Clément raconte son licenciement après une relation amoureuse discrète

Sophie Lambert

Une relation amoureuse clandestine qui menace la carrière professionnelle

Clément (*) n’aurait jamais imaginé qu’une histoire d’amour pourrait avoir des répercussions sur sa vie professionnelle. À la tête d’une agence immobilière située en Alsace, il a entamé une relation avec une de ses collègues. « Cela s’est instauré naturellement, au fil des échanges et des conversations. On ressentait une attirance mutuelle, ce qui nous a amenés à nous rapprocher progressivement, notamment lors de déjeuners ou de sorties après le travail », raconte l’Alsacien, aujourd’hui âgé de 49 ans. Lui s’occupait alors de la gestion immobilière, tandis que sa collègue, plus jeune de 30 ans, se consacrait aux transactions. « Dans le contexte des agences, la partie transaction est directement sous la direction, mais les employés travaillent dans une ambiance qui ne lie pas forcément hiérarchiquement le personnel à la direction. Hormis la gestion comportementale, il n’y a aucun lien hiérarchique clair ni d’avantages spécifiques à l’encontre des employés », précise Clément.

Une relation dissimulée dans l’environnement de travail

Les deux partenaires ont décidé, dans un premier temps, de garder leur liaison secrète au sein de leur lieu de travail. « Nous étions conscients qu’il était nécessaire de faire preuve de la plus grande discrétion. Nous nous retrouvions lors de pauses déjeuner ou en soirée, mais en dehors de ces moments, nous évitions tout contact particulier durant la journée. Nous discutions simplement des dossiers et croisions nos chemins sans jamais interférer dans le travail de l’autre », explique-t-il. Cependant, leur relation a été rapidement remarquée par certains collègues, puisque l’agence comptait une dizaine de salariés. « Leur apercevoir ou simplement remarquer leur comportement a attisé la curiosité, la jalousie, voire la méfiance. Leur vie privée était sous surveillance, jusqu’à ce que l’on les suive pour essayer de découvrir si oui ou non ils formaient un couple », déplore Clément.

Le moment d’officialiser leur histoire

Après quelques mois de secret, ils ont finalement choisi d’annoncer leur relation de manière officielle. « La décision n’a pas été simple pour moi, mais il fallait agir car les rumeurs commençaient à circuler. Je considérais que ma vie privée devait rester distincte de ma vie professionnelle, mais face à cette situation, il était indispensable d’être transparent. L’annonce a été plutôt bien reçue par mes collègues, alors que la direction a été moins favorable », confie Clément. « Mon supérieur m’a indiqué que cette révélation n’était pas bien vue en interne, mais il a ajouté qu’à condition que les résultats de l’agence restaient performants, cela ne poserait pas problème », précise-t-il.

Une décision drastique et inattendue

Cependant, ce n’est qu’un an après leur déclaration qu’il a été convoqué à un entretien préalable, pendant lequel il se voyait dispenser de toute activité professionnelle. « Tout semblait aller pour le mieux : les chiffres étaient bons, la gestion était efficace, mais malgré cela, j’ai été invité à un entretien où l’on m’a reproché que notre relation nuise au bon fonctionnement de l’agence, à ses résultats et entache l’image de l’entreprise », raconte Clément. Malgré ses performances, il a été licencié et mis à l’écart de ses responsabilités durant toute la période de son préavis, qui s’est terminé quatre mois plus tard. « Je ne m’attendais pas à être licencié pour cela, surtout que tout allait bien ; cette décision a été brutale et inattendue », témoigne-t-il encore surpris par la tournure des événements.

Les répercussions sur la collègue et la tension au sein de l’équipe

Sa compagne, qui a quant à elle choisi de rester dans l’entreprise, a vécu cette situation avec difficulté. « La relation a créé une distance avec certains collègues, parce qu’ils lui ont reproché de ne pas leur avoir révélé la vérité dès le début. Cela a engendré de la jalousie et une certaine méfiance. Désormais, chaque décision qu’elle prend au nom de l’agence est mal perçue, mal interprétée. La relation reste distante : elle dit simplement bonjour ou au revoir à ses collègues, rien de plus », précise Clément.

Une réaction inattendue et la lutte pour la réparation

Ce n’est qu’un an plus tard que Clément a été étonné de recevoir une convocation pour un entretien préalable, avec interruption de ses fonctions. « Le contexte semblait pourtant favorable : les chiffres étaient bons, rien ne laissait présager de problème, et encore moins un licenciement », raconte-t-il. Lors de cet entretien, accompagné d’un représentant du personnel, on lui a reproché que sa relation amoureuse aurait altéré le bon fonctionnement de l’agence, nuirait à la performance, et ternirait l’image de la société. Licencié à la suite, il a été mis en congé jusqu’à la fin de son préavis. « Je ne pensais pas qu’on en arriverait à un licenciement, surtout quand tout semblait aller dans le bon sens. La brutalité de cette décision m’a laissé sans voix », avoue Clément encore surpris de cette tournure inattendue.

Des collègues et la perception de leur comportement

Sa partenaire, quant à elle, a choisi de continuer à occuper son poste dans l’entreprise. « La situation a créé des tensions avec certains collègues, qui lui ont reproché de ne pas avoir été honnête dès le départ. La jalousie et la suspicion ont pris le dessus. De plus, chaque décision prise au nom de l’agence a été mal perçue, mal interprétée. Aujourd’hui, leur relation professionnelle est minimaliste, limitée aux formules de politesse : ‘bonjour’ et ‘au revoir’. Toute communication reste très distante », précise Clément.

L’avenir et la réflexion sur le conflit

Malgré ces événements difficiles, leur relation perdure. « Cela fait un peu plus de deux ans que nous sommes ensemble. Notre lien s’est même renforcé, malgré tout le bouleversement. Nous sommes persuadés de n’avoir rien fait de mal, c’est leur réaction qui était excessive », affirme-t-il. Aujourd’hui, Clément a consulté un avocat et envisage de saisir les prud’hommes, mais il reste sceptique face à la complexité de la procédure. « Le témoignage de personnes affirmant que la relation nuisait à l’entreprise, et le favoritisme allégué, rendent la défense difficile », soupire-t-il. En attendant, il préfère prendre du recul et travaille désormais en indépendance. « Gérer mon activité seul me permet d’éviter ce genre de conflits, et d’avoir une certaine tranquillité », conclut-il.

Remarque

(*) Le prénom utilisé a été modifié à sa demande pour préserver son anonymat.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.