Trump: un message du peuple Etatzunien

Cela n’a pas pu vous échapper, la 1ère puissance mondiale (économique, militaire, culturelle et tutti quanti) à un président. Pas une présidente, UN président. Affolement ! Mais comment est-ce possible ? C’était pas prévu  comme ça ? s’affolent les gazettes !

Eh oui, mais c’est comme cela qu’ils ont voté, les Etatzuniens… Comme les Britanniques pour le Brexit, comme les Français contre le traité constitutionnel, comme les Grecs contre l’austérité… eh oui tout cela n’était pas prévu ainsi. Mais prévu par qui au fait?

Revenons sur le continent américain : ce sont les Etats-Unis réels, les vrais, qui se sont exprimés !

Pas ceux présentés à longueur de séries télévisées, un des ces éléments de la domination culturelle qui ambitionne de présenter au public du monde entier, le Way of Life, l’art de vivre, des USA.

Pas ceux dont nous parlent à tout bout de chant nos éditorialistes hexagonaux qui à chaque scrutin majeur se plantent car ils voudraient que les peuples votent comme eux-mêmes le feraient. Quitte ensuite à villipender ces citoyens qui n’auraient rien compris, qui sont donc ignorants et donc méprisables… Ils ne seraient pas les premiers, ce quarteron de penseurs des beaux quartiers, à prendre à la lettre le conseil ironique de Bertold Brecht : « Ne serait-il pas plus simple pour un gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? »

Oui, mais même dans une démocratie imparfaite, le peuple a toujours raison même dans ce qu’on peut parfois considérer comme une erreur. Alors, il faut chercher plus loin : le choix qu’on a laissé aux citoyens étaient-ils le plus judicieux ? A choisir entre deux maux, on choisira toujours le mal, non ! C’est ce qu’une bonne moitié d’électeurs ont pensé en restant chez eux…

Et les autres, ceux qui sont allé voter, ces Etats-Unis réels, que disent-ils :

  • Que 50 millions d’entre eux vivent sous le seuil de la pauvreté et que 80% de la population est confrontée à la quasi-dépendance de l’aide du gouvernement pour joindre les deux bouts
  • Qu’affirmer que le taux de chômage est à 4,5% de la population active est une vraie foutaise : la manipulation des statistiques ne peut masquer que plus de 102 millions de personnes aptes à travailler, ceux entre 15 et 64 ans, n’ont pas d’emploi régulier. Un record historique !
  • Que les 1% des revenus les plus élevés ont aussi capté 95% de la croissance totale des revenuscomme nous l’ont rappelé les jeunes du mouvement Occupy Wall Street
  • Que le revenu moyen de la population blanche, propriétaire et diplômée a augmenté tandis que celui des noirs, des hispaniques, des locataires et des sans-diplômes a baissé et tout cela sous l’administration Obama qui avait fait de la lutte contre les inégalités son cheval de bataille.
  • Qu’il vaut mieux être blanc et bien propret sur soi quand on croise une patrouille de police même quand le président est noir.

Bref, cette population etatzunienne, confrontée sans cesse à la violence sociale, économique, policière, violence qui est une sorte d’ADN de ce pays, qui a bâti une part de sa prospérité sur la violence la plus brutale, eh bien, cette population se rappelle au souvenir de ceux qui prétendent gouverner le pays en son nom.

Elle constate que la social-démocratie et les conservateurs classiques ont tous échoué et ce dans tous les pays. Que leur politique a affaibli l’Etat qui était leur seule protection contre le « marché », ce moloch des temps modernes. Et, pire encore, qu’aucune alternative n’existe. Et surtout ne vous avisez pas à douter de cette sentence, vous irez vous faire voir chez les Grecs !

C’est cela qui devient insupportable et le râbachage de cette même antienne jour après jour dans tous les médias, dans tous les discours, insupporte encore plus.

Ils ne sont pas abrutis, ces citoyens qui ont voté Trump. Ils ont envoyé un message fort dont ils regretteront peut être un jour les conséquences. Mais ils n’en ont cure !

Alors plutôt que de les railler,  imaginons de nouvelles offres économiques, sociales et politiques. Des gens y travaillent et c’est fort bien. Mais à écouter les analyses qu’en tirent nos gouvernants actuels, on peut craindre que décidément, le renouveau ne viendra pas de ce côté-là.

Pourtant, à bien regarder TOUT ce qui s’est passé aux Etats-Unis, n’a-t-il pas quelques éléments optimistes à dégager. Par exemple, l’autre nouveauté de ces élections, est bien l’irruption d’un Bernie Sanders  qui a trouvé beaucoup d’écoute auprès de la jeunesse tout en se réclamant du « socialisme ». Mot jadis honni dans ce pays où la violence mac-carthyste croyait avoir éradiqué pour toujours les mouvements mettant en cause le capitalisme. On se demande d’ailleurs ce qu’aurait donné Sanders vs Trump. A envisager au prochain tour… dans quatre ans ?

Michel Muller

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