Moto et GPS : le deux-roues en retard par rapport à la voiture en navigation

Sophie Lambert

Utiliser un GPS en moto : les solutions modernes face aux inconvénients traditionnels

Lorsqu’il s’agit de se laisser guider par un système de navigation, monter son téléphone sur le guidon reste une méthode courante, mais elle n’est pas sans défauts. Divers supports existent pour fixer un smartphone en position, mais ils présentent plusieurs désavantages notables. Par exemple, dans le cas des roadsters ou autres motos sans visière ou pare-brise protecteur, l’écran du téléphone peut être exposé aux projections de cailloux ou de poussières, ce qui peut rapidement rendre la vision floue ou endommager l’appareil. Sous la pluie, la tâche devient encore plus compliquée, voire impossible : un écran trempé ne permet pas une lecture claire de la cartographie, et la visibilité est fortement altérée. Il faut aussi faire face au risque de vol à l’arrachée, qui est accru lorsque l’on laisse un téléphone fixé en extérieur, surtout si la moto est stationnée dans un endroit peu sécurisé.

Heureusement, depuis quelques années, une nouvelle génération d’équipements a vu le jour : les tableaux de bord connectés qui offrent directement une interface de navigation intégrée, avec des cartes affichées sur un écran dédié. Ces solutions représentent une avancée considérable en termes de convivialité et de sécurité, car elles évitent d’avoir à manipuler un téléphone en roulant ou d’exposer l’appareil à des conditions difficiles.

Cependant, il convient de préciser que ces interfaces ne se limitent pas à des instructions basiques, telles que des flèches pour suivre un itinéraire, qui s’apparenteraient à un roadbook peu pratique dans certaines situations. La majorité des motards privilégient généralement une cartographie fonctionnelle, permettant d’avoir une lecture claire à tout moment, notamment lors de bifurcations complexes. Ces écrans intégrés apportent donc un réel confort, même si leur conception et leur ergonomie varient d’une marque à l’autre et leur usage n’est pas toujours optimal.

Les applications smartphone : la solution incontournable

La majorité des constructeurs d’équipements et de motos modernes privilégient l’utilisation d’applications spécifiques installées sur le smartphone pour bénéficier d’une cartographie visible sur le tableau de bord. Des marques comme Ducati, Yamaha, Honda, BMW ou Kawasaki proposent ainsi leur propre application, qu’il faut télécharger et maintenir à jour. Une fois installée, cette application doit être connectée à la moto, généralement via Bluetooth ou Wi-Fi, pour permettre l’affichage de la navigation directement sur le tableau de bord ou l’écran de la moto, selon le modèle.

Pour chaque constructeur, le nom de l’application diffère : Ducati propose Ducati Connect, Yamaha recommande Garmin Motorize ou StreetCross en fonction de la machine, Honda utilise RoadSync, Kawasaki privilégie Rideology, etc. Dans certains cas, il faut aussi recourir à une application complémentaire pour la cartographie, comme Sygic chez Ducati ou Garmin chez Yamaha, afin d’assurer une mise à jour régulière des cartes et une expérience utilisateur optimale.

Une fois l’application connectée, le smartphone communique en Bluetooth pour transmettre la musique et gérer les appels, tandis que la navigation est souvent transférée en utilisant la connexion Wi-Fi. La reconnexion Bluetooth se fait systématiquement à chaque démarrage de la moto, ce qui garantit une réception fluide des flux audio et des appels. En revanche, la connexion Wi-Fi, qui alimente la navigation, peut subir des interruptions ou des ralentissements si un autre réseau Wi-Fi, comme celui domestique, interfère, ce qui peut compliquer la visibilité de la cartographie en permanence.

L’emploi de ces applications nécessite aussi que celles-ci soient actives en permanence, notamment si une fonction particulière requiert de rester au premier plan ou de ne pas verrouiller l’écran. Cela limite la possibilité d’utiliser d’autres fonctionnalités du téléphone, comme prendre une photo ou rédiger un message, sans interrompre ou perturber la navigation. Sur certains modèles, notamment chez Ducati ou BMW, il est même nécessaire d’éviter le verrouillage de l’écran pour que la navigation reste visible, ce qui peut devenir rapidement gênant lors de trajets prolongés.

Saisir une destination ou modifier un itinéraire peut devenir une tâche fastidieuse, surtout si l’on doit passer par le smartphone pour introduire les coordonnées, ce qui coupe l’affichage de la carte. Sur des motos BMW ou Ducati, il faut naviguer à travers un menu non tactile – utilisant un joystick ou une molette – pour entrer des lettres une par une, ce qui rend la démarche peu pratique et laborieuse. Ce mode de fonctionnement, bien qu’efficace, n’est pas vraiment intuitif, ce qui pousse certains motards à négliger l’usage de ces systèmes, d’autant plus que leur compatibilité peut dépendre du système d’exploitation utilisé (Android ou iOS).

En résumé, même si ces solutions apportent confort et sécurité dans leur usage, leur ergonomie laisse souvent à désirer. La manipulation de l’interface est parfois si peu intuitive ou laborieuse que nombreux sont ceux qui préfèrent s’en passer, notamment lors de longs trajets ou dans des situations nécessitant une concentration accrue.

Apple CarPlay et Android Auto : une alternative limitée mais prometteuse

Une autre option, séduisante sur le papier, consiste à utiliser Apple CarPlay ou Android Auto pour afficher directement sur l’écran de la moto la navigation et divers autres contenus issus du téléphone. Ces systèmes permettent d’intégrer une grande partie de l’écosystème mobile dans l’équipement de la machine, ce qui pourrait faire penser à l’usage courant dans les voitures. Toutefois, leur présence sur les motos reste encore relativement rare.

On retrouve ces fonctionnalités principalement sur certains modèles de Honda, notamment la Goldwing, la NT1100 et l’AfricaTwin, ainsi que sur quelques modèles de marques américaines comme Indian ou Harley-Davidson. Il faut cependant faire attention à certains détails : pour utiliser Apple CarPlay sur ces motos, il est souvent nécessaire d’avoir un casque équipé d’écouteurs, ce qui n’est pas systématiquement le cas. Par exemple, sur une Indian Chieftain Powerplus 112, équipée de haut-parleurs de qualité, il n’est pas possible d’accéder à CarPlay sans casque doté d’écouteurs, ce qui limite son usage en moto.

De même, la NT1100 réclame également une connexion via CarPlay pour profiter de cette interface, mais il semble qu’elle ne supporte pas encore Android Auto efficacement. De plus, il peut arriver que cette moto, sans haut-parleur ni casque, démarre en jouant la musique issue du téléphone dès l’allumage, sans que l’on puisse l’entendre : une problématique évidente pour l’utilisation pratique.

Existe-t-il une solution alternative, n’ayant pas recours à des applications propriétaires ou à ces écosystèmes Apple et Google ? Très peu de machines proposent une navigation native intégrée, équipée d’un GPS autonome suppressant le besoin de smartphone. La majorité des modèles orientés tourisme ou grand route, comme certains Indian ou Harley-Davidson, disposent d’un système de navigation installé d’origine, tel que Ride Command. Bien que dépassé technologiquement, il fonctionne sans avoir besoin de brancher un téléphone partout et sans casque spécifique, même s’il n’est pas aussi ergonomique ou précis que les systèmes modernes.

Harley-Davidson sort du lot avec ses modèles équipés d’un grand écran tactile intégré, proposant une interface de navigation complète et performante, qui fonctionne indépendamment des smartphones ou des écouteurs. La Street Glide ou la Road Glide en sont des exemples notables, offrant une expérience utilisateur très aboutie. Tout cela constitue une véritable avancée pour la navigation en moto, puisqu’il n’est pas nécessaire de recourir à des accessoires supplémentaires pour bénéficier d’un affichage clair, précis et facile à utiliser.

Une lacune persistante : l’absence de systèmes tout-en-un intégrés chez la plupart des fabricants

Ce qui est regrettable, c’est que, malgré ces progrès, très peu de marques proposent des solutions de navigation natives réellement intégrées et performantes, à la manière de ce que l’on trouve dans la majorité des voitures modernes. En automobile, les GPS intégrés fonctionnent depuis longtemps sans avoir besoin d’un smartphone, offrant une expérience fluide et fiable. À moto, cette tendance est encore à ses débuts ; la majorité des systèmes nécessitent des connexions externes, des applications, ou restent limités en fonctionnalités.

Evidemment, la présence d’un smartphone connecté permet d’obtenir des cartes régulièrement mises à jour, ce qui est un avantage certain. Mais dans la pratique, cette solution reste peu pratique lorsqu’on roule sous la pluie ou dans des conditions où manipuler son téléphone devient risqué. De plus, cela oblige à sacrifier l’espace de rangement habituellement dédié au vide-poche, disponible sur certaines motos, pour placer d’autres accessoires de fixation ou de protection.

En somme, bien que les solutions actuelles aient considérablement progressé, notamment avec des interfaces plus sophistiquées et des connexions simplifiées, la navigation en moto reste encore confrontée à des contraintes d’ergonomie et de praticité qu’il serait souhaitable de voir évoluer dans les années à venir.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.