Elle a vaincu six cancers à 40 ans après avoir vécu l’effondrement de son monde dû à un syndrome rare

Sophie Lambert

Une lutte contre le cancer débutée à 24 ans : le témoignage de Jennifer Dufresne

Lorsque Jennifer Dufresne a appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein à l’âge de 24 ans, sa première réaction a été de se sentir étrangement injuste : « Quand on me l’a annoncé, je me suis demandée : “Mais pourquoi moi ?” » confie la jeune femme originaire de Bruyères-sur-Oise dans le Val-d’Oise. Malgré une hygiène de vie exemplaire, sans antécédents familiaux ni mauvaises habitudes comme le tabac, cette Canadienne s’est retrouvée confrontée à cette terrible réalité en 2010, alors que la campagne de sensibilisation Octobre rose venait de commencer, visant à encourager le dépistage précoce de cette maladie.

Un début de parcours difficile et surprenant

Le parcours médical de Jennifer a connu ses premiers rebondissements lorsqu’elle a découvert une masse dans sa poitrine, il y a seize ans. La jeune femme a immédiatement informé sa gynécologue, qui lui a prescrit une échographie suite à ses inquiétudes. Cependant, le radiologue rassura Jennifer en lui assurant qu’il ne s’agissait que d’une simple graisse. Elle a alors repris sa vie comme si de rien n’était, convaincue que tout allait bien. Pourtant, la masse ne cessait de croître, accompagnée de autres symptômes qui commençaient à apparaître. Constatant une incohérence dans le compte-rendu de la première consultation, la gynécologue a orienté Jennifer vers un spécialiste dédié aux maladies du sein pour un examen plus approfondi.

Un traitement intense et des sacrifices personnels

Le diagnostic précis est tombé rapidement, et tout s’est accéléré : IRM, ponction, puis analyse des résultats. Jennifer a été immédiatement dirigée vers l’Institut Curie à Paris, où elle a entamé une chimiothérapie innovante importée des États-Unis. Pendant près d’un an et demi, elle a reçu des traitements toutes les trois semaines, combinés à une trentaine de séances de radiothérapie pour tenter d’arrêter la progression de la maladie. L’épreuve ne s’est pas limitée à la seule chimiothérapie, puisqu’elle a également décidé de poursuivre des études d’esthéticienne, un rêve qu’elle voulait réaliser malgré sa santé fragile. La maladie et ses traitements l’ont forcée à prendre des pauses régulières, obligeant notamment ses camarades à lui transmettre ses cours et lui permettre de passer ses examens dès son retour en classe. Ce soutien a été vital, et Jennifer en garde un profond respect pour les personnes qui l’ont accompagnée dans cette période difficile.

Une récidive inattendue et une nouvelle bataille

Après deux années de lutte acharnée, Jennifer pensait que sa santé était définitivement stabilisée, qu’elle avait vaincu le cancer, et qu’elle pouvait poursuivre ses études sereinement. Cependant, en 2014, des douleurs persistantes dans le bas du dos, évoquant une sciatique, ont récemment commencé à la préoccuper. La jeune femme a décidé de passer une radiographie du rachis lombaire. La révélation qui en a découlé a été un choc : elle a appris qu’elle souffrait en réalité d’une nouvelle maladie, un ostéosarcome ou cancer des os, qui s’était rapidement développé dans la hanche, comprimant des nerfs essentiels. La nouvelle a été dévastatrice et lourde de conséquences : elle a été contrainte de cesser son travail et de recourir à une morphine inefficace pour soulager ses douleurs neuropathiques.

Une vie bouleversée par la réalité d’un handicap

Face à cette nouvelle étape, seule la chimiothérapie s’est avérée capable de freiner la progression du cancer. Jennifer a suivi de longues sessions toutes les trois semaines durant trois mois, perdant jusqu’à 17 kilos lors de cette période éprouvante. Suite à une opération de huit heures pour retirer la tumeur, puis une autre de quatre heures pour extraire le sacrum — l’os situé au-dessus du coccyx — et y insérer des vis au bassin, elle a survécu à cette étape critique, mais des séquelles irréversibles sont restées. Elle se souvient parfaitement des mots qu’on lui a adressés à l’époque : « On m’a fait comprendre que je serais désormais handicapée. » En réalité, cette information lui a été délivrée de façon indirecte, sans explication claire. Elle a également découvert que ses médecins soupçonnaient un syndrome de Li-Fraumeni, une maladie génétique rare qui prédispose à plusieurs types de cancers précoces. Cependant, elle a longtemps hésité à réaliser le test, portée par cette question persistante : « Pourquoi moi ? » Ce n’est qu’après cette nouvelle rechute qu’elle a décidé d’engager une démarche proactive pour connaître ses risques génétiques.

Une série de cancers et un défi de suivi médical

Depuis ce diagnostic complexe, Jennifer doit suivre un protocole médical strict. Chaque année, elle doit subir une IRM complète du corps et du cerveau, en plus de contrôles spécifiques de la thyroïde, car cette dernière a également été touchée par un cancer. Ces examens réguliers ont un impact notable sur sa vie professionnelle. Son emploi dans un institut de beauté a été aménagé de manière à réduire ses contraintes physiques : elle ne peut plus rester longtemps debout, ni adopter certaines postures, ce qui l’a conduite à changer de parcours professionnel pour devenir secrétaire dans un centre d’imagerie médicale. Ce nouveau métier lui permet de continuer à œuvrer dans le domaine de la santé, tout en restant en lien avec la notion de soin, en aidant les autres avec beaucoup de compassion et de bienveillance.

Une résilience à toute épreuve

Malgré un corps fragilisé par des années d’épreuves successives, l’expérience a durci le mental de Jennifer. Elle raconte avoir été très affectée au moment où elle a dû quitter son domicile pour son ostéosarcome, se sentant jugée par le regard des autres. Aujourd’hui, elle tente de se détacher de ces regards et de cultiver une attitude positive. Elle déclare ressentir une profonde gratitude envers sa famille, qui a toujours été présente pour elle, et qui, selon ses dires, n’a presque jamais laissé paraître la moindre faiblesse ou émotion. Son histoire témoigne de sa force intérieure face à la maladie et à la fatalité, avec un regard résolument tourné vers l’avenir.

Elle a également commencé à envisager une extension de sa famille, bien que la probabilité de transmettre le syndrome de Li-Fraumeni soit de 50 %. Après avoir longtemps repoussé cette idée, elle a décidé d’entamer un parcours de procréation médicalement aidée avec son compagnon, lui-même père d’une adolescente. Elle souhaite profiter de cette étape pour sensibiliser et partager son expérience, afin d’apporter soutien et espoir à ceux qui vivent des situations similaires.

Une vie marquée par la résilience et l’espoir

En conclusion, le parcours de Jennifer illustre la force et le courage que nécessite cette maladie complexe et évolutive. Si la maladie a laissé des traces profondes, elle n’a pas réussi à briser l’esprit de cette femme, décidée à continuer d’avancer, à s’adapter et à garder espoir en un avenir meilleur. Son histoire rappelle l’importance d’un suivi médical rigoureux pour détecter à temps toute rechute ou nouvelle tumeur, tout en soulignant la nécessité d’un accompagnement humain et empathique pour faire face à la maladie.

Les défis personnels et médicaux que Jennifer a affrontés en vingt-quatre années témoignent de la complexité des cancers précoces et de leur impact à long terme. Sa détermination et sa capacité à rebondir sont inspirantes et illustrent un combat qui va bien au-delà du corps, touchant à la force intérieure et à la résilience humaine face à l’adversité.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.