Les Journées européennes de l’architecture redonnent un aspect vert à Strasbourg

Sophie Lambert

Les Journées européennes de l’architecture : une célébration du paysage et de la co-construction urbaine

« Le paysage, reflet de la manière dont l’humanité s’insère dans son environnement. » Telle est la devise retenue pour la 26e édition des Journées européennes de l’architecture, un événement annuel organisé par la Maison européenne de l’architecture du Rhin supérieur. En partenariat avec la ville de Strasbourg, cette manifestation d’envergure s’est lancée sous la direction de Vincent Cognée, responsable de la section « Architecture et patrimoine » tant pour la municipalité que pour l’Eurométropole. Avec un esprit de fête, la célébration rassemble cette année près de 181 initiatives réparties dans une cinquantaine de métropoles, couvrant trois pays du bassin rhénan : la France, l’Allemagne et la Suisse. La thématique principale, axée sur le paysage, met en avant cette notion comme une « construction culturelle » essentielle, tout en se positionnant comme un levier important pour la transition écologique.

Le concept du paysage y est présenté comme étant bien plus qu’une simple vue ou un décor : il s’agit d’un véritable produit culturel façonné par l’humain, mais également d’un vecteur incontournable de changement pour un avenir plus durable. La diversité des événements, qui va du discours académique à l’intervention artistique, permet de mettre en exergue la façon dont nos espaces façonnés influencent notre rapport au territoire et à l’environnement.

Un programme riche avec une touche fédératrice

Nathalie Charvet, la directrice de la Maison européenne de l’architecture, met en avant la dimension fédératrice de cet événement, notamment à travers une série de seize rendez-vous sous l’égide de la Fédération nationale du paysage. Ces rencontres, que l’on pourrait qualifier de véritable « festival dans le festival », mettent en lumière la vitalité de cette discipline dans la construction de nos espaces de vie. La forte implication de cette fédération traduit l’intérêt croissant pour l’aménagement du territoire et la conception des paysages comme éléments fondamentaux de notre quotidien.

Conférences et dialogues pour repenser nos territoires

L’un des temps forts de cette édition sera une conférence donnée par l’architecte norvégien Reiulf Ramstad, fondateur de l’agence du même nom basée à Oslo. Programmé pour le vendredi 9 octobre à 18 heures, au théâtre Maillon dans le quartier du Wacken à Strasbourg, cet événement s’inscrit dans une série de dialogues visant à renouveler notre vision des aménagements urbains. Ces rencontres, réparties en trois cycles thématiques, encouragent la réflexion sur des sujets aussi variés que la réorganisation des cours d’écoles, perçus comme des « laboratoires vivants de la co-construction », la gestion durable des eaux pluviales à travers le concept de ville-éponge, ou encore l’identité territoriale, dans une volonté d’harmoniser passé et présent.

Le programme souhaite ainsi stimuler le débat public sur la manière dont les politiques d’aménagement peuvent évoluer pour mieux répondre aux enjeux contemporains, tout en valorisant l’héritage architectural et naturel. La notion d’identité du territoire y est analysée comme un processus dynamique, façonné par les habitants, les urbanistes et les artistes.

Une série de visites et d’expositions pour découvrir les chantiers

Parmi les nombreuses activités prévues dans la ville, plus de 50 expositions et visites seront accessibles au public. Les Strasbourgeois auront ainsi l’opportunité d’observer les avancées sur des projets emblématiques comme le Musée alsacien, avec une visite programmée le samedi 17 octobre, ou encore le chantier du cinéma Saint-Exupéry, ouvert pour une visite le samedi 3 octobre. La passerelle Rosa-Luxembourg sera également ouverte aux curieux le mercredi 21 octobre, entre midi et deux heures, permettant d’admirer cette réalisation moderne. Enfin, la visite de la Maille Eléonore, située à Hautepierre, le 21 octobre, offre une occasion supplémentaire de contempler l’évolution urbaine locale.

Ces visites sont conçues pour mettre en valeur la créativité architecturale locale, tout en permettant aux habitants de mieux comprendre les transformations en cours dans leur environnement immédiat.

Vers une sortie de l’opposition tradition/modernité

L’un des messages portés par les acteurs locaux est la volonté de dépasser un clivage obsolète entre ville et nature. Mathieu Cahn, premier adjoint à la maire de Strasbourg, insiste sur le partenariat de longue date avec les Journées, une collaboration qui dure depuis 25 ans et qui attire chaque année environ 20 000 visiteurs. Selon lui, cet événement doit servir à démocratiser la réflexion architecturale et urbaine, pour faire de cette discipline un sujet accessible à tous.

Il souhaite également mettre en avant une ambition écologique et citoyenne, en insistant sur le droit à la beauté – cette qualité qu’il estime essentielle pour préserver la dignité des habitants et valoriser leur cadre de vie. Pierre Jakubowicz, adjoint à la culture et président de la Société d’aménagement et d’équipement du Rhin supérieur (Sers), souligne pour sa part le rôle de mécène que jouent ces Journées dans la promotion de cette œuvre collective et patrimoniale.

Ce rapprochement entre l’esthétique, la durabilité et la participation citoyenne traduit une démarche volontaire pour rendre la capitale européenne du Rhin plus vivante, innovante et respectueuse de ses racines.

Un programme complet pour une architecture accessible à tous

Enfin, la liste exhaustive de l’ensemble des événements est disponible sur le site dédié, permettant ainsi à chacun de s’inscrire dans cette dynamique collective. La richesse du programme témoigne d’une volonté claire : faire de l’architecture un enjeu citoyen, compréhensible et partagé par le plus grand nombre.

Au-delà de la simple exposition de projets, cette édition vise à encourager la réflexion sur l’avenir de nos territoires, en promouvant une approche inclusive et responsable, où le dialogue entre héritage culturel et innovation urbanistique est au cœur de la démarche.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.