Bugatti EB112, la berline la plus exclusive, mais qui a rencontré un étrange problème

Sophie Lambert

L’histoire de Bugatti : une renaissance après plus de trente années d’éclipse

Aujourd’hui reconnue comme l’une des marques les plus prestigieuses dans le monde de l’automobile de luxe, Bugatti s’affiche comme un symbole d’excellence en fabriquant des hypercars d’exception. Pourtant, cette renommée n’a pas toujours été présente. En effet, avant sa période de renaissance, la marque a traversé plusieurs décennies d’inactivité, durant lesquelles elle n’a produit aucune voiture ni réalisé aucune activité notable.

L’histoire moderne de Bugatti débute en 1987, lorsque l’industriel italien Romano Artioli décide de remettre la marque sur le devant de la scène en créant une société spécifique pour la relancer, connue sous le nom de Bugatti Automobili, basée en Italie. Ce rebondissement marque un véritable tournant, car il donne une nouvelle vie à une marque emblématique qui semblait alors être tombée dans l’oubli.

Le moment crucial de cette renaissance a lieu le 15 septembre 1991 à Paris, lors de la présentation du tout premier modèle de cette nouvelle ère : l’EB110. Ce véhicule, conçu pour célébrer le 110e anniversaire de la création de Bugatti par son fondateur, incarne la volonté d’Artioli de réinstaurer la marque parmi l’élite automobile. Ce fut une étape décisive, qui marquait la reconstruction d’un héritage prestigieux et l’introduction d’un nouveau concept innovant pour l’époque.

Les ambitions de la renaissance : du respect du passé à la recherche de la perfection moderne

Après plusieurs années consacrées à la conception et au développement de cette nouvelle voiture de sport, Bugatti entreprend de donner un coup de maître à sa production. Le résultat est la commercialisation d’un modèle qui se distingue par ses innovations techniques et son design unique. La Bugatti EB110 s’impose rapidement comme l’une des voitures de sport les plus avancées et les plus spectaculaires au monde, en combinant puissance, technologie de pointe et luxure extrême. Son lancement marque la consécration de la nouvelle époque pour la marque italienne.

Cependant, Romano Artioli ne s’arrête pas là. Son regard visionnaire se porte déjà vers de nouveaux projets, plus ambitieux encore. Son objectif est clair : créer la berline la plus luxueuse et la plus haute en performance jamais conçue – une voiture qui pourrait rivaliser avec les modèles les plus exclusifs, tout en affichant un niveau de sophistication inégalé. Il s’agit donc d’élargir l’héritage de Bugatti, en s’aventurant sur le terrain des grandes limousines de prestige, tout en conservant l’ADN de performance qui a toujours caractérisé la marque.

L’EB112 : une conception inspirée du luxe classique et de la modernité

Pour donner vie à ce projet de berline exceptionnelle, Artioli confie la réalisation du design à Italdesign Giugiaro. Le résultat est une voiture à quatre portes qui s’inspire fortement des limousines classiques de Bugatti, telles que la Type 57 Galibier, reconnue pour son élégance et sa noblesse. Construite entièrement en aluminium, cette voiture arbore la calandre en fer à cheval, symbole de la marque, lui conférant immédiatement une identité forte et respectée.

Les détails extérieurs renforcent cette impression de majesté et de sophistication. De chaque côté, la EB112 est équipée de trois projecteurs qui accentuent l’aspect imposant du regard de la voiture. La lunette arrière, quant à elle, est divisée verticalement, une caractéristique qui accentue la silhouette élancée et raffinée du véhicule. La taille de la berline est impressionnante : elle mesure 5,07 mètres de long, 1,96 mètre de large, tout en restant relativement basse avec une hauteur de seulement 1,38 mètre. Ces proportions renforcent son allure imposante, à la fois puissante et élégante.

Les avis sur son design sont variés, mais nombreux sont ceux qui considèrent que l’EB112 rivalise avec les plus belles voitures du monde. Un magazine américain lui a même attribué le titre de « plus belle voiture du monde », soulignant ainsi la réussite de cette réalisation en termes de style et de luxe.

Une fiche technique de haut niveau pour une berline hors norme

L’EB112 ne se contente pas d’un aspect extérieur spectaculaire : sous son capot, elle cache un moteur à la fois puissant et sophistiqué. Elle est équipée d’un moteur V12 de 6,0 litres, développé avec précision pour atteindre ses performances exceptionnelles. La motorisation comprend 60 soupapes, réparties sur cinq par cylindre, et est associée à une transmission manuelle à six rapports. La voiture dispose également d’un système de transmission intégrale, assurant une répartition du couple configurée pour un comportement sportif optimal.

Ce moteur développe une puissance de 460 chevaux à 6 300 tours par minute, avec un couple maximal de 590 Nm disponible dès 3 000 tours. Avec de telles caractéristiques techniques, l’EB112 pouvait dépasser bien des références de la catégorie, notamment en termes d’accélération. Elle pouvait atteindre les 100 km/h en seulement 4,3 secondes et effectuer une vitesse maximale atteignant 300 km/h, des chiffres qui défiaient déjà le temps.

Le système de transmission intégrale de la EB112 – hérité de celui de l’EB110 – répartit la puissance entre les quatre roues selon un ratio de 38 % à l’avant et 62 % à l’arrière. Cette distribution a été conçue pour assurer une conduite à la fois sportive et contrôlée, conférant à la berline un comportement dynamique digne des voitures de sport les plus exclusives.

Une production limitée aux prototypes

Malgré ses caractéristiques spectaculaires, l’EB112 n’a jamais été commercialisée en série. La crise économique mondiale du début des années 1990, combinée à la chute du marché des voitures de luxe et de sport, a gravement affecté le projet. Les premières précommandes de l’EB110, qui aurait dû accompagner le développement de la berline, ont été souvent annulées, signe des difficultés croissantes pour la marque italienne. La pression exercée par les concurrents locaux, notamment en menaçant les fournisseurs, a également contribué à la dégradation de la situation.

En 1995, Bugatti Automobili a finalement été déclarée en faillite, mettant fin à tout espoir de commercialisation en série de l’EB112. L’avenir de cette voiture mythique semblait alors compromis, mais elle ne disparaît pas totalement. Les droits de production, ainsi que divers prototypes et pièces, ont été acquis par un entrepreneur allemand, Jochen Dauer, lors d’une vente aux enchères. Mais c’est finalement le monégasque Gildo Pallanca Pastor qui a repris deux prototypes inachevés de l’EB112, avec plusieurs composants déjà fabriqués.

Dans les années qui suivent, il a entrepris de transformer ces prototypes en véhicules entièrement fonctionnels dans son atelier à Monaco. Aujourd’hui, l’un d’eux existe toujours en version neuve, peint en noir, tandis que l’autre a été vendue à un collectionneur russe, qui l’a fait peindre en couleur anthracite. Ces voitures, pièces rares et exceptionnelles, restent des témoins vivants de ce rêve interrompu, symbole d’une vision audacieuse que la crise économique a empêché de devenir réalité.

Un projet inachevé mais porteur d’un héritage

L’histoire de l’EB112 reste aujourd’hui celle d’un rêve inachevé, une ambition qui aurait pu transformer la paysage automobile de luxe. La première mondiale de cette berline devait suivre une phase de développement approfondie, avec des essais et des ajustements, pour une entrée en production prévue au début de l’année 1996.

Mais la conjoncture économique difficile de la fin des années 1980 et du début des années 1990 a compromis ce potentiel. La chute des commandes et la faillite de l’entreprise ont stoppé net ce projet d’élite. La base de l’EB112 – qui aurait pu devenir un modèle emblématique de prestige et de performance – a été récupérée et utilisée par d’autres projets de conception, notamment pour les concept-cars EB 118 et EB 218, commandés par Volkswagen en 1998 et 1999.

Ainsi, même si l’EB112 n’a jamais connu la production en série, elle demeure une icône : le symbole d’un rêve qu’a voulu incarner la marque Bugatti, de la fusion du luxe ultime avec des performances sans précédent, une vision qui continue d’inspirer l’industrie automobile à ce jour.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.