Dix ans du festival Opération quartiers populaires en Alsace, Strasbourg, Marseille et Mantes-la-Jolie

Sophie Lambert

Le festival OQP : quand la persévérance face aux défis financiers

L’anniversaire des dix ans du festival OQP, également appelé Opération quartiers populaires, a failli ne pas voir le jour. La Fabrique artistique, culturelle et citoyenne (Facc), basée à Strasbourg et à l’origine de cet événement, a été confrontée à une difficulté financière majeure, avec une réduction de 46 000 euros de son budget. Cette diminution aurait pu entraîner l’abandon complet du festival, laissant ainsi un vide dans le paysage culturel local. Le directeur de la Facc, Yan Gilg, explique que « OQP est bien plus qu’un simple festival, c’est une vitrine qui doit également refléter l’état d’urgence à laquelle sont confrontés nos quartiers ». Il souligne aussi que ceux qui sont pleinement investis dans cette initiative constatent que des efforts ont été faits pour réaliser des économies, même dans des zones où la vulnérabilité est particulièrement criante. La menace de devoir mettre fin à cette manifestation a donc été tangible, mais la détermination des organisateurs a permis de surmonter cette crise et de maintenir l’événement.

Une démarche engagée au service des quartiers marginaux

Depuis une décennie, la Facc mène une lutte constante pour soutenir, développer et professionnaliser les projets artistiques, sociaux et écologiques émanant de quartiers souvent stigmatisés ou relégués. La philosophie de cette association repose sur la création de liens solides entre plusieurs villes telles que Strasbourg, Marseille, Mantes-la-Jolie, ainsi que Dakar, au Sénégal. Ces échanges permettent d’échanger des bonnes pratiques, mais également de valoriser l’énergie artistique de ces quartiers. Les dernières périodes électorales municipales ont confirmé que ces quartiers ne sont pas ce que l’on pourrait qualifier de déserts politiques, bien au contraire. Ils apparaissent souvent comme des foyers de créativité et d’innovation, proposant aussi bien des modèles économiques alternatifs que des initiatives culturelles originales. La Facc, à travers ses différentes branches d’action, qui incluent la gestion d’entreprises, la formation dans le domaine du hip-hop, la création de studios de production musicale ou encore des spectacles d’humour, œuvre, à son niveau, pour faire évoluer la perception de ces quartiers. Leur engagement bénéficie aussi du soutien des pouvoirs publics ainsi que de la Fondation pour le logement, permettant ainsi de donner une assise concrète à leurs projets.

Les multiples expressions artistiques en ouverture du festival

L’ouverture de cette édition du festival OQP sera placée sous le signe de la jeunesse et de la diversité artistique. Le mardi 29 septembre à 19h30, à Ostwald, la scène accueillera le rappeur Naicy, qui s’inscrit dans la lignée d’icônes comme Jacques Brel en matière d’écriture. Il présentera son spectacle intitulé Voyage. Parallèlement, la jeune Kenza Vela Lopez, connue sous le nom de Zouza, âgée de 22 ans, racontera dans son premier solo son propre parcours, mêlant héritage familial et passion pour la scène. Elle a été bercée par une famille de danseurs et chorégraphes, notamment ses parents Sébastien Vela Lopez et Yvonnette Hoareau. La dernière, Yvonnette Hoareau, participera également à l’événement en programmant La Conscience, une création collective qu’elle élaborera avec des amateurs et des professionnels le dimanche 4 octobre. Cette pièce sera une exploration organique et communautaire du mouvement artistique.

Une programmation riche pour célébrer la jeunesse et la culture urbaine

Le festival propose une programmation éclectique, mêlant musique, danse, théâtre humoristique et cinéma, toutes axées sur l’énergie et le savoir-faire des jeunes artistes. Le mercredi 30 septembre, au stade de l’Elsau à Strasbourg, se tiendra le traditionnel tournoi de street soccer interquartiers, agrémenté d’un barbecue offert aux participants. En soirée, les organisateurs rendront hommage à 30 ans de la scène Sons d’la rue, avec des archives, des performances et diverses animations témoignant de trois décennies de culture urbaine. La plateforme vidéo sera utilisée pour diffuser une vidéo afin d’illustrer cette riche histoire.

Une projection engagée et un potentiel de réflexion

Le jeudi 1er octobre à Ostwald, une projection du film documentaire Les l’ont fait, réalisé en 2014 par Saïd Bahij et Rachid Akiyahou, donnera un regard critique et proche des réalités vécues dans les quartiers prioritaires de la ville. Ce film, qui mêle fiction et réalité, s’appuyait à l’époque sur la capacité des habitants à reprendre leur destin en main. La projection sera suivie d’un débat avec les réalisateurs, portant sur la transition du terrain vers les sphères politiques, sous le thème “Des QPV aux hémicycles… les enjeux”. La dynamique engagée ici illustre la volonté de donner une voix aux quartiers souvent ignorés.

Les talents émergents à l’honneur en climax du festival

Les festivités se concluront avec une série de spectacles illustrant la vitalité de la scène urbaine. Le vendredi 2 octobre, l’Espace Django à Strasbourg accueillera le concert “Lâche pas le mic”, avec un plateau surprise de rap. Le samedi 3 octobre, la scène verra l’émergence de nouveaux talents avec le spectacle de stand-up “Whatafaccomedy”, animé par Balek et Ouutch. Enfin, la clôture sera assurée par le Battle Street dance challenge, un événement dédié à la nouvelle génération de break dancers, qui promet de faire vibrer le public avec leurs figures acrobatiques et leur créativité sur scène.

Informations essentielles pour participer

Le festival OQP se tient entre différents lieux, notamment Point d’eau à Ostwald et l’Espace Django à Strasbourg. La programmation s’étend du 29 septembre au 4 octobre. L’entrée est gratuite, mais il est conseillé de réserver à l’avance pour garantir sa place, en appelant le 07 70 60 04 35 ou en envoyant un courriel à [email protected]. Cet événement constitue une vitrine essentielle de la richesse culturelle et de l’engagement social des quartiers populaires, tout en mettant en avant la créativité et la jeunesse qui en font toute leur force.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.