Adèle témoigne de son rejet total de Noël en raison des tensions familiales

Sophie Lambert

Les fêtes de fin d’année face à la difficulté des relations familiales

Beaucoup d’idées reçues associent la période de Noël à des repas abondants en famille, où la convivialité et la bonheur de se retrouver prédominent. Pourtant, pour nombre d’individus, cette saison peut se révéler complexe et émotionnellement éprouvante. Certaines personnes, confrontées à des relations familiales difficiles ou conflictuelles, choisissent délibérément de prendre leurs distances durant ces moments de rassemblement. La décision de se tenir à l’écart n’est pas toujours facile à prendre, mais elle s’inscrit souvent dans une démarche de protection personnelle face à un environnement qui peut être source de stress ou de douleur.

Certains choisissent de s’éloigner pour préserver leur santé mentale lorsque les relations familiales sont tendues. Photo d’illustration DR

L’image idéalisée de Noël versus la réalité souvent difficile

Autrefois, Noël évoquait pour beaucoup un instant magique rempli de retrouvailles chaleureuses, aux repas copieux en compagnie de proches. La fête semblait incarner l’essence d’un moment de partage, de joie et de tradition. Cependant, derrière cette image idyllique, se cache souvent une réalité plus compliquée. Pour certains, cette période est synonyme d’épreuves, de tensions ou de ruptures familiales. Adèle, une femme de 46 ans, évoque avec nostalgie cette époque où elle investissait beaucoup d’énergie dans la décoration et la préparation de fêtes parfaites. “Je mettais tout en œuvre pour que Noël soit magique : je décorais la maison plusieurs semaines à l’avance, je regardais des films à thème, j’avais même une application pour compter les nuits jusqu’à Noël. Je recevais la famille, je cuisinais, je faisais tout pour faire plaisir”, raconte-t-elle. Pourtant, cette ferveur cache souvent des blessures et des conflits non résolus.

Les tensions familiales : un obstacle à la célébration authentique

Malheureusement, ces fêtes peuvent également réactiver des ressentiments ou des différends qui entachent l’esprit de partage attendu. Pour certaines personnes, surtout celles qui ont connu des relations conflictuelles ou des disputes fréquentes avec leur famille, la période de Noël peut devenir source d’angoisse ou d’épuisement émotionnel. La pression d’afficher une façade de bonheur peut accentuer le malaise intérieur, donnant lieu à un certain “masks” ou masque social que l’on doit porter pour préserver un semblant de paix. Ainsi, Adèle confie qu’à 40 ans, après plusieurs réunions familiales houleuses et des relations tendues avec sa mère et sa sœur jumelle, elle a décidé de ne plus se laisser envahir par ces tensions et de se retirer volontairement durant cette période.

Une relation familiale complexe et conflictuelle

Déménagée en Alsace à environ 500 kilomètres de ses proches, Adèle explique que cette distance géographique n’a pas suffi à apaiser ses rapports difficiles avec sa famille. “Ma sœur est souvent dans le conflit, agressive, avec beaucoup de mesquineries et de mots durs. Je donne des efforts depuis plus de quarante ans, je n’ai plus envie d’alimenter ces relations qui me pèsent”, confie-t-elle. Face à ces interactions négatives, elle préfère désormais adopter une posture de distance pour préserver sa santé mentale. La difficulté à maintenir une relation sincère dans un contexte familial marqué par les conflits l’a conduite à une forme de rejet, même si cela la remplit souvent de culpabilité.

Une hypocrisie ressentie et un rejet des fêtes imposées

Adèle évoque également le periodo de façade que sa famille entretient lors des fêtes, contraste avec la brutalité des relations le reste de l’année. “Je suis consciente que tout le monde joue un rôle durant Noël, mais je ne peux plus supporter cette hypocrisie. Dès que les festivités sont terminées, tout redeviens comme avant, avec ses tensions et ses insults”, confie-t-elle. La sincérité, voire l’authenticité, semblent souvent sacrifiées au nom du conformisme social lors de cette saison.

La tentation de fuir tout simplement

Pour échapper à cette pression, Adèle envisageait exceptionnellement de s’éloigner complètement de sa famille et de passer les fêtes à l’étranger avec son mari et son fils. “J’avais pensé à partir en voyage pour Noël, c’est une solution qui pourrait m’éviter de supporter cette ambiance conflictuelle. Même si cela aurait été une échappée de facilité, c’était une façon de préserver ma santé mentale”, explique-t-elle. Cependant, pour des raisons financières, ce projet est finalement devenu impossible, la contraignant à continuer à faire semblant pendant cette période.

Une année sans Noël : un rejet total

Cette année, la première depuis longtemps, Adèle a décidé de ne pas fêter Noël du tout. Elle n’a pas décoré sa maison, n’a pas regardé de film à thème, et préfère ignorer cette fête durant laquelle elle se sent si éloignée de ses propres valeurs. Elle confie que seul le désir de faire plaisir à son fils, qui souhaite passer du temps en famille, la pousse à participer au réveillon, mais cela se fait par contrainte et non par envie. “Je vais tout jouer pour faire semblant, porter un masque pour cette occasion, parce que c’est ce qu’on attend”, avoue-t-elle.

Le besoin de se protéger : une thérapie pour affronter les fêtes

Face à cette détresse, Adèle a pris la décision de prendre ses distances d’un point de vue psychologique. En 2025, elle s’est engagée dans une thérapie pour apprendre à gérer cette période difficile. “J’en ai assez d’encaisser les humiliations et les coups bas. Pour ma santé mentale, j’ai choisi d’arrêter de courir après une famille qui ne veut pas de moi. C’est triste, mais c’est nécessaire”, confie-t-elle. Depuis l’été, elle travaille sur ses émotions et ses limites, prête à faire face à la pression sociale et familiale qui accompagne souvent cette saison.

Une relation oscillante, avec des limites bien définies

Malgré cette rupture progressive, Adèle ne ferme pas totalement la porte à sa famille. Elle continue à leur rendre visite de façon sporadique, en posant des limites strictes pour préserver sa propre paix intérieure. Elle admet parfois ressentir une certaine culpabilité à l’idée de s’éloigner, mais elle explique que tous ne peuvent pas toujours faire paix avec leur famille, surtout quand celle-ci est source de douleur. “Je suis consciente que certains n’ont plus de famille, ou que leur situation est encore plus difficile que la mienne. Mais il faut accepter que tout ne se règle pas facilement. Noël met en lumière ces tensions que l’on voudrait oublier”, explique-t-elle, espérant qu’avec le temps, les choses finiront par s’apaiser, même si la magie de Noël ne reviendra peut-être jamais pour elle.

Sophie Lambert

Sophie Lambert

Née à Colmar et passionnée par les enjeux sociaux et environnementaux, j’ai choisi le journalisme pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas. Je crois en une presse locale libre, engagée et accessible à toutes et tous.