Des chercheurs éliminent le cancer du pancréas chez la souris

Sophie Lambert

Avancées prometteuses dans la lutte contre le cancer du pancréas

La France se positionne actuellement comme le quatrième pays en termes de prévalence du cancer du pancréas à l’échelle mondiale. Selon les chiffres fournis par l’Institut national du cancer, chaque année, ce sont près de 16 000 nouvelles personnes qui reçoivent ce diagnostic difficile. Ce chiffre témoigne de l’ampleur du défi que représente cette maladie pour le système de santé français, mais aussi sa gravité en raison de la rapidité avec laquelle elle progresse et de ses caractéristiques particulières.

Un pronostic lourd et une détection souvent tardive

Le cancer du pancréas est réputé pour son pronostic particulièrement sombre. La majorité des cas, environ 90 %, sont diagnostiqués lorsque la maladie est déjà à un stade avancé, rendant toute opération chirurgicale souvent impossible ou très risquée. Cette réalité rend le traitement efficace encore plus difficile et explique en grande partie le faible taux de survie à cinq ans : moins de 10 %. La majorité des patients se retrouvent face à une maladie avancée où les options thérapeutiques restent limitées, ce qui accentue l’urgence de développer de nouvelles stratégies pour contrer cette forme de cancer.

L’espoir d’une nouvelle stratégie : la trithérapie

Récemment, la recherche a connu un tournant avec l’élaboration d’une approche innovante menée par une équipe scientifique dirigée par Mariano Barbacid, spécialiste en oncologie expérimentale au Centre national de recherche en oncologie (CNIO). Leur objectif est ambitieux : neutraliser l’action de l’oncogène KRAS, mutation qui se retrouve dans 90 % des cas de cancer du pancréas, à travers une méthode appelée la trithérapie. Leur idée est de bloquer l’action de cette mutation en ciblant trois points précis, ce qui renforce considérablement l’efficacité potentielle de la technique. Pour illustrer leur démarche, ils comparent souvent cette stratégie à une poutre fixée au plafond à trois points d’ancrage distincts, rendant sa rupture beaucoup plus difficile. Cette conception innovante offre un nouveau souffle à la recherche contre cette maladie.

La composition de cette nouvelle approche thérapeutique

Concrètement, cette trithérapie combine trois types de traitement. D’une part, un inhibiteur spécifique de KRAS, connu sous le nom de daraxonrasib, un médicament déjà utilisé dans certains processus de traitement des adénocarcinomes pulmonaires. D’autre part, un médicament appelé afatinib, qui est déjà certifié pour traiter certains types de cancers du poumon, appliqué ici dans une stratégie ciblée contre le pancréas. Enfin, un dernier composant, un dégradeur de protéines identifié sous le nom de SD36, est ajouté pour renforcer l’effet global de la thérapie. Cette combinaison vise à agir simultanément sur plusieurs mécanismes de la cellule cancéreuse, pour maximiser l’impact tout en limitant la résistance qu’elle pourrait développer.

Des résultats encourageants sur modèles animaux

Les expérimentations menées sur des modèles de souris atteintes d’adénocarcinome pancréatique ont produit des résultats particulièrement encourageants. Lors des tests, cette méthode a permis d’observer une réduction significative et durable de la taille des tumeurs, sans provoquer d’effets secondaires graves ou toxiques. Ces résultats, diffusés dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) en décembre dernier, annoncent une étape importante dans la recherche contre le cancer du pancréas. La capacité à ralentir ou arrêter la progression de la maladie chez ces modèles expérimentaux représente une avancée notable, qui pourrait ouvrir la voie à des traitements plus efficaces pour les patients humains à l’avenir.

Les premiers médicaments spécifiques et leur impact limité

Il faut rappeler que les premières médicaments développés pour cibler spécifiquement le cancer du pancréas n’ont été approuvés qu’en 2021. Après un demi-siècle sans progrès majeur, cette avancée a permis d’apporter une lueur d’espoir dans un contexte de traitement jusqu’alors essentiellement basé sur la chimiothérapie. Toutefois, leur efficacité se révèle encore modeste dans la majorité des cas, car la résistance des tumeurs à ces traitements apparaît généralement après quelques mois seulement. La capacité de ces médicaments à maintenir leur efficacité est donc limitée, ce qui souligne l’importance de continuer à explorer de nouvelles stratégies.

Surmonter la résistance tumorale

Une des problématiques majeures auxquelles font face ces traitements ciblés est la résistance des tumeurs, qui tend à apparaître rapidement après la début de la thérapie. Cependant, l’approche trithérapie testée sur les modèles animaux semble avoir réussi à contourner ce problème. Lors de ces expériences, cette combinaison de trois agents n’a pas permis la survenue de la résistance habituellement observée. Il s’agit là d’une étape cruciale, car maîtriser la résistance pourrait prolonger la durée de la réponse thérapeutique et améliorer considérablement les chances de survie des patients.

Perspectives pour les patients

Malgré ces résultats prometteurs, Mariano Barbacid reste prudent sur l’application immédiate de cette stratégie chez l’homme. Il insiste sur le fait que, même si les résultats expérimentaux sont sans précédent, il demeure encore impossible de lancer des essais cliniques à grande échelle pour cette triple thérapie. La complexité de l’optimisation de cette approche pour une utilisation chez l’homme représente un défi supplémentaire, pour lequel de nombreuses étapes restent à franchir. Néanmoins, ces découvertes ouvrent une nouvelle voie, celle d’options thérapeutiques potentiellement capables d’améliorer le pronostic des patients atteints d’un cancer du pancréas, notamment de l’adénocarcinome canalaire.

Une voie vers de nouvelles solutions thérapeutiques

En dépit des limitations actuelles, les chercheurs restent persuadés que cette stratégie peut constituer une étape importante dans la lutte contre cette maladie difficile. La possibilité d’optimiser cette triple approche pour une application clinique ouvre des perspectives qui pourraient, dans un avenir proche, contribuer à réduire la mortalité liée au cancer du pancréas. Dans cette optique, la recherche continue d’avancer, guidée par l’espoir qu’un jour ces découvertes permettront d’offrir des traitements plus efficaces et de sauver davantage de vies face à cette forme de cancer souvent dévastatrice.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.