Pourquoi les blessures sportives sont-elles plus graves chez les femmes pendant leurs règles ?

Sophie Lambert

Impact du cycle menstruel sur les performances et le risque de blessures chez les sportives féminines

Le fonctionnement du cycle menstruel, avec ses variations hormonales régulières, soulève la question suivante : ces fluctuations peuvent-elles influencer la performance sportive ou augmenter la probabilité de se blesser chez les femmes qui pratiquent une activité physique ? Cette interrogation, largement débattue dans le domaine de la médecine du sport, a été récemment explorée par une équipe de chercheurs issus d’Espagne et du Royaume-Uni, s’appuyant sur une étude menée auprès de joueuses de football professionnelles.

Une étude menée sur des athlètes de haut niveau

Pour répondre à cette problématique, les chercheurs ont suivi une cohorte de 33 footballeuses évoluant au sein de la ligue espagnole (Liga F) durant une période de quatre saisons, de 2019 à 2023. Ces femmes ont consigné de manière régulière leurs cycles menstruels, en notant précisément les jours de règle ainsi que les périodes où elles n’étaient pas menstruées. Au total, cette étude a analysé 852 cycles menstruels, tout en recensant 80 cas de blessures touchant les membres inférieurs.

Une corrélation entre menstruations et blessures

Les résultats de cette étude ont mis en évidence une tendance significative : la fréquence des blessures augmentait notablement durant la période des règles. En outre, celles-ci étaient généralement plus graves, avec des temps de récupération plus longs en comparaison avec les blessures survenues en dehors de cette période. Par exemple, les lésions touchant les tissus mous — telles que muscles, tendons ou ligaments — étaient plus de trois fois plus fréquentes lorsque la joueuse était en pleine menstruation.

Une influence hormonale mais pas unique responsable

Il est essentiel de préciser que ces blessures ne peuvent pas être uniquement attribuées aux variations hormonales. En effet, d’autres facteurs complexes entrent également en jeu pour expliquer le risque accru de lésions. Les auteurs de l’étude ont souligné que si les taux d’hormones comme l’œstrogène peuvent influencer la gravité d’une blessure ou la rapidité de la récupération, ils ne la déterminent pas à eux seuls. Des éléments comme une fatigue accrue, la présence de douleurs, ou encore des troubles du sommeil peuvent en outre nuire au contrôle neuromusculaire. Par ailleurs, une carence en fer, pouvant diminuer l’endurance, et une inflammation potentiellement exacerbé par les menstruations peuvent également jouer un rôle dans la vulnérabilité des athlètes à diverses lésions.

Des ajustements simples pour réduire les risques

Face à ces résultats, il semble pertinent d’adopter quelques stratégies afin de minimiser l’impact des menstruations sur la santé des sportives et améliorer leur performance tout au long du cycle. Les experts suggèrent que de petites modifications dans l’entraînement ou la récupération peuvent faire une réelle différence. Par exemple, en prolongant les phases d’échauffement, en ajustant la charge d’entraînement ou en renforçant le soutien lors des périodes critiques, il est possible de diminuer la gravité des blessures ou leur fréquence en période menstruelle.

Des recommandations pour une meilleure prise en charge

Les auteurs insistent sur l’importance de mettre en place ces ajustements simples mais efficaces, afin d’assurer la santé et la performance sportives des femmes. En intégrant ces stratégies, il devient possible de réduire l’impact négatif des fluctuations hormonales, tout en sensibilisant les encadrants et les athlètes à l’importance d’une approche adaptée selon le moment du cycle.

Une étude issue de collaborations internationales

Ce travail scientifique a été mené par une équipe pluridiscinaire, comprenant le département médical du FC Barcelone, l’Unité de Médecine du Sport et de l’Exercice de la Clinique Hospitalière et de Sant Joan de Deu à Barcelone, ainsi que des chercheurs du University College London au Royaume-Uni. La publication de leurs résultats est disponible dans une revue spécialisée, offrant une meilleure compréhension des liens entre le cycle hormonal féminin et la santé sportive.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.