Les aliments protéinés comme les yaourts et barres sont-ils vraiment bénéfiques pour la santé ?

Sophie Lambert

L’omniprésence des mentions « riche en protéines » dans les rayons des supermarchés

À chaque passage dans un supermarché, il est désormais impossible de ne pas remarquer la prolifération des étiquettes vantant des produits « riches en protéines » ou affichés en anglais comme « high protein ». Ces mentions se trouvent sur une grande variété d’aliments, qu’il s’agisse de yaourts, de boissons lactées, de céréales, de barres énergétiques, de types de pain, de pâtes, de salades ou encore de plats préparés. L’engouement pour cette prétendue richesse nutritionnelle s’est instauré dans presque toutes les catégories de produits alimentaires. Cependant, il est légitime de se demander si cette promesse est réellement fondée et si, en définitive, il faut privilégier la consommation accrue de protéines.

Le rôle stratégique des protéines dans l’organisme et l’état des besoins quotidiens

Les protéines jouent un rôle central dans le bon fonctionnement de notre corps. Selon la spécialiste en micronutrition, Aude Senez, elles constituent un élément essentiel car elles interviennent à plusieurs niveaux. Elles participent principalement au maintien de la masse musculaire, mais aussi à la synthèse d’enzymes, d’hormones et d’anticorps — véritables matériaux de construction et de réparation pour notre organisme. Les besoins en protéines sont quotidiens et varient selon l’âge, le niveau d’activité physique ou encore l’état de santé. Pourtant, malgré la popularité des aliments « protéinés », il ne semble pas y avoir de carence généralisée en France. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), l’apport de référence fixé à environ 0,83 grammes de protéines par kilogramme de poids corporel et par jour pour un adulte en bonne santé est, dans l’ensemble, suffisant pour couvrir les besoins de la majorité de la population.

Protéines : un atout pour certains publics, mais pas une nécessité universelle

Il est toutefois vrai que les protéines deviennent particulièrement importantes dans certains cas précis. Les sportifs, les femmes en pré-ménopause ou encore les personnes âgées ont des besoins accrus, leur objectif étant de préserver leur masse musculaire. Néanmoins, Aude Senez rappelle qu’un apport accru en protéines ne garantit pas à lui seul le développement de la masse musculaire : l’activité physique est également indispensable pour stimuler la croissance musculaire. En ce qui concerne l’usage des protéines dans une optique minceur, il faut faire preuve de prudence : manger plus de protéines ne fait pas directement maigrir. Elles contribuent toutefois à la préservation de la masse musculaire et augmentent la sensation de satiété, aidant ainsi à contrôler la faim.

Se méfier des stratégies marketing derrière certaines allégations

Il est important de garder à l’esprit que, si les protéines sont bénéfiques pour notre santé, toutes les denrées affichant cette mention n’ont pas nécessairement une haute qualité nutritionnelle. Tout ne se vaut pas. En effet, l’étiquetage « protéiné » ne garantit pas la qualité d’un produit. La présence accrue de protéines dans un aliment ne signifie pas automatiquement qu’il soit plus sain. Un snack, une céréale ou une salade mis en avant comme « high protein » peut tout aussi bien contenir des sucres ajoutés, des additifs controversés, ou des ingrédients modifiant la texture, le goût ou la conservation. Beaucoup de ces produits appartiennent à la catégorie des aliments ultra-transformés qui, selon plusieurs études, sont associés à des risques pour la santé. Leur consommation excessive est liée à une augmentation du risque de développer des maladies chroniques, cardiovasculaires ou du diabète de type 2.

Une vérification indispensable face aux produits mis en avant

Une étude récente menée par l’ONG Foodwatch a examiné dix produits mis en avant pour leur teneur en protéines et a constaté que plusieurs d’entre eux contenaient des ingrédients ultratransformés, tels que des amidons modifiés, de la gomme gellane ou encore des carraghénanes. Parmi ces produits figuraient des boissons lactées, des barres de céréales, des salades préparées ou encore des yaourts enrichis en protéines. L’organisation insiste sur le fait qu’il ne faut pas confondre la promesse « riche en protéines » avec une garantie en terme de qualité nutritionnelle. La vigilance est donc de mise : il faut toujours prendre le temps de lire attentivement les étiquettes. Il est conseillé d’être attentif à la quantité de sucres et d’additifs, notamment ceux commençant par la lettre E, que l’on pourrait privilégier d’éviter autant que possible.

Attention à l’impact des produits hyperprotéinés sur le budget et la nutrition

Un autre point à prendre en considération concerne le prix souvent plus élevé de ces produits. La majorité d’entre eux sont vendus à des tarifs bien supérieurs à ceux de leurs équivalents classiques, sans forcément apporter un bénéfice nutritionnel supérieur. À titre d’exemple, les pâtes enrichies en protéines peuvent coûter près de 5,33 euros le kilo (pour des sachets de 400 g), contre 1,83 euro pour la même marque en version ordinaire. De plus, du fromage en tranches renfermant davantage de protéines peut atteindre 18,67 euros le kilo, contre environ 9,25 euros pour une version classique. Pour équilibrer leur alimentation, il est conseillé de privilégier des aliments naturels et peu transformés, tels que les œufs, le poisson, la volaille, le fromage, les produits laitiers comme le yaourt ou le fromage blanc, ou encore des sources végétales comme les lentilles, les pois chiches, les fruits à coque ou encore les amandes. La diversité des choix permet de satisfaire aussi bien les besoins nutritionnels que le budget.

Une consommation équilibrée : la clé pour éviter le exces

Enfin, il ne faut pas tomber dans l’excès ou transformer chaque repas en chasse aux protéines. Comme le rappelle la spécialiste, une consommation excessive peut avoir des effets indésirables, notamment en cas de troubles digestifs, avec des ballonnements ou d’autres inconforts. Il faut également faire preuve de vigilance chez les personnes souffrant de problèmes rénaux, car un apport excessif en protéines peut aggraver leur état. La règle d’or reste de faire preuve de bon sens : en vérifiant la composition des aliments, en évitant les produits trop transformés ou trop riches en sucres et en privilégiant toujours des aliments simples, qui permettent déjà d’assurer un apport suffisant en protéines naturelles. La modération reste la meilleure stratégie pour préserver sa santé.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.