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Appel aux citoyens pour soutenir le peuple palestinien

Dans le cadre de ses actions « Pas de produits de la colonisation dans nos magasins » L’Association France Palestine Solidarité Alsace (AFPS) organise une nouvelle journée d’action le samedi 25 mars  contre l’importation des produits des colonies israéliennes. Elle lance un appel aux  consommateurs citoyens pour qu’ils signalent dans les magasins les produits étiquetés  faussement « Israël « sans que l’on sache s’ils sont produits en Israël ou dans les Territoires palestiniens illégalement occupés.

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Choses vues et entendues en Israël-Palestine: quelques aperçus de l’occupation…

Nous vous proposons un récit de choses vues en territoire Israélo-palestinien, réalisé au cours d’une mission effectuée très récemment par un groupe local de l’association « France Palestine Solidarité Alsace ». S’y retrouvaient Christian Rubechi, collaborateur de l’Alterpresse68, ainsi qu’Elise, Irène, Mireille, Romuald et Sabine. Dans ce témoignage brut, que nous vous livrons in-extenso, sont restitués quelques enjeux du drame politique et humain palestinien.

DrapeauPalestine

Remarques préalables: il serait lassant de mentionner au long de cette petite chronique de quelques jours de tourisme toutes les colonies illégales (au regard du droit international au moins) vues, presque toujours situées au sommet de collines, au bout de routes contrôlées militairement, qui grandissent régulièrement et offrent à la vue leur architecture manifestement inspirée de fortifications moyenâgeuses… les nombreux check-points et postes de contrôles militaires passés…, l’intrication serrée des zonages A, B et C qui marquent les degrés de contrôle par l’armée israélienne des trois zones sous autorité théorique de l’Autorité palestinienne depuis les accords d’Oslo.

Il n’a pas paru pertinent non plus d’évoquer dans ces quelques pages les sites touristiques visités, religieux ou profanes, ni de présenter des considérations de géopolitique, ni de prétendre analyser les immenses colères et frustrations qui s’accumulent dans cette région du monde.

Il ne s’agit donc que de rapporter quelques impressions personnelles nées lors d’un court voyage, quelques propos entendus, quelques réalités de l’occupation israélienne vécues au quotidien par des Palestiniens.

On aura tout de même compris que cette petite chronique n’est pas celle d’un sioniste convaincu (ni a fortiori d’un antisémite, même si par les temps qui courent il semble que certains veuillent absolument qu’être l’un soit obligatoirement être l’autre)…

L’absence de noms et de précisions se comprendront aisément.

 

Jerusalem Est: vieille ville, quartiers arabes, juifs, arméniens….

 De nombreux Israéliens circulent dans les ruelles du souk revêtus de gilets de protection contre d’éventuelles agressions à l’arme blanche ; « l’Intifada des couteaux » a fait à ce jour plus de 20 morts israéliens (et plus de 200 Palestiniens).

Forte présence policière et militaire, quelques familles israéliennes accompagnées de gardes privés armés, mais tout le monde semble vaquer à ses occupations personnelles…

En soirée, échanges avec un prêtre catholique et évocation de la situation actuelle dans la vieille ville et à proximité dans le quartier arabe de Silwan : deux maisons détruites il y a quelques jours, les enfants avaient lancé des pierres… deux maisons confisquées (volées ?) au bénéfice de colons au prétexte que les occupants palestiniens – depuis 1948 – ne pouvaient présenter de titres de propriété. Les occupants étaient probablement des réfugiés de cette guerre.

Informations par une association israélienne sur les fouilles archéologiques engagées depuis quelques années par la société israélienne mandatée par le gouvernement sur le chantier de la cité de David, au pied de la vieille ville. On connaît l’importance dans le discours officiel israélien des références à l’histoire biblique et la preuve de la présence du palais de David serait évidemment un argument important dans la justification historique des prétentions israéliennes sur cette partie de Jérusalem Est.

Les seuls vestiges datés avec certitude à ce jour (sceaux d’un personnage attesté dans la Bible) sont du 6ème siècle avant notre ère ; le palais supposé devrait dater du dixième siècle avant notre ère. Les fouilles continuent.

A proximité, dans un quartier arabe et sur l’emplacement d’un ancien parking, autres fouilles archéologiques poursuivies dans les mêmes conditions : vestiges divers mais rien qui puisse fonder quelques prétentions à un ancien site « juif ». Là encore les vestiges byzantins et d’époque musulmane (Omeyades, Fatimides, Mameluks…) ne semblent pas exploités par les archéologues israéliens mais sont stockés ; pire, les conditions pour des fouilles professionnelles – l’exploitation par couches successives pour des raisons de datation notamment, ne semblent pas être respectées par les archéologues israéliens chargés des fouilles.

Un complexe touristique devrait être bâti sur l’emplacement de ces fouilles.

Un recours devant la Cour suprême israélienne (2008) a confirmé la possibilité de l’excavation en cours mais à l’époque le projet de complexe n’était pas élaboré.

Il s’inscrit par ailleurs dans le grand projet d’aménagement touristique global (parking pour les autocars de tourisme et funiculaire permettent d’accéder directement aux sites importants – mont Sion, Mont des Oliviers, entrée de la Vieille Ville …) combiné avec l’aménagement des anciens égouts romains qui devrait permettre aux touristes d’accéder directement aux sites de la Vieille Ville, sans même voir les quartiers arabes de la colline (près de 30 000 habitants) apparemment jugés trop proches de la partie juive et du Mont du Temple.

Dans cette logique, l’association nous expose les techniques d’acquisition de maisons arabes dans cette partie de Jérusalem (non pas de gré à gré individuel, mais une association israélienne repère et achète les maisons, souvent par prête – noms interposés et l’entremise d’intermédiaires – parfois palestiniens) ; on nous précise que parfois il arrive que de faux titres de propriété soient opposés aux occupants actuels arabes, parfois eux-mêmes réfugiés de 48.
Les maisons « juives » sont faciles à identifier : drapeau israélien et systèmes de sécurité sophistiqués.
En contrebas 88 maisons font déjà l’objet – plus simplement – d’ordres de démolition exécutoires mais sans terme précis pour l’exécution. La pression internationale peut avoir son utilité…

Ironie (?) certaines de ces maisons sont occupées par des juifs yéménites installés là après leur rejet des quartiers juifs sépharades.

Sur un mur une grande inscription avec un vers du poète national palestinien, Mahmoud Darwich: « Ma maison n’est pas une valise et je ne suis pas un voyageur ».

Quelques cas d’enfants arrêtés dans le quartier (de 11 à 18 ans) ; un enfant de 12 ans emprisonné depuis 3 mois (contrairement aux conventions internationales sur les droits de l’enfant) pour tentative de « stabbing », agression au couteau.

Une association arabe s’est créée dans la quartier pour tenir les enfants éloignés de la rue.

 

Vieille ville d’Akko, quartier arabe (Saint Jean d’acre – Israel).

Les Arabes, 40% de la population de la ville, sont concentrés dans la vieille ville dont ils représentent plus de 90 % de la population, en front de mer essentiellement.

Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO la vieille ville fait désormais l’objet de projets immobiliers et touristiques israéliens importants.

L’implantation d’habitants juifs est réalisée par la construction de logements étudiants gratuits, réservés à des étudiants juifs boursiers et par les tentatives d’expropriation d’une trentaine de familles arabes qui occupent des maisons anciennes situées au cœur de l’aménagement touristique projeté.

La trentaine de familles concernées, menacées d’expulsion, ont obtenu en justice un droit au maintien et la possibilité d’acquérir ces logements, propriété depuis 1948 de structures d’Etat.

En 1948 l’Etat israélien a confisqué ces logements qu’il gère depuis par l’intermédiaire de la municipalité.

Ces occupants palestiniens sont des familles de réfugiés arrivés en 1948 qui ont pris possession, sans titres, de logements abandonnés par les occupants palestiniens au moment de la Nakba, la « grande  catastrophe » de 48.

Cette victoire judiciaire (provisoire ?) a nécessité une forte mobilisation citoyenne durant 76 jours. Reste aux habitants à trouver les financements nécessaires aux acquisitions mais la mobilisation semble efficace.

Sous l’administration ottomane les titres de propriété étaient très généralement coutumiers et donc non écrits pour l’essentiel.

Mais même les éventuels titres de propriété, et même ceux reconnus sous le mandat britannique, ne sont généralement pas reconnus par l’Etat israélien, ni dans cette ville et ni ailleurs.

Des écoles ont été construites par la municipalité au bénéfice principal de quartiers juifs.

Une plainte des habitants devant le Ministère de l’Education nationale leur a donné en partie satisfaction et a permis l’ouverture d’une école supplémentaire pour le quartier arabe.

 

Vers Jericho et la vallée du Jourdain (Cisjordanie) :

Devant le Monastère de Saint Georges (désert de Judée) des bédouins nous informent de l’intervention toute récente de soldats et d’un char pour la démolition d’un village bédouin (campement?) à proximité.

Passage devant des captations d’eau et des pompages réservées aux colonies à proximité ; nous sommes en Cisjordanie, non en Israël.

Une vingtaine de promeneurs israéliens, colons, en groupe et armés.

Autres stations de pompage et captation de sources; l’eau est réservée aux colonies.

Présence de colons armés qui profitent d’un plan d’eau – des enfants arabes s’y baignent.

Deux colons nous saluent aimablement. Je réponds mais n’avance pas vers eux; l’un est armé d’une mitraillette.

Nos interlocuteurs arabes nous présentent la situation:

La vallée du Jourdain représente 30% du territoire de la Cisjordanie. Elle est la base agricole de l’Etat palestinien (agrumes, maraîchage, élevage). De 320 000 habitants avant 1967 elle est tombée à 55 000 habitants.

Depuis les accords d’Oslo les confiscations (vols?) de terres, l’implantation systématique de colonies – 37, soit près de 10 000 colons – , les destructions de maisons, les privations du droit à l’eau ou la pratique de sa vente à des prix de vente discriminatoires – près de 10 fois plus cher que pour les colonies – les interdictions de circulation et les contrôles aux check-points, les agressions régulières par les colons – au moment de la récolte des olives de préférence –   les divisions en zones A et B (5% des terres) et C sous contrôle militaire israélien (95% restants) expliquent évidemment largement cette immigration.

Nos interlocuteurs soulignent l’absence d’infrastructures et « l’abandon de fait par l’Autorité palestinienne » de la vallée du Jourdain.

Ils détaillent la stratégie israélienne, carte à l’appui: terminer la construction du mur (près de 300 kilomètres restent à construire le long de la vallée du Jourdain) tout en intensifiant les actions contraignant les habitants à partir pour disposer d’un territoire « sécurisé » et vidé de présence palestinienne significative. A noter que 10 000 ouvriers palestiniens travaillent actuellement dans les colonies de la vallée du Jourdain.

 

Nazareth  (Israël) :

Nos interlocuteurs nous présentent la situation politique de la plus grande ville arabe d’Israël historiquement dirigée par un Front démocratique, coalition de partis à l’origine de « Hadash » (juive et arabe) dont les représentants, associés à deux petits partis arabes, comptent actuellement treize députés à la Knesset.

La ville était dirigée depuis 1975 par un maire appartenant au parti PPP (communiste).Un conflit en 2013 et l’annulation des élections ont abouti à des difficultés importantes de gestion et à l’élection d’un maire « indépendant », jugé proche des intérêts israéliens.

Le rejet récent du budget pourrait conduire les instances gouvernementales à prendre en charge la gestion directe de la ville basse, arabe, dont les 90000 habitants sont concentrés sur 2000 hectares et où les 50 000 habitants de la ville haute, juive, disposent de 5000 hectares.

Le rapprochement des deux instances municipales devrait dépendre de la majorité attendue d’un conseil municipal mixte (ce type de solution est appliqué dans d’autres villes à gestion municipale « mixte », comme Jaffa par exemple).

Le choix de mode de gestion dépendra en fait de la majorité attendue dans un conseil municipal « mixte » (à majorité juive ou pas).

Un député arabe de la Knesset se présente comme un militant des droits de l’homme et évoque son rapport récent recensant près de 50 lois à caractère discriminatoire pour les arabes israéliens (sur la religion, la langue, l’éducation, la vie culturelle, l’accueil de femmes ayant accouché dans les hôpitaux) et notamment pour Nazareth.

Il faut rappeler que trois députés arabes de la Knesset font actuellement l’objet de procédures d’exclusion du Parlement israélien – non abouties à ce jour – pour avoir tenté d’intervenir dans l’affaire des corps de jeunes « martyrs » (refus du gouvernement israélien de rendre les corps de trois jeunes palestiniens à leur famille, abattus lors d’attaques au couteau contre des Israéliens.

Notre interlocuteur mentionne des propos ouvertement racistes entendus dans l’enceinte du Parlement israélien contre les députés arabes, que ceux du premier ministre ne déparent : « les députés arabes sont des Daesch ».

Le représentant du syndicat Histradouth pour la région de Nazareth (élu sur une liste politique PPP) nous fournit ultérieurement quelques chiffres sur la situation sociale et économique locales (dont ceux du chômage: 20 à 30% dans les villes arabes israéliennes – de 15 à 20% à Nazareth – et 7 à 8% pour les villes juives).

Il rappelle l’absence d’investissements dans les villes et villages arabes et les politiques publiques d’incitations fiscales et d’orientation des subventions vers les zones économiques juives. Il insiste sur le caractère de villes « dortoirs » des villes arabes dont les habitants sont obligés de chercher une activité jusqu’à Tel Aviv.

Il nous confirme que les travailleurs palestiniens dans les colonies, en Cisjordanie donc, ne sont pas organisés et travaillent souvent sans permis et illégalement donc. Ils ne relèvent pas de son syndicat.

 

Naplouse (Cisjordanie) :

En route, premier check-point fermé aux touristes, deuxième fermé pour tout le monde, troisième ouvert; aucune explication, une heure de détour.

Passage à Qalkiya : barbelés, murs, dispositifs de sécurité électroniques de type capteurs de mouvements, bande de sable pour détecter les empreintes et traces de véhicules.

Détour pour accéder à Naplouse, la route directe étant réservée à une colonie.

Sur la façade de l’église de la Samaritaine une mosaïque représente un prêtre, tué en 1979 pour avoir défendu aux soldats israéliens l’accès de l’église; traces du bombardement de 2002 lors de la deuxième Intifada.

Le tombeau de Joseph, lieu saint revendiqué également par les juifs, donne lieu à des affrontements réguliers avec les colons qui viennent y prier sous protection militaire  la veille de notre visite un millier de colons et de militaires, comme chaque semaine ou presque, ont provoqué des incidents (blessés palestiniens).

Visite dans l’un des camps de réfugiés proches; entretiens avec des militants associatifs palestiniens engagés dans des activités pour les plus pauvres, les handicapés, les fils et filles de combattants palestiniens (67 tués, « martyrs », depuis 2000, 35 prisonniers dont 10 à vie.

Une affiche représente un enfant tué le 23 novembre 2015 trouvé en possession d’un canif.

Un autre, 14 ans, condamné à 14 ans de prison pour « faits de résistance active ».

Les rues sont jonchées d’ordures, le désinvestissement croissant de l’agence de l’ONU (UNRWA) est pointé par nos interlocuteurs qui qualifient cette agence de « deuxième visage de l’occupation ».

Trois médecins pour les 34 000 habitants des camps de Naplouse.

En vieille ville, nombreuses plaques commémoratives pour les 40 morts de 2002 et 2004.

Sur un mur de la grand place une inscription « Resist to exist ».

Entretiens avec deux étudiantes qui présentent rapidement le système universitaire palestinien (cher malgré les bourses accordées par l’Arabie saoudite).

L’une dit « Certains jours je remercie Dieu d’être là et certains autres je me demande pourquoi j’y suis ».

Pour venir à notre rendez-vous, elle a voyagé trois heures en voiture pour un trajet normal de 30 minutes ; aléas des check-points…

Elle évoque les 150 ans qui furent nécessaires pour l’indépendance de l’Algérie.

Elle rappelle la volonté de beaucoup de jeunes de partir mais évoque les difficultés à envisager la France comme pays d’accueil « à cause de l’interdiction du hijab ».

Elles qualifient toutes deux Marwan Barghouti, dirigeant palestinien de premier plan condamné à la prison à vie, de « héros du peuple palestinien ».

 

Tulkarem (Cisjordanie)

Camps de réfugiés à l’entrée (25 000 habitants).

Ici a débuté la construction du mur le 5 avril 2002, selon un tracé qui ne respecte pas la « ligne verte », contrairement aux accords et obligation internationales ; annexion de 51 villages et de 73 000 habitants résultant des 300 kilomètres de mur construits.

On nous raconte la destruction de maisons et on nous montre celles qui devraient l’être « bientôt », les ordres de démolitions ayant été délivrés.

Trois villages proches, une grande zone commerciale (un alignement de boutiques), trois importants forages dans la nappe phréatique, annexés par Israël, ont dû être restitués après modification du tracé du mur suite à une décision du Tribunal international de la Haye sur plainte des habitants…non sans destruction préalable par l’Etat israélien de forages et de deux cents magasins.

On nous raconte la confiscation de 150 hectares, la construction d’un camp militaire israélien et d’un important check-point franchi chaque jour par 10 à 12 000 travailleurs palestiniens.

Lorsque nous rejoignons notre hôtel à Ramallah nous voyons une douzaine d’enfants face à un camp de réfugiés jeter des pierres en direction de militaires israéliens ; l’un des enfants est cagoulé. L’entrée principale de Ramallah est donc bloquée…petit détour.

 

Ramallah (Cisjordanie)

Non prévu initialement mais hasard du calendrier, nous assistons à la conférence nationale du mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions (B.D.S).

Près de 400 participants écoutent les interventions d’acteurs politiques palestiniens majeurs, d’associations et représentants de la société civile palestinienne ; diffusion de messages vidéo de représentants de BDS dans le monde (Amérique du Sud, Europe, Afrique du Sud, Etats – Unis).

Couverture médiatique importante.

On sait à quel point BDS, directement inspiré des boycotts de soutien aux luttes anti – apartheid menées par l’ANC en Afrique du Sud, inquiète le gouvernement israélien. BDS a enregistré d’importants succès sur la dernière période (campagne Orange, déménagement de l’usine Sodastream, désinvestissements de nombreux fonds de pension, cessations d’activité d’importantes sociétés dans les territoires occupés, voire en Israël, note interprétative de la Commission européenne imposant l’étiquetage différencié des produits issus des colonies et abusivement commercialisés comme produits israéliens….).

Malgré un impact économique direct qui reste limité (mais qui croît régulièrement) ce mouvement est considéré comme de la plus haute importance par tous les acteurs palestiniens.

N’en voyons pour preuve que les déclarations du premier ministre israélien et l’organisation qu’il vient de mettre sur pied – y compris en France – pour le combattre, les menaces physiques proférées récemment par un vice – ministre israélien ……et la répression active dont sont victimes les militants du BDS dans notre propre pays (circulaire Alliot Marie, condamnations pénales de militants – dont les 12 de Mulhouse condamnés récemment par la Cour de Cassation, projet de décret Valls annoncé récemment au Conseil des institutions juives de France par ce dernier et prévoyant l’assimilation du l’antisionisme à de l’antisémitisme pénalement sanctionné).

 

Neguev

Contrôle militaire des passeports dans le bus; nous passons devant la nouvelle usine Sodastream qui a quitté les territoires occupés suite à la campagne BDS. Il semble qu’elle doive être reprise par un fonds d’investissement chinois et de nouveau relocalisée. Les ouvriers palestiniens qui ont suivi l’usine n’ont pas vu leurs autorisations de travail sur le nouveau site confirmées.

Nous étions passés peu de temps auparavant devant une prison où sont détenus des prisonniers politiques palestiniens (plus de 6000 en tout à ce jour, dont plus de 300 détenus « administratifs », c’est-à-dire détenus sans jugement, à qui on ne communique pas les charges pesant sur eux et dont la détention est renouvelable par périodes maximales de 6 mois… un nombre de fois indéterminé) ; à noter que ce régime a été repris par l’Etat israélien du régime appliqué lors du mandat britannique par les Anglais.

Entretiens avec des représentants associatifs bédouins, citoyens israéliens.

Ils disent l’histoire de ces populations semi-nomades entre terres proches de la bande de Gaza et Neguev.

La propriété des terres est attestée par la coutume orale reconnue par les Ottomans comme par les Britanniques, et même par l’Agence juive qui a acquis des terres avant 1948.

En 1948 Israël s’est appropriée la totalité des terres. Les 112 000 habitants de la région ont fait alors l’objet de mesures d’expulsion et se sont réfugiés en Jordanie et à Gaza.

L’armée a procédé à des mesures d’intimidation, et parfois à des exécutions ; la région a été sous loi martiale jusqu’en 1966, l’acquisition de tous les biens, même de première nécessité se faisait obligatoirement dans des magasins gérés par l’armée et la contrebande était passible de la peine de mort.

Nos interlocuteurs évoquent le système des réserves indiennes mises en place par le gouvernement des Etats-Unis au 19ème siècle.

La population, tombée à 12 000 personnes, est depuis remontée à 250 000.

Désormais 100 000 d’entre eux vivent dans des villages « officiels » construits par les Israéliens dans les années 70 et les autres  dans des villages « non reconnus » par les autorités.

Les premiers comptent parmi les plus pauvres en Israël en termes d’infrastructures et de services ; ils sont qualifiés de « townships » par nos interlocuteurs.

Les seconds sont régulièrement rasés sur ordre de l’Etat israélien qui refuse de vendre aux bédouins le moindre lopin de terre. Ceux-ci ne peuvent donc plus exercer leur activité agricole ancestrale.

Toutes les terres sont exploitées par de grandes fermes israéliennes, fortement subventionnées et bénéficiant de la part de l’Etat des services adaptés (eau, électricité…).

Israël a réellement cherché à intégrer ces populations à partir des années 70 en les incitant, notamment à effectuer leur service militaire, en particulier dans des unités spécialisées dans la reconnaissance (on ne peut s’empêcher de penser aux « scouts » indiens des westerns hollywoodiens).

Sans grand succès, et actuellement seuls 270 bédouins servent sous les drapeaux.

Le « plan Prawer » en cours de discussions gouvernementales et parlementaire vise à finaliser leur intégration et ainsi à rompre l’unité culturelle et géographique des populations arabes de la bande de Gaza à la Cisjordanie ; sans moyens particuliers et sans concertation aucune avec les instances représentatives dont se sont dotées ces populations, il n’apporte à ce jour aucun élément de solution aux conflits en cours (en 2013 ont eu lieu manifestations et révoltes, les villages détruits sont reconstruits par les habitants…).

La loi martiale a été remplacée par les mesures sécuritaires en vigueur désormais dans tout Israël, ce qui semble strictement revenir au même pour les populations concernées.

Citoyens israéliens de plein droit, ils ont accès à l’Université et la troisième génération de bédouins, éduquée, mène volontiers le combat sur le plan juridique pour leurs droits historiques et culturels.

Dans l’un des 46 villages menacés actuellement de destruction, nous rencontrons des villageois qui attendent la mise à exécution des mesures d’expulsion et de destruction du village, leurs recours juridiques ayant été rejetés depuis une décision de la Cour suprême israélienne de 2015.

En route pour Bethléem (Cisjordanie) nous voyons les habituelles colonies sur les hauteurs, les patrouilles, contrôles militaires, engins blindés, postes de contrôles et leurs équipements en caméras….

Une scène attire notre attention : quatre adolescents se déshabillent, mis en joue par quatre soldats abrités derrière un muret ; formalité imposée pour pouvoir rentrer chez eux….

 

Bethléem (Cisjordanie)

Le mur enserre le tombeau de Rachel. Il est couvert de graffitis, souvent humoristiques (« Wall street », « Apartheid avenue » « Make Hummus, not walls »), de fresques, de témoignages personnels liés aux situations de guerre vécues.

Nous poursuivons vers Beit Jella (17 000 habitants) où un représentant de la municipalité nous reçoit.

Il expose, plans et cadastre à l’appui, le mécanisme de la confiscation des terres agricoles en cours par la poursuite des colonisations et surtout de la poursuite de la construction du mur afin de rattacher les grandes colonies de Gush Atsyon et Gilo à Jérusalem pour que les populations juives soient à terme reliées, les population arabes isolées, et qu’une continuité territoriale « juive » favorise la réalisation du « Grand Jerusalem ».

Le combat juridique devant la Cour suprême a donné lieu à un jugement nuancé : reconnaissance par cette dernière que le tracé du mur ne respecte pas l’alignement légal de la « ligne verte »….mais reconnaissance de la totale liberté de l’armée de poursuivre la construction pour « raisons de sécurité ».

Une vingtaine d’autres procédures sont en cours devant diverses instances mais un interlocuteur a souligné que tant que la justice serait rendue pour les territoires occupés par des tribunaux israéliens et sous contrôle militaire….

A ce jour le territoire administratif de Beit Jalla ne compte plus que 432 hectares (zone C et donc sous contrôle militaire israélien) ; il en comptait 1450 en 1912.

La construction du mur a donc repris ; oliviers millénaires arrachés, protestations et manifestations des habitants qui n’ont rien changé… 400 familles vont perdre prochainement tout accès à leurs terres qui seront situées derrière le mur.

Des autorisations militaires – discrétionnaires – pour l’accès à leurs terres et champs seront sans doute possibles ; dans quelles conditions et jusqu’à quand ?

Beit Jalla est située à 2 kilomètres à vol d’oiseau du centre de Jérusalem (9 par la route); ils n’obtiendront probablement pas l’autorisation de s’y rendre.

Le mouvement d’émigration d’habitants, déjà significatif, s’amplifiera : but recherché ?

Sur un site touristique, un guide nous raconte sa situation personnelle : palestinien, il a perdu son travail lors de la deuxième Intifada et donc a dû se reconvertir. Les tour-operators, israéliens – 90% de la clientèle – ne travaillent qu’avec des guides israéliens pour leurs activités dans les territoires occupés. Il ne peut se rendre à Jérusalem. Il rêve de pouvoir voyager.

 

Hebron (Cisjordanie)

Nous arrivons à Hebron après un détour par le village de Wadi Fukin où des missions d’associations diverses (dont l’Association France Palestine d’Alsace) coopèrent depuis des années à de nombreux projets de développement économique (atelier de conditionnement de fruits séchés, aide à l’acquisition de pompes pour l’eau…), nous allons sur le site de plantation récente d’oliviers financés dans ce cadre : la colonie voisine avance vite. Les oliviers seront-ils arrachés comme nombre d’autres avant ?

Les 400 000 habitants d’Hebron dans la plus vaste région de Cisjordanie (900 000 habitants, soit le tiers de la population totale) sont soumis par Israël a un régime particulier : cinq colonies installées au cœur de la vieille ville arabe, de nombreuses autres qui l’encerclent, une présence au quotidien de 2 à 4000 soldats, des postes de contrôle jusqu’aux abords immédiats de la mosquée qui abrite les tombeaux de patriarches, revendiqués par deux religions, juive et musulmane…

Depuis près de vingt ans les affrontements sont fréquents. La mosquée est désormais scindée en deux parties depuis la tuerie de 1994 où un Juif fanatique a ouvert le feu sur les fidèles.

L’accord imposé par les autorités israéliennes permet depuis l’accès 15 jours par an aux Juifs de la partie musulmane de la mosquée (contingent largement dépassé de fait nous dit-on) ; la partie juive du bâtiment reste inaccessible aux musulmans.

A la sortie, contrôles militaires et vue de la rue qui conduit vers la hauteur proche où des maisons sont encore occupées par des habitants arabes.

Partout des drapeaux israéliens flottent sur cette partie de la ville arabe (maisons, poteaux télégraphiques…).

Dans la rue voisine du souk, des grilles protègent les passants contre les jets de détritus et de pierres lancés par les colons des maisons surplombantes.

Sur un mur une inscription : « Free Israël ».

Que rajouter ?

Peut-être rappeler simplement l’épilogue du livre* de Shlomo Sand, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv, qui s’interroge sur le droit aujourd’hui des habitants non juifs de cette terre et qui répond en évoquant l’histoire du terrain sur lequel est bâtie l’université ainsi que le bureau même où il travaille : un important village arabe dont la vie s’est éteinte le 30 mars 1948 s’y trouvait.

Ce jour-là, les habitants se sont enfuis devant les actions de forces militaires israéliennes.

La majorité d’entre eux se sont dispersés dans le monde entier.

Plus de 700 000 personnes ont ainsi été déracinées au cours de la Nakba et spoliées de leurs maisons et de leurs terres, sans aucune compensation ou dédommagement. Beaucoup d’entre elles et leurs descendants vivent encore dans des camps de réfugiés disséminés au Moyen – Orient.

Sur ces terrains on trouve aussi désormais des musées dont celui d’Eretz Israël qui présente « toute l’histoire du pays et de sa culture ».

Ce « musée de la Terre d’Israël », originellement dénommé « du Pays », est généralement dirigé depuis les années 80 par des généraux en retraite.

Schlomo Sand rappelle que les collections du musée, dont celles de l’ethnographie et du folklore, ne font aucune référence à l’origine de l’édifice, ni aux « modes de vie » des occupants précédents de ces terres.

* Shlomo Sand: « Comment la terre d’Israël fut inventée » – Champs/Flammarion.

 http://www.pdfarchive.info/pdf/S/Sa/Sand_Shlomo_-_Comment_la_terre_d_Israel_fut_inventee.pdf

Christian RUBECHI