Insulter ou jurer peut booster vos performances, comme le prouve une étude en psychologie

Sophie Lambert

Le pouvoir insoupçonné du jurons dans l’amélioration des performances

Selon les travaux du Dr Richard Stephens, chercheur en psychologie à l’université de Keele, située au Royaume-Uni, il apparaît que dans beaucoup de circonstances, les individus ont tendance à freiner l’usage de leur force, qu’ils en aient conscience ou non. D’après lui, l’acte de proférer des jurons constitue une méthode simple permettant d’accroître sa concentration, de renforcer la confiance en soi, et de réduire la tendance à se disperser. En clair, jurer peut être une façon de se donner un coup de pouce pour oser davantage dans diverses situations.

Une pratique suivie d’expériences révélatrices

Le même scientifique avait précédemment mis en évidence – lors d’expériences où les participants devaient garder leur main plongée dans de l’eau glacée le plus longtemps possible – que l’expression de jurons pouvait réellement améliorer leurs performances. Ces observations suggèrent que le fait de laisser sortir ses mots crus en situation de stress ou d’effort intense pourrait avoir un effet bénéfique en permettant aux individus de dépasser leurs limites habituelles.

Une étude approfondie sur l’impact de l’insulte

Pour explorer ce phénomène plus en détail, l’équipe de Richard Stephens a mené une étude impliquant 200 personnes. Ces participants ont été invités à réaliser des pompes, un exercice physique exigeant. Lors de cette activité, certains d’entre eux étaient autorisés à prononcer des jurons pour se motiver, tandis que d’autres devaient utiliser des expressions plus neutres ou sans charge émotionnelle. Après l’exercice, chaque sujet a répondu à un questionnaire portant sur leur état mental durant la tâche, leur ressenti d’émotions positives, leur niveau de distraction ainsi que leur confiance en eux.

Les résultats, concrets et encourageants

Les conclusions de cette recherche indiquent que ceux qui ont privilégié le juron pendant leur effort ont réussi à maintenir leur effort plus longtemps que les autres. La recherche a révélé que, par le biais du juron, les individus parvenaient à se libérer de certaines contraintes sociales et à se pousser au-delà de leurs limites habituelles. Selon les auteurs, « jurer peut être considéré comme un outil, dépourvu de substances ilícites et peu coûteux, qui se révèle rapidement accessible en cas de besoin d’un soutien supplémentaire ». En somme, un véritable coup de pouce psychologique que chacun peut invoquer à tout moment.

Une motivation souvent mal perçue

Désormais, la prochaine fois que vous surprendrez quelqu’un proférant une insulte, il se pourrait que cette personne ne fasse qu’essayer de se donner du courage ou d’augmenter ses capacités, sans même s’en rendre compte. En réalité, ce comportement pourrait être une stratégie volontaire ou subconsciente pour puiser dans ses réserves émotionnelles et physiques afin d’atteindre ses objectifs.

Le cas emblématique de John McEnroe, maître du juron dans le sport

Pour illustrer cette idée, il est impossible de ne pas évoquer l’ancienne star du tennis, John McEnroe. Une figure emblématique, dont la carrière a été marquée à la fois par l’excellence et des accès de colère spectaculaires. Dès la fin des années 1970 et le début des années 1980, McEnroe était reconnu comme le numéro un mondial, mais aussi pour son tempérament fougueux. Son célèbre « You cannot be serious ! », lancé à un arbitre lors de Wimbledon en 1981, est devenu une phrase culte dans l’histoire du sport. La passion, la colère, et les hurlements assourdissants rythmaient ses matches, donnant l’impression qu’il abordait chaque point comme un véritable combat intérieur, sans filtre ni retenue.

Les jurons comme levier de concentration et de motivation

Très loin d’être de simples incidents de perte de contrôle, ces colères et jurons faisaient partie intégrante de sa stratégie mentale. En exprimant sa frustration, McEnroe parvenait à se recentrer, à retrouver de l’énergie, et à relancer son jeu. Cette manière d’utiliser ses mots pour se stimuler psychologiquement correspond parfaitement aux études récentes qui proposent que jurer permet de briser les barrières mentales, de mobiliser davantage d’énergie intérieure, et de repousser ses propres limites. Là où certains voient un simple accès de colère, d’autres y ont détecté une technique d’autostimulation salvatrice.

Une expression de liberté pour le mental

Ce que montre le parcours de McEnroe, c’est qu’injurier ou jurer ne constitue pas forcément un signe de perte de contrôle, mais peut plutôt s’inscrire dans une démarche volontaire pour mieux gérer ses émotions, augmenter ses performances, ou affronter la pression. En libérant ses frustrations par la parole, il parvenait à se recentrer, à retrouver du quart de tour, et à faire face à la tension avec une attitude plus concentrée et plus énergique. La puissance du juron, dans ce contexte, apparaît alors comme un outil de libération psychologique, facilement accessible, et sans effets secondaires, mais d’une efficacité remarquable pour ceux qui savent l’utiliser intelligemment.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.