Pourquoi le cancer du pancréas est-il si redouté en matière de santé ?

Sophie Lambert

Le cancer du pancréas : une maladie en augmentation constante en France

En 2023, la France a enregistré près de 16 000 nouveaux diagnostics de cancers du pancréas, témoignant d’une progression régulière du nombre de cas. La fréquence de cette maladie est en effet en croissance annuelle d’environ 2 %, soulignant une tendance inquiétante pour la santé publique. La majorité des cancers du pancréas, environ 90 %, appartiennent à la catégorie des adénocarcinomes canalaires, des tumeurs qui prennent naissance dans les cellules responsables de la sécrétion du suc pancréatique.

Comprendre les origines de ces cancers

Les cancers du pancréas se forment principalement à partir des cellules qui produisent le suc digestif. Ces cellules jouent un rôle essentiel dans la digestion en libérant des enzymes indispensables. Les autres 10 % des cas recensés concernent des formes rares de tumeurs pancréatiques, beaucoup plus exceptionnelles en termes d’occurrence. Entre la fin des années 80 et 2018, la fréquence de ces cancers a connu une hausse significative, avec une augmentation moyenne annuelle estimée à 2,7 % chez les hommes, tandis que chez les femmes, cette croissance a été plus accentuée, avoisinant 3,8 % par an.

Les facteurs potentiellement impliqués dans cette augmentation

Les causes qui expliquent cette montée du cancer du pancréas restent encore pour partie hypothétiques. Il semble que les progrès en matière de techniques d’imagerie médicale aient permis une meilleure détection des cas, contribuant ainsi à la hausse du nombre de diagnostics. Par ailleurs, l’accroissement des facteurs de risque connus pourrait également jouer un rôle. Parmi ceux-ci, l’obésité, le diabète et le tabagisme sont souvent évoqués comme contributifs à l’apparition de cette maladie. La pancréatite chronique, une inflammation persistante du pancréas, ainsi que des prédispositions génétiques, sont aussi considérées comme des éléments susceptibles d’augmenter le risque de développer un adénocarcinome du pancréas. Néanmoins, ces facteurs ne suffisent pas à eux seuls à expliquer l’ensemble de la croissance observée, ce qui incite à la recherche d’autres causes.

Les nouvelles pistes de recherche pour mieux comprendre

Face à cette situation, la communauté scientifique explore différentes hypothèses pour élucider cette progression alarmante. Parmi celles-ci, les changements dans le mode de vie, notamment liés à l’industrialisation de l’alimentation dans les années 1980, retiennent l’attention. La consommation accrue d’additifs, de lipides en excès ou de glucides raffinés pourrait jouer un rôle dans la genèse de ces cancers. Par ailleurs, l’existence de molécules spécifiques, telles que les nanoparticules, notamment le dioxyde de titane, pourrait également contribuer au développement de la maladie. La présence accrue de pesticides et de métaux lourds comme le cadmium dans l’environnement, notamment dans l’eau ou les aliments, est également suspectée d’être impliquée dans l’étiologie de ces tumeurs.

La relation entre pesticides et cancer du pancréas : quelles preuves ?

Des études récentes menées en France et présentées lors d’un congrès spécialisé en 2024 indiquent qu’il pourrait exister un lien étroit entre l’exposition aux pesticides et le risque accru de développer un adénocarcinome du pancréas. Ces recherches, bien que de faible ampleur, ont démontré une association solide en particulier avec trois substances chimiques : le mancozèbe, le glyphosate et le soufre utilisé en pulvérisation agricole. Selon ces études, pour chaque augmentation de 2,5 kg de pesticides appliqués par hectare au cours de 11 années, le risque d’apparition de cette maladie augmente d’environ 0,9 à 1,4 %. La France, où près de 65 000 tonnes de pesticides sont utilisées chaque année, figure parmi les plus grands consommateurs européens. Certaines substances, interdites depuis les années 1990, sont encore détectables dans l’environnement, en particulier dans les sols ou l’air, ce qui soulève des questions sur leur rôle possible dans l’étiologie de cette maladie.

La complexité des stratégies de prévention et de traitement

La diversité des facteurs de risque, combinée à la difficulté de déceler la maladie à ses débuts, rend la lutte contre le cancer du pancréas particulièrement ardue. La chirurgie, lorsque la tumeur est localisée uniquement dans le pancréas, constitue la voie d’intervention principale, avec pour objectif l’ablation de la partie atteinte (tête, queue ou corps du pancréas) et, si nécessaire, de structures adjacentes. Cependant, cette option n’est envisageable qu’à un stade précoce, ce qui est rare puisque seulement 10 à 20 % des cas sont opérables au moment du diagnostic. En effet, la majorité des patients consultent tardivement, faute de symptômes clairs ou spécifiques. La plupart du temps, ce cancer évolue silencieusement, jusqu’à ce que des signes tels qu’une perte d’appétit, une perte de poids progressive ou un jaunissement de la peau et des yeux apparaissent, témoignant d’un stade avancé de la maladie. Malheureusement, même avec les traitements actuels combinant chirurgie, chimiothérapie et parfois radiothérapie, le taux de survie à cinq ans demeure très faible, avoisinant 7 %, ce qui souligne la nécessité urgente de développer de nouvelles stratégies de détection et d’intervention plus efficaces.

Pour chaque étape de cette lutte contre la maladie, la sensibilisation, la recherche approfondie et l’amélioration des méthodes de diagnostic précoces restent des priorités absolues afin de changer le pronostic de cette pathologie encore trop fréquemment diagnostiquée à un stade avancé et peu traitable.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.