Comment notre perception du dégoût face aux fluides corporels évolue-t-elle ?
Face à l’odeur ou à la vue de fluides corporels qui nous dégoutteraient habituellement, comment parvenons-nous à surmonter ces sensations ? La croyance populaire veut souvent que tout ce qui touche à nos enfants ne puisse pas nous repousser ou provoquer une réaction de dégoût. Pourtant, des études scientifiques récentes, notamment celles publiées dans le Scandinavian Journal of Psychology, offrent un éclairage plus précis et basé sur des données empiriques à ce sujet.
De manière générale, il est assez commun de penser que nos réactions face à certains stimuli liés aux excréments, vomissures ou fluides corporels sont impossibles à ignorer ou à contrôler. Mais la réalité de ces réponses pourrait être plus malléable qu’on ne le croit. En effet, il existe des mécanismes qui permettent, avec la répétition ou l’exposition prolongée, de diminuer ces sentiments de répulsion, même dans des circonstances qui sembleraient naturelles et instinctives.
Des chercheurs affiliés à l’Université de Bristol, située en Angleterre, ont mené des expériences pour comprendre comment ces réactions de dégoût évoluent chez les êtres humains, en particulier chez les parents. Leur étude a montré que lorsqu’une personne est exposée à ces stimuli de manière répétée, ses réactions de dégoût tendent à diminuer de façon notable, et ce phénomène aurait une capacité à durer dans le temps. En d’autres termes, l’exposition régulière pourrait agir comme un processus de désensibilisation, permettant à certains individus de mieux tolérer ces stimuli autrefois repoussoirs.
Le dégoût, une émotion qui peut s’atténuer avec le temps
Le dégoût est considéré comme une émotion humaine essentielle, car elle joue un rôle de première importance dans la protection contre certains dangers pour notre santé. Selon le Dr Edwin Dalmaijer, spécialiste en neurosciences et rattaché à l’École de sciences psychologiques de Bristol, cette émotion se manifeste de manière très claire chez la majorité des personnes dès qu’elles croisent une souillure ou pensent à des fluides corporels. Elle se traduit souvent par une aversion instinctive, comme une sensation de nausée ou une envie immédiate de s’éloigner du stimulus préoccupant.
Ce comportement automatique témoigne de la nature adaptative de cette émotion. Elle agit comme un mécanisme de défense face à des substances potentiellement nocives ou infectieuses, s’alertant dès que l’individu entre en contact avec des éléments perçus comme insalubres ou dangereux. La réaction est souvent si forte qu’elle peut provoquer une répulsion immédiate, voire une répugnance qui semble invincible à première vue. Toutefois, la science montre qu’il ne s’agit pas d’une réponse figée : cette sensation de dégoût peut, dans certains cas, s’atténuer ou disparaître à force d’exposition.
La parentalité comme contexte d’étude de l’évolution du dégoût
L’expérience de la parentalité constitue une situation privilégiée pour étudier comment le dégoût peut évoluer. En effet, devenir parent implique une augmentation significative de l’exposition aux fluides et substances associées aux enfants : vomissures, couches sales, nourriture entamée, etc. Par conséquent, ce contexte offre une opportunité d’observer si et comment ce dégoût peut fluctuer en fonction de l’expérience et de la familiarité progressive avec ces stimuli.
Dans le cadre de cette recherche, les scientifiques ont demandé à 99 parents et à 50 personnes sans enfants de répondre à des questionnaires détaillés. Ces questionnaires comportaient des questions relatives à leurs attitudes face à des stimuli liés aux enfants, comme par exemple des images de couches sales ou de fluides. Les chercheurs ont également observé les comportements, notamment la tendance à détourner le regard ou à se retirer face à ces images ou sensations.
Les résultats n’ont pas tardé à confirmer certaines hypothèses. Le groupe de contrôle, composé de personnes sans enfants, manifestait une forte répulsion envers ces stimuli, comme l’illustrent leurs réponses et leur comportement instinctif. En revanche, chez les parents, surtout ceux dont les enfants étaient déjà sevrés ou mangeant des aliments solides, le dégoût perçu était considérablement réduit, parfois à un niveau quasi inexistant. Ces résultats indiquent que, avec une exposition constante, le dégoût tend à faiblir, suggérant une forme de désensibilisation progressive.
De plus, cette réduction de la réactivité face à ces stimuli pourrait constituer un mécanisme adaptatif naturel. Tout comme il est vital pour un parent de pouvoir faire face aux défis liés à la prise en charge quotidienne de son enfant sans se laisser envahir par le dégoût, cette évolution pourrait être ancrée profondément dans notre capacité d’adaptation évolutive. Elle permettrait à l’individu de mieux remplir ses fonctions parentales, même dans des conditions qui, à l’origine, provoqués une forte répulsion.
En définitive, ces observations renforcent l’idée que nos émotions, en particulier celles liées au dégoût, ne sont pas immuables. Elles peuvent évoluer en fonction des expériences et des contextes, témoignant ainsi de la grande capacité d’adaptation de l’être humain face aux situations de la vie quotidienne, surtout lorsqu’il s’agit de la parentalité, un domaine où cette plasticité émotionnelle joue un rôle clé.






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