L’apnée du sommeil augmente considérablement le risque de troubles de la santé mentale

Sophie Lambert

Impact de l’apnée obstructive du sommeil sur la santé mentale : un lien renforcé avec le temps

Les ronflements, la fatigue intense et la somnolence constante sont des signaux que certains spécialistes prennent très au sérieux. Des chercheurs de l’Institut de recherche de l’hôpital d’Ottawa ainsi que de l’Université d’Ottawa, situés au Canada, ont approfondi cette problématique pour mieux comprendre ses conséquences sur la santé mentale. Leur étude a révélé que le risque élevé de souffrir d’apnée obstructive du sommeil pouvait entraîner une augmentation d’environ 40 % des chances de développer des troubles psychologiques ou psychiatriques. L’apnée du sommeil, ou syndrôme d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil, est un trouble fréquent dans lequel la respiration lors du sommeil est interrompue de manière répétée, en partie ou totalement, par des obstructions des voies respiratoires supérieures, provoquant des pauses respiratoires. Ces interruptions de la respiration nocturne sont à l’origine de perturbations du sommeil qui peuvent avoir de graves répercussions sur la santé.

Les mécanismes derrière ce trouble sont principalement dus à des obstructions chroniques des conduits respiratoires supérieurs, que celles-ci soient totales ou partielles. Ces interruptions respiratoires fréquentes déclenchent souvent une réaction de stress via le système nerveux, ce qui fragmentent la qualité du sommeil et conduisent à une faible oxygénation du sang. Si cette condition n’est pas traitée, elle peut favoriser l’émergence ou l’aggravation de divers troubles de santé mentale, en raison de l’impact de l’hypoxémie intermittente et du sommeil non réparateur. Au fil du temps, ces effets peuvent poser un réel problème pour le bien-être psychologique.

Une étude publiée dans le journal médical JAMA Network Open a récemment essayé de déterminer si l’apnée du sommeil pouvait être associée au développement simultané ou ultérieur de troubles mentaux. Pour ce faire, plus de 30 000 adultes, dont l’âge variait entre 45 et 85 ans, ont été suivis dans le cadre de cette recherche. Parmi eux, près de 28 000 ont fourni des données de suivi, avec une durée médiane de suivi d’environ 2,9 ans. L’objectif était de mieux comprendre si ces deux problématiques étaient liées dans le temps.

L’aggravation du risque avec le temps

Les résultats ont montré qu’un risque élevé d’apnée obstructive du sommeil pouvait être identifié grâce à un score supérieur ou égal à 2, basé sur un questionnaire détaillé. Ce score comprenait des éléments tels que le ronflement, la somnolence diurne excessive, la reconnaissance par un proche d’épisodes d’apnée, ainsi que l’existence d’hypertension artérielle. Environ 7 500 personnes ont été classifiées comme ayant un risque élevé, tandis que 8 851 autres ont été diagnostiquées avec un trouble de santé mentale. Ce qui signifie que le lien entre ces deux conditions est significatif et que la présence d’un risque élevé d’apnée augmente notablement la probabilité de développer un trouble mental.

Après avoir ajusté les résultats pour prendre en compte d’autres variables influentes, les chercheurs ont constaté que le risque élevé d’apnée du sommeil était associé à une augmentation de près de 40 % de la probabilité d’être atteint de troubles psychiques. En poursuivant le suivi des participants, ils ont également observé que ce risque a tendance à s’intensifier avec le temps, atteignant une hausse à 44 % de l’incidence d’un trouble mental chez ceux qui présentent un risque élevé au fil des années.

Selon les experts, ces résultats permettent de combler un vide dans la compréhension du lien entre l’apnée du sommeil et la santé mentale. Ils insistent sur l’importance d’instaurer des stratégies de dépistage systématique, notamment chez les personnes présentant des signes évidents d’apnée, afin d’intervenir rapidement et de prévenir l’apparition ou la progression de troubles psychiques. Il est fortement recommandé de procéder à un dépistage diligent de la dépression, de l’anxiété ou d’autres troubles mentaux chez les individus âgés qui présentent des symptômes évocateurs de l’apnée du sommeil, pour limiter les conséquences à long terme.

Ce travail de recherche souligne donc combien le lien entre le sommeil non réparateur et la santé mentale est crucial. La mise en place d’une prise en charge précoce pourrait permettre d’améliorer significativement la qualité de vie de nombreux patients, tout en réduisant le fardeau global que représente ce trouble dans la société.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.