Jean-Luc Ployé à Colmar pour parler des tueurs en série le 6 mars

Sophie Lambert

Jean-Luc Ployé : Quarante-deux ans au service de la psychologie judiciaire

Jean-Luc Ployé, dont l’humilité ne cesse de croître au fil des années passées dans sa profession, partage son parcours avec une sincérité remarquable. Depuis plus de quatre décennies, cet expert en psychologie légale a accumulé une expérience considérable, réalisant environ 15 000 évaluations d’ordre psychiatrique et intervenant dans près de 1 000 procès criminels, notamment devant la cour d’assises. Au fil du temps, il a vu évoluer la nature des affaires auxquelles il a contribué, parfois avec des échanges vifs, notamment lors de confrontations avec des figures telles que Maître Dupond-Moretti. Sa vocation est née lors d’un événement marquant : il raconte sa jeunesse à Troyes, où il attendait ses résultats du baccalauréat. Devant son lycée, il a eu l’opportunité d’assister à une plaidoirie de Robert Badinter dans une affaire de grande envergure, celle du procès de Buffet et Bontems, ce qui a profondément marqué sa conscience et éveillé en lui une passion pour la justice et la psychologie judiciaire.

Une vision lucide de la société et de ses déviances

Selon lui, le rôle du psychologue judiciaire est de servir de miroir aux dysfonctionnements profonds de la société. Il insiste sur le fait que ces maux ne sont pas toujours les mêmes qu’auparavant. Autrefois, il évoque la courtoisie et le sens de l’honneur dont faisaient preuve certains criminels notoires, comme ceux du gang des Postiches. Aujourd’hui, la donne a changé : la violence a explosé, et les profils criminels se montrent souvent d’une extrême brutalité, la société ayant perdu de vue certains codes d’honneur qui semblaient autrefois prévaloir. Pour lui, la psychologie judiciaire représente une manière d’entrer en contact avec ces réalités difficiles et souvent obscures.

Le rôle de baromètre social et ses rencontres avec la criminalité extrême

Le praticien considère également qu’il agit comme un indicateur des tendances de la société. Son observation est alarmante : il constate que le climat social se dégrade, reflétant une société plus violente et plus instable. Au fil de sa carrière, il a eu l’occasion de côtoyer des criminels tristement célèbres, tels que Francis Heaulme, Pierre Chanal ou Michel Fourniret, tous des tueurs en série. Ces rencontres, notamment avec Michel Fourniret lors de son internement à Ensisheim, ont profondément marqué ses perceptions. Il confie que c’est surtout le couple formé par Fourniret et Monique Olivier qui l’a frappé : selon lui, c’est cette dernière qui aurait manipulé et encouragé le tueur dans ses actes, lui donnant ainsi le « permis » de commettre ses crimes. Ces expériences lui ont permis de mieux comprendre l’ampleur du mal et la façon dont la manipulation psychologique peut jouer un rôle déterminant dans ces affaires.

Une expertise sur mesure, jusqu’au quotient intellectuel

Parmi ses missions, il a été chargé d’évaluer le quotient intellectuel de la compagne de l’un de ces criminels. Il révèle que celle-ci possède un QI de 131, une valeur rare qui la place dans les 2 % de la population française la plus brillante selon ses constatations. Il explique que ses évaluations attirent souvent l’attention des sujets, qui sont souvent prompts à revivre ou à revendiquer leurs fantasmes criminels lors des évaluations. Cependant, il reste conscient des risques de manipulation dans ce type d’affaires : il admet avoir pu lui-même être manipulé à certaines occasions. Auteur des livres « L’approche du mal » et « La passion du mal », il confie que ses diagnostics peuvent ne pas être exempts d’erreurs, espérant faire au mieux pour éviter toute mauvaise interprétation.

Une conférence à Colmar pour approfondir la réflexion

Le 6 mars à 19h45, une conférence sera organisée au cinéma CGR de Colmar, où Jean-Luc Ployé partagera ses expériences, ses réflexions et ses analyses sur le crime et la psychologie. Cet événement s’inscrit dans un contexte où la compréhension du mal et des profils criminels devient plus que jamais essentielle pour saisir certains aspects fondamentaux de notre société.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.