Les sénateurs rejettent la proposition de loi sur la fin de vie, renvoyée à l’Assemblée mi-février

Sophie Lambert

Le Parlement a décidé ce jour de rejeter la proposition de loi visant à instaurer un dispositif dédié à l’aide active à mourir. La responsabilité de l’examen de cette réforme sociétale d’envergure sur la fin de vie revient désormais à l’Assemblée nationale, qui doit en reprendre le traitement à partir du 16 février lors d’un second tour d’examen. Le Sénat a ainsi décidé de ne pas donner suite à ce texte, qui fait partie intégrante des débats liés à la fin de vie.

Lors des débats récents, les sénateurs ont manifesté un rejet ferme de toute initiative permettant le suicide assisté ou l’euthanasie, considérant ces sujets comme sensibles et difficilement conciliables avec leurs convictions. Après des discussions souvent désordonnées, ils ont finalement décidé de ne pas continuer à examiner ce projet. En conséquence, le texte a été renvoyé à l’Assemblée nationale, qui, elle, reprendra la lecture à partir de la version adoptée par la chambre basse au printemps 2025, qui pourrait aussi, si nécessaire, être amendée ou modifiée. La promesse présidentielle d’un second quinquennat d’Emmanuel Macron comprenait notamment la préparation d’une loi encadrant ces pratiques, qui sont souvent perçues négativement par une majorité. La démarche prévoit la mise en place d’un cadre réglementaire pour le suicide assisté et l’euthanasie, même si ces termes ne sont pas explicitement mentionnés dans le texte, afin d’éviter toute connotation directement liée à ces notions.

Après avoir refusé de débattre en profondeur de ces questions, notamment lors de réunions chaotiques, le Sénat a finalement rejeté une version du texte qui était devenue quasiment vidée de tout contenu substantiel. La majorité des sénateurs conservateurs et centristes, menée notamment par le président des Républicains, Bruno Retailleau, a fortement mobilisé ses forces afin d’influencer le résultat des votes. La majorité sénatoriale s’est exprimée en faveur du rejet global de la proposition, qualifiée de « fantômatique » par plusieurs membres, pour son manque de cohérence et sa nature fragmentée. Certains ont même dénoncé un véritable sabotage, considéré comme une mise en cause du fonctionnement démocratique de l’institution.

La décision de supprimer ce projet de loi dans son ensemble a été prise à une large majorité, avec 181 voix contre 122. La crainte principale était que cette modification, si elle avait été adoptée, aurait pu contredire la législation encore en vigueur, notamment la loi Claeys-Léonetti. Celle-ci permet, pour les patients en fin de vie, d’opter pour une sédation profonde et continue jusqu’au décès, conformément aux pratiques médicales actuelles. La crainte était que la nouvelle réforme, en modifiant le cadre légal, ne crée des contradictions ou des confusions dans le dispositif existant.

Face à ce rejet, le débat n’est pas tout à fait clos. Certains sénateurs ont appelé à préserver un certain dialogue parlementaire, estimant qu’une loi sur les soins palliatifs pourrait faire consensus en parallèle de cette réforme. Le texte qui concerne ces soins de support palliatif, souvent considéré comme plus consensuel, pourrait rapidement faire l’objet d’un accord entre les deux chambres du Parlement. Il prévoit notamment la mise en œuvre d’une stratégie nationale pour déployer ces soins, ainsi que l’implantation de maisons d’accompagnement et de soins palliatifs dans tout le territoire. La décision du Sénat de faire adopter ce texte ne laisse aucune ambiguïté quant à son issue favorable.

Un autre point de discussion concerne la perception d’un « abandon démocratique » par certains parlementaires. La sénatrice Frédérique Puissat, membre des Républicains, a regretté que le rejet du texte par la chambre haute ne laisse qu’un silence, plutôt qu’un véritable débat pour traiter ces enjeux cruciaux. Elle a souligné que la version proposée par le Sénat apportait, selon elle, une solution équilibrée. Par ailleurs, plusieurs sénateurs ont exprimé leur malaise face à l’incapacité de dépasser les divisions du moment. Le président du groupe Renaissance, Xavier Iacovelli, a déclaré que l’échec collectif illustré par ces débats représentait une forme d’échec démocratique, dans un contexte où le dialogue semblait s’être tari, au profit d’un consensus difficile à atteindre.

Les désaccords profonds qui traversent le Sénat sur cette réforme risquent d’affaiblir la crédibilité de la chambre haute dans ce débat de société essentiel. En cas de désaccord persistant, c’est le gouvernement qui pourra décider d’intervenir directement pour trancher la question. Lors d’une intervention récente, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous, a rappelé que la dernière instance de décision restait l’Assemblée nationale, qui pourra adopter ou rejeter définitivement la proposition. La présidente de cette institution, Yaël Braun-Pivet, a, quant à elle, exprimé la conviction que cette loi pourrait être adoptée définitivement avant l’été.

Si cette réforme sur la fin de vie parvenait à voir le jour, la France rejoindrait plusieurs autres pays avantageusement avancés dans le domaine, tels que les Pays-Bas, la Belgique, la Suisse ou le Canada. Le président français s’est même dit ouvert à la possibilité d’un référendum sur cette question si le blocage persistait, bien qu’il ait aussi insisté sur le fait que le processus législatif, dans la configuration actuelle, ne constitue pas un obstacle insurmontable. La procédure parlementaire se poursuit, et l’Assemblée nationale pourrait à terme adopter le texte, même si le parcours reste parsemé de difficultés, notamment liées à la division au sein du Parlement.

Une autre proposition législative apparaît avec un plus fort consensus : celle relative aux soins palliatifs. Bien que secondaire par rapport à la réforme principale, elle pourrait néanmoins connaître une adoption rapide, étant beaucoup plus consensuelle dans ses orientations. Ce texte prévoit notamment l’instauration d’une stratégie nationale pour déployer ces soins dans de meilleures conditions, ainsi que la création de maisons spécialisées en accompagnement palliatif dans différentes régions. Sa validation par le Sénat ce mercredi soir semble assurée, étant considéré comme un pas important vers une meilleure prise en charge des personnes en fin de vie.

Dans l’ensemble, ces importants désaccords illustrent la complexité de faire évoluer une législation aussi sensible, qui touche directement aux valeurs fondamentales de chaque citoyen. La voie à parcourir reste encore longue, mais le débat, en dépit des écueils, montre que la volonté politique est là pour essayer d’aboutir à une solution équilibrée, respectueuse des sensibilités de chacun.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.