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Loi Travail : son retrait est toujours d’actualité !

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Une onzième journée de manifestations dans toute la France et déjà une douzième s’annonce pour mardi 5 juillet. Pourtant la « grande » presse ne ménage pas ses efforts pour rappeler à chaque manif que tout cela se « dégonfle ». Et annonce que « de toute façon », Manuel Valls et François Hollande ne reculeront pas, que le texte sera voté à l’Assemblée nationale début juillet. L’exécutif serait « droit dans ses bottes » comme l’avait affirmé, menton en avant, un certain premier ministre aujourd’hui candidat à la candidature à la présidence de la république. On en connaît l’issue en 1995…

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Question de majorité…

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Quand les « syndicats majoritaires » deviennent tout d’un coup « minoritaires » pour peu qu’on regarde de près les vrais chiffres… et pas ceux des « communiquants »… Et quand un mensonge mille fois asséné pourtant par la quasi totalité de la presse officielle, ne devient toujours pas une vérité…

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Et maintenant, réussir le 31 mars ?

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Une fois encore la ficelle si grosse est utilisée ! Les « grands » médias bien-pensants (du Figaro à Libération en passant par Radio France, France Télévision, la Une…) n’ont vu que des « dégradations », des « violences » lors des manifestations du 24 mars. Le journal Libération voit même une « manifestation qui dégénère ». Certes, ils sont bien obligés de parler de la violence policière qui tabasse un étudiant puissamment armé d’une barquette d’œufs… Un terroriste en puissance ? Ou un lièvre de Pâques en goguette ? En tout cas, rien ne pouvait justifier le geste de ce policier.

Pourtant, ce 24 mars ne se résume pas à cela : il semble bien que la mobilisation dans la jeunesse se développe d’appels en appels et que les mécontentements ne portent pas uniquement sur la loi Travail. En Alsace cela s’est particulièrement vérifié à Strasbourg (voir la photo de L’Alsace ci-dessus), un peu moins à Mulhouse. Qu’en sera-t-il le 31 mars ?

Un mécontentement multiforme

Si le projet de loi a été un facteur fort de la mobilisation (plus d’1.200.000 signatures de la pétition demandant son retrait), il semble bien que les mécontentements s’accumulent et pourraient être engendré par un rejet de la politique économique et sociale du gouvernement et du Président de la République: le recul du pouvoir d’achat et la précarité du travail touchent aujourd’hui des couches de la population qui ne pensaient pas être menacée un jour. S’y ajoute l’état d’urgence et son lot d’assignation à résidence, les manœuvres autour de Notre Dame des Landes, le passage en force sur la réforme territoriale, les condamnations de syndicalistes à de la prison ferme… Liste non exhaustive…

En Alsace, deux autres « dossiers » préoccupent une partie non négligeable de la population : la proposition du président du Conseil départemental 68 d’imposer un Service bénévole obligatoire pour que les bénéficiaires du RSA puissent le toucher, la décision du Conseil départemental 67 de réduire drastiquement les subventions au mouvement associatif, le risque qui pèse sur le régime local de la complémentaire maladie Alsace-Moselle…

Des organisations divisées sur les objectifs

Comme souvent quand il s’agit de gérer un mécontentement populaire d’envergure, les organisations chargées de le « porter » sont divisés sur des objectifs.

Sur la loi Travail, une partie d’entre-elles (voir le communiqué ci-après) appellent au retrait pur et simple. D’autres, CFDT, CFTC, UNSA, CFE-CGC et les étudiants de la FAGE, trouvent que le texte est amendable. Elles ne sont donc pas démobilisés mais voudraient que les députés améliorent encore le texte : pour elles, il s’agit donc de faire pression sur les parlementaires mais elles n’ont pas dit comment pour l’instant. On n’a également vu, dans les cortèges du 24 mars, des représentants de la CFDT. Preuve que tout n’est pas aussi limpide qu’on ne le pense…

Pour la défense du régime complémentaire maladie Alsace-Moselle, une intersyndicale s’est formée avec tous les syndicats hormis Force Ouvrière. Et elle appelle dans l’unité à la signature d’une motion pour défendre le régime local. Pourtant, Force Ouvrière a le même objectif, mais pense que c’est le « statu-quo » qui est la meilleure défense… En clair, tous craignent la disparition du régime local mais la manière de l’éviter n’est pas identique…

Sur la proposition de M. Straumann imposant un service du travail obligatoire pour les bénéficiaires du RSA : unanimité des syndicats et des associations pour condamner la démarche. Mais là également, division sur la manière de réagir. Certains pensent que tout cela va faire « pschitt » alors que d’autres considèrent que ce ballon d’essai a un objectif qui reste tout à fait d’actualité.

Tactique quand tu nous tiens…

Certes, ces différences d’appréciation peuvent être interprétées comme des divergences de fond. Mais on ne peut négliger le sens tactique des organisations qui privilégient plutôt la défense de leurs orientations alors que le mécontentement citoyen est perceptible sur des choses tout à fait concrètes : pouvoir d’achat, emploi, précarité, liberté… Si Paris valait bien une messe, la prise en compte des attentes citoyennes vaudrait bien une unité dans le respect des différences.

Le 31 mars est une de ces journées clés : quelles que soient les objectifs des organisations syndicales ou associatives, la réussite sera utile à tous, même à ceux qui n’auraient éventuellement pas appelé à manifester.

Qui peut nier que les améliorations négociées par les « syndicats réformistes » dans la loi Travail ont été pour beaucoup la résultante du succès des manifestations à l’appel des autres organisations !

Tout le monde a donc intérêt que le 31 mars soit une réussite (voir ci-dessous le communiqué des organisateurs). Car un échec, même relatif, aura deux effets majeurs et graves : le projet de loi sera maintenue, les modifications seront minimes (n’oublions pas le lobby patronat qui est en action et qu’il est aussi écouté et entendu par la majorité parlementaire), les déceptions seront immenses.

Et les organisations, quelles que fussent leurs positions, perdront encore un peu plus de crédibilité auprès de ceux qu’ils prétendent vouloir défendre.

Michel Muller


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COMMUNIQUÉ UNITAIRE ACTION DU 31 MARS 

TOUS ENSEMBLE CONTRE LA DESTRUCTION DU CODE DU TRAVAIL

RETRAIT DU PROJET DE LOI EL KHOMRI

 

Le projet de loi visant à réformer le droit du travail constitue une régression sociale sans précédent que nous refusons unitairement.

Les principes qui fondent les garanties collectives sont remis en cause et les licenciements facilités entrainant une précarisation du statut de salariés sur l’ensemble du territoire.

Le chômage atteint un niveau record, la pauvreté explose et, pour la première fois depuis l’après-guerre, l’espérance de vie recule.

Le gouvernement et le medef, sous couvert d’aide publique et d’exonérations de cotisations sociales de plusieurs milliards d’euros, nous promettaient des millions d’emplois !!! Avec le résultat que l’on connaît :  l’argent est parti dans la poche des patrons et des actionnaires, sans aucune création d’emploi sur le territoire.

Les premières manifestations ont connu un franc succès. La pression ne doit pas retomber. Le mouvement social s’étend.

Encore aujourd’hui, une imposante majorité considère que le projet de réforme du code du travail est une menace pour les salarié-es et ne créera pas d’emplois. Nous le pensons aussi.

La preuve est faite que les annonces du Premier ministre pour aménager la loi travail n’ont visiblement pas convaincu et ce malgré l’offensive gouvernementale largement relayée.

Le débat sur la loi est loin d’être terminé. La réécriture du texte ne touche pas au cœur du projet qui contient toujours de multiples régressions.

Ce nouveau projet de texte ne répond donc pas aux aspirations fortes, exprimées par les jeunes, les salarié-es et les chômeurs pour l’accès à l’emploi et sa sécurisation. La création d’emplois de qualité ne peut pas être synonyme de la casse du code du travail mais nécessite en revanche un changement de politique économique et sociale.

Le gouvernement doit retirer son projet, entendre les propositions alternatives portées par les organisations de jeunesse et de salarié-es et en discuter avec elles

Les organisations signataires invitent l’ensemble des salarié-es, les jeunes, les retraité-es et les privé-es d’emploi à se mobiliser :

Le Jeudi 31 Mars

Place de la Bourse à Mulhouse

A 12h pour un barbecue revendicatif

A 15h pour une grande manifestation « Pour le retrait du projet de Loi du Travail »

Nous exigeons l’abandon de ce texte néfaste, et nous demandons l’obtention de nouveaux droits, synonymes de progrès social et développeur d’emploi

Ce sera une nouvelle étape pour obtenir le retrait de ce projet de loi et conquérir de nouvelles garanties et protections collectives.

Mulhouse le 23 Mars 2016

 

Loi sur le travail : Faut-il attendre le 31 mars ?

Cinq cent mille manifestants dans toute la France le 9 mars dernier qui veulent le retrait de la loi de liquidation du code du travail. Deux mille pour le moins à Mulhouse ce qui ne s’était plus vu depuis longtemps.

Le 12 mars, les « rassemblements » à l’appel des organisations syndicales CFDT – UNSA – CFTC – CFE-CGC et la deuxième organisation étudiante FAGE, n’ont pas eu le succès attendu. Ce qui fragilise évidemment la position de « renégociation de la loi ».

La CGT, la FSU, Force Ouvrière, l’UNEF et l’UNL appellent à présent à une manifestation le 31 mars prochain. Alors que le gouvernement tente une opération déminage dès le 14 mars. Faut-il attendre aussi longtemps pour réagir ?

Ndlr: vous trouverez en fin d’articles une série de photos gracieusement mis à disposition par Pierre Dolivet, photographe indépendant, qui a couvert la manifestation du 9 mars. Qu’il en soit chaleureusement remercié.

Un succès indéniable des manifestations

C’est le contexte dans lequel elle se déroule qui définit le succès d’une manifestation. Celle du 9 mars est sans aucun doute à ranger dans la colonne réussite. Comme le disait Jacques Rimeize, secrétaire général de l’Union départementale FO rencontré dans la manifestation à Mulhouse, « nous avons eu très peu de temps pour nous préparer à la participation à cette action décidée par les jeunes. Et nous avons été entendus ».

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Le peu de jeunes étudiants dans la manif ? Jacques Rimeize tempère : « Mulhouse n’est pas une ville universitaire de la dimension de Strasbourg. Ce sont surtout les lycéens qui sont organisés ici. Pas de quoi s’inquiéter ! »

Indiscutablement, la forte présence syndicale dans la cité haut-rhinoise, sous les bannières de la CGT, de Force Ouvrière, de Solidaire et de la FSU semble démontrer que nombre de salariés étaient mobilisés. La présence de la Fédération autonome de la Fonction publique territoriale (FAFPT) montrait que le secteur public dans lequel œuvrent de plus en plus de salariés contractuels se sent également concerné. La belle participation de la CFDT (Métaux et Chimie) dans le défilé est aussi une indication : si les « états-majors » syndicaux ont une stratégie différente, les choses ne sont pas aussi simples sur le terrain où la volonté de voir les syndicats s’unir est très forte.

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Un « tour de chauffe » ?

Eliane Lodwitz et Arnaud Anthoine (Union départementale 68 CGT) étaient eux aussi satisfaits de la mobilisation. « Cela fait longtemps que nous n’avons pas vu autant de monde dans la rue. Nos syndicats CGT ont bien répondu. Mais pour nous, cela n’est qu’une première étape. Il faudra continuer pour arriver au retrait du projet de loi. »

Effectivement, le gouvernement a mesuré la dimension du rejet et de la capacité de mobilisation qui se dessine. Si la loi sur la réforme du code du travail est au centre de la contestation, d’autres sujets latents, antérieurs à cette loi, amplifient le mécontentement. L’état d’urgence perpétuel, la politique sécuritaire, la politique d’austérité et son impact sur le pouvoir d’achat, l’augmentation du chômage.

Et un sentiment qui gagne du terrain : celui de s’être fait avoir par les promesses d’un président avant les élections et la réalité de sa politique.

La crainte d’un mouvement social d’envergure

Le 9 mars, les syndicats ont rejoint un appel des organisations de la jeunesse, y compris du Mouvement des Jeunes socialistes. Si les exemples de reculs des gouvernements devant la colère de la jeunesse sont nombreux, chaque situation est pourtant différente. Et le gouvernement à raison de s’inquiéter de l’extension possible d’un mouvement qui agrège autant de motifs de mécontentement.

Traiter les jeunes d’ « inconscients » comme le fait l’ancien président Sarkozy relève plus de l’incantation que de la réalité. La génération qui est aux portes du monde du travail a vu ce que ses aînés endurent : contrat limité, stage non rémunéré alors qu’ils travaillent réellement, conditions de travail de plus en plus dégradée, code du travail non respecté… Ils ne veulent plus de cela.

Et c’est pourtant ce que la loi El Khomri veut graver dans le marbre d’un nouveau code du travail.

Mais le monde du travail, lui aussi, commence à relever la tête. Il voit bien que tous les sacrifices qu’on lui a demandé pour « combattre le chômage » n’ont servi à rien et que le nombre d’exclus est de plus en plus importants. Seuls les tripatouillages des chiffres de Pôle Emploi permettent de masquer la catastrophe.

Alors que le spectre de la pauvreté s’éloignait de plus en plus pour certaines catégories de la population, une grande partie d’entre elles ne se sentent plus protégés et considèrent que cela peut aussi leur arriver.

D’ordinaire, le malheur n’est pas toujours synonyme de mobilisation ou de révolte. Sauf quand il y a une prise de conscience que les intérêts particuliers des uns se défendront mieux en les partageant avec d’autres. En sommes-nous là ? C’est encore à vérifier, mais la panique gouvernementale devant cette mobilisation naissante semble indiquer que cette éventualité soit prise en compte.

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Le dérapage du MEDEF

Ce n’est pas un scoop : le MEDEF (beaucoup plus que la CGPME ou l’Union Patronale des Artisans UPA) soutient de toutes ses forces la loi. Et cela se comprend puisqu’il est le seul gagnant dans l’affaire.

Le journal Les Echos vient de dévoiler les pressions que Pierre Gattaz, président de l’organisation patronale, vient d’exercer sur la CFT-CGC et qui est révélatrice des rapports qu’ont certains syndicales avec le MEDF.

Vendredi soir donc, le site des Echos a dévoilé les messages que Pierre Gattaz  aurait envoyés à la présidente de la Confédération des cadres, CFE-CGC, Carole Couvert.

Le président du Medef la menace de ne plus la « soutenir » si elle persiste dans son opposition au projet de loi El Khomri sur le marché du travail.

«L’attitude de la CGC est incompréhensible et nuisible. Vous avez déjà planté la loi MDS (ndlr : Modernisation du dialogue social). Vous n’allez pas nous planter la loi MEK (ndlr: Myriam El Khomri)», écrit le dirigeant patronal. Puis il ajoute : «Si vous persistez dans cette attitude « cgtiste » sur cette loi, le Medef en tirera toutes les conséquences sur nos discussions en cours». Et il se fait  plus précis : «Ce que je veux dire c’est que nous (ne) vous soutiendrons plus dans votre combat pour les cadres si vous plantez la loi MEK».

Bonjour l’indépendance syndicale !

Les manœuvres de M. Valls

Il n’est pas dans nos habitudes de critiquer les organisations syndicales quelles qu’elles soient. Elles ont des orientations différentes et des difficultés à trouver la voie unitaire. Dont acte.

Mais apparemment, elles sont toutes d’accord pour considérer que le projet de loi initial est inacceptable et certaines d’entre elles ( les « réformistes ») ont mis en avant neuf propositions de changement dans le texte.

Les avis divergent sur le fait que ce texte soit amendable ou non. Nous verrons au résultat que le premier ministre veut rendre publique le 14 mars. Il semble que des modifications plus ou moins marginales sont envisagées. Et bien évidemment, retirer la loi dans le contexte actuel serait un désaveu de toutes la politique menée par François Hollande depuis sont élection.

Le rapport de force qui s’est exprimé est-il suffisant pour faire reculer le gouvernement ? On peut penser qu’il en est encore à croire que des manœuvres politiques, l’appui de certains syndicats dont les motivations sont plus politiques que syndicales, peuvent lui permettre de passer le cap.

Pourquoi attendre le 31 mars ?

Dès lors se pose la question : pourquoi les organisations syndicales et étudiantes qui se sont rencontrées il y a plus d’une semaine à présent, veulent attendre le 31 mars pour une nouvelle action. Les étudiants proposent que dès le 17 mars, de nouvelles manifestations soient organisées.

On peut comprendre qu’une date est fixée en fonction du temps qu’il faut pour optimiser la mobilisation.

Pourtant, il semble bien que la population de notre pays est bien consciente des enjeux et des risques. Alors, si on accélérait le processus ?

Michel Muller

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Ci-dessous les photos de Pierre Dolivet

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UN SYNDICALISME IMPUISSANT EN EUROPE ?

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Du 29 septembre au 2 octobre 2015, Paris sera la capitale du syndicalisme européen. En effet, la Confédération européenne des Syndicats, organisation qui regroupe l’ensemble des syndicats de notre continent, tient son congrès en France. Une première.

En cette période où les conquêtes sociales européennes sous leurs différentes formes nationales sont sacrifiées sur l’autel du libéralisme, un congrès de ce type devrait montrer aux salariés de toute l’Europe comment les syndicats comptent affronter cette situation de déréglementation sociale généralisée qui sape les fondations sur lesquels ils ont été construits par des générations de travailleurs.

Et surtout indiquer comment la CES pourrait mobiliser les 60 millions des salariés qu’elle prétend représenter, regroupés dans 90 organisations dans 39 pays.

Si la situation actuelle est difficile pour les salariés de tous les pays européens, elle devrait être propice pour une organisation syndicale qui a gravé le progrès social dans le marbre de ses statuts. On penserait dès lors que la situation en Grèce devrait être une sorte de fil rouge du congrès de Paris puisqu’on y retrouve tous les aspects de  la crise de manière exacerbée : remises en cause du modèle social, liquidation du service public, anéantissement de la protection sociale et des retraites, baisse des salaires, hausse (massive ! il dépasse 50%) du chômage particulièrement des jeunes, déni de démocratie à l’initiative des instances européennes et de ses principaux dirigeants…

Tous ces points figurent dans l’analyse que la CES fait de la situation en Europe. Mais pas une ligne dans le programme du congrès n’est consacrée à la Grèce.

DE MOLLES PAROLES…

On peut espérer qu’une motion d’urgence venant d’un syndicat un peu plus offensif que d’autres donne l’occasion au congrès de débattre de ce que vivent les travailleurs grecs et demandant qu’une solidarité plus concrète soit envisagée avec les syndicats hellènes. Dans une intéressante analyse de la Grèce intitulée « Quelques premiers enseignements de la crise grecque », la Fédération des Finances CGT conclut avec espoir : « Il y a urgence à ouvrir ce débat. Le congrès de la CES (Confédération européenne des syndicats) cet automne à Paris pourrait et devrait en être l’occasion. »

Il faudra que la CGT mette le paquet car, pour l’instant, la CES ne s’est fendue que de molles déclarations : un communiqué en neuf lignes intitulé «Catastrophe évitée à un prix incroyablement élevé » paru le 13 juillet et une lettre ouverte envoyée le 7 juillet aux dirigeants européens dans laquelle figurent les exigences « révolutionnaires » que voilà : « Nous vous appelons à reprendre les négociations en bonne foi, avec l’objectif de trouver un accord socialement juste et économiquement soutenable avec le gouvernement grec ». Il paraît que Jean-Claude Juncker en tremble encore…

DU BEAU MONDE A LA MUTUALITE…

D’ailleurs, quelques-uns des destinataires de la lettre-ouverte pourront s’expliquer à la tribune du congrès car ils sont les invités de la CES : François Hollande, Jean-Claude Juncker, Martin Schulz, Markus Beyer, le directeur général de Business Europe (les entreprises européennes), Marianne Thyssen, la Commissaire européenne à l’emploi, aux affaires sociales et à l’insertion, Nicolas Schmitt, le ministre luxembourgeois du travail… Certes, Thomas Piketty sera là pour dénoncer la mauvaise redistribution et appeler de ses vœux un capitalisme « gentil »…

Certes, le document qui présente les thèmes de discussion relève des analyses et des revendications pertinentes mais le manque d’initiatives pour imposer ces choix différents ramène cela à une litanie de bons sentiments et de vains espoirs. Si encore on pouvait espérer que le congrès demande des comptes à ces invités qui ont tous mis la main à la pâte pour faire avaler la potion de l’austérité à Alexis Tsipras, on pourrait y trouver quelque intérêt. Mais il y a peu d’espoirs : on laissera évidemment  les quelques contestataires dans la salle s’exprimer, il faut bien un peu de démocratie. Le débat, l’échange d’idées, eux, attendront.

LA CES CONFORME A CE QUE VEULENT LES CONFEDERATIONS ADHERENTES

Il serait injuste d’orienter les seules critiques contre la Confédération européenne des syndicats et de brocarder les dirigeants. Bernadette Segol a essayé, durant son mandat, de faire évoluer l’organisation bien plus que son prédécesseur britannique John Monks, qui n’a jamais émis la moindre critique à l’égard de la Commission européenne. L’actuelle secrétaire générale de la CES va quitter son poste, remplacée par un représentant italien du syndicat IUL italien. La question reste ouverte si celui-ci a la volonté de continuer à faire évoluer la CES vers un vrai syndicat.

Car il ne faut jamais oublier que le budget de la Confédération européenne des syndicats est assuré à 80% par des subventions de la Commission européenne sur présentation de demandes qui doivent correspondre à l’agenda européen. Bernadette Ségol a tenté de desserrer ce carcan mais pour y arriver, il lui fallait l’appui des confédérations européennes adhérentes. Et c’est là que le bât blesse.

Premier obstacle : les adhérents de la CES sont avant tout des organisations nationales qui privilégient l’activité au niveau de leur pays. Aujourd’hui encore, les principales organisations scandinaves refusent un dialogue social européen digne de ce nom. Car actuellement, le dispositif en place interdit que l’on y parle de salaires, de temps de travail, voire de conditions de travail !

Les déclarations de solidarité sont de pure forme et ne débouchent que très rarement sur des mobilisations concrètes. Evidemment, les traditions et les structures syndicales, sont profondément différentes entre le nord et le sud de l’Europe. L’arrivée de syndicats des pays de l’est n’a pas apporté plus de liant entre les adhérents de la CES, bien au contraire.

Un exemple parmi d’autres : des chercheurs, entre autres un économiste allemand Klaus Busch, ont proposé qu’un salaire minimum européen soit mis en place, ce salaire étant calculé pour chaque pays en tenant compte de son PIB. Jamais la CES n’a pu ouvrir le débat publiquement sur cette question pourtant essentielle à l’époque où les salariés européens sont mis en concurrence pour faire baisser le coût du travail.

Deuxième obstacle : aucune organisation adhérente à la CES ne veut augmenter les cotisations à verser à l’organisation européenne : peu de chances que celle-ci puisse se détacher de la Commission dans ce cas. Pourtant, serait-il ridicule d’envisager que chaque adhérent d’un syndicat européen verse une part de sa cotisation directement à la Confédération européenne des syndicats ?

UN MOUVEMENT SOCIAL EUROPEEN SANS SYNDICAT ?

Le dernier congrès de la CES avait eu lieu en 2011 à… Athènes. Dans une ambiance houleuse comme on peut l’imaginer dans laquelle la CES était assimilée à la Commission européenne et qui n’a pas pu modifier cette perception du peuple grec. Des affiches : « ETUC (CES en anglais) go home » fleurissaient partout.

Et pourtant, quatre ans après, le même scénario se reproduit : un congrès convenu, les mêmes invités, des textes quasiment identiques… Comme si en quatre ans, rien ne se serait passé. Le mouvement des « indignés » a été totalement occulté par la CES car très souvent, les syndicats nationaux, confrontés à ces mouvements sociaux, les traitaient avec mépris ou condescendance. Pour avoir participé à des manifestations madrilènes, j’ai pu mesurer que les syndicats commençaient aussi à subir le sort des partis politiques en perdant la confiance des salariés, surtout les plus combattifs.

Peut-on imaginer l’avenir des syndicats fonctionnant comme des institutions chargées d’assumer le traitement social de la rigueur et de l’austérité, cherchant des compromis bancaux pour faire avaler des mesures de recul social, voire sociétal ?

A ce jeu là, les syndicats perdront ce qui est leur bien le plus précieux : les adhérents…

Pourtant, si un mouvement social peut se déclencher sur la base de la colère, il a besoin d’organisation pour perdurer et aboutir. De nombreuses associations, groupes se constituent pour organiser les résistances et ils ont créer  Syriza ou Podemos. Mais on ne peut oublier que d’autres sont à l’affût avec des intentions moins avouables.

Serait-il possible qu’un congrès de la CES puisse ignorer ces dangers qui guette l’Europe actuellement ? Nous le verrons bien le 2 octobre prochain.

Michel Muller

https://www.etuc.org/sites/www.etuc.org/files/other/files/congress_agenda_version_34_20150714_fr.pdf

CGT : PAS DE SORTIE DE CRISE…

L’instance chargé de diriger la CGT entre deux congrès, le Comité confédéral national, n’a pas élu « l’équipe » que veut diriger Philippe Martinez, actuel  secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie (la plus importante dans le secteur privé). Rien d’étonnant à cela quant on voit comment la succession de Thierry Lepaon s’est organisé : manœuvres de couloirs, ententes tacites (ou pas) entre des organisations, promesses de postes à de grandes fédérations pour qu’elles soutiennent les candidatures, rien n’a été négligé pour imposer au CCN le choix fait par Philippe Martinez… et Thierry Lepaon, persiflent certains. Continuer la lecture de CGT : PAS DE SORTIE DE CRISE…

On « cause » à Davos, On vote Syriza en Grèce ?

Parfois, des événements dans l’actualité s’emboîtent comme des matriochka. Alors que le gratin politique et économique du monde de la finance se retrouve à Davos, Oxfam sort opportunément son étude sur les inégalités. Qui fait grand bruit. Evidemment, cela déchaîne une contre-offensive pour contester les chiffres. Pourtant les tendances relevées par Oxfam sont identiques à celles du FMI ou de la Banque Mondiale. Et puis, dimanche 25 janvier, la Grèce va voter. Syriza, le parti de gauche, est en tête des sondages. Et si les Grecs veulent que la politique reprenne le dessus sur le libéralisme à tout crin ? La panique commence à s’installer chez les dogmatiques de la rigueur…

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CGT : UNE CRISE PROFONDE

La CGT est fortement secouée par les « affaires » Thierry Lepaon qui a été contraint à démissionner. Pourtant, la crise que traverse la CGT ne trouve pas son origine dans cet épisode, il n’en a été que le déclencheur. Georges Séguy et Louis Viannet qui ont réclamé à cors et à cris la démission de leur successeur devraient s’en souvenir. Car le départ de Lepaon ne règlera en rien les problèmes auxquels la première centrale syndicale française est confrontée.

La première alerte d’une crise qui agite l’organisation s’est manifestée lors du départ de Bernard Thibault Continuer la lecture de CGT : UNE CRISE PROFONDE