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Immigration: associations et Gérard Collomb: rien ne va plus!

Les Associations intervenant dans le domaine des réfugiés et des migrants expriment un profond désaccord avec le gouvernement sur la façon dont sont traités ces personnes sur le sol français. L’Alterpresse tient à publier ici la position du Ministre de l’Intérieur et les réactions des Associations. Dans le but de donner un éclairage précis et complet sur les enjeux autour de cette question qui mêle humanité et principes démocratiques.

Le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, reste ferme sur les orientations de son projet de loi sur l’asile et l’immigration, critiqué par les associations.

Les associations parlent d’un projet de loi déséquilibré, où le volet sécuritaire l’emporte sur l’humanitaire. Est-ce une fermeté que vous revendiquez ?

 Les associations parlent d’un projet de loi déséquilibré, où le volet sécuritaire l’emporte sur l’humanitaire. Est-ce une fermeté que vous revendiquez ?

Gérard Collomb. C’est un projet de loi totalement équilibré. Il reprend deux grands principes : la France doit accueillir les réfugiés, mais elle ne peut accueillir tous les migrants économiques. Cette année, 100 000 personnes ont déposé une demande d’asile, 85 000 n’ont pas été admises aux frontières. Il est impossible d’accueillir dignement 185 000 personnes par an. C’est une ville comme Rennes!

 Allez-vous maintenir la circulaire, très contestée, sur le recensement des migrants dans les centres d’hébergement d’urgence ?

GC: Bien sûr. Cette circulaire a été extrêmement caricaturée, mais elle est assez nuancée. Qu’est-ce que nous disons ? Vous avez aujourd’hui des personnes qui ont un statut de réfugié : elles ont vocation à aller dans un logement stable. Il y a aussi ceux qui n’ont pas encore entamé les démarches de demande d’asile : nous allons leur permettre de le faire. Enfin, il y a les déboutés. Nous allons les orienter vers le guichet de manière à pouvoir suivre la procédure normale. Il n’y a là rien que le respect des règles de la République. L’accueil inconditionnel, oui. Mais pas indifférencié.

Vous comptez doubler la durée de rétention administrative. Que prévoyez-vous pour les centres ?

GC: Nous allons ouvrir 200 places d’ici à la fin du mois de janvier et 200 autres en 2018. Pour aller plus vite, nous allons construire des bâtiments adaptés en préfabriqué. Ce ne sont pas les baraquements d’il y a trente ans, mais de vrais bâtiments qui se montent en huit mois seulement.

 Vous souhaitez augmenter le nombre d’expulsions. Quels sont vos objectifs chiffrés ?

GC: Je n’ai pas d’objectif chiffré. Nous avons augmenté les éloignements de 14 % en 2017. Pour ceux que l’on appelle les « dublinés », nous avons fait + 100 %. C’est très important, car nous estimons aujourd’hui, en Europe, le nombre de déboutés du droit d’asile à 500 000. Si tous se disent qu’ils peuvent venir faire une seconde demande d’asile en France et que nous ne pouvons pas les éloigner dans des durées brèves, nous serons impuissants.

 Vous plaidez pour un raccourcissement des procédures de demande d’asile…

GC: L’objectif est de pouvoir examiner les demandes dans un délai moyen de six mois.

 Que comptez-vous faire pour améliorer l’intégration ?

GC: Dans le texte de loi, nous prévoyons un allongement de quatre ans de certaines cartes de séjour, la facilitation de l’accès à la carte de résident de dix ans pour les parents d’un réfugié mineur, l’extension de la réunification familiale aux frères et sœurs d’un réfugié mineur, des dispositions protectrices sur le droit au séjour des victimes de violences conjugales ainsi que pour les jeunes filles qui pourraient être menacées d’excision. Parallèlement, une mission a été confiée à Aurélien Taché (NDLR : député LREM du Val-d’Oise) dans le but d’augmenter le nombre d’heures pour apprendre le français et de faciliter l’accès à la formation et au logement.

 De nouveaux centres d’accueil seront-ils créés ?

GC: Oui. Nous avons expérimenté des nouveaux centres d’hébergement qui concilient hébergement et examen administratif, des CAES (NDLR : centres d’accueil et d’examen de situation). Face au succès de ce dispositif, nous allons ouvrir dans les mois qui viennent 200 places par région. A ce jour, 1 300 places sont déjà ouvertes. En Ile-de-France, nous allons passer à 900 places. Un nouveau centre vient d’ouvrir à Ris-Orangis.

 Vous auriez dit en avoir marre d’être vu comme « le facho de service »…

GC: Je fais ce que je crois devoir être fait. Mais ce n’est jamais plaisant d’entendre ce type d’accusations. On peut être généreux, mais il ne suffit pas de l’être en théorie, il faut l’être dans les faits.

 Le président va à Calais. La « Jungle » a disparu, mais il reste des centaines de personnes qui vivent sans abri…

GC: Il ne reste plus que 400 personnes à Calais, contre 7 000 il y a un an, et une cinquantaine à Grande-Synthe. Il y aura toujours des migrants qui voudront aller en Angleterre. Dans le Nord et dans le Pas-de-Calais, nous avons ouvert cinq CAES. Ceux que l’on voit dormir dehors ne veulent pas s’y rendre, car ils n’ont pas pour projet de déposer une demande d’asile en France.

 Des ONG dénoncent des maltraitances policières…

GC: A l’époque, j’avais demandé une enquête aux inspections du ministère de l’Intérieur. Or, bien qu’elles soient d’habitude assez sévères, elles n’ont pas confirmé les faits. Il a pu y avoir quelques dérapages individuels mais ils sont suivis de sanctions internes.

 Vous vous êtes lancé dans un round de consultations avec les députés LREM. Pour déminer une possible fronde ?

GC: Je ne crois pas à un phénomène de fronde. Les discussions se passent de façon très apaisée. Ma méthode, c’est de jouer la transparence vis-à-vis des associations et des parlementaires, de la majorité, des groupes de l’opposition que je vais d’ailleurs recevoir.

 Vous laisserez une marge de manœuvre aux parlementaires ?

GC: Des possibilités d’amendement, bien sûr. Mais, il n’est pas question de changer d’orientation.

 Avec les Britanniques, y aura-t-il une modification des accords du Touquet ?

GC: Je souhaite aboutir à un protocole additionnel à ces accords, et à des mesures concrètes de prise en charge d’un certain nombre de coûts par les Britanniques, ainsi que d’un plus grand nombre de personnes, au titre de l’accueil des réfugiés et des mineurs non accompagnés.

Les associations d’aide aux migrants déplorent un projet de loi «déséquilibré» qui entérine «une logique de tri». 

GC: « Mieux accueillir les réfugiés » et « mieux expulser » les illégaux: le futur projet de loi asile et immigration, dont le gouvernement a dévoilé les grandes lignes aux associations le 11 janvier, devrait être présenté fin février en Conseil des ministres, puis en avril au Parlement. Les associations d’aide aux migrants, déjà très remontées contre une circulaire prévoyant le recensement des migrants dans les centres d’hébergement, déplorent un projet « déséquilibré » qui entérine « une logique de tri ». D’autres voix, comme celles de la Conférence des évêques de France ou d’intellectuels, ont elles aussi protesté.

 En matière d’asile

GC: La notion de « pays tiers sûr », qui visait à faciliter le renvoi des demandeurs d’asile, a été abandonnée. Mais le texte renforce le contrôle des demandeurs d’asile et les soumet à des délais raccourcis. Ainsi, le demandeur d’asile disposera de 90 jours au lieu de 120 pour déposer son dossier. Puis, s’il est débouté par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, de 15 jours au lieu d’un mois pour déposer un recours. « La volonté de réduire les délais » ne doit pas « porter atteinte à la qualité de la procédure d’asile », prévient Forum réfugiés, qui rappelle que l’enregistrement d’une demande se heurte d’abord, en amont, à l’attente dans les préfectures.

En matière d’immigration

GC: La mesure la plus contestée concerne l’allongement de la durée de rétention administrative, qui passerait de 45 à 90 jours, voire 105 si l’étranger s’oppose à son éloignement. « Inutile et inefficace », assurent les associations, qui rappellent que les deux tiers des expulsions sont décidées dans les douze premiers jours d’enfermement. Autre disposition critiquée et jugée inutile : l’allongement de 16 à 24 heures de la durée de retenue administrative pour vérification du droit au séjour.

Les associations d’aide aux réfugiés sont vent debout contre la circulaire du ministère de l’Intérieur visant à contrôler les migrants dans les centres d’hébergement pour en recenser les occupants, et les orienter en fonction de leur situation.

Le 5 décembre dernier, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait présenté son projet consistant à envoyer des « équipes mobiles » dans les centres d’hébergement d’urgence pour en recenser les occupants, et les orienter en fonction de leur situation administrative. Ce lundi, plusieurs grands acteurs associatifs ont annoncé la saisine du Défenseur des droits, Jacques Toubon, pour suspendre cette circulaire qui fait polémique.

Cette circulaire, adressée aux préfets mardi dernier, a notamment pour but de « réduire le nombre de personnes qui, hébergées pour une durée parfois longue, restent sans statut ou ne peuvent bénéficier ». Elle participe de la politique voulue par le gouvernement sur l’immigration : de meilleures conditions d’accueil pour les étrangers qui relèvent du droit d’asile, mais une fermeté inédite pour ceux qui peuvent être reconduits dans leur pays d’origine comme les sans-papiers, ou dans le pays par lequel ils sont arrivés en Europe (conformément à la procédure dite de « Dublin »).

La Fédération des acteurs de la solidarité (Fas, ex-FNARS) est l’un des auteurs de la saisine. Florent Guegen, est directeur de la FAS, et comme beaucoup de travailleurs sociaux il met en garde contre les dangers de cette circulaire qui va à l’encontre des principes fondateurs des associations d’aide aux migrants. «Notre rôle c’est d’accompagner les migrants pas de devenir des auxiliaires de police. Les travailleurs sociaux, ne sont pas là pour contrôler ou signaler les personnes » explique le dirigeant associatif.

Contre-productif ?

« Le risque que nous pointons, c’est un dispositif totalement contre-productif. Il risque simplement de dissuader les migrants d’aller dans les centres. Ce sera un piège à migrants, pour les éloigner, ou les placer en centre de rétention » alarme Florent Gueguen.

«Au final, il y aura plus de personnes dans les rues. Il y a un vrai risque de reconstitution de campements massifs comme à Calais, à l’est de Paris ou dans des grandes villes comme Lyon ou Lille. » ajoute le directeur de la Fars. « La circulaire pose un problème de périmètre. Elle rentre dans la sphère sociale avec la question du contrôle. Le risque c’est de se retrouver avec beaucoup de personnes dans la rue de peur d’être contrôlées. Alors même que le président s’est engagé à ne plus avoir personne dans la rue » abonde Jean-François Dubost, Responsable du Programme Personnes déracinées, à Amnesty International.

L’idée des associations c’est donc de rendre la circulaire inopérante par le biais de la saisine du Défenseur des droits plus que de gagner du temps.

Absence de la Justice dans le processus

« Cette circulaire est contraire à la loi et au code de l’action sociale et des familles. La loi garantit « l’accueil inconditionnel » dans l’hébergement. Toute personne sans abri a droit à un hébergement sans qu’on distingue sa situation administrative » martèle Florent Gueguen.

Autre argument des associations : l’absence des instances judiciaires dans le processus. « Ces contrôles s’effectueraient sans procédure judiciaire. Un centre d’hébergement est considéré comme un domicile. Et jusqu’à preuve du contraire, l’administration n’a pas le droit de venir dans le domicile d’un citoyen lambda » précise le dirigeant.

Mais cette circulaire gouvernementale est perçue par le milieu associatif comme une rupture sans précédent dans le processus d’accueil en France. « C’est le coup le plus dur porté aux associations sur les politiques migratoires depuis très longtemps. Le milieu associatif est un contre-pouvoir. C’est un garant du fonctionnement démocratique. Et là, cette circulaire touche au cœur de ce système » témoigne un proche du dossier.

« C’est une rupture avec une doctrine qui date du XIXe siècle ! Doctrine qui dit que les centres sont des lieux de protection, ils ne peuvent pas faire l’objet d’une mesure coercitive. C’est la tradition française de l’accueil des plus démunis » rappelle Florent Guegen. La circulaire n’est que le premier des contre-feux prévus par les associations pour stopper ce projet gouvernemental.

Recours à venir

 » On utilisera toutes les voies du droit pour faire en sorte que cette circulaire ne soit pas appliquée » conclut Florent Guegen. La CNIL a d’ailleurs été saisie sur le courrier du préfet de Haute-Savoie qui demandait aux associations la liste des personnes hébergées. Un recours au tribunal administratif est aussi à l’étude du côté de la FAS. Le regroupement d’associations ne s’interdit pas un recours devant la Cour européenne des Droits de l’Homme.

« Les signaux envoyés par le gouvernement et les pratiques, à Calais, ou à la frontière transalpine, sont autant de témoignages d’illégalités quasi quotidiennes commises par les pouvoirs publics. On renvoie les mineurs, on ne fournit pas de formulaires de demandes d’asile ; à Briançon, la situation est telle que c’est de l’ordre du sauvetage des vies en montagne… Aujourd’hui, en France il y a des personnes mises en danger. Ce n’est pas anodin dans un pays européen… » analyse Jean-François Dubost, d’Amnesty.

« Il faut arrêter de voir les migrants comme un problème, et d’avoir comme seule réponse des moyens coercitifs. Il y a un vrai débat national à avoir et cela ne veut pas dire forcément ouvrir les frontières » commente le membre d’Amnesty International. Les associations attendent de rencontrer le président de la République, comme il leur a été promis, pour faire infléchir la politique gouvernementale.

 

Trop c’est trop…

Donald Trump mène sa croisade anti immigration et veut que soit mis fin dans les 6 mois au programme qui permet à des centaines de milliers de jeunes immigrants clandestins de rester au Etats – Unis.

Ce programme (DACA pour Deferred action for childhood arrivals), avait été crée par son prédécesseur à la Maison Blanche  pour les quelques 800.000 clandestins, mexicains ou asiatiques principalement,  arrivés aux Etats Unis avant l’âge de 16 ans ; il s’agissait de leur permettre de disposer d’un permis provisoire de deux ans renouvelable afin d’étudier ou travailler.

L’opposition à l’annulation de DACA est forte aux Etat – Unis et plusieurs dizaines de dirigeants de très grandes entreprises américaines ont appelé à maintenir ce programme, soucieuses de l’importance du capital humain dont se priveraient les U.S.A et, pourquoi ne pas l’espérer, du coût humain qu’entraînerait une abolition impliquant que des centaines de milliers de mineurs se retrouveraient chassés du seul pays qu’ils aient jamais connu pour être expulsés vers des pays dont ils ignorent en général tout, où ils n’ont même pas, ou  pas souvent, de famille.

Rien de tel ne pourrait arriver sous notre beau ciel de France ?

Le nombre de « mineurs isolés étrangers » (« Mineurs Non Accompagnés » selon le nouveau label officiel) a presque doublé en France depuis un an. Ils étaient estimés à plus de 4000 en 2010, et plus de 25 000 à ce jour selon l’Association des Départements de France.

Ils ont en général fui la guerre, la misère, dans leur pays d’origine et sont arrivés en France, seuls, par des voies diverses et très souvent périlleuses.

Ils n’ont pas la  nationalité française, n’ont pas de représentants légaux sur le sol français, n’ont pas de capacité juridique.

Ils relèvent du droit des étrangers et au titre des textes sur la protection de l’enfance en danger, du dispositif global français de protection de l’enfance, qui ne pose aucune condition de nationalité.

Ce sont les départements, collectivités territoriales, qui ont la charge de leur suivi, de leur protection sociale, dans notre système légal et dans le cadre de cette loi sur la protection de l’enfance.

Ces mineurs isolés  ne sont pas également répartis entre départements et, surtout, la  charge financière induite pèserait trop lourd sur les budgets départementaux aux dires de nombre d’élus concernés: plus de 2000 mineurs isolés en Seine Saint Denis et moins d’une centaine en Mayenne par exemple, avec un coût est estimé de 20 000 à 70 000 euros par mineur et par an  – soit un milliard d’euros par an dont l’Etat ne rembourse annuellement que15 000 millions d’euros aux départements.

Mais c’est maintenant dans le cadre d’un bras de fer budgétaire largement entamé entre départements et Etat que sont placés ces mineurs.

Leurs situations personnelles concrètes (logement, scolarité, assistance…). sont de plus en plus « oubliées », voire niées, par des institutionnels qui se renvoient « la balle ».

En outre et faute de dispositifs de transition suffisants ils sont même menacés d’expulsion dès leur majorité puisqu’ils sortent à cette date du dispositif de protection et deviennent, de fait, des « sans papiers ».

La question de l’âge exact des intéressés est évidemment centrale dans le traitement des cas individuels.

Malgré les nombreuses contradictions  scientifiques relevées, des tests osseux peuvent être pratiqués (avec un degré de précision inférieur à un ou deux ans reconnu). Malgré l’avis négatif du Haut Conseil de la Santé publique, du Conseil National de l’ordre des Médecins, du Comité Consultatif National d’Ethique, le recours à ces tests reste à l’ordre du jour….pour savoir in fine qui paiera, si le mineur est expulsable immédiatement ou pas, régularisable ou non… dans un contexte où les papiers qu’ils peuvent posséder sont très souvent déclarés « faux », sans aucune expertise ni jugement et toujours dans ce contexte de renvoi de responsabilités.

Entre enjeux budgétaires, discours politiques plus ou moins idéologiques, discours administratifs contradictoires entre départements et services d’Etat, mise en œuvre de tests pseudo – scientifiques, négation arbitraire de l’authenticité de documents d’identité produits,  s’esquisse aujourd’hui une « zone grise » où le mineur isolé l’est de plus en plus, avec le risque d’une assistance défaillante, voire la possibilité de l’expulsion pure et simple pour cadeau d’anniversaire de sa majorité.

Le dispositif que Trump veut remettre en cause est baptisé « dreamers » (rêveurs) aux U.SA.

En France (notre département 68 n’est pas exempt de tels cas de mineurs isolés…) on semble ne plus vouloir rêver non plus : se multiplient querelles politiciennes et administratives, dénis de droit, arbitraire, oubli du dispositif légal en vigueur, zones grises où le mineur isolé, totalement vulnérable, dépend de plus en plus totalement d’associations, de simples particuliers…ou de mafias diverses.

S’il vous plaît, restons dans le camp des « dreamers »….

C.R

 

Parler pour dénoncer, parler pour aider…

« Personne ne quitte sa maison à moins que sa maison ne soit devenue la gueule d’un requin. Tu ne cours vers la frontière que lorsque toute la ville court également, avec tes voisins qui courent plus vite que toi. » (Warsan Shire, poétesse somalienne).

Une quarantaine de militants associatifs du collectif Urgence Welcome, des citoyens,  ainsi que quelques étudiants réfugiés de Syrie, rassemblés ce vendredi 30 juin devant les marches du Temple Saint Jean, place de la Réunion à Mulhouse, pour renouer avec la tradition des « Cercles de silence[1] » mensuels. Continuer la lecture de Parler pour dénoncer, parler pour aider…

Réfugiés : le droit à la mobilité est un droit fondamental

Déclaration commune FORUM HUMANITE sans LIMITES

L’accueil des migrants est au cœur de l’actualité et à la une de nos médias.

L’Europe peine à trouver une analyse et une réponse concertée adaptées aux réalités de la situation. Continuer la lecture de Réfugiés : le droit à la mobilité est un droit fondamental

Nie wieder Krieg, nie wieder Faschismus! Plus jamais la guerre, plus jamais le fascisme !

Erklärung des Deutschen Gewerkschaftsbundeszum Antikriegstag, 1. September 2015

Nie wieder Krieg, nie wieder Faschismus!

Der Antikriegstag ist ein Tag des Erinnerns und des Mahnens: Am 1. September 1939 begann der 2. Weltkrieg mit dem Überfall Nazi-Deutschlands auf Polen. Wir gedenken der europaweit 60 Millionen Toten des Vernichtungs-krieges. Der DGB und seine Mitgliedsgewerkschaften machen zum Antikriegstag deutlich: Nie wieder Krieg, nie wieder Faschismus!

Doch bis heute ist die Welt für viele weiterhin kein sicherer Ort. Nie gab es seit dem Ende des Zweiten Welt-krieges weltweit mehr Flüchtlinge. Politische, ethnische und religiöse Konflikte, Krieg und Bürgerkrieg, Armut     und Ausbeutung zwingen die Menschen zur Flucht. Die internationale Staatengemeinschaft muss sich entschiedener dafür einsetzen, dass Auseinandersetzungen nicht mit Waffengewalt ausgetragen und in der Folge humanitäre Katastrophen verursacht werden. Freiheit, Demokratie und soziale Gerechtigkeit können dauerhaft Frieden schaffen. Nur so wird sich auch der Westen vor internationalem Terrorismus schützen können.

Unsere Geschichte verpflichtet uns zu entschiedenem Widerstand gegen Rassismus, Antisemitismus und Fremden-feindlichkeit. Wir sind bestürzt und beschämt darüber, wie sehr Flüchtlingen in Deutschland mit Rassismus und Fremdenfeindlichkeit begegnet wird. Wir verurteilen zutiefst die abstoßenden Angriffe auf Menschen, die vor Verfolgung und Terror Zuflucht bei uns suchen. Rechtsextremisten sind dabei vielfach Drahtzieher. Auch um ein klares Zeichen gegen diese menschenverachtenden Umtriebe zu setzen, brauchen wir endlich ein Verbot der NPD und aller neofaschistischen und rechtsextremen Gruppen.

Die Würde jedes Menschen ist und bleibt unantastbar. Die Grundrechte, so wie sie in der EU-Grundrechtscharta verbürgt sind, gelten für alle Menschen innerhalb Europas. Diejenigen, die vor Terrorismus und Krieg nach Europa fliehen, haben ein Recht auf Asyl. Die Europäische Union muss denjenigen helfen, die auf der Flucht über das Mittelmeer in Lebensgefahr geraten. Die Flüchtlinge brauchen eine menschenwürdige Aufnahme und Perspektiven auf soziale und wirtschaftliche Integration in Europa. Es ist beschämend, wie Europa darüber feilscht, welcher Mitgliedsstaat wie viele Flüchtlinge aufnimmt. Nationalismen und Ressentiments haben in Europa keinen Platz. Europa darf nicht seine eigenen Werte verraten!

Ohne Rückbesinnung auf diese Werte und die Stärken eines solidarischen Europas droht der soziale Frieden in Europa zu zerbröckeln. Wie groß diese Gefahr ist, erleben wir längst nicht mehr nur in Griechenland. Um einen Flächenbrand zu verhindern, muss Europa das europäische Sozialmodell stärken – überall. Dazu gehören dringend der entschlossene Kampf gegen die Armut, die Schaffung sozialer Sicherheit, von Teilhabegerechtigkeit und Chancengleichheit. Deshalb fordern wir ein klares Bekenntnis zum europäischen Friedensprojekt, zur europäischen Einheit und zur Sicherung der sozialen Demokratie.

Déclaration du Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB) à l’occasion de la Journée anti-guerre, le 1er  septembre 2015

Plus jamais la guerre, plus jamais le fascisme !

La journée Anti-guerre est une journée du souvenir et de mémoire : le 1er septembre 1939 la 2e guerre mondiale a débuté avec l’agression de la Pologne par l’Allemagne nazie. Nous commémorons les 60 millions de morts tombés en Europe dans cette guerre d’extermination. Le DGB et ses organisations adhérentes se positionnent clairement à l’occasion de la Journée anti-guerre : plus jamais la guerre, plus jamais le fascisme !

Pourtant à l’heure actuelle, le monde n’est pour beaucoup toujours pas un endroit sécurisé. Jamais il n’y eut depuis la fin de la 2e guerre mondiale autant de réfugiés à l’échelle de la planète. Des conflits politiques, ethniques et religieux, des guerres et des guerres civiles, la pauvreté et l’exploitation, contraignent Continuer la lecture de Nie wieder Krieg, nie wieder Faschismus! Plus jamais la guerre, plus jamais le fascisme !

Calais : L’authentique allocution de Manuel Valls, celle que nous voudrions entendre

Philippe Wanesson s’investit inlassablement aux côtés des milliers et milliers de réfugiés présents dans la ville. Il tient depuis des années la chronique des exilés, des politiques et des solidarités en la matière.

Lundi 31 août, le premier ministre Manuel Valls vient à Calais, accompagné du ministre de l’intérieur et deux commissaires européens.

Une visite de ministre est un exercice de communication, montrer qu’on fait quelque chose alors qu’on ne répète que les mêmes recettes, et à défaut d’être cru au moins rendre d’autres discours moins audibles et la réalité moins visible.
Face à ce jeu de masques, un groupe de Calaisiennes, de Calaisiens et d’ami-e-s venu-e-s d’ailleurs propose l’authentique discours de Manuel Valls, celui qu’il devrait prononcer, ainsi que le programme qu’il devrait suivre.

 

Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

Je suis venu à Calais aujourd’hui pour prendre acte de l’échec des politiques menées jusqu’ici. Elles mettent dans l’impasse non seulement les exilé-e-s présent-e-s sur ce territoire, mais aussi les habitant-e-s de ce territoire, ainsi que la France et le Royaume-uni. Il est temps de changer de cap.

J’ai lu avec horreur la déclaration commune signée ici même le 20 août par Mme Theresa May et M. Bernard Cazeneuve. J’ai du reste envoyé celui-ci sans délais régler la circulation des pingouins en Terre Adélie* .

Ce nouveau cap, je le déclinerai selon trois axes :

  • mettre en place en France une politique d’hospitalité,
  • fonder la coopération franco-britannique sur d’autres bases,
  • agir pour un changement des politiques européennes.

Pour ce qui est de la France :

  • le pays assumera sa part de solidarité et offrira aux réfugié-e-s l’accueil qu’ils et elles sont en droit d’attendre. L’OFPRA sera dégagé de la tutelle du Ministère de l’intérieur et son indépendance sera restaurée de manière à ce qu’il examine les demandes d’asile avec la bienveillance nécessaire. Les demandeur-se-s d’asile ne seront plus considéré-e-s comme des suspects de fraude, mais comme des personnes ayant vocation à reconstruire leur vie en France. Nous mettrons en place des conditions d’accueil au moins égales aux exigences de la législation européenne.
  • le gouvernement mettra en place avec les conseils généraux une politique permettant l’accueil et la protection de tous les mineurs isolés étrangers présents sur le territoire, quel que soit leur projet migratoire. Des solutions innovantes seront mises en place en direction des mineurs en transit. – nous engagerons les moyens financiers nécessaires pour restaurer l’accueil inconditionnel de toutes les personnes à la rue, quelle que soit leur nationalité et leur situation administrative.
  • Concernant plus particulièrement le Calaisis, nous nous engagerons dans la rénovation écologique du bâti et du logement, pour mieux loger les Calaisien-ne-s et résorber le mal-logement, et pour créer des unités d’accueil à taille humaine pour les exilé-e-s en transit. – j’ai confié aux préfets du Nord et du Pas-de-Calais la mission, en concertation avec les exilé-e-s et les associations, de résorber l’ensemble des squats et campements insalubres, et de mettre en place des solutions d’accueil dignes.
  • J’ai donné instruction à l’ensemble des services de l’État de donner au Défenseur des droits tous les éléments dont il pourra avoir besoin pour établir les violations des droits qu’a pu occasionner la politique contre les exilé-e-s et en déterminer les responsabilités. Ceci inclut mes propres responsabilités en tant que ministre de l’intérieur puis premier ministre. À charge pour le Défenseur des droits de saisir la justice à chaque fois identifiera des violations de la loi.
  • Le nouveau ministre de l’intérieur, remplaçant M. Cazeneuve, a donné l’ordre que les effectifs policiers affectés au harcèlement contre les exilé-e-s et au blocage de leur sortie du pays, soient redéployés vers d’autres tâches et vers d’autres parties du territoire

 Pour ce qui est de la coopération franco-britannique, mon action sera guidée par la fermeté et par l’amitié.

Fermeté : la France cesse dès aujourd’hui d’être une république bananière, qui se fait payer pour accepter et perpétrer des violations des droits de l’homme. Nous dénonçons l’ensemble des dispositions des accords franco-britanniques de gestion de la frontière qui violent ces droits.

Nous convaincrons le gouvernement britannique de les remplacer par une politique de coopération entre deux États voisins et membres de l’Union européenne pour que les réfugié-e-s puissent accéder à une protection dans le pays où elles pensent avoir les meilleures chances d’intégration, où ils et elles souhaitent rejoindre des proches, où ils et elles veulent construire leur avenir.

Je plaiderai pour une politique d’ouverture à ces hommes et ces femmes qui partent en diaspora pour assurer leur avenir et celui de leurs proches, et qui sont une richesse tant pour leur pays d’accueil que pour leur pays d’origine.

Dans le cadre des institutions européennes, je travaillerai à une réorientation des politiques migratoires, dans le respect des principes suivants :

  • l’Union européenne doit assumer sa part dans l’accueil des personnes cherchant refuge face aux crises du monde. Il est anormal et injuste que le Liban accueille un nombre de réfugiés équivalent à un tiers de sa population, et que la région la plus riche de la planète en accueille si peu. Pour cela, l’Union européenne doit permettre leur accès à son territoire, et ouvrir ses frontières. Les réfugiés doivent avoir le libre choix du pays où ils demandent l’asile.
  • Les migrations sont une respiration nécessaire tant aux pays de départ qu’aux pays d’accueil. L’Union européenne doit faciliter l’installation sur son sol des personnes qui le souhaitent et leur libre circulation.
  • L’Union européenne doit contribuer à ce que les personnes souhaitant rester dans leur pays puissent le faire. Elle doit mener une politique basée sur la souveraineté alimentaire, la lutte contre le réchauffement climatique, la résolution des conflits armés, la fin des dictatures, l’accès des populations aux ressources de leur pays. Pour cela, elle doit réfréner les appétits des compagnies occidentales.
  • Parmi les exilé-e-s présent-e-s à Calais, il y a peut-être le père ou la mère d’une première ou d’un premier ministre de France ou du Royaume-uni. Par respect pour elles et pour eux, je me dois d’en finir avec cette politique de la honte qui a été menée jusqu’ici

* On trouve là un de ces traits d’humour dont Manuel Valls nous a rendu familier : comme Bernard Cazeneuve a perdu le nord, il l’envoie au Pôle sud, où il n’y a que des manchots.

Des mots, des murs, des morts….

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Noyés, étouffés, écrasés…chaque jour l’actualité est remplie des drames de ceux qui fuient leur pays pour rejoindre l’Europe, dans des conditions extrêmes et souvent au péril de leur vie.

Ils fuient la guerre, la misère, les persécutions…

Selon Frontex, organisme chargé du contrôle des frontières extérieures de l’espace Schengen, pour les seuls sept premiers mois de l’année plus de 340 000 hommes, femmes, enfants ont tenté de rallier l’Europe; ils n’étaient « que » 123 000 en 2014. Ils viennent principalement d’Afrique saharienne, du Pakistan, de Syrie, du Bengladesh.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale aucun flux de réfugiés de cet ordre ne s’était produit en Europe.

Les « réponses « de l’Union européenne et des pays qui la composent se multiplient et se ressemblent: barrages et refoulements à Calais pour ceux qui veulent rejoindre l’Angleterre, contrôles et blocages policiers à Vintimille pour ceux qui veulent traverser la France vers d’autres pays de l’Union, clôture tout au long des 175 kilomètres en Hongrie au long de la frontière avec la Serbie, mobilisation militaire en Macédoine, camps de rétention nauséabonds et contrôlés par des mafias diverses en Hongrie, îles grecques sans infrastructures ni même eau potable submergées par les arrivants, sud de l’Italie où les pêcheurs ramènent régulièrement dans leurs filets les noyés et n’en peuvent plus de n’avoir rien à proposer aux survivants….

Dans ce drame qui dure et s’aggrave les pays européens  rivalisent d’imagination pour ne pas gérer le flux d’arrivants, fuir leurs responsabilités morales et politiques, durcir leurs législations et pratiques policières sur le droit d’asile (« commandement unifié » entre la Grande Bretagne et la France pour bloquer les arrivants à Calais, renonciation de certains pays de l’U.E à l’enregistrement des arrivants pour ne pas avoir à traiter leurs dossiers de demandes d’asile en application des accords Schengen, extrême tolérance pour « laisser passer, laisser filer » vers le pays voisin quand il existe une possibilité – la Serbie, non membre de l’Union par ailleurs, poussant l’obligeance jusqu’à organiser la traversée Continuer la lecture de Des mots, des murs, des morts….