Pourquoi la constipation est-elle fréquente chez les astronautes ?

Sophie Lambert

Les transformations digestives dans l’espace : une nouvelle compréhension

Lorsque l’on évolue dans l’environnement spatial, plusieurs aspects du corps humain, notamment l’activité intestinale, subissent des modifications notables. « La constipation, un problème fréquemment rapporté lors des missions spatiales, est désormais reconnue comme un effet secondaire courant du séjour dans l’espace, mais nos connaissances concernant ses déclencheurs restent limitées », indiquent des chercheurs de l’Université de Copenhague au Danemark. Jusqu’à présent, les mécanismes précis qui entraînent cette difficulté à évacuer étaient peu compris, ce qui limite la possibilité d’interventions efficaces pour atténuer le problème.

Une analyse approfondie grâce à l’étude de sang d’astronautes

Pour mieux cerner ce phénomène, ces scientifiques ont examiné des échantillons sanguins provenant de 52 astronautes ayant passé plusieurs mois à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Leur objectif était d’étudier des biomarqueurs appelés métabolites, de petites molécules présentes dans le sang qui fournissent des informations sur le fonctionnement interne du corps, notamment en ce qui concerne la santé intestinale. Ces mesures leur ont permis d’observer des changements métaboliques significatifs liés à la vie en microgravité.

Une fermentation bactérienne accrue au sein de l’intestin

Les résultats ont montré que dès les premières semaines passées dans l’espace, le profil métabolique des astronautes indiquait une augmentation de la fermentation des protéines par les bactéries intestinales. La fermentation protéique survient lorsque, privées de fibres alimentaires, ces bactéries décomposent principalement des protéines. Bien que ce phénomène soit courant chez plusieurs personnes sur Terre, il semble s’intensifier chez ceux qui évoluent en microgravité. Cette suractivation pourrait expliquer en partie certaines des difficultés digestives rapportées par les voyageurs de l’espace.

Les effets de la gravité sur la vitesse du transit intestinal

Henrik Roager, professeur associé au département de nutrition de l’Université de Copenhague et co-auteur de cette étude, explique que l’absence de gravité pourrait ralentir le transit intestinal, c’est-à-dire le temps que met la nourriture à parcourir le tube digestif. Ce ralentissement concorde avec la tendance observée à une fermentation protéique accrue, suggérant que la microgravité pourrait être à l’origine de la constipation chez les astronautes. En l’absence de la force gravitationnelle, le mouvement naturel des aliments à travers l’intestin pourrait être compromis, aggravant ainsi les problèmes digestifs.

Des enjeux dépassant la simple digestion

Les implications de ces découvertes ne se limitent pas à la sphère digestive. En effet, les changements intestinaux observés peuvent avoir des répercussions sur d’autres parties du corps, notamment le cerveau. Il a été montré que les produits issus de la fermentation des protéines sont souvent associés à diverses conséquences négatives pour la santé. Parmi celles-ci figurent des lésions rénales, des effets potentiels sur l’humeur ou une diminution des capacités de concentration. Ces résultats soulignent l’importance de comprendre et de contrôler ces processus dans le cadre des missions spatiales de longue durée.

Vers des stratégies pour améliorer la santé des astronautes lors de missions prolongées

À l’approche de missions spatiales de plusieurs mois, voire d’années, vers des destinations telles que la Lune ou Mars, ces découvertes prennent une importance cruciale. Les chercheurs insistent sur la nécessité de développer des interventions visant à limiter la fermentation protéique excessive. Cela pourrait inclure l’augmentation de la consommation de fibres alimentaires ou la supplémentation en prébiotiques, afin de favoriser un environnement intestinal plus sain et d’éviter ainsi d’éventuelles complications de santé. La recherche suggère que de telles stratégies pourraient significativement améliorer le bien-être et la performance des astronautes lors de missions prolongées.

Une pertinence pour la médecine terrestre et les patients alités

Les implications de cette recherche ne se limitent pas à l’espace. Elle pourrait également bénéficier aux personnes restées au sol, notamment celles qui sont alitées pour diverses raisons médicales. Ces patients souffrent souvent de constipation et, comme leurs homologues spatiaux, pourraient connaître une fermentation protéique accrue. Une meilleure compréhension de ces mécanismes pourrait donc ouvrir la voie à des approches thérapeutiques innovantes pour soulager leur état de santé et améliorer leur qualité de vie. La recherche menée par ces spécialistes met ainsi en lumière l’interconnexion entre la santé intestinale, l’environnement et la bienfaisance globale.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.