Il faut agir tôt contre l’obésité pour prévenir les complications de santé

Sophie Lambert

Une perception erronée persistante : 40 % des Français pensent que l’obésité résulte d’un manque de volonté

D’après une enquête menée par OpinionWay pour le compte du laboratoire Lilly, près de la moitié des citoyens français croient encore que l’obésité est principalement due à un défaut de motivation ou de discipline. Pourtant, cette condition est maintenant reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une maladie chronique. Il s’agit d’un trouble complexe, qui résulte de multiples facteurs : génétiques, biologiques, hormonaux, métaboliques, psychologiques ainsi que liés à l’environnement, explique Hanane Guillard, qui occupe le poste de directrice générale de la Ligue nationale contre l’obésité et exerce en tant que nutritionniste-diététicienne au Centre hospitalier universitaire de Montpellier (Hérault).

Changer la vision publique pour mieux accompagner les patients

Hanane Guillard insiste sur l’importance d’éduquer la population sur la nature réelle de cette maladie. « Il est crucial d’accroître la compréhension collective à ce sujet, car l’obésité est souvent victime d’une stigmatisation sévère. Lorsqu’une personne souffre de cette pathologie, elle est généralement rapidement jugée et assimilée à une personne manquant d’efforts. Pourtant, il ne s’agit pas uniquement d’un problème de volonté ». Former le grand public à revoir son regard sur cette maladie constitue une étape essentielle. Cela permet de réduire la culpabilisation que ressentent les malades et de faciliter leur accès aux soins. « Considérer l’obésité comme une faiblesse personnelle empêche de leur proposer une prise en charge adaptée », souligne Hanane Guillard.

Insister sur une prise en charge précoce pour éviter des complications graves

Il est primordial de diagnostiquer et de commencer le traitement dès les premiers signes pour prévenir ou repousser l’apparition de complications souvent irréversibles. L’obésité peut entraîner divers problèmes de santé, notamment :

Les risques liés à l’obésité

  • des troubles métaboliques comme le diabète de type 2 ;
  • des maladies du cœur et des vaisseaux, telles que l’hypertension, les infarctus ou les accidents vasculaires cérébraux (AVC) ;
  • des dysfonctionnements respiratoires, notamment le syndrome d’apnée du sommeil ;
  • des douleurs articulaires ainsi qu’une mobilité réduite ;
  • certains types de cancers ;
  • et enfin, un fort impact sur la santé psychologique.

« On dénombre aujourd’hui jusqu’à 19 pathologies associées à l’obésité », indique Hanane Guillard. La gravité de ces complications est d’autant plus préoccupante qu’elles tendent à apparaître à un âge de plus en plus jeune. Nous constatons par exemple que certains adolescents développent désormais un diabète de type 2, une maladie précédemment rencontrée principalement chez les adultes de plus de quarante-cinq ou cinquante ans. Ce changement d’évolution représente une alerte majeure, soulignant l’urgence d’agir rapidement », poursuit-elle. Selon elle, une intervention précoce dans la prise en charge est la meilleure façon de réduire la probabilité de développer des problèmes métaboliques et cardiovasculaires à long terme.

Une démarche thérapeutique intégrée et multidisciplinaire

Traiter l’obésité demande la mise en place d’une démarche thérapeutique structurée, adaptée à chaque patient et évolutive au fil du temps. La complexité de cette pathologie, qui résulte de nombreux facteurs, impose une approche qui mobilise plusieurs spécialistes. « Lorsqu’il s’agit d’une maladie multifactorielle, il est indispensable d’adopter une prise en charge qui couvre plusieurs dimensions », explique la spécialiste.

Une prise en charge complète combinant plusieurs disciplines

Le parcours de soins doit inclure un suivi médical régulier, un accompagnement nutritionnel personnalisé, un soutien psychologique pour surmonter les obstacles émotionnels, une pratique régulière d’activité physique adaptée, et, en fonction des cas, la mise en œuvre de traitements médicamenteux ou la réalisation d’une chirurgie bariatrique. Cependant, aucun de ces éléments ne doit être considéré isolément. « Les traitements médicamenteux ou la chirurgie, par exemple, doivent faire partie d’un protocole global intégrant des mesures hygiéno-diététiques et une activité physique correspondant à la situation de chaque patient », précise Hanane Guillard. < /i> Cette coordination entre différentes approches favorise non seulement la réduction du poids lorsque cela est nécessaire, mais surtout la prévention des rechutes et des complications à long terme, en assurant un accompagnement global et efficace.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.