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Tout numérique ? Tous foutus !

Les gadgets ont toujours existé : la pince à sucre, le découpe-oeuf et tous leurs amis qui ajoutent pendant un temps de la magie avant de finir immanquablement au fond d’un placard à prendre la poussière une fois leur inutilité mise à jour. On refourgue, on offre, on abandonne, bref, le gadget n’a rien d’essentiel à la vie mais il peut fasciné un temps et il y a toujours des personnes pour s’enthousiasmer pour ces « musts » du moment. Parmi ces fans de la nouveauté, on retrouve les membres du conseil départemental.

Et oui ! Les mêmes qui se plaignent que les caisses sont vides, ont pourtant réussi à débloquer assez de fonds pour doter tous les élèves d’établissement pilote en tablette numérique, sans aucun doute le gadget le plus onéreux et le moins utiles de la boîte à outils de l’enseignant. L’ambition était de faire un test mais il n’y a aucun retour à mi-parcours sur les progrès ou les régressions liés à l’utilisation de ces tablettes dans les classes. Plus de 600 tablettes achetées et aucune réflexion sur leur sens ? Bravo pour la gestion du budget. Et après, on vient dire aux personnes en situation de précarité que c’est le RSA qui coûte trop cher…

La nocivité des tablettes dans le milieu scolaire

Mais non seulement les tablettes sont un gadget coûteux et dont l’efficacité n’est pas prouvée mais elle a en plus un impact négatif sur la santé. Les enfants passent en moyenne 15 heures par semaine devant les écrans et cela varie beaucoup qu’on soit dans un milieu aisé ou dans un milieu plus modeste. Les problèmes qui découlent de cette surexposition aux écrans sont nombreux et touchent beaucoup les enfants : baisse de concentration, sédentarisation, addiction et, le plus évident, l’impact sur la vue.

… et dans l’impact écologique!

Du point de vue écologique, c’est aussi une catastrophe ! Les métaux rares utilisés, cobalt, lithium et bien d’autres, voient leur nombre, leur coût et leur production exploser. L’impact environnemental des mines est énorme, entraînant la pollution de régions entières. De plus, on va chercher ces composants dans des pays où les conditions de travail sont souvent digne d’un roman de Zola, exploitation des enfants inclus. Encore une fois, tout cela pour que nos chères têtes blondes puissent « apprendre en s’amusant » et « maîtriser l’outil informatique ». A quoi peut bien servir un cours d’éducation morale et civique si à l’école déjà, on justifie l’exploitation de l’Autre pour satisfaire une lubie dépourvue de sens ?

A grand renfort de « journées de formation » où des professeur-e-s essaient d’enthousiasmer leurs collègues avec des applications « trop cools », qui permettent aux enfants de « vraiment s’amuser », le projet avance sans que le corps enseignant, très engourdi par l’augmentation de son travail, ne réagisse avec une quelconque vigueur. « A cheval donné, on ne regarde pas les dents », dit le proverbe. Et pourtant, il serait bon de réfléchir au projet pédagogique qui se trouve derrière cette distribution de tablettes. Les enfants apprennent-ils mieux ? Aucune étude ne le prouve.

Où est l’efficacité pédagogique?

Certains parents font part de leur scepticisme mais sont vite relégués à la marge. « Le numérique, c’est l’avenir ! » nous dit-on. Mais alors, pourquoi les tablettes et pas les ordinateurs des salles informatiques qui permettent tout de même plus de manipulation ? Si le but, c’est d’instruire les programmeur-se-s dont l’industrie a besoin, quel est le sens de faire un quiz sur sa tablette en cours d’anglais ? A-t-on besoin d’une tablette par élève pour faire un cours ou deux dans l’année sur l’utilisation de l’internet ? Il existe des établissements où tous les cours sont pris sur la tablette, bien que les neurosciences démontrent l’inefficacité d’un tel processus par rapport à la prise de note au crayon.

Avec des locaux en décrépitude, des connexions souvent défaillantes et le manque de personnel, la tablette numérique ressemble avant tout à un gâchis d’argent public et à une faillite de l’institution scolaire qui ne sait plus que faire pour remonter le niveaux des élèves. Quant à la formation des enseignant-e-s, le plan de formation n’a jamais été aussi pauvre que cet année…

Une dernière question se pose sur l’entrée des entreprises privées dans les écoles quand on sait que ces tablettes ont été achetée à de grandes compagnies telles que Apple et que l’ancienne ministre de l’éducation, Mme Vallaud-Belkacem, a signé pour plusieurs millions d’euros l’achat de licences Microsoft (Windows) pour les écoles, laissant l’usage de Linux(libre) aux seuls enseignant-e-s militant-e-s.

La voix des enseignant(e)s

Heureusement, des enseignant-e-s s’insurgent. Certain-e-s agissent officieusement, pour ne pas s’attirer les foudres de la hiérarchie, désireuse de plaire ou non-informée des enjeux liés à l’utilisation des tablettes numériques. D’autres, moins nombreux-ses, s’opposent officiellement au discours hors-sol de l’éducation nationale. En 2015, des personnels de l’éducation signent « l’appel de Beauchastel » pour dénoncer la part grandissante du numérique dans les politiques menées par le ministère mais aussi le manque de réflexion des élu-e-s locaux. Si un mouvement de refus du tout-numérique doit s’organiser en France, ce n’est pas par le gouvernement, trop heureux de compter l’école comme une plateforme d’achat, que cela passera. Non, il faut s’informer et informer autour de soi pour que les parents d’élèves et les enseignant-e-s soucieux-ses refusent de participer à cette mascarade.

Cécile Germain

Deux infos qui n’ont rien à voir avec cet article… quoique…?

  • Mercredi soir, à 19h devant le Tilvist (23 rue de la Moselle) aura lieu la vélorution mensuelle avec comme dress-code la couleur rouge. Nous avons invité la presse car nous avons des revendications concernant les aménagements vélos rue des Bonnes Gens et nous organiserons une action en rapport.
  • Samedi: grande manif contre le GCO à Strasbourg car la ZAD a réussi à stopper les travaux qui devaient commencer mercredi dernier et les militant-e-s attendent la suite des événements. Beaucoup soulèvent que MM. Ries, Hermann et Richert auraient beaucoup à perdre avec l’abandon du projet et c’est pourquoi ils pèsent pour l’avancée des travaux bien que les recours juridiques ne soient pas arrivés à terme.