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Brigitte Klinkert: Nous construisons une Collectivité territoriale à statut particulier !

Madame Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin depuis le 1er septembre 2017 en remplacement d’Eric Straumann. Elle nous a reçus il y a quelques jours dans ses bureaux pour un entretien exclusif durant lequel nous avons pu aborder toutes les questions que nous souhaitions lui poser. Souriante, détendue, elle nous a livré des réflexions et analyses qui laissent apparaître une détermination sans faille pour défendre l’existence et l’action des départements au sein d’une région Alsace dotée d’un statut particulier qu’elle nous détaille. Des problèmes aigus dans le département sont également traités : le RSA Bénévolat, Stocamine, Fessenheim, l’avenir de la presse régionale… A vous de juger !

L’Alterpresse : Vous avez récemment exprimé votre avis sur la réforme territoriale en regrettant que l’Alsace ait disparu de la carte institutionnelle. Avec M. Frédéric Bierry, vous avez rencontré Le Premier Ministre ainsi que M. Gérard Larcher, pour leur présenter un projet qui vise à « rendre à l’Alsace une existence politique et institutionnelle ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Brigitte Klinkert : Notre démarche est soutenue par la majorité des parlementaires alsaciens aujourd’hui. On se rend compte qu’il faut à nouveau renforcer l’Alsace dans le Grand Est. Celui-ci est beaucoup trop grand et il n’y a pas vraiment de cohérence dans cette grande région.

Avec Frédéric Bierry, président du Bas-Rhin, dans le cadre qui nous a été défini par M. le président de la République, c’est-à-dire dans le cadre du Grand Est…

L’Alterpresse : … donc pas de sortie du Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Même si l’idéal aurait été de sortir du Grand Est, le président de la République nous a dit que cela n’était pas possible. Il faut savoir qu’au plus haut niveau, ils se rendent bien compte du souci posé par la grande région mais détricoter le Grand Est amènerait d’autres problèmes au sein de cette nouvelle région sans l’Alsace et puis d’autres problèmes dans d‘autres nouvelles régions, du côté de la Savoie, du Pays Basque…

Fusion des deux assemblées, pas des départements

On nous a dit d’accord pour expérimenter quelque chose mais dans le cadre du Grand Est. Il s’agit d’un projet d’une Collectivité territoriale à statut particulier sur lequel nous travaillons. Cela signifie que les deux assemblées départementales du Haut-Rhin et du Bas-Rhin pourraient fusionner, je dis bien les deux assemblées et pas les départements, mais à une seule condition : d’avoir en plus des compétences actuelles, des compétences fortes qui nous seraient déléguées d’une part par la Région et d’autre part par l’Etat.

Alors pourquoi seulement à cette condition ? Si nous voulons créer une Collectivité territoriale à statut particulier Alsace, c’est pour que ce soit une collectivité efficace politiquement, forte, et nous souhaitons également nous inscrire dans une dynamique européenne, celle de l’espace rhénan.

C’est un projet d’innovation territoriale, d’expérimentation, d’efficacité, et un projet pleinement européen.

Nous avons une chance extraordinaire d’avoir le Bade Württemberg et la Suisse du Nord Est (et notamment l’agglomération de Bâle) comme voisins. Ce sont des régions économiquement les plus prospères en Europe et nous souhaitons travailler avec elles. Nous expliquons à nos contacts parisiens que c’est une chance pour l’Alsace de s’ouvrir plus vers ces territoires et que nous y gagnerons en dynamisme économique. Et si l’Alsace y gagne, la France aussi y gagnera.

Une Collectivité avec des compétences nouvelles

Ce projet, innovant, consiste à demander à la Région deux compétences. Nous aurions pu en demander beaucoup plus, mais nous avons retenu d’une part le tourisme, car c’est l’Alsace qu’il faut vendre et pas le Grand Est. Et deuxième compétence forte, c’est l’économie. Parce que tous les jours la présidente du Conseil départemental que je suis, fait de l’économie, et donc de l’emploi, mais qu’en vertu de la Loi Notre, nous n’avons plus le droit d’en faire. Je constate aussi que si on veut créer de l’emploi, redynamiser l’économie dans le territoire haut-rhinois, cela demande un fort investissement d’une collectivité de proximité dans le domaine de l’économie. Je pourrais vous citer des dizaines d’exemples confirmant cette analyse.

A l’Etat, nous demandons les compétences des routes. Nous avons déjà en charge les routes départementales, mais ce que nous demandons ce sont également les routes nationales et les autoroutes non concédées. Parce que nous savons faire et cela nous permettrait de mettre en place, sur l’axe nord-sud, une écotaxe puisque nous avons encore les portiques. Je l’ai dit au Président Macron lors du déjeuner de travail que nous avions à Soultz, en présence du président allemand, lors de l’inauguration du Hartmannswillerkopf.

Je lui ai dit que nous devons avoir cet axe nord-sud parmi nos responsabilités,  car sur cette autoroute, défilent des murs de camions et cela justifie la mise en place de cette écotaxe.

Deuxième compétence transférée de l’Etat : la coopération transfrontalière. Bien sûr l’Etat devra toujours ratifier les décisions que nous prendrions avec nos voisins mais nous devons avoir plus de latitude pour travailleur avec eux. Il y a une demande de la part de nos voisins suisses et allemands pour développer notre travail ensemble.

L’enseignement allemand et le recrutement de professeurs

Troisième compétence : l’enseignement bilangue, pas seulement le bilinguisme, même si c’est avant tout le bilinguisme, mais je dirais le multilinguisme. Aujourd’hui on se rend compte qu’il y a des entreprises en Alsace, d’origine allemande, qui ont beaucoup de mal à recruter des salariés car elles leur demandent de parler quelques mots d’allemand et malheureusement ils ne le savent pas. Nous en sommes, nous département, à faire l’interface avec les entreprises allemandes qui veulent s’implanter chez nous ou même des entreprises qui se trouvent juste de l’autre côté du Rhin, je pense à Europapark qui cherche à embaucher des salariés mais en leur demandant quelques mots d’allemands, eh bien, nous sommes en train de négocier avec ces entreprises pour voir comment elles peuvent prendre en charge l’enseignement  de l’allemand auprès de leurs futurs salariés, quitte à ce que nous les accompagnons ou que nous prenions totalement cet enseignement en charge.

L’Alterpresse : Un des obstacles sur ce point est souvent l’absence ou les difficultés de trouver des enseignants….

Brigitte Klinkert : Justement, les deux départements et la Région, sont liés avec l’Education Nationale dans le cadre d’une convention triennale avec le Rectorat, convention dans laquelle nous mettons chacun 1 million d’euro pour notamment favoriser les jeunes qui souhaitent devenir profs d’allemand. Ils touchent un plus s’ils acceptent d’être prof d’allemand et nous avons pourtant du mal à en recruter. Je suis quelqu’un de très pragmatique : j’ai abordé aussi cette question avec les deux Présidents de la République lors du déjeuner à Soultz, je leur ai demandé, il s’agit d’un exemple parmi d’autres, pourquoi ne pas envisager de faire venir en Alsace, dans les collèges, puisque cela relève de nos compétence, des étudiants allemands en fin de cycle, pendant six mois ou une année scolaire, pour donner des cours au moins de conversation en allemand à nos jeunes et surtout de leur donner envie d’apprendre l’allemand. Le problème est aussi celui-là car l’allemand est présenté comme difficile, ce n’est pas une langue assez « exotique »…

Une autre piste qui me tient à cœur : le fait de favoriser, et nous y travaillons,  les échanges entre les jeunes collégiens haut-rhinois et ceux qui sont juste au-delà de la frontière du Rhin, pas à Munich ou Berlin, pour qu’ils puissent se voir plusieurs fois dans l’année, qu’ils se fassent des copains et que là aussi ils aient envie d’apprendre la langue.

Voilà nos demandes, nous avons déjà pris tous les contacts qu’il faut pour travailler le dossier sous son aspect juridique pour que le moment venu, et si nous obtenons ces compétences, nous puissions mettre en place cette Collectivité territoriale à statut particulier Alsace.

Les initiatives transfrontalières au sein du Traité de l’Elysée…

L’Alterpresse : Nous fêtons le Traité de l’Elysée signé en 1953 et il est envisagé d’en rédiger un nouveau. Le travail transfrontalier ne devrait-il pas trouver sa place dans cette nouvelle mouture ?

Brigitte Klinkert : Je peux vous dire que c’est le cas et lors de ce fameux déjeuner à Soultz, le Président Macron l’a évoqué. Nous avons déjà toute une série de propositions dont la plupart ont déjà été travaillées avec nos voisins, nous avons des projets à intégrer dans cette nouvelle résolution qui complètera le Traité prochainement.

L’Alterpresse : Un exemple concret de projet ?

Brigitte Klinkert : La liaison ferroviaire Colmar-Fribourg en Brisgau.

L’Alterpresse : Verra-t-on la fin de cette aberration que représente l’absence de transport ferroviaire entre ces deux villes voisines ?

Brigitte Klinkert : Très franchement je suis optimiste, tous les feux sont au vert, il y a une volonté de l’Etat, du président  Macron en particulier, de l’Etat allemand également, l’Union Européenne pourrait s’engager sur ce dossier et au niveau local, les principaux acteurs sont favorables à ce projet et sont prêts à le porter. C’est un projet qui ne consiste pas uniquement à relier par le train Colmar, Breisach  et Fribourg, mais il y a aussi les territoires entre Colmar et Fribourg qui seraient irrigués et comme nous parlons beaucoup de Fessenheim, les territoires le long du Rhin. C’est ce que j’ai expliqué au Ministre Le Cornu la semaine dernière : si nous voulons recréer une zone d’activité importante le long du Rhin, il faut aussi prévoir les transports et si possible, le transport ferroviaire. C’est un projet structurant.

L’Alterpresse : Pour revenir quelque peu sur l’apprentissage de la langue allemande, il y a une attractivité de l’Allemagne sur le plan économique par exemple, mais beaucoup moins en sa culture. Ne croyez-vous pas qu’il faudrait également penser à des investissements entre autres dans les activités culturelles ?

Brigitte Klinkert : C’est pour cela aussi que déjà dans un premier temps on souhaite une meilleure connaissance de l’autre. Et si on connaît mieux son voisin, obligatoirement on s’intéressera à son mode de vie, sa culture. Je suis présidente de l’association des Dominicains de Haute-Alsace à Guebwiller et au cours de l’année scolaire passée, nous avons mené à bien un beau projet culturel initié entre une classe d’un collège du département et une autre de Breisach, dans le cadre duquel les collégiens alsaciens et allemands étaient les acteurs. Nous avons envie d’entrer dans les collèges haut-rhinois pour y développer l’enjeu citoyen mais également la culture, notamment cette culture rhénane qui est celle de notre territoire.

L’Alterpresse : Donc sur cette reforme territoriale, l’objectif est de recréer une Collectivité en fusionnant les assemblées départementales mais pas les départements et en demandant des compétences nouvelles aujourd’hui assumées par soit la Région, soit l’Etat…

Brigitte Klinkert : Je tiens à préciser que fusionner les assemblées juste en l’état n’a aucun sens car on souhaite donner une vraie efficacité politique à cette nouvelle collectivité…

L’Alterpresse : Il ne s’agit pas d’un bricolage institutionnel…

Brigitte Klinkert : Non, non…

L’Alterpresse : Est-ce que votre projet est compatible avec ce que veut créer Jean Rottner au sein de la région Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Je ne sas pas exactement ce que Jean Rottner veut faire… Je n’ai pas suivi cela… Mais nous sommes en négociation avec lui.

Le financement de la Collectivité territoriale

L’Alterpresse : Une dimension nouvelle pour notre région Alsace mais dans quelle mesure aurez-vous les moyens financiers pour assurer ces nouvelles compétences ?

Brigitte Klinkert : Le département ne tire plus ses ressources des impôts locaux depuis quelques années. Evidemment, transfert de compétences veut dire transférer des moyens pour les assumer. La mise en place de l’écotaxe sera également une entrée financière substantielle pour cette Collectivité.

L’Alterpresse : Pas de nouveaux impôts en vue ?

Brigitte Klinkert : Non, nous ne sommes pas dans ce registre. Quand je suis arrivée à la tête du Département, j’ai proposé à mes collègues, qui sont dans le même état d’esprit, un pacte budgétaire qui exclut le recours à l’impôt, cela serait juste impossible à réaliser.

L’Alterpresse : Avez-vous des assurances de la part de la Région et de l’Etat d’obtenir les moyens financiers liés aux nouvelles compétences que vous devrez assumer ?

Brigitte Klinkert : Elément important. Ce que nous demandons avec Frédéric Bierry, c’est que ce soit la loi qui mette cette Collectivité en place, sans ambigüité et qu’on ne puisse pas, en cas de changement de président de Région par exemple, revenir sur cette création…

L’Alterpresse : Et les engagements financiers seront également définis par la loi…

Brigitte Klinkert : Oui. Très franchement, nous en sommes au projet et je dois voir Frédéric Bierry ces jours-ci pour voir comment avancer.

L’Alterpresse : Revenons à l’actualité immédiate. Nous avons vu votre budget et avons été frappé que vous ayez pu dégager ces deux dernières années, 104 millions d’euros pour le remboursement de la dette. Cela fait près de 20% des dépenses d’activité… N’aurait-il pas été plus efficace de les affecter ailleurs, par exemple aux investissements qui ne sont que d’environ 76 millions d’euros ?

Brigitte Klinkert : Il faut savoir qu’un gros travail a été réalisé pour réaliser des économies de fonctionnement et il faut saluer le travail fait par Eric Straumann dans ce domaine. Aujourd’hui, nous avons toujours des contraintes budgétaires mais avec mes collègues et dans la mesure de nos possibilités, nous souhaitons clairement faire des investissements plus importants. Car c’est ainsi qu’on peut redynamiser l’économie : si les départements veulent continuer à garder leur place (et aujourd’hui on se rend compte justement du fait des grandes régions que les départements ont toute leur place, que ce sont des collectivités de proximité irremplaçables qui ne sont pas remises en question clairement aujourd’hui), il faut donc qu’ils répondent présents en matière d’investissements.

Par ailleurs, nous allons continuer à faire des économies notamment de fonctionnement.

« Je suis pour l’équité territoriale »

L’Alterpresse : Le département a fort à faire pour répondre aux défis de développement dans toute la Sud Alsace… Avec ce que Mulhouse est en train de vivre actuellement…

Brigitte Klinkert : Absolument et avec tout ce qui va se passer aussi dans le secteur des 3 Frontières, dans le secteur de Fessenheim, il y  a là de beaux enjeux.

 

L’Alterpresse : Que pensez-vous de la place que prennent de plus les métropoles. N’y a-t-il pas là une concurrence avec les départements qui  est en train de s’affirmer… L’Eurométropole de Strasbourg donne un peu cette impression…

Brigitte Klinkert : Il ne faut jamais oublier que les élus des départements, plus que d’être proches des territoires, en sont issus. Je dis toujours que les conseillers départementaux ont de la boue à leurs souliers, on les connaît, ce sont eux, avec les maires, qu’on va voir quand il y a des problèmes…

Je suis une ardente défenseuse de l’équité territoriale : j’y veille dans le Haut-Rhin entre autres entre les trois principales villes, Colmar, Mulhouse, Saint-Louis et les autres territoires. Cela est du rôle du Conseil départemental. Comme vous évoquiez Strasbourg, une étude récemment faite par France Stratégie* démontre que ce n’est pas la métropole de Strasbourg qui dynamise les territoires du département, mais que ce sont bien les territoires du département qui portent le dynamisme vers Strasbourg.

Troisième élément de réponse : l’eurométropole de Strasbourg n’est pas destinée à suivre le modèle lyonnais cela a été clairement affirmé.

L’Alterpresse : Dans votre budget, on voit apparaître le peu de moyens affectés à la question économique et on comprend pourquoi puisque cela est du domaine de la Région. Le budget fait plus apparaître vos interventions sur les conséquences économiques, comme si vous étiez les « pompiers de service » pour réparer les dégâts… Peut-on imaginer que vous soyez plus à l’initiative avec la nouvelle Collectivité ?

Brigitte Klinkert : Aujourd’hui, j’ai passé ma matinée à faire de l’économie. Je n’ai pas le droit d’en faire selon la loi Notre, mais depuis que je suis présidente, la moitié de mon temps est consacré aux choses économiques. Parce que nous sommes les élus de proximité, il y a une confiance des chefs d’entreprise envers nous, et nous avons aussi la chance d’avoir un outil qui travaille « dans la dentelle » et qui a la confiance des entreprises, c’est l’ADIRA qui fait vraiment un très beau travail.

Par le biais de la solidarité, plus spécifiquement de l’insertion, nous allons sur le terrain de l’économie. Un exemple : nous sommes en train de mettre en place, dans notre Direction de la Solidarité, en partenariat avec les acteurs de l’emploi et de  l’insertion sur le terrain, une cellule qui met en lien nos bénéficiaires du RSA avec des entreprises qui recherchent et qui ont beaucoup de mal à trouver des salariés. Non seulement, nous essayons de trouver parmi nos bénéficiaires du RSA des personnes intéressées mais nous nous efforçons des les accompagner pour les rassurer dans leur démarches de retour à l’emploi mais également de rassurer les entreprises prêtes à recruter ces bénéficiaires du RSA.

Bilan du RSA bénévolat

L’Alterpresse : Est-ce que cela signifie que vous envisagez des contrats d’engagement récriproque avec les entreprises privées comme cela se fait déjà avec les collectivités ou les associations ?

Brigitte Klinkert :  Non, là il s’agit juste d’une mise en contact. Je suis effarée par le nombre d’entreprises, d’artisans qui ne trouvent pas de salariés. Nous avons à présent des bénéficiaires du RSA qui font du bénévolat dans les collectivités ou les associations, mais ce bénévolat doit aussi être un tremplin pour eux pour accéder à l’emploi.

L’Alterpresse : Quel est le bilan que vous tirez de onze mois du dispositif RSA que vous avez mis en place et qui a été tellement décrié…

Brigitte Klinkert : Le RSA bénévolat ne fonctionne pas depuis onze mois, car il a fallu du temps pour le mettre en place à partir de la décision de février 2017. Il a vraiment démarré en septembre 2017, en quatre mois nous avons 500 bénéficiaires du RSA qui ont accepté des missions de bénévolat. Et nous avons 700 propositions de postes…

L’Alterpresse : Pour l’instant vous n’avez donc pas pu répondre favorablement à toutes les demandes des associations ou collectivités…

Brigitte Klinkert : Evidemment, pour qu’un bénéficiaire du RSA accepte une mission de bénévolat, il y a tout un travail à faire par notre Direction de la Solidarité. Se posent des questions comme l’emplacement géographique, l’intérêt du bénéficiaire pour la mission proposée, et cela me conduit à penser que 500 en quatre mois, c’est franchement un bon résultat.

L’Alterpresse :  A partir de ces informations, pouvez-vous savoir si cette mesure a un impact sur l’emploi dans les collectivités, ou bien de l’utilisation du bénévolat pour compenser la perte de contrats aidés ou de postes fixes…

Brigitte Klinkert : Ce n’est pas l’esprit de cette mesure !  Nous y veillons de très près, il y a une charte qui doit être signée par l’association ou la collectivité. Nous avons des partenaires à nos côtés qui nous aident à veiller au grain, il n’est pas question de remplacer des postes fixes…

L’Alterpresse : Est-ce que des collègues d’autres départements vous ont contactée en vue d’appliquer cette mesure chez eux ?

Brigitte Klinkert : Oui, nous avons des collègues qui sont intéressés et qui nous demandent des renseignements.

L’Alterpresse : Et les associations sont satisfaites ? Il y a moins de réactions que ne pouvaient le présager les protestations à l’origine ?

Brigitte Klinkert : Il est normal que les gens s’interrogent, cela ne s’est jamais fait auparavant. C’est toujours bien que tout le monde ne soit d’accord, car cela permet d’affiner, d’aller plus loin. Aujourd’hui, c’est un dispositif qui est tout à fait sécurisé, avec des mesures d’accompagnement.

L’Alterpresse : Savez-vous que beaucoup de bénéficiaires potentiels du RSA ne le demandent même pas… Ne croyez-vous pas que votre condition en découragerait encore plus…

Brigitte Klinkert :  Notre dispositif n’est pas une condition ! Il ne faut pas le voir comme cela, ce n’est pas une obligation. Il s’agit d’une proposition que chacun est libre d’accepter. Nous voyons cela comme une mobilisation de la personne, que cela peut lui donner un objectif d’activité dans la semaine, car ne pas travailler, c’est ne plus se sentir inclus dans la société.

« Stocamine : Je maintiens ma demande de déstockage total »

L’Alterpresse : Autre dossier important pour la région. Stocamine. Vous avez eu la chance de pouvoir accéder au lieu de stockage au fond de la mine. Qu’y avez-vous vu ?

Brigitte Klinkert : Ce sont deux grandes galeries dans lesquelles apparaissent des problèmes de fluage de sel qui sous la pression, déforment les galeries, réduisent l’espace de stockage et compliquent de ce fait l’enlèvement des matières qui y sont déposées. On a pu voir aussi le chantier expérimental des futurs bouchons en béton qui devraient permettre d’isoler Stocamine des galeries voisines.

Je voudrai quand même rappeler qu’un accord initial avait été établi pour assurer la réversibilité du stockage. Et les problèmes de fluage, d’inondation, n’avaient, à cette époque, jamais été évoqués. La question que je me pose, c’est que ces « big-bags » qui contiennent ces déchets sont certes difficiles à déplacer dans la galerie où l’incendie avait sévi. Mais les autres ont été déplacés dans la galerie pour faire le tri et je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas été sorti à cette occasion, j’ai du mal à accepter cela.

Ma position a été confortée lors de cette visite et compte tenu des risques réels d’ennoiement de ces galeries dans lesquelles sont entreposés encore des déchets dangereux et du risque pour la qualité des eaux en Alsace, je maintiens ma demande du déstockage de tous les déchets.

L’Alterpresse : Pourtant, le préfet maintient son arrêté et les travaux de déstockage sont arrêtés. Pensez-vous intervenir pour que les travaux reprennent ?

Brigitte Klinkert : Vous savez qu’il y a une procédure en cours, nous poursuivons notre procès contre cet arrêté.

L’Alterpresse : Il y a constitution d’un groupe d’élus locaux qui se définit comme le seul interlocuteur auprès du ministère. En faites-vous partie ?

Brigitte Klinkert : Oui, je suis parmi ce groupe d’élus. Le préfet, lui, est le représentant de l’Etat dans le département. Nous nous adressons au Ministre.

Fessenheim : Cinq axes pour trouver des solutions

L’Alterpresse : Fessenheim. Vous avez accompagné le ministre et lui avez fait des propositions…

Brigitte Klinkert : J’ai été occupé durant deux jours par Fessenheim ! Nous avons  remis au ministre, un document au nom de l’ensemble des élus, des propositions avec un plan de transition énergétique et économique. Cinq axes : créer une zone d’activité franco-allemande à proximité de la Centrale, des investissements d’avenir avec un espace de recherche transfrontalier tourné vers l’énergie et les matériaux de demain, ainsi que vers l’industrie et l’agriculture de demain. Ensuite alimenter le département en énergie exclusivement renouvelable d’ici une dizaine d’années (éolien, solaire, méthanisation, géothermie) mais aussi le stockage de l’énergie, la construction d’une centrale au gaz « vert ».

Les deux autres axes portent sur la fiscalité et, sur le plan social avec lequel j’aurai d’ailleurs dû commencer et dans lequel nous incluons les prestataires et sous-traitants.

Compte tenu des compétences, le plan social sera assumé par l’Etat en lien avec la Région.

Sur le fond de ma pensée, je crois qu’on ferme un peu trop vite et je plaide avec un espoir d’y arriver pour repousser la fermeture en 2021 ou 2022 pour commencer à concrétiser la redynamisation économique de ce territoire.

Le département n’a pas perdu de temps sur cette affaire : nos cinq axes sont des vraies propositions qui ont été profondément étudiées.

Les représentants de la municipalité de  Freiburg, ceux de la Chambre de commerce de Freiburg, étaient là lors de la visite du Ministre. Il y a une volonté de leur part de s’impliquer dans la revitalisation du territoire.

Maintenir le pluralisme de la presse en Alsace

L’Alterpresse : Une dernières question : que pensez-vous de la décision du Crédit Mutuel de fermer l’imprimerie de Mulhouse et des risques que cela fait poser au pluralisme de la presse en Alsace ?

Brigitte Klinkert : On nous a assuré que nous allions conserver les deux quotidiens, les DNA plus dans le Bas-Rhin et L’Alsace plus dans le Haut-Rhin. Il y a déjà une mutualisation faite au niveau des rédactions. Bien évidemment, je regrette la fermeture de l’imprimerie de Mulhouse mais malheureusement elle n’est plus viable économiquement d’après les informations qu’on m’a données.

En tout cas, j’ai exprimé auprès de la direction d’Ebra les préoccupations du conseil départemental car il y a des répercussions sur les personnels, cela va demander des déplacements des personnes, il faut donc des mesures d’accompagnement. Je lui ai également fait part de notre détermination pour le maintien de deux titres en Alsace. C’est effectivement une préoccupation pour qu’il y ait encore un pluralisme de l’information mais surtout que les spécificités haut-rhinoises puissent être prises en compte.

Si le groupe Ebra pouvait développer sur Mulhouse son pole digital, avec les investissements à la fois humains et financiers, cela répondra à un souhait de notre part. Et nous en avons fait part au Crédit Mutuel.

* http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-na-64-dynamique-emploi-metropoles-30-novembre-2017.pdf

Propos recueillis par Michel Muller

« Dormez braves gens, on s’occupe du reste…. »

La question de la sûreté des installations industrielles se pose de plus en plus: risques liés aux produits, risques liés aux process, risques d’attaques criminelles d’origine diverse.
Sans remonter aux catastrophes de Seveso et au nuage de dioxine ou à l’explosion d’AZF on peut rappeler les attentats plus récents, aux conditions peu claires, sur le site d’Air Products de Saint Quentin Fallavier et les « incendies criminels » sur deux cuves d’hydrocarbures de la raffinerie Lyundell Bassell à Berre l’Etang.

Les réponses par prise de textes législatifs supplémentaires avaient déjà été nombreuses (notamment directives européennes, loi du 30 juillet 2003 relative à la prévention des risques naturels et technologiques, création des plans de prévention des risques technologiques…).

Après le rapport du Bureau d’analyse des risques et des pollutions atmosphériques sur la malveillance dans ce domaine et un audit général de la sécurité fin 2015 l’Etat a décidé d’agir pour la sûreté des installations industrielles dangereuses…comme il agit dans le domaine spécifique du risque majeur que représente l’industrie nucléaire: moins de transparence et plus de répression.

Le facteur ambiant aggravant du « risque terroriste » rend cette approche particulièrement significative pour  l’analyse  des logiques mises en oeuvre dans la conception de la prévention.

Limiter l’information:

Le 5 septembre 2017, lors du conseil supérieur de la prévention des risques technologiques, une instruction qui doit être soumise à signature ministérielle a été présentée; elle ne sera pas publiée au Journal officiel de la République française et met donc de fait fin à la transparence.

Même si le texte est censé concilier information des populations et protection des installations classées on peut craindre qu’il ne soit opérant dans la restriction du besoin d’information légitime du public et inopérant dans celui de la prévention des actions malveillantes.

Par ailleurs, motifs « terroristes » ou pas, le risque d’accident nucléaire est suffisamment connu, notamment en Alsace, sans qu’il soit besoin de développer.

Mais l’action récente des militants de Geenpeace est importante et  remarquable: le feu d’artifice tiré au pied de la centrale de Cattenom voulait dénoncer le risque présenté par les piscines de combustible radioactif non protégées suffisamment (pas de double enceinte ou d’enceintes renforcées pour confinement de ces combustibles usés qui peuvent contenir plus de combustible que les coeurs de réacteurs – 63 piscines de ce type en France.

Dès 2015 le Parlement avait alourdi les peines encourues pour ce type d’actions et les militants de Greenpeace risquent plusieurs années de prison et des dizaines de milliers d’euros d’amende.

Certes donner des informations à des personnes mal intentionnées est un risque réel et la transparence sur certaines données peut l’aggraver.

Mais y répondre par la tentation de la répression ne peut être considéré comme une réponse satisfaisante.

 Parce que la raison « sécurité » « sécuritaire » évoquée ne prend pas en compte l’origine du risque et les responsabilités de ceux qui organisent ces risques – ainsi les Alsaciens connaissent trop le dossier Stocamine, comme ils connaissent les démêlées judiciaires d’EDF avec les fuites non révélées à Fessenheim – la réponse « opacité et répression » est déjà contestable.

Mais l’essentiel est ailleurs: les citoyens sont considérés a priori comme des incapables, au sens juridique du terme, dans la lutte pour la sécurité de ces installations dangereuses, classées ou non. Il n’est pas question de consultations, sinon formelles.

 En fait, c’est bien le droit à l’information tel que prévu par exemple par des directives européennes qui prévoient accessibilité et partage de l’information, qui est menacé dans son principe même: « le citoyen a droit à l’information sur les risques qu’il encourt en certains points du territoire et sur les mesures de sauvegarde pour s’en protéger (loi de 1987 relative aux incendies de forêts et à la prévention de risques majeurs » – article abrogé depuis.

 Alors?

Menaces sur la transparence et le droit à l’information, lourdes sanctions pénales contre les « dénonciateurs »  – venant après les mesures de répression contre les lanceurs d’alerte qui ont abouti à une évolution législative -, c’est toute une philosophie qui est en jeu dans le débat sociétal actuel du droit à l’information, dans ces domaines comme dans bien d’autres, dans un contexte sécuritaire exacerbé.

 « Dormez braves gens, on s’occupe du reste »: les citoyens ne sont pas obligés de croire  ni d’accepter, dans ces domaines des installations classées et du  nucléaire, la politique du chloroforme et du bâton.

L’approche sécuritaire, la volonté de contrôle de l’information sont les recours de pouvoirs politiques impuissants. On peut préférer les pouvoirs organisés de citoyens conscients et responsables.

 C.R

[Action Greenpeace] Feu d’artifice à Cattenom pour dénoncer le risque nucléaire

 

 

 

Votez Le Pen ou Fillon… et vous sauverez Fessenheim!

Connaissez-vous Claude Brender ? C’est l’actuel maire de Fessenheim qui ne néglige rien pour garder sa centrale en activité quoi qu’il en soit… Il peut compter sur l’appui des présidents de la Grande Région, Philippe Richert, mais aussi sur celui du RSA-Killer Eric Straumann, du conseil départemental, des syndicats pour une fois unis comme les doigts de la main, une partie de la population de Fessenheim aussi. Continuer la lecture de Votez Le Pen ou Fillon… et vous sauverez Fessenheim!

Faut-il continuer à construire Flamanville ?

« Cuve défectueuse, enquête publique viciée : le décret d’autorisation de création de l’EPR de Flamanville doit être abrogé ! »  De concert avec sept autres associations [1], le Réseau “Sortir du nucléaire“ vient de déposer un recours pré-contentieux pour faire abroger le décret d’autorisation de création de l’EPR de Flamanville, entaché de graves irrégularités. Dangereux et criblé de malfaçons qui étaient prévisibles avant même sa construction, l’EPR doit être abandonné !

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TENTATIVE D’INTIMIDATION DEVANT LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE FESSENHEIM

Gabriel Weiser, un des militants les plus actifs pour la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, nous fait part d’un événement grave et inadmissible. Ilse Martin, une autre militante de la même cause, a connu pareille mésaventure il y a quelque temps. Nous publions volontiers ces témoignages car on se pose la question du rôle d’un corps comme la gendarmerie. Est-il au service du maintien de l’ordre républicain qui intégrer le droit d’informer, de manifester ou bien serait-il une partie intégrante d’une stratégie d’Etat visant à impressionner les citoyens pour les empêcher de pouvoir librement exprimer leur avis ouvertement dans la rue. Zèle d’un pandore ou acte mûrement réfléchi ? Les deux hypothèses méritent qu’on ne taise pas de tels agissements.

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Fermez d’urgence Fessenheim !

Cet article, sous forme de supplique aux candidats(tes) aux élections présidentielles, revient sur la nécessité absolue de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim. Aucune raison économique ou sociale, et encore moins géopolitique (« indépendance énergétique de la France ! ») ne peut prévaloir sur le principe de précaution sanitaire et écologique.

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Pourquoi il faut fermer la centrale nucléaire de Fessenheim

Des responsables associatifs convaincus, des responsables politiques à la recherche d’arguments, un auditoire conquis, voilà résumée, en quelques mots, la réunion publique organisée samedi 11 juin à Colmar par le parti Unser Land. Le sujet était la fermeture de la Centrale nucléaire de Fessenheim. Et la conclusion en fut : et le plus vite possible !

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Et pendant ce temps le Titanic….

AREVA:

4,9 milliards de pertes en 2014 pour le «fleuron historique» de l’industrie nucléaire française et 2 milliards en 2015.

Le cauchemar  du chantier de l’EPR, construit pour l’électricien finlandais TVO sur le site d’Olkiluoto, se poursuit: il devrait coûter de fait de 7 à 8 milliards pour 3 milliards de facturation et devrait être livré en 2018, soit 9 ans après la date prévue… si tout va bien.

L’EPR de Flamanville suit le même chemin

Areva doit mener des essais de qualification afin de démontrer que la cuve de l’EPR de Flamanville est fiable après constat de la présence de microfissures dans l’acier du couvercle et du fond de la cuve.

Des organisations françaises hostiles à l’atome ont annoncé ce 3 mars le dépôt de recours devant le Conseil d’Etat en vue de l’annulation d’un arrêté relatif aux équipements sous pression nucléaire qui, selon elles, n’a comme seul objectif que d’accorder un délai supplémentaire de trois ans pour permettre à Areva de se mettre en conformité avec la réglementation qui s’applique à ces équipements depuis 2005.

Le président des l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) vient de déclarer qu’avant la fin de l’année Areva devrait démontrer la fiabilité de la  cuve de l’EPR ou «la changer» – ce qui est techniquement au minimum très complexe, la cuve étant au cœur du réacteur.

La conjonction du rachat par Areva de la société canadienne UraMin en 2007 à 10 fois le prix des titres valorisés un an auparavant et des actifs dépréciés à 1,5 milliards d’euros en 2011 a incité le parquet financier à ouvrir une enquête en février 2014. Un juge d’instruction a été désigné pour une affaire où conflits d’intérêts, paradis fiscaux et disparition de quelques milliards sont évoqués.

Le carnet de commande EPR est  depuis longtemps vide de toute commande.

En décembre 2009 la filière française a perdu la compétition pour la construction de deux centrales à Abu Dhabi et les entreprises françaises n’ont conquis que 2% du marché international total des réacteurs.

Après Tchernobyl et Fukushima la quasi totalité des projets de réacteurs à travers le monde est gelé.

Enfin personne ne semble connaître la faisabilité réelle d’une version « light » de l’EPR, parfois évoquée, ni même son acceptabilité par l’Autorité de sécurité nucléaire (ASN).

A Cadarache, le réacteur de recherche devait entrer en service en 2014. Il accuse un retard considérable et son budget initial de 500 millions a déjà doublé.

L’activité de retraitement du combustible usagé gérée par Areva dans son usine de la Hague n’intéresse personne hors de nos frontières.

Areva, c’est 47.000 salariés, 30.000 en France dont 2700 emplois devraient être supprimés et plus de 400 dans la Drôme sont déjà concernés par un plan de suppression d’emplois officialisé.

Bure

Le coût du futur stockage géologique des déchets nucléaires à haute activité et à longue vie dans le sous  sol de la commune de Bure – outre la contestation du projet dans sa conception même par les opposants à ce projet (CIGEO) –  vient de faire l’objet d’un recours devant le Conseil d’Etat par cinq associations et ONG.

L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs avait évalué le prix de la construction et de l’exploitation, pour une durée de cent quarante ans, à 34,4 milliards d’euros. Les producteurs de déchets (Areva et EDF) l’avaient estimé à 20 milliards. Mme Segolène Royal l’a évalué à 25 milliards.

Pour les opposants cela revient à faire payer aux générations futures des sommes non provisionnées.

E.D.F

Symbole phare des entreprises du CAC 40 depuis sa cotation en bourse, le titre a perdu plus de 40% en 2015 et depuis le 21 décembre dernier il ne figure plus dans cet indice boursier parisien de référence.

Les difficultés d’Areva  – dont la branche réacteurs a été rachetée récemment par EDF-  l’envolée des coûts des réacteurs, les retards précités des EPR en Finlande, à Flamanville et les travaux préliminaires arrêtés de deux réactereurs au Royaume-Uni font fuir les investisseurs.

EDF est confrontée en même temps aux contraintes du «grand carénage» qui vise à rafistoler tous les réacteurs français en vue de repousser leur durée de vie à au moins 50 ou 60 ans, pour une durée d’exploitation initialement prévue de 40 ans.

Ce grand carénage des 58 réacteurs en France est estimé à 55 milliards d’euros et près du double d’ici 2030 si on y ajoute le renouvellement du parc.

Rappelons que la dette d’EDF est déjà très lourde et qu’elle a doublé en dix ans…et l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence change sensiblement la donne pour l’ancien détenteur du monopole de l’électricité, malgré des résultats financiers encore confortables en 2015.

Pour l’entreprise les prix de vente deviennent inférieurs à ses coûts de production; le financement du projet de réacteurs  nucléaires en Angleterre (projet Hinkley Point) aggrave ses fragilités financières et risque de la priver des moyens nécessaires au renouvellement du parc nucléaire.

Les coûts des mises à niveau de pour les centrales en France (comme partout dans le monde) menacent de faire exploser la facture de production de l’électricité nucléaire.

On estime la majoration nécessaire du prix du kilowatt heure à 25% pour faire face à ces déficits financiers.

EDF a annoncé  le 21 janvier un plan de réduction de 5% de ses effectifs (soit 4200 postes pour la France seule et 8000 dans le monde) pour un effectif total de 160 000.

Commission d’enquête parlementaire:

Denis Baupin, vice-président (EELV) de l’Assemblée nationale, a déclaré devant cette formation: «Si l’Etat veut éviter à EDF le marasme dans lequel s’enfonce Areva, il doit faire des choix clairs et donner pour feuille de route à l’électricien [EDF] le triptyque: maîtrise de l’énergie, énergies renouvelables, décentralisation et réseaux intelligents». 

Entendu il y a quelques mois par cette même commission l’ancien président du directoire d’Areva, Luc Oursel, a confirmé l’implosion du modèle énergétique nucléaire français: demandes toujours plus fortes de sécurité de la part des populations, coûts non maîtrisés des installations, compétitivité disparue face à des énergies renouvelables aux coûts tendanciellement décroissants se conjuguent.

Le rapport de la Cour des Comptes pointe  l’inflation des coûts d’exploitation des centrales françaises: plus 21% en 3 ans, largement dus aux phénomènes de vieillissement des installations et aux difficultés de maintenance induites.

L’Autorité de sûreté des installations nucléaires (ASN) rappelle régulièrement, avec insistance, qu’il n’y a pas de garanties que la durée de vie des réacteurs puisse être prolongée.

Les «micro» fissures constatées sur des cuves des réacteurs qui semblent quasi impossibles à changer et leur dégradation continue sous le bombardement neutronique sont un des facteurs d’aggravation majeure; nos voisins belges viennent de découvrir que leurs réacteur comportent des milliers de ces «micro» fissures…. dont certaines de près de 20cms.

Ségolène Royal, ministre de l’environnement et de l’énergie vient de se déclarer ce 28 février «prête à donner le feu vert au prolongement de vie des centrales nucléaires françaises, sous réserve de l’avis de l’Autorité de sûreté nucléaire».

Rappelons que la ministre n’a absolument aucune compétence pour décider des conditions d’exploitation ou pas des réacteurs nucléaires; l’ASN est une autorité indépendante et, comme la femme de César, ne saurait être soupçonnée….

La loi de transition énergétique promulguée en août 2015 prévoit de baisser de 75 % à 50% d’ici à 2025 la part de l’électricité d’origine nucléaire en développant et renouvelant en même temps les filières de l’énergie renouvelable.

Mais Madame la ministre n’a pas mentionné des fermetures de réacteurs si la production du parc hexagonal électronucléaire est plafonnée à son niveau actuel.

La Cour des Comptes, dans son rapport, de février, estimait que la part de l’atome dans le mix électrique devrait se traduire par « la fermeture de 17 à 20 réacteurs».

Les ONG ont des estimations d’arrêt de 5 à 8 réacteurs d’ici 2018 et de 19 à 24 supplémentaires d’ici 2023 pour se mettre en ligne avec la loi sur la transition énergétique.

Le PDG de l’entreprise publique EDF a un avis différent: arrêt de seulement 2 réacteurs à moyen terme – par exemple ceux de Fessenheim – pour compenser la mise en service de l’EPR de Flamanville attendue donc en fin 2018.

Les coûts et conditions de ces options différentes auraient des conséquences très différentes.

Pays frontaliers de centrales françaises 

La ville et le canton de Genève viennent d’annoncer le 2 mars le dépôt d’une plainte contre X «pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui et pollution des eaux» visant la centrale nucléaire du Bugey dans l’Ain (30 kms de Lyon et 70 de Genève).

L’Allemagne et le Luxembourg s’inquiètent publiquement de la sûreté de la centrale de Cattenom. Le leader des Verts au Parlement allemand a demandé au gouvernement fédéral d’ouvrir des négociations avec la France en vue de la fermeture de la centrale pour «danger imminent».

http://www.sueddeutsche.de/wissen/frankreich-panne-im-akw-fessenheim-war-gravierender-als-gedacht-1.2890408

Le dernier rapport de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN) pointait des déficits de performance en matière de sûreté nucléaire par rapport au niveau général EDF et soulignait  «plusieurs écarts aux référentiels d’exploitation ainsi qu’une maîtrise imparfaite des installations » pour Cattenom, pour conclure que le «site doit retrouver davantage de rigueur dans l’exploitation des installations».

L’incident survenu à Fessenheim en 2014 et l’appréciation de son degré exact de gravité  défraient l’actualité du jour; il menace de tourner à l’incident diplomatique avec l’Allemagne qui rappelle de plus en plus fortement la nécessité de fermer cette centrale, incarnation du combat des anti nucléaires des deux côtés du Rhin depuis des années.

Des questions, une exigence:

La France est le pays le plus nucléarisé du monde, le seul à générer plus de la moitié de son électricité à partir de l’atome.

Aujourd’hui  la sûreté du nucléaire français est en question mais ce nucléaire est devenu également dangereux économiquement pour le pays tout entier.

Peut-on laisser Areva entraîner dans le gouffre le fleuron industriel qu’est EDF?

Face à l’offre de services énergétiques combinant maîtrise de l’énergie, énergies renouvelables, réseaux intelligents, faut- il en rester à la seule proposition d’EPR dont aucun modèle ne fonctionne dans le monde?

L’Etat ne doit- il pas jouer, de toute urgence, le rôle de stratège dans ses entreprises à capitaux publics?

EDF ne pourra pas mener de front la transition énergétique, la remise à niveau de ses centrales, la construction d’un nouveau parc, le sauvetage d’Areva. Le coût faramineux  du carénage des centrales nucléaires ne devrait- il pas être investi dans des moyens de production électrique alternatifs ?

Le déclin de la filière nucléaire est  désormais  visible au niveau planétaire: le nucléaire pesait 18% de l’électricité mondiale, il n’en représente plus que 11%.

En 2017 les renouvelables électriques produiront dans le monde deux fois plus d’électricité que le nucléaire.

L’impasse est devant nous et le marché international se rétracte depuis 20 ans.

Pour redéfinir une politique énergétique il faut rappeler les atouts hexagonaux considérables pointés par Denis Baupin devant l’Assemblée nationale il y a déjà un an: «formidable potentiel en énergies renouvelables (solaire, trois régimes de vent, des énergies marines, hydrauliques, biomasse, géothermie) en métropole et dans ses  îles».

Et pour emprunter encore au plaidoyer de Denis Baupin «le parc vieillissant, un coût du nucléaire neuf prohibitif», »la nécessaire comparaison des filières de production et la vérité des prix» pour une France «qui ne peut rater la révolution énergétique mondiale»…«si l’Etat veut éviter à EDF le marasme dans lequel s’enfonce Areva, il doit lui donner pour feuille de route le triptyque maîtrise de l’énergie, énergies renouvelables, décentralisation et réseaux intelligents».

Pour la Fédération de l’Energie et des Mines CGT le projet Hinkley Point d’ EPR pour les Britanniques est une fuite en avant qui fragilise la filière nucléaire et qui divise dans l’entreprise publique jusqu’à la direction.

Sa porte – parole, Marie – Claire Cailletaud, déclare que sa Fédération exige «un bilan de la déréglementation qui est en train de nous envoyer [l’entreprise] dans le mur».

Cette Fédération  continue par ailleurs de dénoncer la loi de transition énergétique qui ne s’attaquerait pas aux émissions de gaz de serre car centrée sur la baisse de la part du nucléaire et sur l’ouverture à la concurrence  des barrages hydroélectriques, secteurs non producteurs de CO2 et qui, en outre, privilégie une « libéralisation désastreuse ».

Mais la CGT n’est pas la seule à dénoncer l’aventure britannique : Le directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal, a présenté sa démission au PDG du groupe en raison d’un désaccord sur la faisabilité du projet controversé de construction de deux réacteurs à Hinkley Point

L’heure est à des choix cruciaux:

Naufrage industriel d’Areva, échec du modèle global nucléaire français, réponses aux défis énergétiques avec une offre industrielle désormais inadaptée au marché mondial en nucléaire et très en retard en alternatif, opacité cultivée sur les vrais coûts du nucléaire, dangerosité accrue des installations du fait de leur vieillissement, dangerosité du recours à la sous – traitance et à une main d’œuvre d’appoint  pour des installations très hautement spécialisées, défis financiers majeurs, imposent  désormais des réponses urgentes et une vraie vision pour le moyen et le long terme

L’avenir énergétique ne saurait dépendre de la désinformation, des aveuglements idéologiques, du poids du lobby du nucléaire, des errements stratégiques imposés par le politique à son principal énergéticien, EDF,  chargé en outre du désastre Areva, des  méfaits d’une déréglementation libérale, de l’absence de  priorités assumées, bref d’une véritable politique, en dépit des options retenues par la loi sur la transition énergétique.

Le nucléaire – roi à la française appartient à hier.

Désormais dans la zone des icebergs dérivants la politique énergétique française ne doit pas  mettre le cap sur la banquise pour les éviter.

Entre ce monde et celui  de demain il faut choisir le cap de la transition énergétique…et vite.

Christian Rubechi

http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/03/04/un-incident-dans-la-centrale-de-fessenheim-a-ete-plus-grave-qu-annonce-selon-des-medias-allemands_4876722_3244.html

 

 

 

Un « jeûne » pour exiger l’arrêt de Fessenheim

Le « Collectif convergence des luttes » nous signale que depuis le 3 octobre, Pierre R. a entamé un jeûne à durée indéterminée pour exiger la fermeture immédiate et définitive de la centrale nucléaire de Fessenheim en Alsace. Des amis sont présents tous les jours avec lui Place Kléber à Strasbourg de 11 à 18h. Des animations musicales, artistiques et des conférences (les 5, 15 et 22 octobre à 20h30 au FEC, place St Etienne) ont lieu autour de cette action tout au long du mois d’octobre. Continuer la lecture de Un « jeûne » pour exiger l’arrêt de Fessenheim