L’espérance de vie en bonne santé : un indicateur essentiel pour évaluer la qualité de la vie à l’âge avancé
L’espérance de vie sans incapacité (EVSI) désigne la durée durant laquelle une personne peut s’attendre à vivre sans rencontrer de limitations dans ses activités quotidiennes. Cet indicateur, qui se concentre spécifiquement sur la qualité de la vie plutôt que sur la longévité pure, permet d’évaluer le nombre d’années durant lesquelles un individu peut jouir d’une autonomie relative. La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) a publié, le jeudi 22 janvier, une étude détaillée mettant en lumière le sujet, notamment en ce qui concerne l’espérance de vie saine après l’âge de 65 ans.
En France, en 2024, il est prévu que les hommes puissent espérer vivre environ 10,5 années sans incapacité, tandis que pour les femmes, cette période atteint 11,8 années. Ce paramètre montre une tendance à l’amélioration constante depuis 2008. Cependant, depuis 2019, cette progression est devenue beaucoup plus lente, avec une augmentation de seulement quatre mois pour les femmes et d’un mois pour les hommes. La pandémie de Covid-19 est principalement invoquée comme cause de cette stagnation, bloquant une tendance qui, jusque-là, semblait indiquer une amélioration régulière de la santé de la population âgée.
Il est également important de noter que depuis le début des années 2000, l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans progresse plus rapidement que l’espérance de vie tout court. La part de cette espérance de vie consacrée à une vie sans restrictions fonctionne comme un indice supplémentaire de la santé globale. Entre 2008 et 2024, cette part a augmenté, passant de 45 % à 50 % chez les femmes, et de 48 % à 53 % chez les hommes, souligne la Drees. Autrement dit, une proportion croissante de nos années de vie s’écoule dans un état de santé satisfaisant, où l’autonomie est préservée.
Il est possible de mesurer l’espérance de vie sans incapacité à différents âges, y compris à la naissance. En 2024, selon les estimations, une nouvelle née pourrait espérer vivre 85,8 ans au total, dont 64,1 ans sans incapacité. Chez les hommes, ces chiffres sont respectivement de 77,3 ans et 63,7 ans. La différence de plus de cinq années d’espérance de vie globale en faveur des femmes se manifeste également dans la durée des années vécues sans incapacité, cette différence étant toutefois bien moins marquée. Elle se limite à quelques mois, ce qui indique un rapprochement progressif dans la qualité de vie prolongée par genre.
Comment expliquer ces différences ?
L’étude de la Drees avance que cette disparité entre hommes et femmes peut s’expliquer par la prévalence de maladies chroniques invalidantes et peu létales touchant plus souvent les femmes, telles que certains troubles musculosquelettiques ou des troubles anxieux et dépressifs. En revanche, les hommes sont davantage affectés par des affections graves comme les maladies cardiovasculaires ou certains cancers. Ces maladies, souvent plus mortelles, réduisent la durée de vie sans incapacité chez la gent masculine, même si cette population tend à vivre moins longtemps avec ces conditions lourdes.
Au sein de l’Union européenne, la moyenne de l’espérance de vie sans incapacité à 65 ans se situe à 9,2 années pour les hommes et 9,6 années pour les femmes. La France occupe une position relativement favorable dans ce classement. Elle se classe à la troisième position en ce qui concerne l’EVSI chez les femmes à 65 ans, après avoir été cinquième en 2022 ; pour les hommes, elle occupe la septième place, tout en conservant une deuxième position pour la longévité globale. Ces résultats confirment la place de la France parmi les pays européens avec une espérance de vie à la fois longue et de meilleure qualité.
La mesure de l’EVSI : un calcul précis
L’évaluation de l’espérance de vie sans incapacité s’appuie sur une méthode rigoureuse, qui consiste à analyser la durée qu’une personne peut espérer vivre sans limitations fonctionnelles, à différents âges. La mesure s’appuie notamment sur les réponses recueillies dans le cadre du dispositif européen appelé EU-SILC (European Union Statistics on Income and Living Conditions). Il s’agit d’interroger les individus sur leur état de santé et leur niveau d’autonomie en leur posant notamment la question : « Êtes-vous limité(e), depuis au moins six mois, dans une ou plusieurs activités quotidiennes en raison d’un problème de santé ? ». Les réponses « Oui, fortement » ou « Oui, mais pas fortement » sont considérées comme des indicateurs d’incapacité.
Il demeure important de souligner que l’EVSI ne fournit pas une image complète de la santé ou du bien-être, car elle se concentre principalement sur la capacité à réaliser ses activités journalières. La mesure de cette capacité permet néanmoins d’avoir un aperçu précieux de la qualité de vie des populations vieillissantes et de suivre leur évolution au fil du temps. La compréhension et le suivi de l’EVSI participent ainsi à l’évaluation des politiques de santé publique, en orientant notamment les efforts vers la prévention et le maintien de l’autonomie à un âge avancé.
En résumé, si la durée de vie s’allonge, il est tout aussi essentiel d’améliorer la qualité de cette vie, en permettant à chacun de profiter pleinement de ses années supplémentaires dans un état de santé satisfaisant. La tendance observée montre que la majorité des années vécues chez les personnes âgées peuvent désormais être vécues sans incapacité, un signe positif pour l’amélioration du bien-être général des générations futures.






