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Conseils départementaux alsaciens, la haine en majesté contre les pauvres

Le conseil départemental du Haut-Rhin se pique désormais de vérifier les comptes bancaires des allocataires du RSA. Il est vrai qu’un travail obligatoire, mais néanmoins bénévole, attend déjà nos profiteurs d’aumône. Au Golgotha des miséreux s’ajoutera donc le calvaire des comptabilités sous surveillance. L’aumônier se veut intraitable, et redouble de mépris souverain, alors même que l’indigent est à poil face à lui.

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Eric Straumann – Une entrevue exclusive

Le jeudi 14 avril 2016, une équipe de l’Alterpresse68 a rencontré Eric Straumann, président du Conseil département du Haut-Rhin, pour une entrevue exclusive.
La délibération RSA contre « bénévolat » ayant choqué nombre d’acteurs sociaux et militants, et durablement défrayé la chronique, nous voulions en savoir plus sur le sujet.
Ce faisant, nous avons en outre évoqué avec lui le problème de la dette départementale, ou encore celui de l’avenir des collectivités territoriales.
Vous êtes invités à laisser vos commentaires au bas du texte.

eric

L’Alterpresse68: Comment comprenez-vous les oppositions et résistances à votre projet de bénévolat obligatoire ?

Eric Straumann: Les opposants restent très marginaux. Très peu de gens rencontrés m’ont dit que cela pouvait être une mauvaise idée. Cela dit, je comprends les préoccupations du monde de l’insertion, mais l’ensemble du public bénéficiaire n’en dépend pas. Certains ont effectivement besoin d’être accompagnés, mais ce n’est pas le cas de la majorité.

AP68: Votre motivation est-elle économique ?

ES: Le chiffre des allocataires augmente de 8% par an. Ces personnes ont-elles intérêt à rester éternellement dans ce dispositif ? Certains s’y trouvent depuis 10 ans. Ils perdent prise avec leur environnement, n’ont plus de lien social. Ils sont décalés par rapport aux exigences du monde du travail.
L’idée n’est pas nouvelle, mais elle m’est apparue nécessaire après la rencontre avec un jeune qui se trouvait désocialisé. Difficile dans ces conditions de se rendre à un entretien d’embauche. L’objectif essentiel est de permettre le retour à l’emploi des gens.

AP68: Savez-vous qu’une fraction importante des bénéficiaires du RSA sont des salariés «proches de l’emploi», qui n’ont plus de droits au chômage, dont près de 30% sont diplômés de l’enseignement supérieur ou même en reconversion professionnelle. Ne craignez-vous pas de les reléguer à des « travaux d’intérêt général », à l’instar des condamnés de la justice pénale ?

ES: Je ne parle que du RSA socle [NDLR: allocataires qui n’ont aucun revenu]. Par ailleurs je n’évoque pas de travaux d’intérêt général. Il n’est question que d’activité. Et une activité librement choisie. Pas question de mettre des gens au bord des routes avec des pelles et des pioches. On leur demande de participer à la vie sociale de leur quartier ou village, à travers une tâche qui n’est pas un travail. L’activité est contrainte, mais ils la choisissent librement.

AP68: On est donc hors cadre salarial ?

ES: Totalement, il ne s’agit pas de remplacer des salariés. Je le répète, le fait d’aller chanter dans une chorale relève pour moi d’une activité.

AP68: Vous allez contraindre des gens à s’inscrire dans une chorale ?

ES: Il faut sortir, faire un geste en direction de la collectivité. Ce sont autant d’occasions qui permettent de nouer des relations, de savoir qu’un emploi se libère. Beaucoup d’offres d’emploi se trouvent par le bouche à oreille. La presse suisse a voulu savoir si le fait de se rendre au carnaval de Bâle pouvait être décompté dans le temps d’activité obligatoire. La réponse est oui !

AP68: Mais une partie importante des bénéficiaires sont « proches de l’emploi » ! [c’est à dire inscrits à Pôle-emploi mais sans droit aux allocations chômages]

ES: Pour ma part, je vise d’abord les 8000 personnes qui sont dans le dispositif depuis plus de 5 ans. Par ailleurs, il ne faut pas que ces personnes se chargent d’un travail à caractère social où ils ne se retrouvent qu’entre eux, à gérer des personnes qui sont elles-mêmes en difficulté. Il faut au contraire les sortir d’un tel environnement.

AP68: On peut comprendre le besoin de resocialisation. Ce qui a choqué c’est le risque de stigmatisation contre les plus modestes.

ES: Je ne veux stigmatiser personne. Ces dispositifs existent en Grande-Bretagne et en Allemagne. Par ailleurs, les allemands demandent aux réfugiés syriens ou afghans de travailler ! S’ils refusent un emploi ils ne pourront pas rester sur le territoire.
Il s’agit de trouver un modèle qui permette la dignité à travers une activité.

[NDLR] : Les demandeurs d’asile allemands (à ne pas confondre avec les réfugiés politiques admis au séjour) ne peuvent pas travailler. Outre la prise en charge intégrale de leurs dépenses courantes (logement, repas, frais d’habillement), l’état allemand alloue la somme de 143 euros par adulte, dès le dépôt de la demande d’asile. En outre, dès lors qu’il n’est pas statué sur leur demande, il leur est loisible de travailler de façon limitative à partir du 3ème mois et jusqu’au 15ème,  durée au-delà de laquelle ils peuvent percevoir (sans condition) l’allocation « Hartz IV », équivalente au RSA, pour un montant de 392 euros mensuels, sans compter la prise en charge intégrale de leur frais de logement. Un nouveau projet de loi en cours d’examen modifiera ces dispositions pour partie.
Sources allemandes:
http://www.merkur.de/politik/fluechtlinge-was-bekommen-sie-in-deutschland-faktencheck-5565086.html
http://www.ahs-kanzlei.de/2015/11/arbeitserlaubnis-asyl-fluechtling-migranten/

AP68: Dignité oui, mais par une activité salariale ! Or, il n’y a pas de salaire par votre proposition.

ES: Oui, mais ce n’est pas un travail ! Et puis il y a une prestation qui est versée et qui n’est pas négligeable. Enfin, on ne décrète pas la création d’emploi.

AP68: On en fait pourtant des responsables de leur propre situation !

ES: Personne ne saura qu’un bénéficiaire du RSA est susceptible de servir d’arbitre dans un club de tennis ! On ne va pas lui apposer de signe distinctif.

AP68: Que pensez-vous de l’initiative « territoires zéro chômeur » menée par ATD Quart Monde (voir plus bas), qui vise à replacer les chômeurs dans des emplois durables et en CDI ?

ES: Je ne connais pas vraiment. Mais notre budget n’est pas extensible. [NDLR M. Straumann nous pose des questions sur le dispositif]. Nous mettons 100 millions pour financer le RSA, dont 50 seulement sont compensés par l’Etat. La situation n’est pas durable. L’Etat ne peut pas continuer à emprunter pour son fonctionnement.

AP68: Pourquoi ne pas récuser les dettes, dont de nombreux organismes soulignent qu’elles sont illégitimes, voire fondées sur des actifs toxiques ?

« Ne pas rembourser la dette, c’est la guerre »!

ES: Le jour où l’on fera cela le système entier s’effondrera. On se retrouvera en 1929, et derrière c’est la guerre assurée. Si en 2008 Sarkozy n’avait pas sauvé le système bancaire, la guerre nous menaçait.
Si les gens perdaient leur épargne on serait sous cette menace là. Cela signifierait que l’argent ne vaut plus rien.

AP68: Un audit sur la dette doit faire la différence entre petits épargnants et les 1% les plus riches. N’est-ce pas simplement un sursis ? Car en rendant publique la dette qui était privée on n’aura pas levé les antagonismes ou tensions à l’échelle internationale.

ES: Avec notre recul, tous les économistes savent que si l’on était intervenu dans les années 30 pour sauver le système économique, on aurait évité l’avènement du régime hitlérien.

AP68: Pour en revenir au RSA, il faudra pourtant bien le financer !

ES: Oui, mais l’idée c’est l’insertion. Et j’observe que personne ne fait de proposition. Mis à part ATD Quart-Monde, dont le projet coûterait de l’argent.

AP68: ATD prétend que l’ensemble des financements consacrés à la gestion du chômage et du traitement social de celui-ci suffirait pour créer de l’emploi.

ES: Je ne sais pas trop quoi en penser. J’ajoute qu’un emploi créé dans ce cadre coûterait plus de 3 fois le montant du RSA.

AP68: En moyenne, 1/3 des allocataires RSA socle et 2/3 des allocataires RSA activité préfèrent éviter de solliciter cette aide. Comment l’expliquez-vous ?

ES: Les gens n’ont pas envie d’être au RSA, et c’est bien normal. Pour ma part je ne me soucie que du RSA socle. Le RSA complémentaire [NDLR devenu « prime d’activité » depuis le 1er janvier 2016] n’est pas une mauvaise chose. Cela permet d’améliorer la situation des travailleurs pauvres, même si 90% des bénéficiaires ne sont pas satisfaits de leur situation.

AP68: Pourtant un tiers ne le réclame pas !

ES: On fait dire ce que l’on veut aux chiffres… Mais il est possible que la progression des dépenses s’explique par une augmentation du taux de recours. D’autre part, il y a ceux qui en bénéficie et qui n’y ont pas droit, dans des proportions très faibles il est vrai.

AP68: Comment comptez-vous contrôler l’effectivité du travail et la présence des allocataires au sein des associations partenaires ?

ES: Par une attestation trimestrielle. Il faut laisser de la souplesse aux allocataires, qui organiseront leur temps d’activité comme ils le souhaitent, en fonction notamment de leur intérêt ou de la nature de l’activité. On se fiera à la bonne foi des associations, qui n’auront pas besoin d’être agréées, mais devront justifier d’une existence juridique. Il n’y aura pas de contrôle systématique, sauf déclarations anormales.

AP68: Dans ce cas, vous vous réservez le droit de suspendre le versement ?

ES: On convoquera la personne, qui fera l’objet d’interrogations par une commission. Il est possible qu’il y ait des motifs recevables, comme une mère avec 3 enfants par exemple. Des ajustements sont possibles en fonction de la situation de la personne.

AP68: Comment recevez-vous le terme SBO (service de bénévolat obligatoire) attribué par des associations à votre initiative ?

ES: C’est un peu le point Godwin, qui clôt tout débat. Nous ne sommes pas dans ce registre là.

AP68: On n’a pas du tout l’impression que le dispositif est souple et respectueux des personnes.

ES: Je l’ai toujours assuré, le dispositif sera très souple, même s’il est obligatoire. Après la presse l’interprète comme elle le veut.

AP68: Êtes-vous favorable à la mise en place d’un revenu d’existence ?

ES: C’est un thème récurrent. C’est une bonne idée en théorie, mais on ne peut pas se le payer, avec notre niveau d’endettement et de déficit public. On aurait peut-être pu dans les années 70.

AP68: Comment expliquez-vous la réaction du préfet, qui a déféré votre délibération devant le tribunal administratif ?

ES: C’est évidemment une décision du gouvernement. Il y a tout un environnement derrière cela. Nous sommes engagés dans un bras de fer avec le gouvernement sur la question du financement du RSA. La dépense est l’équivalent de la construction de 8 collèges. Juridiquement la décision préfectorale n’est pas assurée. L’article 72 de la constitution dispose de la libre administration des collectivités territoriales. Si on nous donne une compétence il faut nous donner les moyens financiers et une certaine liberté d’action, car sinon l’État pourrait le faire lui même à travers la sécurité sociale. Par ailleurs, le gouvernement redoute que les départements n’imposent l’obligation d’inscription à Pôle-emploi pour toucher le RSA, ce qui n’est pas obligatoire à ce jour.
Si tous les départements faisaient cela, on se retrouverait mécaniquement avec 300 000 chômeurs en plus.

AP68: Le Premier ministre n’a t-il pas prévu de renationaliser le RSA ?

ES: Oui, mais les services de Bercy voudraient imputer la charge en tenant compte des chiffres de 2016, qui s’élèvent à 100 millions, alors qu’il était question de 2014, où elle n’était que 94 millions. Le débat reste donc ouvert. Par ailleurs, ma délibération est venue s’entrechoquer avec les problématiques de transfert de compétences.
Or, le problème est simple, soit c’est une politique nationale et c’est l’État qui paye, puisque les conditions et modalités sont les mêmes en tout lieu du territoire. Ce n’est pas le sens de notre délibération, mais pour moi ce devrait être le couple département-commune ou intercommunalité qui seraient les mieux à même de gérer le RSA. Sauf à mettre en œuvre une logique de guichet sans proximité possible.

AP68: Autre chose. Vous avez mis en œuvre une logique de moratoire pour SNCF Réseaux. Pourquoi ?

ES: C’est pour faire pression. Mais la dette demeure toutefois. Le fait est que le département n’est pas desservi comme il était convenu au départ. La prestation promise n’est pas là, il n’y a que 8 TGV (Est) par jour en gare de Colmar et le sud du département n’est pas desservi.

AP68: Pourtant vous ne le faites pas dès lors qu’il s’agit des banques et des taux d’intérêts exorbitants.

ES: Cela ne représente que 2% [taux d’intérêt moyen].

AP68: C’est à dire plusieurs millions d’euros !

ES: On peut emprunter facilement aujourd’hui, et à des taux très faibles.
Il est d’ailleurs dommage que l’on ne dispose pas de marges de manœuvre car la période est exceptionnelle à ce titre. Pour autant la dette doit être remboursée.

AP68: Pourquoi pas un audit sur la dette, afin de connaître l’origine et la destination des flux ? L’affaire « Panama papers » est éloquente à ce titre !

ES: La dette n’est pas émise depuis Panama, mais depuis l’État français.
Ce sont des titres ou obligations émises par l’État à travers le monde, et souscrits par des étrangers, que ce soit l’Asie ou les Etats-Unis, notamment des fonds de pension.

AP68: L’évasion fiscale représente entre 60 et 90 milliards selon les évaluations. « Panama papers » a permis de replacer le focus sur le problème.

ES: Vous savez, notre base fiscale c’est le bâti sur le territoire.

AP68: Vous vous plaignez d’une réduction de la dotation de l’État dont le financement provient bien de la fiscalité, dont une partie s’évapore du fait de l’évasion fiscale !

ES: Cela n’a rien à voir avec l’enjeu dont nous parlons.

AP68: L’État donne priorité au remboursement de la dette, ce qui a pour effet de vous priver de dotations ! Par ailleurs, il y a une opacité de la part du Conseil départemental sur son budget, dans lequel figurent des éléments toxiques.

ES: A ma connaissance il n’y en a pas.

AP68: Un rapport de la chambre régionale des comptes signale la chose !

ES: L’endettement reste très modeste sur le département. Par ailleurs nous n’avons rien à cacher.

AP68: Nous sommes près du demi-milliard. Et à 2 ou 3% d’intérêt par an cela fait près de 12 millions d’euros !

ES: C’est à peu près 400 euros par habitant. C’est loin des 22 000 euros de l’État ! En 2016 elle baissera de 20 millions.

AP68: Cela se traduira par une baisse des investissements !

ES: On n’emprunte que si l’on peut rembourser.

AP68: Le département du Bas-Rhin a choisi d’effectuer des réductions drastiques, notamment sur l’hébergement d’urgence.

ES: C’est de la responsabilité de l’État. Il nous a supprimé la cause de compétence générale.

« Je ne vois pas comment la nouvelle région pourra fonctionner »

AP68: La réforme des collectivités territoriales entraîne des craintes et des oppositions. Tout cela s’opère dans la douleur. Comment examinez-vous cette centralisation en marche ?

ES: Le premier partenaire des collectivités locales c’était le département, notamment par des aides aux communes. On nous a prélevé 14 millions qu’on réinjectera à hauteur de 7 millions au travers de la grande région ! Est-ce de la compétence de cette région que de se charger d’examiner la demande financière d’une petite commune du Sundgau ? Cela n’a aucun sens, et relève du saupoudrage !

AP68: Vous avez laissé entendre que cette grande région n’est peut-être pas aussi définitive que cela.

ES: Je ne vois pas comment cet ensemble peut fonctionner. Il est sans âme, sans histoire. On est sur des bassins très distincts. La zone d’attraction de la Champagne c’est Paris, ce n’est pas Strasbourg. Je crois qu’il n’y a que 75 passagers dans les trains entre Reims et Strasbourg chaque jour. Il existe très peu de liens. Ce sont des réalités démographiques et économiques incontournables. Ceci ne relève que de décisions politiques internes au PS. Enfin, dans quel pays au monde donne-t-on un nom à une entité géographique par voie de décret ?


Notes:

Zéro chômeur de longue durée par ATD Quart Monde

Pour en savoir plus sur la dette publique du département :

Paru en mars dernier : Straumann a choisi la finance contre l’humain. Pas (encore) l’inverse…

Paru en février dernier : Au Conseil Départemental : des toxiques qui piquent.

Et maintenant, réussir le 31 mars ?

manif 24

Une fois encore la ficelle si grosse est utilisée ! Les « grands » médias bien-pensants (du Figaro à Libération en passant par Radio France, France Télévision, la Une…) n’ont vu que des « dégradations », des « violences » lors des manifestations du 24 mars. Le journal Libération voit même une « manifestation qui dégénère ». Certes, ils sont bien obligés de parler de la violence policière qui tabasse un étudiant puissamment armé d’une barquette d’œufs… Un terroriste en puissance ? Ou un lièvre de Pâques en goguette ? En tout cas, rien ne pouvait justifier le geste de ce policier.

Pourtant, ce 24 mars ne se résume pas à cela : il semble bien que la mobilisation dans la jeunesse se développe d’appels en appels et que les mécontentements ne portent pas uniquement sur la loi Travail. En Alsace cela s’est particulièrement vérifié à Strasbourg (voir la photo de L’Alsace ci-dessus), un peu moins à Mulhouse. Qu’en sera-t-il le 31 mars ?

Un mécontentement multiforme

Si le projet de loi a été un facteur fort de la mobilisation (plus d’1.200.000 signatures de la pétition demandant son retrait), il semble bien que les mécontentements s’accumulent et pourraient être engendré par un rejet de la politique économique et sociale du gouvernement et du Président de la République: le recul du pouvoir d’achat et la précarité du travail touchent aujourd’hui des couches de la population qui ne pensaient pas être menacée un jour. S’y ajoute l’état d’urgence et son lot d’assignation à résidence, les manœuvres autour de Notre Dame des Landes, le passage en force sur la réforme territoriale, les condamnations de syndicalistes à de la prison ferme… Liste non exhaustive…

En Alsace, deux autres « dossiers » préoccupent une partie non négligeable de la population : la proposition du président du Conseil départemental 68 d’imposer un Service bénévole obligatoire pour que les bénéficiaires du RSA puissent le toucher, la décision du Conseil départemental 67 de réduire drastiquement les subventions au mouvement associatif, le risque qui pèse sur le régime local de la complémentaire maladie Alsace-Moselle…

Des organisations divisées sur les objectifs

Comme souvent quand il s’agit de gérer un mécontentement populaire d’envergure, les organisations chargées de le « porter » sont divisés sur des objectifs.

Sur la loi Travail, une partie d’entre-elles (voir le communiqué ci-après) appellent au retrait pur et simple. D’autres, CFDT, CFTC, UNSA, CFE-CGC et les étudiants de la FAGE, trouvent que le texte est amendable. Elles ne sont donc pas démobilisés mais voudraient que les députés améliorent encore le texte : pour elles, il s’agit donc de faire pression sur les parlementaires mais elles n’ont pas dit comment pour l’instant. On n’a également vu, dans les cortèges du 24 mars, des représentants de la CFDT. Preuve que tout n’est pas aussi limpide qu’on ne le pense…

Pour la défense du régime complémentaire maladie Alsace-Moselle, une intersyndicale s’est formée avec tous les syndicats hormis Force Ouvrière. Et elle appelle dans l’unité à la signature d’une motion pour défendre le régime local. Pourtant, Force Ouvrière a le même objectif, mais pense que c’est le « statu-quo » qui est la meilleure défense… En clair, tous craignent la disparition du régime local mais la manière de l’éviter n’est pas identique…

Sur la proposition de M. Straumann imposant un service du travail obligatoire pour les bénéficiaires du RSA : unanimité des syndicats et des associations pour condamner la démarche. Mais là également, division sur la manière de réagir. Certains pensent que tout cela va faire « pschitt » alors que d’autres considèrent que ce ballon d’essai a un objectif qui reste tout à fait d’actualité.

Tactique quand tu nous tiens…

Certes, ces différences d’appréciation peuvent être interprétées comme des divergences de fond. Mais on ne peut négliger le sens tactique des organisations qui privilégient plutôt la défense de leurs orientations alors que le mécontentement citoyen est perceptible sur des choses tout à fait concrètes : pouvoir d’achat, emploi, précarité, liberté… Si Paris valait bien une messe, la prise en compte des attentes citoyennes vaudrait bien une unité dans le respect des différences.

Le 31 mars est une de ces journées clés : quelles que soient les objectifs des organisations syndicales ou associatives, la réussite sera utile à tous, même à ceux qui n’auraient éventuellement pas appelé à manifester.

Qui peut nier que les améliorations négociées par les « syndicats réformistes » dans la loi Travail ont été pour beaucoup la résultante du succès des manifestations à l’appel des autres organisations !

Tout le monde a donc intérêt que le 31 mars soit une réussite (voir ci-dessous le communiqué des organisateurs). Car un échec, même relatif, aura deux effets majeurs et graves : le projet de loi sera maintenue, les modifications seront minimes (n’oublions pas le lobby patronat qui est en action et qu’il est aussi écouté et entendu par la majorité parlementaire), les déceptions seront immenses.

Et les organisations, quelles que fussent leurs positions, perdront encore un peu plus de crédibilité auprès de ceux qu’ils prétendent vouloir défendre.

Michel Muller


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COMMUNIQUÉ UNITAIRE ACTION DU 31 MARS 

TOUS ENSEMBLE CONTRE LA DESTRUCTION DU CODE DU TRAVAIL

RETRAIT DU PROJET DE LOI EL KHOMRI

 

Le projet de loi visant à réformer le droit du travail constitue une régression sociale sans précédent que nous refusons unitairement.

Les principes qui fondent les garanties collectives sont remis en cause et les licenciements facilités entrainant une précarisation du statut de salariés sur l’ensemble du territoire.

Le chômage atteint un niveau record, la pauvreté explose et, pour la première fois depuis l’après-guerre, l’espérance de vie recule.

Le gouvernement et le medef, sous couvert d’aide publique et d’exonérations de cotisations sociales de plusieurs milliards d’euros, nous promettaient des millions d’emplois !!! Avec le résultat que l’on connaît :  l’argent est parti dans la poche des patrons et des actionnaires, sans aucune création d’emploi sur le territoire.

Les premières manifestations ont connu un franc succès. La pression ne doit pas retomber. Le mouvement social s’étend.

Encore aujourd’hui, une imposante majorité considère que le projet de réforme du code du travail est une menace pour les salarié-es et ne créera pas d’emplois. Nous le pensons aussi.

La preuve est faite que les annonces du Premier ministre pour aménager la loi travail n’ont visiblement pas convaincu et ce malgré l’offensive gouvernementale largement relayée.

Le débat sur la loi est loin d’être terminé. La réécriture du texte ne touche pas au cœur du projet qui contient toujours de multiples régressions.

Ce nouveau projet de texte ne répond donc pas aux aspirations fortes, exprimées par les jeunes, les salarié-es et les chômeurs pour l’accès à l’emploi et sa sécurisation. La création d’emplois de qualité ne peut pas être synonyme de la casse du code du travail mais nécessite en revanche un changement de politique économique et sociale.

Le gouvernement doit retirer son projet, entendre les propositions alternatives portées par les organisations de jeunesse et de salarié-es et en discuter avec elles

Les organisations signataires invitent l’ensemble des salarié-es, les jeunes, les retraité-es et les privé-es d’emploi à se mobiliser :

Le Jeudi 31 Mars

Place de la Bourse à Mulhouse

A 12h pour un barbecue revendicatif

A 15h pour une grande manifestation « Pour le retrait du projet de Loi du Travail »

Nous exigeons l’abandon de ce texte néfaste, et nous demandons l’obtention de nouveaux droits, synonymes de progrès social et développeur d’emploi

Ce sera une nouvelle étape pour obtenir le retrait de ce projet de loi et conquérir de nouvelles garanties et protections collectives.

Mulhouse le 23 Mars 2016

 

Non au S.B.O (service bénévole obligatoire) pour les R.S.A!

pauvreté

Nous publions ci-dessous le communiqué signé par de très nombreuses associations, syndicat, personnes, qui dénonce la décision du président du Comité Départemental du Haut-Rhin. Ces associations se réuniront à nouveau le 22 février et L’Alterpresse rendra fidèlement compte des décisions que l’assemblée prendra.

Notre journal est aux côtés de ceux qui, nombreux et d’une grande diversité, se mobilisent pour que cette décision inique et injuste ne s’applique pas.

 

Communiqué

La menace de suspension du RSA (revenu de solidarité active) aux allocataires n’ayant pas effectué sept heures de bénévolat par semaine a été brandie par le président du conseil départemental du Haut – Rhin.

 Certes les conseils départementaux ont en charge le versement d’un RSA dont ils ne maîtrisent ni le montant ni les modalités d’attribution et dont la courbe fortement ascendante menace leurs équilibres budgétaires, alors que l’Etat ne respecte pas ses obligations quant aux dotations correspondantes.

Pour autant, la mesure proposée par l’élu alsacien est profondément choquante:

– stigmatisation et culpabilisation punitive des allocataires implicitement accusés de ne pas vouloir « s’en sortir »

– méconnaissance des contrôles et tracasseries administratives dont ils sont déjà victimes et qui conduit nombre d’allocataires potentiels à renoncer à demander le RSA.

– ignorance des propositions et des immenses besoins réels des associations et des bénévoles débordés par leurs engagements face aux carences des autorités publiques dans un tissu social qui se déchire.

Faire du pauvre une monnaie d’échange dans un bras de fer entre l’Etat et les conseils départementaux est une démarche indigne!

Créer une nouvelle catégorie de travailleurs forcés est inacceptable et relève d’un chantage économique!

L’initiative du président du conseil départemental du Haut – Rhin est parfaitement illégale, ainsi que l’a souligné la ministre des Affaires Sociales, et ne sera sans doute pas traduite dans les faits. Mais elle relève d’une démarche politicienne traduisant un profond mépris pour les 20 000 personnes ou familles de son département, bénéficiaires à titre principal ou complémentaire de ce RSA qui conditionne leur survie sociale et leurs besoins vitaux comme ceux de leur famille.

Elle constitue surtout un ballon d’essai pour ses collègues de nombreux départements tentés par cette nouvelle version institutionnelle de la lutte contre la précarisation et la pauvreté grandissante.

 À tous les élus tentés par cette approche amorale autant qu’inique et à une partie de l’opinion publique abusée nous devons en opposer une autre: celle de la solidarité nationale, du respect des personnes, et de la prise en compte réelle de leurs immenses difficultés.

Dans un contexte national délétère les propos du président du conseil départemental du Haut – Rhin sont au mieux strictement politiciens et au pire inexcusables.

Il est plus que temps qu’au mépris et à la démagogie se substituent de véritables réflexions sociétales, en particulier sur les sujets du revenu minimum universel, des moyens donnés aux associations trop souvent contraintes de pallier les dérives de notre société, et du respect dû à toutes les personnes socialement exclues et condamnées à la pauvreté de longue durée!

Les premiers signataires:

ATD Quart Monde délégation de Mulhouse, Mouvement National des Chômeurs et Précaires Mulhouse Sud Haut-Rhin, Ligue des Droits de l’Homme Haut-Rhin, Fondation Abbé Pierre, FNARS Alsace, Bouge Ta Galère Mulhouse, Maison de la citoyenneté mondiale, Alternatives et autogestion, Mouvement du Nid délégation du Haut-Rhin, UD CGT 68, UL CGT Colmar, Emmaüs Cernay, SNC Sud Alsace.. Laurent Schneider, militant associatif et membre du Conseil citoyen de Mulhouse, Tina STELTZEN, militante associative, Christian RUBECHI, militant associatif et membre du comité de rédaction de l’Alterpresse 68, Richard MARTZ, militant associatif…

Service du bénévolat obligatoire au RSA: des associations protestent

Nous publions ci-dessous un communiqué émanant d’un collectif mulhousien d’associations, syndicat et personnes opposés au projet de conditionnement du RSA contre des heures de bénévolat, instauré par le Conseil départemantal du Haut-Rhin.

Intitulé: « Non au SBO (service bénévole obligatoire) pour les RSA », il expose les motifs de la mobilisation de ces structures qui font face quotidiennement à la misère sociale, et ne peuvent admettre une décision inique et illégale.

Une prochaine réunion du collectif se tiendra le 22 février 2016 au Carré des associations de Mulhouse.

L’ Alterpresse rendra compte en détail des prochaines décisions que l’assemblée prendra en la matière, et soutient les mobilisations à venir.

RSA Communiqué de presse

Service bénévole obligatoire : convaincre !

Ainsi, la droite et la « social-réaction » (car on ne peut plus parler de social-libéral) a trouvé son « idiot utile » en la personne de M. Straumann pour mettre en débat un travail obligatoire pour les personnes touchant le RSA.
Il en fallait un pour lancer dans l’opinion une idée réactionnaire que les associations ont bien fait d’appeler SBO même si en l’occurrence on aurait pu parler de Service du travail obligatoire. Mais malgré les protestations, M. Straumann persiste et continue sa campagne.
On aurait tort de voir dans cette hargne une envie personnelle de faire le « buzz » ou de se sentir « tranquille » parce que la loi voire la constitution interdirait de telles mesures.
D’ailleurs, le gouvernement a plutôt réagi mollement et n’a pas du tout enterré l’idée !
Un gouvernement qui est en mesure de liquider le code du travail et d’imposer aux salariés des conditions de travail comparables à celles du XIXe siècle, sait comment faire.
Première règle : avoir l’opinion publique avec soi. Deuxième règle : trouver le moyen d’en faire un débat le plus large possible. Et ainsi créer les conditions de pouvoir changer la législation, voire la Constitution pour arriver à sa fin. Troisième règle : faire en sorte que les protestataires restent minoritaires.
Tout l’arsenal n’a donc pas encore été déployé par ceux qui à droite ou se prétendant de gauche, veulent faire payer les pauvres. C’est pourquoi l’œuvre de M. Straumann n’est pas encore terminée.
Il faut saluer les associations qui ont réussi à préserver leur unité malgré leur diversité et de dénoncer dans un communiqué ce « SBO »
D’autres étapes les attendent : des initiatives devront être prises pour continuer à combattre cette idée réactionnaire. Pas pour convaincre M. Straumann, son rôle d’idiot utile lui va bien. Mais pour faire comprendre à nos concitoyens la nocivité d’une proposition inutile, inefficace économiquement et injuste socialement.
Michel Muller