Découverte : ces cellules jouent un rôle dans le développement de la maladie d’Alzheimer

Sophie Lambert

La démence touche aujourd’hui des millions de personnes à travers le monde

Selon les estimations actuelles, environ 55 millions d’individus sont affectés par une forme de démence à l’échelle mondiale. Parmi ces cas, la maladie d’Alzheimer représente une majorité importante, estimée entre 60 % et 70 %. En France, cette affliction concerne environ 900 000 personnes, avec chaque année l’identification de 225 000 nouveaux cas. La prévalence de la maladie augmente avec l’âge ; ainsi, vers l’âge de 80 ans, environ 15 % des personnes sont concernées, tandis qu’avant cet âge, la proportion s’élève à seulement 2 %.

Une maladie neurologique caractérisée par une progression délétère

La démence de type Alzheimer se manifeste par une dégradation lente mais inéluctable des capacités cognitives. Elle se traduit notamment par des pertes de mémoire significatives, des troubles dans la gestion des fonctions exécutives, ainsi qu’une désorientation dans le temps et l’espace. Ces symptômes sont dus à une dégénérescence progressive des neurones située dans l’hippocampe, une région cruciale pour la mémoire et l’apprentissage. Au fil du temps, cette dégénérescence s’étend à l’ensemble du cerveau, entraînant une détérioration globale des compétences cognitives et motrices.

Les marqueurs biologiques de la maladie

Chez les personnes atteintes, on constate plusieurs anomalies biologiques communes. La plus notable est l’accumulation anormale de la protéine Tau dans le tissu cérébral. Le diagnostic médical peut s’appuyer sur la mesure de cette protéine dans le liquide céphalorachidien (LCR), où sa concentration est généralement faible chez une personne saine. La présence accrue de Tau dans le LCR constitue un indice précieux pour confirmer le diagnostic de la maladie d’Alzheimer.

La Tau, une protéine désorganisée et neurotoxique

Normalement, la protéine Tau est produite par les neurones et sécrétée dans le sang, où elle remplit un rôle fonctionnel. Cependant, chez les malades, cette protéine change de structure et ne peut plus jouer son rôle habituel. Elle s’accumule alors dans le cerveau, formant des plaques toxiques qui perturbent le fonctionnement neuronal. Et surtout, cette accumulation entraîne une dégradation de la communication entre les neurones, conduit à leur dégénérescence ou leur mort, et participe ainsi au déclin cognitif observé chez les patients.

Les tanycytes dans le processus d’évacuation de Tau

Une voie majeure pour l’élimination de Tau du cerveau

Les chercheurs cherchent depuis plus de deux décennies à comprendre les mécanismes qui sous-tendent l’accumulation excessive de Tau dans le cerveau. Parmi ces cellules, appelées tanycytes, un rôle particulier attire l’attention. Ces cellules sont connues pour assurer des échanges entre le cerveau, le sang et le liquide céphalorachidien, notamment en facilitant la communication entre ces espaces. Leur implication dans la gestion de la protéine Tau est aujourd’hui une hypothèse forte, qui fait l’objet d’études approfondies.

Une nouvelle compréhension du rôle des tanycytes

Une récente étude a montré qu’il existe un processus permettant aux tanycytes de capturer la Tau présente dans le liquide céphalorachidien pour la transporter ensuite jusqu’aux capillaires sanguins, facilitant ainsi son élimination du cerveau. Les scientifiques ont utilisé la fluorescence pour suivre ce mécanisme, découvrant que la protéine Tau est en réalité absorbée par ces cellules, qui la dirigent ensuite vers le système sanguin. Pour valider cette hypothèse, ils ont bloqué la fonction des tanycytes chez la souris en leur faisant exprimer une toxine, ce qui a drastiquement réduit l’évacuation de la Tau vers le sang. Ces résultats mettent en évidence un rôle crucial de ces cellules dans le nettoyage de l’environnement neuronal.

La dégradation des tanycytes : un facteur clé dans la maladie d’Alzheimer ?

Les expériences menées sur des modèles animaux ont révélé qu’un dysfonctionnement ou une dégradation de ces cellules pourrait exacerber la maladie. En effet, chez des souris présentant un taux élevé de Tau dans leur liquide céphalorachidien, la suppression de l’activité des tanycytes favorisait l’apparition plus précoce de symptômes de démence, caractéristiques de la maladie d’Alzheimer ou d’autres tauopathies. Cela suggère que la défaillance de ces cellules joue un rôle non négligeable dans la progression de la pathologie.

Les preuves humaines et l’impact de la dégradation des tanycytes

Les chercheurs ont également analysé le cerveau de personnes décédées d’Alzheimer, trouvant la protéine Tau accumulée dans ces cellules, tout comme chez l’animal. En parallèle, il a été constaté que les tanycytes étaient endommagées, avec des prolongements fracturés ou déformés, ce qui compromet la communication entre le liquide céphalorachidien et le système sanguin. Ces observations soutiennent l’hypothèse que la détérioration de ces cellules contribue à l’incapacité du cerveau à éliminer efficacement Tau, favorisant ainsi son accumulation pathologique.

Une nouvelle cible thérapeutique pour lutter contre Alzheimer

Les conclusions de ces études suggèrent que la préservation de la santé et de la fonction des tanycytes pourrait représenter une voie prometteuse pour lutter contre la maladie d’Alzheimer. Selon Vincent Prévot, chercheur principal, ces résultats mettent en évidence la capacité unique de ces cellules à transporter la protéine Tau du liquide céphalorachidien vers le sang. Le déclin ou la dégradation des tanycytes pourrait donc jouer un rôle central dans le développement de la maladie, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies pour stopper sa progression ou même prévenir son apparition. En assurant la bonne santé de ces cellules, il pourrait être possible d’empêcher ou de retarder la formation des plaquesTau, et ainsi de préserver davantage de fonctions cognitives chez les personnes à risque.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.