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La coopération syndicale dans le bassin du Rhin supérieur

Le secrétaire régional de la CGT Alsace, Raymond Ruck, a publié chez nos amis de la revue Lànd un Sproch*, un article sur la coopération syndicale au-delà des frontières dans notre région. Sujet (trop) rarement traité par les syndicats, raison pour laquelle nous pensons utile de publier cet article dans nos colonnes. 

*http://www.centre-culturel-alsacien.eu/land-un-sproch-n202/

Le syndicalisme s’inscrit nécessairement comme d’autres activités économiques et culturelles dans le territoire. Mais il ne peut s’y limiter. Dès la naissance du syndicalisme il s’est construit en tissant des relations au-delà des frontières nationales. Ces liens impliquent bien évidemment sinon la maîtrise complète au moins la compréhension et l’expression courante de la langue du partenaire.

Qu’en est-il aujourd’hui spécifiquement dans le bassin du Rhin supérieur ?

Le processus de la construction européenne a bien sûr son pendant syndical sous la forme de Confédération Européenne des syndicats (CES). Celle-ci s’est dotée d’outils territoriaux dans les zones frontalières : les conseils syndicaux interrégionaux (CSIR). Il en existe deux dans lesquels l’Alsace et le pays de Bade sont parties prenantes : le CSIR Eurorégio situé au niveau du Bas-Rhin et le CSIR des trois frontières  au niveau du Haut-Rhin incluant le territoire suisse. Dans ces CSIR on retrouve les structures locales de toutes les organisations syndicales adhérentes à la CES : Côté allemand il s’agit du DGB côté français on retrouve les grandes organisations (CFDT, CFTC, CGT, FO, UNSA).

Ces conseils permettent aux syndicalistes français et allemands de se connaître, procéder à des échanges réguliers sur l’activité syndicale réciproque et d’organiser des soutiens aux actions menées  les entreprises du pays voisin. Le CSIR Eurorégio a fêté son premier quart de siècle en septembre 2016 à Karlsruhe. Un congrès se déroule tous les 4 ans pour faire le bilan et définir les projets pour la période suivante. C’est l’occasion de confirmer ou de renouveler les militants syndicaux membres du conseil. Les séances de ces conseils se déroulent très souvent en allemand. Incontestablement la pratique du dialecte alsacien et une pratique de l’allemand courant était très majoritairement présentes chez les syndicalistes français lors du démarrage et de cette première phase d’existence des CSIR. Le passage à une autre génération va certainement faire disparaître cette facilité de communication sans recours à un interprète. Nous savons en effet que les locuteurs de l’alsacien régressent sensiblement et que l’apprentissage de l’allemand dans les milieux populaires est de moins en moins fréquent. L’engagement efficient dans le travail transfrontalier (c’est certainement valable pour le syndicalisme comme pour d’autres registres) exige que la langue du voisin tant du côté allemand que français soit parfaitement maîtrisé par une fraction majoritaire de la population.

Cette nécessaire prise de conscience en faveur du bilinguisme dans les zones frontalières pour quiconque est convaincu de la nécessité de donner enfin à la construction européenne l’indispensable dimension sociale devient une urgence.

Elle l’est d’autant plus que les coopérations syndicales entre la France et l’Allemagne progressent. La CGT d’Alsace et de Lorraine a développé depuis presque une dizaine d’années un partenariat avec une branche (VERDI) du DGB dans les Länder limitrophes (Sarre, Rhénanie, Palatinat, Bade-Württemberg). Un autre partenariat entre CGT Alsace et DGB Südhessen a démarré depuis 3 ans. Elle se traduit par des prises de parole de l’organisation partenaire lors des manifestations du 1er mai symbole historique fort de l’internationalisme. Un projet de commémoration historique relatif aux évènements sociaux et révolutionnaires qui se sont déroulés en Alsace comme dans toute l’Allemagne à la fin de la première guerre mondiale est en cours de préparation.

Raymond Ruck

 

M. Théry, président du Crédit Mutuel, commettra-t-il l’irréparable ?

Disons-le sans ambages : le propriétaire des deux quotidiens alsaciens veut faire disparaître un de ces titres dans les prochains mois avec des licenciements massifs dans l’ensemble du salariat. L’exécuteur en chef du plan du Crédit Mutuel, M. Carli, l’annonce clairement, il faut lui reconnaître sa franchise : « Nous garderons les « marques » et unifieront les contenus ». Ramener un journal à une simple « marque », c’est le considérer comme une vulgaire marchandise ! Non, M. Carli, un journal c’est un « titre », avec son orientation éditoriale, ses outils rédactionnels, commerciaux, techniques… Les salariés des deux journaux accepteront-ils cette liquidation en contrepartie de mesures sociales comme cela ce fait tellement souvent ?

 

Bref historique de la presse alsacienne

1605 : la presse d’information nait à Strasbourg. Un éditeur et imprimeur Johann Carolus lance un petit périodique intitulé « Ordinarii Avisen » présenté ainsi par son créateur  « Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien so sich hin und wider in Hoch unnd Nieder Teutschland, auch in Franckreich, Italien, Schott und Engelland, Hisspanien, Hungern, Polen, Siebenbürgen (Transsylvanie), Walachey, Moldaw, Türcken etc verlauffen und zutragen möchte. »

C’est le premier journal qui paraît au monde. « La Gazette » de Théophraste Renaudot ne naît qu’en 1631 et est pourtant présenté comme le premier périodique en France.

En 1650 paraît à Leipzig le premier quotidien, avec une parution sur 6 jours, les « Einkommenden Zeitungen » de Timotheus Ritzsch.  Il fallut attendre la fin du XVIIIe  siècle pour voir apparaître le premier quotidien français Le journal de Paris en 1777.

Bien évidemment, la situation florissante de la région Alsace au sein de l’espace rhénan tant sur le plan économique, technologique, commercial, culturel, en fait le berceau naturel du développement de technologie comme l’imprimerie qui facilite l’apparition d’organes d’information. De là naît en Alsace une tradition d’industrie graphique et de presse.

L’Alsace, une terre d’une presse politique et pluraliste

Ainsi, en 1885,  on compte 35 titres de presse dans la Région à l’époque territoire prussien, donc paraissant en allemand pour la plupart. De cette époque naît également la tradition du « portage à domicile » qui permet à la presse alsacienne, la seule en France, de compter aujourd’hui encore près de 80% d’abonnés parmi ses lecteurs : une véritable manne financière… que tous les quotidiens français lui envient.

En 1918, après le  retour à la France, 52 titres de presse donc 24 quotidiens sont édités en Alsace.

Les journaux, même à l’époque prussienne, sont très liés aux partis politiques et à la vie politique. Cela ne fait que se développer après 1918 où après une euphorie des Alsaciens de redevenir français, un profond malaise se développe dès 1919 devant la politique d’intégration forcenée que mènent les gouvernements de la République. En suivent des débats autour de l’appartenance à la France, du maintien de la langue, de l’autonomie à l’égard du pouvoir central… Tous les partis ont leurs journaux souvent quotidiens et donc partisans.

Dans les années 30, la forte montée de la presse d’extrême-droite en France, touche également la presse,  les Croix de feu et le Parti populaire français créent des journaux en Alsace rédigés en allemand.

Dès l’annexion par l’Allemagne nazie, la presse alsacienne est nazifiée et les autorités interdisent la parution de tous les journaux qui, de fait, disparaissent. Quatre quotidiens, tous sous contrôle du Parti Nazi les remplacent : les « Straßburger Neueste Nachrichten », organe du NSDAP dans le Bas Rhin, le « Elsässer Kurier » à Colmar, le « Mülhauser Tagblatt » et le « Mülhauser Volksblatt » à Mulhouse.

Retour au pluralisme en 1945

L’Alsace compte, en 1948, 17 quotidiens et 11 hebdomadaires. Une véritable soif d’information, de débats, de pluralisme conduit à la parution de dizaine de titres très souvent liés à des mouvements politiques ou idéologiques. Grâce aux décisions du Conseil National de la Résistance, la parution de la presse est encouragée par la création d’aides à la presse facilitant économiquement l’édition de journaux. Notons une ordonnance particulière à l’Alsace, celle du 13 septembre 1945 : entre autres sur l’utilisation de la langue française dans les journaux. La parution rédigée totalement en allemand est interdite : il faut des parutions « bilingues » et le français ne peut descendre en-dessous des 25% des textes. Sont obligatoirement rédigés  en français : le titre, la publicité, le sport, les informations légales, les articles pour la jeunesse…

Pour être lue, la presse alsacienne se doit de paraître évidemment en bilingue : les DNA en 1950 compte 75% de leur diffusion en bilingue ; les mêmes proportions pour L’Alsace à Mulhouse. Cela durera vingt ans, l’édition française passe en tête en 1970.

Les conséquences tragiques de la concentration

Mais la presse alsacienne n’échappe pas à la concentration des titres, véritables plaie de la presse française car le système chez nous est l’absorption d’un titre par un autre. Ce qui conduit à ce que nous ne connaissions plus que 66 quotidiens en France… contre 329 en Allemagne (313 journaux régionaux et des 8 titres nationaux). Le résultat de cette stratégie mortifère pour la presse quotidienne française : son tirage est aujourd’hui d’un peu plus de 8 millions d’exemplaires contre 16 millions en Allemagne.

Il est prouvé qu’à chaque disparition de titres après une concentration, il y a systématiquement perte d’au moins un tiers des lecteurs. Mieux, il est prouvé que les rares régions qui connaissent une pluralité de quotidiens, ont un taux de lectorat plus élevés que les autres régions où ne subsiste qu’un seul titre. Exemple : la Bretagne… et l’Alsace.

Notre région a failli connaître le monopole d’un seul journal début des années 1970. En effet, le journal L’Alsace était à cette époque en grosse difficultés et a failli disparaître : seul le rachat par… le Crédit Mutuel l’a sauvé. On peut donc dire qu’à cette époque, le Crédit Mutuel, du moins quatre caisses mulhousiennes et une colmarienne des CMDP ont sauvé le pluralisme de la presse dans notre région.

FUSION

Le Crédit Mutuel sera-t-il à présent le fossoyeur du pluralisme historique en Alsace ?

Jamais de toute son histoire, l’Alsace n’a connu qu’un seul journal quotidien. Même sous la période nazie, elle en comptait quatre.

Et pourtant, le Crédit Mutuel s’apprête à commettre l’irréparable. Devant de (réelles) difficultés économiques au sein de son groupe presse (9 titres dans tout l’Est et Sud-Est de la France), il fait appel à un « restructurateur » patenté qui a déjà sévi au groupe Le Parisien avec un palmarès éloquent : vente de journaux, liquidation des imprimeries… sans résultat positif sur le développement des journaux.

Cette méthode radicale est celle qu’applique depuis des années la presse nationale avec le succès que l’on sait : nous sommes en queue de peloton de la lecture de la presse en Europe. La presse régionale avait échappé quelque peu à cela en développant des articles sur la vie locale, en assurant des informations de services souvent bien appréciées par le lectorat. Mais cela nécessite le développement d’agences locales et une distribution sans faille. Les quotidiens alsaciens ont, grâce à cela, développé un réseau d’abonnés qui résistent un peu mieux à l’érosion du lectorat qui touche la presse française.

Le « costs-killer » à l’œuvre…

Or, ce sont les pratiques de cette presse là que le « restructurateur » du Crédit Mutuel veut appliquer avec un remède de cheval : liquidation des titres en préservant la « marque », une sorte d’escroquerie vendue aux lecteurs de L’Alsace : leur journal gardera le nom mais le contenu sera le même que celui des DNA… Combien de postes de journalistes en moins ?

Fermeture de l’imprimerie à Mulhouse et impression à Strasbourg : ce qui facilitera évidemment, chacun le comprendra, la distribution des journaux à Ferrette les petits matins d’hiver sur les chaussées enneigées ! Et obligera la rédaction à boucler le journal dès la fin de l’après-midi…

On le voit, c’est la logique d’une économie classique et traditionnelle qui tente de s’imposer, ne tenant aucunement compte que la presse n’est pas un produit comme un autre et qu’elle a besoin d’un modèle économique spécifique. Et la presse régionale n’est en rien comparable à la presse nationale où le « costs-killer » du Crédit Mutuel a fait ses armes.

Pourtant, la presse écrite a de l’avenir : après avoir négligé pendant très longtemps la « recherche et le développement », la presse s’est mise travailler la question. Il en ressort qu’elle a des atouts considérables pour prendre sa place dans le monde de la communication tel que nous le connaissons actuellement. Pour cela, il faut certes des restructurations, des nouveaux produits y compris sur papier et imposer un nouveau modèle économique au grands groupes qui contrôle l’ensemble de la filière: elle aura besoin de toutes ses forces pour y parvenir.

Loin des idées du cost-killer qui deviendra, s’il peut aller sans encombre jusqu’au bout, le « press-killer » des journaux alsaciens.

Michel Muller

 

L’Alsace disparaît des livres scolaires

L’Alterpresse68 publie volontiers une réaction du Club Perspectives Alsaciennes car elle reflète un avis fortement partagés par les Alsaciens. On peut pourtant estimer qu’il y a d’autres moyens de défendre l’identité alsacienne que de ressortir l’idée du « conseil unique » que les Alsaciens ont doublement rejeté lors d’un référendum: d’aborde en s’abstenant massivement, d’autre part faisant triompher le « non » lors de la consultation.

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Pour une meilleure réforme territoriale en Alsace

Nous publions volontiers le texte du Manifeste pour une meilleure réforme territoriale pour l’Alsace  publié par de Bernard Stoessel ancien 1er vice-président du Conseil régional d’Alsace, Monique Matter, Patrick Kleinclaus et François Schaffner bien connus pour leur engagement en faveur d’une Alsace bilingue. L’Alterpresse68 continue de dénoncer une réforme territoriale englobant notre région dans une super-structure dans laquelle la démocratie se réduit de plus en plus. Dans laquelle aussi, les particularités auxquelles les Alsaciennes et les Alsaciens sont attachés, pourront de moins en moins s’affirmer et risquent donc de disparaître. La campagne électorale qui s’ouvre est propice à exiger des candidats entre autres aux législatives, de s’exprimer clairement sur leur volonté ou non de revenir sur une réforme ni à faire, ni à refaire…
Nous publierons d’autres contributions sur ce sujet dans les prochaines semaines ainsi que tous les commentaires que nos lecteurs voudront bien nous faire parvenir.

Une Alsace longtemps prospère

La réussite économique exceptionnelle de l’Alsace, depuis 1945 jusqu’à au début des années 2000, résultait pour partie d’une dimension culturelle rhénane bilingue héritée de son histoire permettant des relations institutionnelles, technologiques, professionnelles et économiques étroites avec ses puissants voisins  germanophones, Cantons  Suisses et Länder d’Allemagne fédérale. Cet avantage linguistique était à la base d’une prospérité sans égale  en France.

Disposant par ailleurs d’une législation locale spécifique, l’Alsace avait pu traverser les crises économiques et politiques successives, et la nationalisation de son outil bancaire propre, tout en développant son potentiel industriel, artisanal et commercial.

Dès les années 2000, les effets de la perte de la connaissance de la langue régionale (allemand et dialectes) sont nettement perceptibles sur l’économie et l’emploi.

Une réforme territoriale bâclée en Alsace

Notre région pourtant deux fois millénaire risque d’être rayée définitivement de l’histoire et de la carte. Le gouvernement socialiste a utilisé sa majorité à l’Assemblée nationale pour supprimer l’Alsace en tant que région et l’annexer, de force et sans le consentement de sa population ni de ses  collectivités territoriales, dans un ensemble institutionnel très vaste  incluant la Lorraine et Champagne-Ardennes, un territoire où ses habitants sont devenus ultra-minoritaires. La carte, arrêtée au terme d’un découpage arbitraire, fait fi des réalités linguistiques, culturelles et historiques.

Une réforme territoriale autoritaire sans consultation des Alsaciens

Le gouvernement et sa majorité au parlement, avec malheureusement l’appui de nombreux EELV, UMP et UDI, ont fait approuver cette réforme territoriale, de façon autoritaire, sans consulter les populations par la voie référendaire, une obligation pourtant expressément prévue par l’article 5 de la convention sur l’autonomie locale ratifiée en 2007 par la France.  Les élus et parlementaires d’opposition, après quelques simulacres d’opposition au projet gouvernemental ont visiblement laissé faire, voire voté la disparition de l’Alsace. L’un des leurs, Philippe Richert briguait en effet la présidence de la nouvelle entité régionale. Certains élus, du parti « les Républicains », après avoir fait signer des pétitions hostiles à la future  région Grand Est à plusieurs dizaines de milliers d’électeurs alsaciens ont poussé le cynisme politique jusqu’à  être candidats et participer au nouvel exécutif régional du Grand Est.

Une réforme territoriale préjudiciable à l’économie, au bien-être social, à la langue et au rayonnement institutionnel de l’Alsace

Cette annexion autoritaire, imposée au mépris de toute démocratie locale, aura pour conséquence évidente, à moyen terme, l’extinction de la langue régionale (Elsasserditsch à l’oral et Hochdeutsch, langue scolaire, standard, orale et littéraire).

L’exemple mosellan est particulièrement éloquent. En effet depuis 1981, l’absence presque totale de soutien de la Région Lorraine et du Conseil général de la Moselle à la pratique, à la transmission et à l’enseignement de la langue régionale en Moselle germanophone, c’est-à-dire d’une part, les différentes formes orales du francique (Platt) ou de l’alémanique, et d’ autre part, l’allemand, sa forme historique standard orale et littéraire, est à l’origine d’un déclin accéléré de la maîtrise des dialectes mosellans et d’un affaiblissement sans précédent de la maîtrise du Hochdeutsch. Cet exemple catastrophique d’une situation linguistique et culturelle minoritaire en perte de vitesse montre ce qui attend l’Alsace dissoute contre son gré dans cet ensemble territorial hétéroclite aussi étendu que la Belgique.

Déconnectée de ses atouts linguistiques et culturels, minoritaire dans le territoire et l’assemblée régionale Grand Est, et dirigée par des majorités d’origines territoriales   composites, l’Alsace perdra tout soutien efficace à ses spécificités linguistiques et culturelles, à son dynamisme économique propre et, tôt ou tard, une partie de ses grandes institutions européennes strasbourgeoises.

La dimension économique et sociale n’a pas été sérieusement étudiée. Les intérêts et contextes de ces trois ensembles territoriaux sont très différents et peu compatibles : l’Alsace est largement tournée vers l’Europe (Suisse, Autriche, Europe centrale, Allemagne) alors que la Champagne et la Lorraine sont davantage orientées vers l’agglomération parisienne.  Les Alsaciens ont ainsi beaucoup à perdre dont la proximité relationnelle avec les voisins européens. Ne nous laissons pas imposer une réforme bricolée, guidée par des considérations politiciennes et personnelles évidentes. Elle nuira à nos relations quotidiennes et privilégiées avec nos voisins allemands, suisses et luxembourgeois, les principaux employeurs de notre région.

De plus cette fusion/dissolution forcée entraînera des difficultés sociales et professionnelles considérables pour la population, d’énormes dépenses inutiles et une nouvelle hausse des impôts, des transferts massifs d’agents publics et de cadres dirigeants et supérieurs de la fonction publique, la construction de locaux administratifs supplémentaires. Dès à présent, il est évident que la loi locale est menacée, notamment dans le contexte de l’enseignement religieux et du concordat, du droit du travail. Une région, c’est avant tout des femmes et des hommes partageant un projet culturel et une histoire commune en vue de développer un espace de paix et de bien- être social, économiquement performant.

A  très court terme instituer une entente interdépartementale entre les départements

Pour le très court terme, la solution la plus adaptée passe par la création, face à l’Etat centralisateur et à la méga-région, d’une entente interdépartementale entre les deux départements portant en priorité sur la langue régionale et le bilinguisme, la mise en place d’instruments de coordination et de concertation sur les questions transfrontalières et le droit local. Les deux départements alsaciens constituent un espace où le fait transfrontalier est au cœur des politiques publiques: l’économie, l’emploi, les transports, l’enseignement, la langue régionale, la formation professionnelle, l’environnement. Les lignes de chemin de fer, les voies fluviales, les autoroutes, le transport aérien, les itinéraires cyclistes, les risques industriels et les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières. C’est de l’autre côté des frontières, allemande et suisse, que des dizaines de milliers d’habitants, le plus souvent bilingues, trouvent le travail qui fait défaut ici.

Sauvegarder par la loi l’institution Alsace jusqu’en 2021  tout en lui permettant d’évoluer

Les actuels élus de l’assemblée de l’ensemble institutionnel appelé Grand Est  ont été élus puis certains désignés comme dirigeants de l’exécutif pour 6 ans en 2015 soit jusqu’en fin 2021. Il semble juridiquement difficile de mettre purement- et simplement fin à leur mandat.

La population alsacienne n’a pas été consultée par le gouvernement, celui-ci ignorant délibérément l’article 5 de la Charte européenne de l’autonomie locale, un traité international  ratifié sans aucune réserve par la France. Le fait que le Conseil d’Etat, saisi de ce déni,  ait estimé que les règles de procédure imposées par un traité ne s’imposent pas aux pouvoirs publics, ne peut dissimuler que la fusion a été opérée sans le consentement de sa  population, au mépris de ce traité et des pratiques européennes. A cet égard une pétition  réunissant en un temps record 110 000 signatures de citoyens français résidant en Alsace, organisée dans le cadre de l’article 72-1 premier alinéa de la Constitution, et visant à obtenir un référendum en Alsace sur ce sujet, a été délibérément ignorée par l’ancien président de Région et le gouvernement.

Pour permettre le passage  en 2021 à une région  spécifique d’Alsace, la loi devrait prévoir que  les décisions prises depuis 2015 par l’institution Grand Est,  susceptibles d’empêcher ce retour comme institution régionale,  sont annulées. Elle devrait  aussi organiser pour les décisions à venir, concernant  l’Alsace,  des procédures de vote distinctes  par les  élus régionaux alsaciens. A cet effet, un budget «Alsace » spécifique par exercice serait voté après consultation des présidents des deux départements alsaciens.

Proposer aux Mosellans de rejoindre la coopération interdépartementale  alsacienne

Cette entente interdépartementale pourrait être étendue à la Moselle qui partage avec les départements alsaciens la même langue régionale, le même droit local, la même dimension transfrontalière  vers le Luxembourg, la Sarre, la Rhénanie-Palatinat, et pour partie la même histoire. La loi devra prévoir dans un premier temps la consultation des élus mosellans concernés et la possibilité d’un référendum local organisé par l’institution départementale.

Développer un projet  institutionnel bénéfique pour l’Alsace  et ses habitants

Le Comité Alsace pour une meilleure réforme institutionnelle propose d’élaborer un nouveau projet de collectivité alsacienne à statut particulier conforme à la Constitution, soumis préalablement à référendum auprès de sa population.

Plus de 110 000 électeurs alsaciens se sont déjà expressément prononcés en 2015 en ce sens  en demandant dans le cadre légal un référendum local sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, sans être écoutés par les élus régionaux actuels, ni par l’Etat. Un véritable, énorme et nouveau déni démocratique. Les Alsaciens devront s’organiser pour faire respecter la voix des 110 000 citoyens alsaciens pétitionnaires, pour obtenir l’organisation d’un referendum sur un nouveau projet de statut régional et pour faire prononcer la suppression par le Parlement de la loi menant à la fusion avec deux autres régions, imposée unilatéralement et illégalement en 2015.

Vers une collectivité à statut particulier dotée de compétences renforcées

Imaginons plutôt en 2017 de faire revenir les nouveaux élus, Président, gouvernement et députés sur cette loi scélérate afin de reconstituer une Région Alsace institutionnelle  différente et meilleure. Ce serait le chemin d’une Alsace plus largement en mesure d’assurer son avenir et dotée à cet effet, dans le cadre de la constitution française actuelle, de compétences spécifiques supplémentaires, c’est-à-dire une «collectivité régionale à statut particulier».

Pour réussir ce projet, il est nécessaire de prendre en compte les véritables intérêts territoriaux d’Alsace, au nord et au sud, à l’est et à l’ouest, de maintenir du lien de proximité et de définir les compétences nécessaires en construisant et mutualisant par étapes les moyens des trois collectivités. Cela permettrait de mettre fin à tout double niveau de compétences et d’organiser plus efficacement et rationnellement  les administrations territoriales.

Cette collectivité pourrait disposer de compétences institutionnelles, administratives et linguistiques renforcées qui lui permettraient de sauver sa langue et de maintenir les liens culturels, économiques, institutionnels, mais aussi familiaux et personnels avec son environnement germanophone, de sauvegarder son rapport différent et fructueux à une laïcité faite de convivialité et non pas d’interdictions.

Maintenir les départements, nos institutions de proximité

Pour autant faut-il supprimer les départements et les remplacer par des bassins de vie, des conseils locaux sans véritable représentativité ni existence institutionnelle, de simples donneurs d’avis dans les procédures décisionnelles d’une collectivité régionale unique. L’exemple du conseil économique, social et de l’environnement du défunt conseil d’Alsace, dont les avis ont été particulièrement peu suivis, incite à ne pas retenir une telle solution face à des territoires susceptibles d’être en compétition.

Eviter la centralisation et la féodalisation du pouvoir régional

 La collectivité unique mène aussi à remettre les décisions et les clefs des finances de toute une région à, sinon une seule personne, tout au moins à un petit groupe de politiciens et fonctionnaires, sans aucun contre-pouvoir  régional ou départemental durant au moins six ans.

Les électeurs haut-rhinois en 2013 avaient compris, lors du vote référendaire sur une collectivité unique de 2013, que Strasbourg acquerrait ainsi une prééminence totale et que leurs préoccupations locales en souffriraient de toute évidence. La disparition des départements, administrations de proximité aux compétences spécifiques sera donc une voie à éviter.

Le choix d’un conseil commun pour l’Alsace

La création d’un Conseil commun à la nouvelle collectivité et aux départements, projet  largement inspiré du conseiller territorial voté par la précédente législature, mais abrogé par les socialistes en 2012,  permettrait de gérer l’Alsace sans doublons, avec moins d’élus et de personnels, grâce notamment à la disparition de la clause de compétences générales en valorisant au plus près atouts et synergies. Une telle gestion aurait progressivement pour résultat de limiter puis de réduire les contributions fiscales et de retrouver la prospérité.

De nouvelles compétences obligatoires devraient être obtenues par la « collectivité à statut particulier » : la politique linguistique régionale, la conclusion d’accords transfrontaliers de voisinage, la consultation préalable obligatoire par l’Etat avant tout traité international concernant l’Alsace et ses voisins, ou leur mise en œuvre, l’avis obligatoire de la nouvelle collectivité sur tout projet de texte législatif concernant le droit local, le pouvoir réglementaire permettant de le modifier.

Une extension possible à la Moselle

 Le cas échéant, cette organisation efficace pourrait permettre dans un second temps d’associer les Mosellans avec, bien entendu, le consentement des populations concernées.

La Moselle conserverait dans cette formule son conseil départemental propre, sa collectivité de proximité.

Vers une réorganisation des services de l’Etat

Un allègement corrélatif du poids des institutions étatiques devenues inutiles permettrait une nouvelle réduction des charges pour nos entreprises régionales et pour la population.

Manifeste pour une meilleure réforme territoriale pour l’Alsace:
Janvier 2017

Comité de rédaction: Bernard Stoessel, Patrick Kleinclaus, Monique Matter, François Schaffner

Contact: Bernard Stoessel: 06 31 11 31 28

manifestepourlalsace@orange.fr

Presse : aux ordres de la direction de Stocamine ?

Nous savons trop bien qu’informer n’est pas chose facile. Que les pressions sont nombreuses. Que des journalistes honnêtes essaient tant bien que mal de donner l’information la plus juste possible. Et qui appliquent le précepte de Hubert Beuve-Méry, fondateur du journal Le Monde : « l’objectivité n’existe pas, l’honnêteté si ». Une majorité des rédacteurs de L’Alsace relève de cette catégorie.

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« Nos années françaises » : l’Alsace autrement…

marie hart a bal liebezell

Un jour, il y a bien longtemps, Daniel Muringer, notre chanteur alsacien grand explorateur d’archives littéraire et musicale, me demanda : « Connais-tu Marie Hart ? ». Je du avouer mon ignorance et grâce à la mise en musique d’un poème j’ai découvert la plus grande poétesse alsacienne. Sans pour autant pouvoir lire ses livres car aucun éditeur alsacien ne publie cette figure incontournable de la littérature alsacienne.

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Mulhouse en état d’urgence journalistique

A quoi donc aspire Monsieur Laurent Bodin (dont nous parlions déjà dans cet article), éditorialiste en chef du quotidien mulhousien « l’Alsace »,  au diapason de la presque totalité des professionnels de la profession, en ce mercredi 27 juillet 2016 ? Après l’assassinat du prêtre auxiliaire de Saint-Etienne du Rouvray, toute la presse nationale et régionale revient en effet se rengorger de relents bellicistes, qui tonnent comme autant de missiles balistiques dirigés à l’encontre du stoïcisme débonnaire (légèrement embué il est vrai), du citoyen amateur de modération et de raison.

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Fausse information publiée par L’Alsace : des excuses aux lecteurs ?

munick
Vendredi 22 juillet, fin d’après-midi : on apprend qu’à Munich une fusillade vient de faire neuf victimes. Immédiatement, la presse française, dont L’Alsace, conclut qu’il s’agit d’une attaque terroriste. L’éditorialiste M. Bodin, le journaliste M. Fluckiger, savent déjà qu’il s’agit d’un attentat « islamiste » et publie des informations qui s’avèreront être fausses dès le lendemain. Les lecteurs de L’Alsace ont donc été floués… Mais aucune excuse ne leur est adressée le lendemain, aucun mea-culpa de ces deux rédacteurs… Ils sont bien le reflet de la « presse officielle » française, celle qu’on peut lire sans pour autant la croire…

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LOCK-OUT* AU JOURNAL L’ALSACE

Retour sur un conflit qui laissera des traces profondes

Un violent conflit a opposé la FILPAC-CGT à la direction du journal L’Alsace, dans la semaine du 17 au 21 novembre. Lors de ce conflit, Michel Lucas, patron du Crédit Mutuel, a pris une décision d’une extrême gravité, en imposant le lock-out pour mettre le mouvement de grève en échec. Le journal Continuer la lecture de LOCK-OUT* AU JOURNAL L’ALSACE