de troubles du rythme cardiaque sont fréquemment observées.

Comprendre ce qu’est la maladie parodontale

La maladie parodontale désigne une inflammation chronique qui se développe dans la zone des gencives. La première étape de cette pathologie est la gingivite, une inflammation due à l’accumulation de plaque bactérienne au niveau des gencives. Si aucune action n’est entreprise, cette inflammation peut évoluer vers une parodontite plus grave. La parodontite implique une rétraction des gencives, la formation de poches infectieuses et une perte progressive des tissus de soutien de la dent. À terme, cette destruction osseuse peut affaiblir la fixation de la dent dans la mâchoire, jusqu’à leur déchaussement complet ou leur chute.

Les lésions de l’os alveolaire qui soutiennent les dents deviennent importantes avec le temps, entraînant une mobilité accrue et souvent la perte dentaire. La progression vers une parodontite sévère souligne l’importance d’une prise en charge précoce pour éviter ces conséquences dévastatrices.

Facteurs de risque et facteurs aggravants

La prévalence de la maladie parodontale est plus marquée chez les individus ayant une hygiène buccale défaillante. L’American Heart Association souligne que les personnes présentant une mauvaise hygiène dentaire sont plus vulnérables à ces infections, d’autant plus si elles possèdent déjà d’autres facteurs de risque cardiovasculaires. À ces derniers, s’ajoutent souvent la hypertension, l’obésité, le diabète ou encore le tabagisme. Tous ces éléments favorisent autant le développement des maladies parodontales que celles du cœur.

Parmi les autres facteurs de risque, il faut citer la sédentarité, la précarité alimentaire ou encore un accès limité aux soins dentaires. Les déterminants socio-économiques jouent aussi un rôle important dans la prévalence de ces maladies, en influençant la fréquence des visites chez le dentiste et la qualité des soins reçus.

Interaction entre maladies parodontales et maladies cardiovasculaires

Bien que l’on n’ait pas encore confirmé une relation de cause à effet directe entre ces deux affections, des études indiquent qu’elles partagent des facteurs de risque communs. De plus, il existe des mécanismes physiopathologiques qui pourraient relier ces maladies, notamment la circulation de bactéries buccales dans le sang, qui pourrait entraîner des infections vasculaires.

Une hypothèse avancée précise que l’inflammation chronique liée à la maladie parodontale pourrait, par son effet systémique, favoriser l’apparition ou l’aggravation de pathologies cardiaques. La présence de bactéries dans la circulation sanguine pourrait également jouer un rôle en provoquant des réponses immunitaires excessives ou en contribuant à l’athérogenèse.

Selon l’AHA, aucune preuve définitive n’a encore été apportée pour établir un lien de causalité entre ces deux types de maladies, mais la proximité de leurs mécanismes et la fréquence de leur co-occurrence soulignent l’importance de traiter précocement les infections buccales.

La gestion thérapeutique : un axe de prévention pour le cœur

Concernant l’impact potentiel du traitement des maladies parodontales sur le risque de maladies cardiovasculaires, aucune étude n’a encore démontré de manière irréfutable qu’un soin dentaire spécifique pouvait prévenir l’apparition d’événements cardiaques. Cependant, il est admis que réduire l’inflammation chronique dans l’ensemble de l’organisme pourrait contribuer à diminuer le risque global.

Les traitements parodontaux, qui visent à éliminer la plaque et à traiter l’infection, semblent leur part bénéfique en limitant l’exposition à l’inflammation tout au long de la vie. L’American Heart Association recommande ainsi aux personnes présentant plusieurs facteurs de risque cardiovasculaires ou une maladie parodontale de réaliser des examens dentaires réguliers et de suivre des soins ciblés pour contrôler la santé buccale. La gestion de l’inflammation buccale pourrait donc faire partie intégrante de stratégies de prévention globale des maladies cardiovasculaires.

Des recherches récentes indiquent que se brosser les dents au moins une fois par jour est associé à un risque de maladies cardiovasculaires accru de 13,7 %, contre 7,35 % chez celles et ceux qui se lavent la bouche trois fois ou plus par jour. Par ailleurs, ces pratiques de bonne hygiène contribuent également à la réduction de certains marqueurs inflammatoires, renforçant ainsi leur rôle dans la prévention.

Nécessité de poursuivre la recherche

L’AHA souligne la nécessité de poursuivre les études, notamment par le biais d’essais cliniques contrôlés aléatoires, afin de confirmer ou d’infirmer le rôle précis du traitement parodontal dans la réduction de la survenue de maladies cardiaques. Ces investigations permettront de mieux comprendre les liens physiopathologiques et d’établir des recommandations précises pour la prise en charge globale des patients.

Conclusion : une relation à renforcer pour la santé globale

Le Dr Andrew H. Tran, cardiologue pédiatrique et président du groupe de rédaction de la déclaration scientifique, rappelle que la bouche et le cœur sont fortement liés. Il souligne qu’une mauvaise hygiène bucco-dentaire facilite la pénétration de bactéries dans la circulation sanguine, ce qui peut entraîner une inflammation des vaisseaux sanguins, rapprochant ainsi la santé buccale et la santé cardiaque. Selon lui, se brosser régulièrement les dents, utiliser du fil dentaire et consulter un dentiste de façon périodique ne sont pas seulement des gestes esthétiques, mais des actes essentiels pour préserver la santé du cœur.

Sources et recommandations

L’American Heart Association insiste sur l’importance d’une hygiène bucco-dentaire rigoureuse dans la prévention des risques cardiovasculaires, et recommande à toute personne présentant des facteurs de risque de faire de leur santé orale une priorité. En combinant soins adaptés, bonne hygiène et suivi médical, il est possible de réduire significativement l’impact des maladies parodontales sur la santé globale.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.