Le rappeur Boro700 jugé pour apologie du terrorisme à Paris

Sophie Lambert

Un artiste énigmatique face à la justice pour ses paroles provocantes

Le visage de cet artiste, dont l’identité demeure discrète et dont l’apparence est habituellement dissimulée, ne parvient pas à échapper à l’attention publique en raison de ses propos controversés. En effet, c’est la chanson intitulée MRH, qui évoque notamment les attaques terroristes perpétrées par Mohamed Merah et Salah Abdeslam, qui a attiré l’attention des autorités. Le 21 octobre prochain à Paris, le rappeur devra répondre de ses déclarations devant la justice, dans le cadre d’une procédure pour « apologie du terrorisme ». La dénonciation de ses paroles a été effectuée par le Pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH), révélant que ce chanteur devra faire face à des accusations portées pour incitation à commettre des actes terroristes, ainsi que d’incitation à des crimes contre l’humanité. La procédure concerne également des menaces de mort sous réserve, précise le ministère public, qui a confirmé cette information à RTL.

Les poursuites à son encontre surviennent dans un contexte où ses paroles ont été jugées inacceptables par beaucoup, alors que son anonymat contribue à accentuer le mystère qui l’entoure. La constitution de ce dossier judiciaire repose sur une enquête approfondie menée par les services du PNLH, qui a été engagée à la suite de la diffusion de vidéos sur les réseaux sociaux. Ces vidéos, datées du 5 octobre, montrent notamment des jeunes lycéens reprenant la chanson MRH, en chantant des paroles évoquant notamment Mohamed Merah. Ces images ont rapidement circulé en ligne, suscitant une réaction furieuse de la part des autorités qui ont considéré ces actes comme une forme d’apologie publique.

Une investigation centrée sur la diffusion des messages sur Internet

L’enquête a pour but de déterminer si cette simple représentation verbale constitue une incitation claire à commettre des actes terroristes, en soulignant la dimension publique de cette diffusion. La justice a ainsi considéré que la mise en ligne de ces vidéos participait à une forme d’incitation à la violence, ce qui a motivé la décision d’ouvrir une procédure pour « apologie publique d’un acte de terrorisme ». La diffusion des paroles du rappeur dans un contexte scolaire, à travers ces vidéos partagées sur les médias sociaux, a été perçue comme une tentative de provoquer ou d’encourager des actes de violence. Le parquet a souligné la gravité de ces faits, tout en précisant que des mesures étaient prises pour faire la lumière sur ces diffusions qui risquent de favoriser la propagation d’un discours haineux.

Au centre de l’enquête, la question est aussi de savoir dans quelle mesure ces paroles peuvent être assimilées à une incitation directe à des actes violents. La présence des jeunes lycéens chantant ces paroles pose également une problématique liée à la responsabilité de l’entourage scolaire et à la manière dont ces messages sont relayés et perçus par la jeunesse. La multiplication des vidéos relayant ces propos dans différents lieux de France montre à quel point la diffusion de ce type de contenus peut alimenter une dynamique de banalisation de la violence et du terrorisme dans certains milieux.

Des propos à forte charge symbolique et contextuelle

Les paroles reprises sur les vidéos évoquées comportent des références évidentes à Mohamed Merah, connu pour avoir tué un enseignant et trois enfants dans une école juive de Toulouse en 2012, ainsi qu’à Salah Abdeslam, condamné pour sa participation aux attentats du 13 novembre 2015 à Paris. Parmi les exemples cités par le parquet, on trouve des phrases telles que : « À la Mohamed Merah, v-esqui’ (pour esquiver) les caméras » ou encore « Bataclan, je l’ai shooté à l’œil, chasse à l’homme, Salah Abdeslam ». Ces propos, qui relèvent d’un langage provocateur, se veulent sans doute une forme de provocation, mais ils sont également perçus comme une incitation à la violence, étant donné leur contexte.

L’ampleur de cette affaire est accentuée par la déclaration de certains membres de l’équipe du rappeur ainsi que par le ministère public, qui ont souligné leur condamnation ferme de tout acte ou parole pouvant encourager le terrorisme ou la haine. Le message public diffuse par ces paroles, considéré comme une glorification des actes terroristes, soulève la question de la liberté d’expression face à la nécessité de préserver la sécurité et la cohésion sociale. Le manager du rappeur a précisé que, malgré la diffusion de ces chansons, ni lui ni l’artiste ne partagent ces idées, et qu’ils condamnent toute forme de violence ou de doctrine haineuse. Toutefois, ces déclarations ont conduit à une mise en examen du rappeur pour apologie du terrorisme, ce qui pourrait entraîner des conséquences juridiques lourdes.

Jeunes et attentats : une répercussion inquiétante

Parallèlement à cette procédure judiciaire, trois adolescents, dont l’âge tourne autour de 13 ans, ont été placés en garde à vue à Orléans. La raison : ils ont été filmés en train de chanter la chanson en question dans un lycée lors d’une manifestation récente. La diffusion de cette vidéo, largement relayée sur les réseaux sociaux, a suscité une vive réaction, notamment de la part du parquet, qui a lancé une enquête pour déterminer si ces jeunes ont propageé un message d’incitation à la violence ou à la haine. Le diocèse de Luçon a également exprimé son indignation, dénonçant une atteinte grave à la sacralité d’un lieu de culte. Ces adolescents, dont l’âge relatif pourrait alarmer, sont désormais sous surveillance judiciaire, et leur cas soulève la question des influences engendrées par ces chansons dans la jeunesse.

De plus, un euro-député du Rassemblement national a également publié la vidéo sur la plateforme X, déclarant qu’il avait aussitôt alerté le procureur de la République sur ces faits. Ce contexte met en évidence la prégnance de ce phénomène dans la société, où des jeunes sont aujourd’hui impliqués dans la diffusion de contenus pouvant encourager la haine ou la violence, souvent sans conscience de la portée de leurs actes. La multiplication de ces incidents incite à un débat sur la responsabilité collective en matière de prévention de la radicalisation et la nécessité de sensibiliser davantage la jeunesse aux dangers liés à la propagation de messages extrémistes.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.