L’histoire de la Ferrari 275 GTB/4, la plus belle voiture de Rétromobile

Sophie Lambert

Naissance d’une icône du grand tourisme : la Ferrari 275 GTB/4

En 1966, la célèbre marque italienne Ferrari dévoile un modèle qui deviendra rapidement une référence dans l’univers du grand tourisme : la Ferrari 275 GTB/4. Cette voiture, que l’on considère comme étant la version la plus accomplie du style « classiques » à moteur avant de Maranello, marque une étape importante dans l’histoire automobile. Elle succède à la 275 GTB, un modèle qui n’a que deux ans d’existence, mais qui a déjà su conquérir le cœur des passionnés et des experts. La 275 GTB/4 incarne l’alliance parfaite entre design sophistiqué et performances de haut vol, devenant un emblème du grand tourisme des sixties.

Une voiture pionnière : innovations technologiques et architecture sportive

Ce modèle innovant introduit deux avancées majeures dans le secteur automobile : le transaxle, qui consiste à associer la transmission et l’essieu arrière en une seule unité pour un meilleur équilibre, et les suspensions arrière indépendantes, qui améliorent la tenue de route lors des longues traversées. La silhouette de la 275 GTB/4, dessinée par Pininfarina, est une œuvre d’élégance purifiée, tandis que la structure en acier, façonnée par Scaglietti, lui confère une robustesse notable. Pensée pour les grands trajets à très haute vitesse, cette berlinette compacte deux places en acier propose une architecture adaptée au « Grand Tourisme », idéal pour relier rapidement Paris à la Côte d’Azur ou à l’Italie, à une vitesse qui dépassait alors largement ce qu’offraient ses concurrentes.

Un moteur légendaire : le cœur de la Ferrari 275 GTB/4

Ce modèle doit son succès à un moteur V12 de 3 285 cm³, un moteur qui a marqué l’histoire de Ferrari. C’est en effet la première fois qu’une Ferrari de route est équipée de quatre arbres à cames en tête, disposés deux par rangée de cylindres, ce qui lui confère une puissance exceptionnelle. Alimenté par six carburateurs Weber 40 DCN, ce moteur atteint une puissance de 300 chevaux à 8 000 tours par minute, ce qui permettait à la voiture d’atteindre une vitesse maximale revendiquée de 268 km/h. Une performance totalement impressionnante pour l’époque, rendant cette Ferrari non seulement rapide, mais aussi emblématique du raffinement technique.

Une esthétique de classe : le design signé Pininfarina et Scaglietti

Le design de la Ferrari 275 GTB/4 repose sur une ligne fluide et équilibrée, fruit du travail de Pininfarina et assemblée par la célèbre maison Scaglietti à Modène. Depuis son lancement, elle incarne un parfait compromis entre élégance sophistiquée et musculation sportive. La simplicité des formes, la discrétion de sa présence, l’absence de superflu, mais aussi la reconnaissance immédiate comme Ferrari, font de cette automobile un chef-d’œuvre de l’ingénierie et du style. Sa silhouette nette, dépouillée de toute ostentation, cache une puissance qui ne demande qu’à être libérée, tout en conservant une élégance intemporelle.

Une présence qui transporte en Italie dans les années 60

Se glisser dans la 275 GTB/4, c’est créer une immersion instantanée dans l’atmosphère insouciante de l’Italie des années 60. La sonorité de son V12 résonne comme une symphonie d’âme, et le simple fait d’appuyer sur le bouton de démarrage peut suffire à vous faire oublier tout le reste. Tout dans cette voiture évoque la Dolce Vita italienne, l’art de vivre, la luxure discrète et le tempérament fougueux. La conduite, à bord de cette Ferrari, devient une expérience sensorielle, un voyage dans le temps et l’émotion.

Une ambiance intérieure et une ligne de caractère

À bord, la position inclinée du siège conducteur évoque ses origines en compétition, notamment ses participations célèbres aux 24 Heures de Daytona et aux autres prestigieuses épreuves d’endurance des années 1960. La sensation de sportivité est accentuée par le tableau de bord, le pare-brise enveloppant et un long capot qui souligne la puissance contenue dans le moteur. Le volant en bois, mince et fin, transmet directement les vibrations du V12 aux mains du pilote, tandis que le levier de vitesses, parfois dur au démarrage, devient plus fluide lorsque la boîte est bien chaude. La grille emblématique rappelle aussi la race, avec l’allure d’une voiture conçue à la fois pour la vitesse sur circuit et pour le confort sur route.

Une sonorité exceptionnelle, une légende sonore et sociale

Il ne faut pas oublier que la Ferrari 275 GTB/4 se distingue aussi par sa sonorité : puissante, riche et envoutante. Chez Girado, qui propose actuellement un exemplaire à vendre, on parle même d’une « symphonie de l’âme » pour décrire cette acoustique unique. La voiture a su conquérir une clientèle prestigieuse, allant de Sophia Loren à Steve McQueen, et de Miles Davis à Peter Sellers. Elle incarne un symbole de luxe, de passion et de distinction, une œuvre d’art mobile qui continue aujourd’hui à fasciner les passionnés et les collectionneurs.

Une restauration fidèle à son authenticité originale

L’exemplaire présenté à Rétromobile conserve ses qualités originelles : châssis, moteur, boîte-pont, et carrosserie, tous confirmés authentiques par Ferrari Classiche. Produit en Italie, cette voiture a été initialement vendue aux États-Unis en 1967 par Luigi Chinetti Motors Inc., l’importateur officiel. Elle fait partie des 330 unités produites, parmi lesquelles 300 avaient la conduite à gauche. Après un long parcours en Amérique du Nord, elle retourne en Italie en 1990 pour une restauration complète, recevant la certification Ferrari Classiche.

Une histoire pleine de rencontres et de transferts

Son numéro de châssis, 10681, témoigne d’un passé riche. À l’origine, elle arborait une combinaison de couleurs rouge Rosso Corsa et beige, équipée de roues Borrani à rayons. Après une traversée de l’Atlantique à bord du SS Paolo Costa, elle est vendue à un constructeur du New Jersey, qui propose une Cadillac en échange. Son premier propriétaire privé, Donald A. Adley, du Connecticut, en prend possession en mai 1968, en confiant régulièrement l’entretien à Chinetti. La voiture reste alors en Amérique du Nord durant 23 ans, avant de revenir en Europe.

Une renaissance et une utilisation sportive

En 1990, la Ferrari retourne en Italie, son pays d’origine, et reçoit une restauration soignée. Rachetée par un collectionneur anglais, elle obtient la certification Ferrari Classiche, puis passe entre les mains du spécialiste britannique GTO Engineering en 2009. La voiture est alors repeinte en gris, tandis que l’intérieur, traité par la tapisserie Luppi de Modène, se pare d’un somptueux cuir beige. Au-delà d’un simple objet de collection, cette Ferrari décide de prendre part aux rallyes et compétitions historiques telles que le Tour Auto ou le Modena Cento Ore, en 2010, prouvant qu’elle connaît encore la voie de la course.

Une propriété récente, un joyau conservé à Milan

C’est en été 2022 que le propriétaire actuel, un passionné italien, a acquis cette 275 GTB/4 portant le numéro de châssis 10681. Depuis, l’automobile repose chez Rossocorsa Classiche, concessionnaire Ferrari officiel à Milan, où elle bénéficie d’un entretien soigné. Présente cette année à Rétromobile, cette voiture suscite la fascination. Son prix ? Sur demande, fidèle à son statut de trésor emblématique, limité à quelques connaisseurs et collectionneurs privilégiés.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.