Black Star, fabricant de pneus reconditionnés, demande une procédure de sauvegarde

Sophie Lambert

Black Star, qui prétend être la dernière entreprise française spécialisée dans la fabrication de pneus reconditionnés et qui emploie près de 150 salariés répartis entre l’Isère et le Pas-de-Calais, a récemment déposé une demande pour être placé en procédure de sauvegarde. Cette information a été confirmée par son directeur général. La société, qui a repris en 2021 l’ancienne usine Bridgestone située à Béthune, a décidé de solliciter cette démarche afin de préserver ses activités tout en cherchant des solutions à ses difficultés financières croissantes.

Une audience cruciale à venir au tribunal de commerce

Une audience est programmée ce vendredi devant le tribunal de commerce d’Arras, dans le Pas-de-Calais, a indiqué Laurent Cabassu, le directeur général de Black Star. La société a formulé une demande pour bénéficier d’une période de observation d’une durée de quatre mois. Pendant cette période, son actionnaire principal, Mobivia, s’engage à continuer de soutenir financièrement l’entreprise. L’objectif de cette opération est d’avoir le temps nécessaire pour identifier un repreneur potentiel. Bien que plusieurs contacts aient été établis ces dernières années, aucune transaction n’a encore été conclue, la cause principale étant le déficit structurel chronique de l’entreprise, explique Laurent Cabassu.

Un contexte économique difficile marqué par des pertes importantes

Malgré une augmentation de son chiffre d’affaires, Black Star a enregistré des pertes financières considérables : 6,7 millions d’euros en 2024, suivis de 8,5 millions d’euros en 2025. L’entreprise, qui possède ses principales usines à Vienne en Isère et à Béthune, emploie une vingtaine de salariés dans sa première installation et environ 130 à Béthune, dont 40 anciens employés de Bridgestone. Ces pertes témoignent des difficultés que rencontre la société pour assurer sa croissance tout en maintenant une stabilité financière.

Un passé symbolique lié à la reprise d’une usine emblématique

La réhabilitation de l’usine Bridgestone de Béthune, qui employait encore 860 personnes lors de sa fermeture en avril 2021, avait incarné un symbole de reprise industrielle. À cette époque, Agnès Pannier-Runacher, alors ministre de l’Industrie, avait salué ce projet, soulignant qu’il jetait les bases d’une filière de pneus reconditionnés respectueuse de l’environnement. La relance de cette usine avait été perçue comme un exemple de transition vers une économie plus durable, tout en maintenant une activité industrielle locale.

Les enjeux liés au recyclage et au coût des matériaux

Un aspect clé du défi pour Black Star réside dans la gestion des pneus hors d’usage. La société revendique utiliser environ 60 % de matériaux recyclés dans ses productions basées à Béthune. Cependant, elle doit faire face à un coût élevé pour se fournir en carcasses, c’est-à-dire en pneus usagés, qu’elle doit payer 9 euros pièce actuellement. Ce montant est considérable puisque la société vend ses pneus rechapés à environ 45 euros l’unité, après un processus complexe de réparation et de moulage. La société espère pouvoir obtenir ces carcasses gratuitement à l’avenir, ce qui lui permettrait de réduire ses coûts de production en râpant ces matériaux pour y appliquer de nouvelles bandes de roulement.

Les obstacles réglementaires et concurrentiels

Outre ces enjeux matériels, Black Star lutte également contre un manque de mise en application systématique d’une législation adoptée en 2020. Cette loi impose aux administrations publiques de privilégier l’achat de pneus rechapés, une règle peu respectée, selon le directeur général. Par ailleurs, la société accuse un dumping venant des fabricants chinois de pneus rechapés, ce qui complique encore davantage sa position sur le marché européen. Une enquête est actuellement menée par la Commission européenne pour analyser ces pratiques déloyales, mais ses conclusions ne sont pas attendues avant la mi-2026, ce qui laisse peu de marge à Black Star pour éviter la faillite ou une procédure de sauvegarde.

L’ensemble de ces difficultés met en exergue la difficile mission de cette PME dans un secteur en mutation, où les enjeux environnementaux, économiques et réglementaires se conjuguent pour faire face à une conjoncture particulièrement éprouvante.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.