Défilé du Hans Trapp à Wissembourg : record d’affluence et débat sur l’identité

Sophie Lambert

Le défilé du Hans Trapp à Wissembourg attire une foule inattendue, mais suscite également des critiques

Les habitants de Wissembourg qui ont bravé la fraîcheur du dimanche 21 décembre pour assister au traditionnel défilé du Hans Trapp et du Christkindel ont été probablement surpris par la quantité de spectateurs présents. En règle générale, cette manifestation rassemble entre huit mille et dix mille personnes, mais cette année, la fréquentation a largement dépassé ces chiffres, atteignant environ quinze mille participants, comme l’indiquent les données de la gendarmerie, selon Sandra Fischer-Junck, la maire de la commune. Elle a exprimé sa surprise face à un tel engouement qu’ils ne pouvaient pas anticiper.

Ce jour-là, le temps était propice à la fête : le ciel était dégagé, et la température restait agréable, ni trop froide, ni trop douce, créant des conditions parfaites pour apprécier l’événement qui marque chaque année la clôture des festivités de Noël à Wissembourg. La maire a souligné que tout s’est déroulé dans un climat de sécurité satisfaisant, malgré la foule. Elle a cependant mentionné un point à améliorer : le besoin accru en toilettes pour répondre à la demande grandissante des visiteurs.

Cependant, contrairement à l’engouement général, cette édition 2025 a également laissé certains spectateurs sur leur faim. Après la fin du défilé, certains ont exprimé leur mécontentement, notamment sur les réseaux sociaux, où un message significatif a été publié en soirée. Son auteur déplore « l’incompréhension et le mécontentement » de plusieurs participants, pointant du doigt certains choix artistiques ainsi que la direction générale de l’événement. Ce message a suscité une centaine de réactions et une cinquantaine de commentaires principalement favorables à ses propos.

Ce message provient de Denis Messmer, ancien président du comité des fêtes de Wissembourg, connu pour son engagement bénévole auprès de l’organisation locale. Il affirme que le défilé se détériore avec le temps et qu’il ne conserve plus le même niveau qualitatif qu’auparavant. Selon lui, l’ajout récent d’un feu d’artifice, qui n’était pas prévu dans le passé, est une concession de plus vers la banalisation d’un événement qui a perdu de sa spécificité. En tant que retraité ayant consacré près de 40 ans à soutenir ces animations, il déplore cette évolution qu’il perçoit comme un affaiblissement de l’essence même du défilé.

Concernant la manifestation pyrotechnique, la question de l’accessibilité est également évoquée. La maire a reconnu que l’installation de gradins, pourtant pensée pour permettre un meilleur accès au spectacle, reste difficile à réaliser pour quelques minutes seulement. Elle rappelle que par le passé, des spectacles d’acrobates étaient organisés chaque dimanche de l’Avent afin de garantir une certaine accessibilité à tous.

Le défilé a aussi pour vocation de faire vivre l’histoire médiévale de Wissembourg, avec la présence régulière de personnages tels que moines ou musiciens à la cornemuse, censés rappeler cette période. Cependant, cette dimension historique ne semble pas toujours bien perçue par le public, notamment par ceux qui regretteraient un manque de contexte ou d’explication sur la signification de ces figures. Brigitte Frison, ancienne directrice de l’office de tourisme du Pays de Wissembourg, nostalgique de l’ancienne organisation, déplore la disparition de certains éléments traditionnels comme le café de Noël dans la vieille grange, un lieu décoré avec goût, qui a été déplacé dans une salle beaucoup moins attrayante, selon elle.

Pour ceux qui découvrent le défilé pour la première fois, l’expérience n’a pas toujours été à la hauteur de leurs attentes. Laure, une trentenaire récemment installée dans la ville, a témoigné d’une certaine déception. Elle admet que l’événement lui avait été présenté comme le point culminant de Wissembourg, mais elle a été déçue par la tenue des costumes, jugés peu raffinés, la courte durée du défilé, et surtout par le nombre excessif de chevaux, ce qu’elle a trouvé un peu excessif. Elle s’étonne également de ne pas avoir pu profiter pleinement du spectacle pyrotechnique, expliquant que la scène était trop éloignée et inaccessible pour une bonne visibilité.

Une réflexion a été menée sur la manière de rendre cet événement plus accessible, notamment en envisageant d’installer des gradins ou d’autres formes d’aménagements pour mieux accueillir le public. La maire a indiqué que l’accessibilité reste un défi, mais que des efforts sont en cours pour améliorer cette expérience, y compris en ayant recours à des compagnies telles qu’Ex Nihilo pour proposer des spectacles en mouvement plus adaptés à un public varié.

Enfin, la municipalité insiste sur le fait que le défilé doit continuer à servir de vitrine à l’héritage médiéval de la cité. La présence de personnages comme des moines ou des musiciens à la cornemuse vise à rappeler cet aspect historique, même si cette démarche ne parvient pas toujours à convaincre pleinement la population, qui peut lui reprocher un manque d’explication ou d’éducation historique lors de l’événement.

Des projets de réinvention sont envisagés pour l’avenir, notamment en allongeant le parcours ou en repensant le format lui-même, afin de donner une nouvelle dynamique à cette tradition. La maire évoque même l’idée de créer un spectacle en mouvement, inspiré notamment des propositions de la compagnie Ex Nihilo, pour insuffler une nouvelle vie à ce rendez-vous annuel qui, malgré ses défauts, demeure un moment fort pour la communauté.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.