Arnaques en ligne : quand la banque vous rembourse-t-elle ?

Sophie Lambert

La stabilité de la fraude aux moyens de paiement en 2024 et l’essor des transactions frauduleuses

Au cours de l’année 2024, le montant total des pertes financières liées à la fraude sur les moyens de paiement a connu une tendance stable, s’élevant à environ 1,189 milliard d’euros. Toutefois, cette stabilité en chiffre global cache une augmentation notable du nombre de transactions frauduleuses. En effet, selon le dernier rapport de l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, le nombre d’opérations financières fraudées a progressé de près de 9,3 %, atteignant ainsi un total de 7,8 millions de transactions décelées comme malhonnêtes. Cette hausse indique une intensification des actes frauduleux, même si la somme totale restée relativement stable pourrait indiquer une multiplication des incidents à faible montant ou une plus grande vigilance.

Les victimes de ces escroqueries se retrouvent souvent sans ressources face à la puissance de l’arnaque, et dans certains cas, elles subissent des pertes financières conséquentes. Patrice, un particulier ayant été victime d’une escroquerie bancaire, a confié qu’il s’était retrouvé à voyager sans le moindre centime dans ses poches. Selon lui, il aurait perdu près de 10 000 euros à cause d’une fraude bancaire, une somme pouvant mettre en péril ses finances personnelles. Ces exemples illustrent à quel point ces actes malveillants peuvent annihiler tout un projet de vie ou des économies durement accumulées.

Les démarches possibles pour obtenir un remboursement en cas de fraude

Malgré la gravité de ces situations, il demeure souvent possible, dans de nombreux cas, pour les victimes de réclamer un remboursement auprès de leur établissement bancaire. En 2024, le taux global de récupération des fonds, prenant en compte toutes les formes de paiement, s’est élevé à 91 % en nombre de transactions, et à 62 % en montant total estimé. Ces chiffres montrent une efficacité relative du système de réclamation et de remboursement, bien que des obstacles subsistent. Pour maximiser ses chances de recouvrer ses pertes, il convient de suivre certaines démarches précises.

L’obligation de signaler rapidement une fraude

Pour espérer obtenir une indemnisation, la première étape incontournable est de signaler le sinistre à sa banque dans un délai bien défini. En effet, en cas de fraude ou d’arnaque, il est impératif d’effectuer cette déclaration sous un délai strict de 13 mois, conformément à l’article 133-24 du Code monétaire et financier. Passé ce délai, la demande de remboursement ne pourra pas être prise en compte ni traitée. La situation peut être différente si le bénéficiaire du paiement est situé en dehors de l’Union européenne ou de l’Espace économique européen, où le délai est alors réduit à 70 jours. Il s’agit donc d’agir rapidement pour préserver ses droits et garantir une éventuelle indemnisation.

Il est également possible de signaler la fraude aux autorités policières ou à la gendarmerie pour constituer un dossier officiel. Toutefois, la Banque de France précise que cette étape n’est pas une condition préalable pour bénéficier d’un remboursement. Elle recommande cependant de rassembler toutes les preuves et informations disponibles pour renforcer le dossier et faciliter le traitement par la banque.

Les limites du remboursement en cas de comportements fautifs

Conformément à l’article 133-18 du Code monétaire et financier, une banque doit en principe rembourser ses clients victimes d’arnaque ou d’escroquerie liées à une opération de paiement non autorisée. Le principe est clair : en cas de fraude, le prestataire doit rembourser immédiatement le montant contesté dès qu’il en a connaissance ou lorsqu’il en est informé. Néanmoins, ce principe connaît deux exceptions : si la victime a, de manière frauduleuse, fourni ses données sensibles ou si elle a adopté une attitude négligente grave, la banque n’est pas obligée de procéder à ce remboursement. La charge de la preuve revient alors à la banque.

Ce critère de « négligence grave » est considéré au cas par cas. La jurisprudence a déjà précisé que transmettre volontairement ses données personnelles à un tiers constitue une négligence grave. En revanche, des cas comme le spoofing, technique consistant à usurper l’identité d’un conseiller bancaire, n’ont pas été considérés comme une négligence grave en octobre 2024. Toutefois, cliquer sur un lien douteux contenu dans un e-mail ou une messagerie peut être considéré comme une négligence grave, ce qui, au début de l’année 2025, a été reconnu par une décision de la Cour de cassation comme permettant à la banque de refuser le remboursement.

Les mesures de sécurité renforcées et leurs implications

Les établissements bancaires ont renforcé ces dernières années leurs dispositifs pour lutter contre la fraude, notamment par la mise en place de l’authentification forte. Celle-ci exige une validation supplémentaire du client via un code ou une vérification biométrique avant d’autoriser toute opération en ligne. Si cette procédure est respectée, la banque peut être en droit de refuser la prise en charge du sinistre, sauf si l’opération contestée a été effectuée sans authentification forte, auquel cas le client doit être remboursé.

Les statistiques de 2024 montrent que le taux de remboursement des virements reste encore faible, aux alentours de 20 % en valeur. La Banque de France rappelle que la banque n’est pas responsable si une erreur dans le choix du destinataire ou une opération non autorisée par le client a lieu, sauf si démarche d’authentification forte omise. Par ailleurs, depuis octobre 2025, les banques doivent obligatoirement vérifier la concordance entre le nom du bénéficiaire saisi par le client et celui du titulaire de l’IBAN fourni pour limiter encore davantage ces risques.

Les recours en cas de refus de remboursement

Si une banque refuse de rembourser suite à une fraude, la victime peut saisir le médiateur bancaire. Cependant, cette démarche requiert patience et persévérance, car l’instance de médiation peut mettre plusieurs mois avant de rendre une décision. En 2024, près de 20 000 dossiers ont été traités par le médiateur de la Fédération bancaire française, mais une majorité d’entre eux ont abouti à des réponses défavorables ou partiellement favorables. Le délai le plus court pour une réponse était en moyenne de 229 jours. Quand toutes les autres options ont été épuisées, il reste la possibilité d’engager une procédure judiciaire contre la banque, sans que l’issue puisse être garantie.

En résumé, la lutte contre la fraude en ligne et les arnaques bancaires reste une priorité. Si des protections ont été renforcées, la vigilance individuelle reste essentielle, et il faut agir rapidement pour profiter des possibilités de remboursement ou de recours.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.