La hausse du recours à l’IVG continue en France, indiquant une tendance croissante.

Sophie Lambert

Les interruptions de grossesse en France en 2025 : une hausse notable et des tendances en mutation

En 2025, la France a recensé 259 400 interruptions volontaires de grossesse (IVG), enregistrant une augmentation de 2,9 % par rapport à l’année précédente. Ces chiffres proviennent du dernier bilan publié par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), qui souligne notamment qu’en 2025, environ un quart des IVG ont été pratiquées en milieu urbain par des sages-femmes. Cette évolution témoigne d’un changement dans la façon dont les services de santé proposent ces interventions, tout en soulignant une hausse globale du recours à l’IVG dans le pays.

Une tendance fluctuante depuis le début des années 2000

L’évolution du taux de recours à l’IVG en France s’inscrit dans une dynamique complexe, traversant différentes phases depuis le début des années 2000. Jusqu’à la fin des années 2010, ce taux est resté relativement stable, oscillant autour de 15 IVG pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Cependant, à partir de cette période, une première hausse s’est dessinée, puis a connu une interruption lors de la pandémie de Covid-19 entre 2020 et 2021. Par la suite, le recours à l’IVG a poursuivi sa progression, atteignant en 2025 un taux de 17,8 pour mille. La croissance concerne désormais toutes les tranches d’âge comprises entre 15 et 49 ans, y compris les femmes plus jeunes, chez qui l’on observait une diminution du recours à l’IVG avant la crise sanitaire.

La majorité des IVG pratiquées par voie médicamenteuse en 2025

Une transformation majeure dans la manière dont sont réalisées les IVG a été constatée au fil des années. En 2025, plus de 80 % des IVG ont été effectuées à l’aide de médicaments, ce qui marque une progression significative par rapport à 2004, où la pratique consistait principalement en des interventions en établissement de santé. Seul un peu plus de la moitié des IVG ont désormais lieu dans des structures hospitalières, principalement publiques, contre la totalité des cas en 2004.

La montée en puissance des IVG médicamenteuses hors établissements de santé

Ce changement s’explique en grande partie par l’augmentation du nombre d’IVG médicamenteuses réalisées en dehors des hôpitaux ou cliniques. En 2025, cette méthode représentait jusqu’à 81 % de l’ensemble des IVG, une hausse de 1 point par rapport à l’année précédente. La tendance ne date pas d’hier : cette progression continue est observée depuis 2001, où la proportion de cette pratique était de 31 %. La facilité d’accès et la possibilité de recourir à cette méthode dans un cadre libéral rendent cette évolution sans surprise.

Des disparités selon l’âge et le lieu d’intervention

Chez les femmes de moins de 25 ans, la répartition temporelle des IVG montre une nette tendance : 14 % des IVG étaient effectuées après la 10e semaine d’aménorrhée, contre seulement 9 % pour les femmes de 25 ans ou plus. De plus, les interventions en établissement de santé restent plus courantes pour cette tranche d’âge, représentant 60 % des IVG chez les moins de 25 ans, contre 49 % chez les plus âgées. Cela reflète probablement des différences dans l’accès ou la décision de recours à un cadre médical ou en centre.

La part croissante des sages-femmes en cabinet libéral

En 2025, plus de la moitié des IVG ont été effectuées hors des établissements hospitaliers, en majorité dans des cabinets libéraux ou des centres de santé. Près de 60 000 IVG ont été réalisées par des sages-femmes en pratique libérale cette année-là, ce qui constitue une part importante du dispositif, supérieure à celle des médecins généralistes ou des gynécologues médicaux et obstétriciens. La pratique encadrée par les sages-femmes continue de s’intensifier, avec une croissance de 15 % par rapport à 2024.

Des différences régionales marquées

Le taux de recours à l’IVG varie fortement selon les territoires d’outre-mer et les régions métropolitaines. Dans les départements et régions d’outre-mer (DROM), ce taux atteint 33 ‰, soit deux fois et demie plus élevé qu’en métropole, où il s’élève à 17,8 ‰. La Guadeloupe et la Guyane affichent même des taux supérieurs à 45 ‰. En métropole, des écarts substantiels existent également : la Provence-Alpes-Côte d’Azur affiche un taux de 23 ‰, contre seulement 12,6 ‰ en Pays de la Loire. Enfin, il convient de noter qu’en Guyane et à Mayotte, le recours à l’IVG a enregistré une baisse pour la troisième année consécutive, malgré la tendance générale à la croissance.

Une pratique médicamenteuse majoritaire

Il est à souligner que la méthode médicamenteuse concerne principalement l’interruption volontaire de grossesse et peut être pratiquée en ville jusqu’à la 7e semaine de grossesse (9e semaine d’aménorrhée). La montée en puissance de cette pratique offre aux femmes davantage de possibilités d’accéder à une IVG dans un cadre plus flexible, tout en réduisant, dans certains cas, la nécessité de se rendre en établissement de santé.

Dans l’ensemble, ces données illustrent une évolution continue dans la manière dont les IVG sont pratiquées en France, avec une tendance forte vers la médicalisation ambulatoire et la délégation à des professionnels libéraux, tout en mettant en évidence d’importantes disparités géographiques et générationnelles.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.