Les moisissures dans un logement peuvent déclencher ou aggraver l’asthme chez l’adulte

Sophie Lambert

Les moisissures : un lien avéré avec l’asthme chez l’enfant, une incertitude pour l’adulte

En 2016, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) publiait un rapport approfondi sur la présence de moisissures dans les bâtiments. Ce document démontrait qu’il existait un consensus solide dans la communauté scientifique concernant l’impact de l’exposition à ces champignons sur l’apparition et l’évolution de l’asthme chez les enfants. En revanche, pour les adultes, le lien restait encore à confirmer, les données étant moins concluantes à cette époque.

Une étude basée sur la cohorte française CONSTANCES

Pour analyser plus en détail cette problématique, deux chercheurs, Laurent Orsi et Rachel Nadif, membres de l’équipe d’épidémiologie respiratoire intégrative du Centre de recherche en Épidémiologie et Santé des Populations (Inserm 1018, à Villejuif), ont utilisé une vaste cohorte française, baptisée CONSTANCES. Ce vaste programme de suivi médical permet de collecter des données exhaustives sur ses participants, notamment via des questionnaires sur leurs états de santé respiratoire et des prélèvements sanguins, effectués tous les quatre ans. Grâce à cette plateforme, ils ont pu étudier le lien entre les moisissures dans le logement et l’asthme.

Une comparaison entre personnes atteintes d’asthme et sujets témoins

Les chercheurs ont constitué deux groupes d’environ 1000 individus chacun : l’un composé de personnes souffrant d’asthme, l’autre constitué d’un échantillon aléatoire de participants non asthmatiques. Ces deux groupes ont été sélectionnés parmi les 11 825 participants de la cohorte, recrutés entre 2012 et 2019. Il est important de noter que ces participants ont rempli un questionnaire détaillé concernant leur logement et l’exposition aux moisissures, avec un suivi complémentaire effectué entre 2019 et 2021. La superficie de moisissures déclarée variait d’aucune contamination à plus de 1 mètre carré de surface.

Les moisissures comme facteur d’asthme chez l’adulte

Les résultats de cette étude ont permis de mettre en évidence que la présence visible de moisissures dans le logement était rapportée par près d’un tiers des participants. Plusieurs facteurs liés à l’environnement intérieur ont été associés à cette contamination fongique : un dégât des eaux récent, un logement difficile ou coûteux à chauffer, un déficit de ventilation ou encore des taches d’humidité. De même, ne pas aérer régulièrement ou effectuer le nettoyage à une fréquence d’au moins une fois par semaine augmentaient également le risque de voir apparaître des moisissures.

Lorsque les chercheurs ont comparé l’étendue des moisissures visible dans les habitations en fonction du statut asthmatique des occupants, ils ont observé que la présence de ces champignons n’était pas seulement liée à une probabilité plus élevée de développer un asthme, mais aussi à un score symptomatique plus sévère. Même des surfaces de moisissures très faibles, inférieures à un mètre carré, semblaient suffire à augmenter significativement les risques, soulignant ainsi qu’aucune contamination n’est négligeable.

Les recommandations pour limiter l’exposition aux moisissures

Les mesures préventives s’avèrent efficaces pour réduire le développement ou la aggravation de l’asthme en contexte résidentiel. Il est conseillé d’aérer son logement deux fois par jour, de façon régulière, tout au long de l’année, afin de limiter l’humidité intérieure. Par ailleurs, la mise en place d’un système de ventilation performant peut considérablement diminuer l’accumulation de moisissures. Ces actions simples font partie des recommandations courantes pour préserver la qualité de l’air intérieur.

Une influence directe des moisissures sur le développement de l’asthme

En synthèse, cette étude confirme que la présence de moisissures, même à une surface réduite, constitue un facteur de risque pour le déclenchement de l’asthme. Elle peut également accentuer la gravité des symptômes chez les personnes déjà atteintes. La compréhension de cette relation permet d’insister sur l’importance de l’entretien du logement pour prévenir ces risques liés à la qualité de l’air intérieur.

Les mécanismes biologiques à l’origine de cette réaction inflammatoire

Pour mieux comprendre comment les moisissures peuvent influencer la santé respiratoire, les chercheurs ont approfondi leur étude dans le cadre du projet MOLDASTH. Ils se sont concentrés sur les voies biologiques de l’inflammation en analysant près de 2 000 échantillons issus de la biobanque CONSTANCE. Ces analyses ont montré que l’exposition aux moisissures déclenchait une activité particulière du système immunitaire, notamment via une voie inflammatoire appelée T2. La présence de médiateurs spécifiques, tels que TARC, RANTES, l’éotaxine-3 ou TSLP, indique une activation caractéristiques de cette réponse.

Une voie inflammatoire spécifique, avec des implications cliniques

Les résultats indiquent que cette réaction inflammatoire est très précisément liée à un type d’asthme caractérisé par la présence de globules blancs appelés éosinophiles. Chez ces patients, la réponse immunitaire est souvent de type T-helper 2 (Th2 ou T2) dans les voies respiratoires, ce qui peut justifier la suspicion d’une exposition aux moisissures lorsqu’un patient présente ce profil inflammatoire. Les praticiens peuvent donc envisager de rechercher ces champignons dans l’habitat et de les éliminer pour espérer réduire l’intensité des symptômes.

Sources et crédits

Les conclusions de cette étude sont issues du suivi présenté lors du Congrès de la Plateforme de Liaison et d’Échange sur l’Allergie, l’Asthme et le Rhin (CPLF 2026 à Lille), ainsi que d’un résumé scientifique publié sous la référence CO07 : Orsi L., Nadif R. et autres. L’analyse porte sur l’exposition aux moisissures au domicile, ses voies biologiques et le lien avec l’asthme dans la cohorte CONSTANCES. Les résultats ouvrent la voie à une meilleure prise en compte de l’environnement intérieur pour la prévention des maladies respiratoires.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.