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Un gouvernement en aquaplaning

« Que d’eau, que d’eau ! », aurait déclaré le Maréchal de Mac Mahon, 3ème président de la République française en 1875, devant les inondations de la Garonne.
On savait ce président (le nôtre) ennemi du beau temps et ses premières images médiatiques le montraient souvent dégoulinant de pluie et lunettes embuées, au hasard de défilés ou de commémorations officielles.
Pas découragé par les intempéries il a poursuivi depuis quatre ans son chemin en essayant d’éviter orages et gouttes pour enfin proposer – imposer la trop fameuse loi « El Khomri », dernière version politique de l’attitude d’un Gribouille politique se jetant à l’eau pour éviter d’être mouillé par les éclaboussures de son triple échec économique, social et politique.
Mais les risques sont désormais d’une toute autre conséquence et nous concernent tous: il s’agit maintenant de naufrage programmé.
« Nuits debout », grèves, manifestations populaires, quelques élus de la République, c’est un profond mouvement populaire qui s’oppose depuis des mois à l’entreprise de sabordage de nos droits sociaux et aux dérives de notre système démocratique qui, lui aussi, prend l’eau.
Comble d’ironie ce sont les protestataires qui sont calomniés, désignés à la vindicte de « l’opinion publique » comme « terroristes », « enragés » et donc, comme le chien dans l’expression populaire, menacés d’être noyés.
L’heure n’étant plus aux demi mesures et les nuages noirs s’accumulant dans le ciel au moment de « l’Euro », c’est maintenant de foudres légales (et policières…) que sont menacés tous ces jeunes et moins jeunes, lycéens et étudiants, salariés, chômeurs ou précaires, pauvres et riches (parfois…), mal pensants, tous contestataires d’un ordre sociétal par trop injuste.
Mais manifestations et expressions de tous ordres d’un trop plein d’indignation qui déborde ne dissuadent pas notre président de continuer sa navigation entre les écueils pour atteindre l’île de toutes les félicités, l’île de sa réélection.
Certes ils ne sont plus très nombreux à vouloir embarquer sur son radeau de la Méduse et quelques concurrents essaient de mettre à l’eau leur arche de Noé.
Mais nous en sommes maintenant aux inondations et crues du siècle, aux risques de glissements de terrains, à l’inondation de villes et de voies de communication.
Il devient urgent d’endiguer et d’écoper (non, non pas avec celui – là), de colmater les voies d’eau.
Il devient urgent de trouver un cap et même un capitaine; il devient surtout urgent que les citoyens mouillent leur chemise pour éviter dérive, échouage, naufrage.
Et même s’il faut suer un peu de sang et d’eau, mais pas pour n’importe qui et n’importe commen…
Et puisque ce Président semble waterproof et que, décidément, il ne veut pas mettre d’eau dans son vin et écouter les gueux, il faut lui rappeler encore et encore que tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse (comme disait déjà ma grand-mère).
Les lettrés pourront rajouter qu’il faut se méfier de la devise « Fluctuat nec mergitur », car ce n’est pas celle de la République…
Christian Rubechi

Chronique d’une action anti-loi travail, de Mulhouse à Colmar

Jeudi 26 mai 8ème journée d’action…

A l’appel de l’Union départementale CGT 68, une cinquantaine de voitures sont rassemblées à partir de 10h 30 sur le parking de Cora Dornach pour prendre part à l’action « escargot » ; objectif: rejoindre la manifestation intersyndicale à Colmar en empruntant l’autoroute à vitesse réduite; militants, médias, gendarmes et agents des renseignements se retrouvent dans une ambiance décontractée sous un grand soleil… Continuer la lecture de Chronique d’une action anti-loi travail, de Mulhouse à Colmar

5 « Nuits debout » plus loin…

Après Paris, le phénomène « Nuits debout » s’est invité à Mulhouse comme dans nombre de villes et dans la foulée des manifestations « Retrait loi El’Khomry ».

Qui, quoi, comment? Jusqu’où cet improbable phénomène sociétal et politique qui dure et perdure?

Il faut écouter les dizaines de participants (de 30 à 120 selon les soirs) qui se retrouvent depuis le 28 avril, place de la Bourse à Mulhouse, sous les arcades en cas de pluie, de 18h à….

Ils sont étudiants, lycéens, précaires, travailleurs des secteurs sanitaires et social, ouvriers, enseignants, professionnels du spectacle, fonctionnaires… et majoritairement jeunes.

Ils s’expriment obligatoirement à titre personnel et brièvement – c’est la règle acceptée -, même si les participants peuvent mentionner des adhésions personnelles, politiques, associatives, syndicales….

Que disent ils dans une ambiance paisible, voire amicale ?

Organisation et communication sont des thèmes récurrents

…dont on comprend l’importance pour ceux qui n’ont manifestement jamais eu d’expériences de mobilisations collectives («qui apporte les cartons?», «constituer de petits groupes d’étude par thèmes ou non», «se mobiliser chaque jour ou fonctionner par rendez-vous successifs», «où distribuer les tracts – hôpital, gare, rues piétons, places, boîtes aux lettres…?», «qui fait quoi et où?», «installer un arbre à palabre», «utiliser et comment les réseaux sociaux», «faire converger les pages Facebook», «les médias ne nous aident pas», « l’expression cartons [NDLR: sur des panneaux] c’est pas la langue de bois », « faire un atelier à banderoles », « créer un espace d’écriture libre sur le sol, » « organiser un défilé », « organiser des saynètes jouées dans la rue », « interpeller les passants », « inviter des conférenciers »…).

Paroles entendues au long des soirées:

«le sociétal est utilisé par le gouvernement pour masquer les problèmes sociaux», «le voile pour les femmes c’est à elles de dire ce qu’elles en pensent», «il faut légaliser le cannabis», «et après, quand cette loi [NDLR: la loi El Khomry, dite aussi «loi travail» ] sera retirée?», « sauver les salariés avant de sauver les entreprises», « pour la présidentielle ne pas choisir entre la peste et le choléra», «et si on ne payait plus nos impôts?», «les casseurs ils viendront mais la violence c’est l’Etat», «il faut laisser les gens vivre » , » on ne m’avait pas dit qu’il fallait travailler», «aller dans les quartiers [NDLR: quartiers dits «sensibles»], «faire converger les luttes», «j’ai beaucoup galéré, maintenant ça va», «il faut tourner la page», «il faut agir [NDLR: modalités diverses citées: entrer dans pôle emploi, une banque… ], « la Nuit debout c’est les jeunes qui demain seront salariés « , «les gens dans les quartiers difficiles il faut aller les voir, mais pas comme on va voir les pauvres», «j’ai jamais parlé en 43 ans, c’est la première fois», »c’est nous qui devons monter un parti», «il faut soutenir les Kurdes et les Tibétains», «je suis syndiqué mais ce soir je suis citoyen», les élus ne sont pas nos représentants», «on a un grand pouvoir mais on ne sait pas l’utiliser», «nous devons rester non violents», « faire une révolution de velours»», faire pression sur les députés»,« faire converger la lutte avec Strasbourg, avec Bâle (NDLR: apparemment des « Nuit debout » du côté de Bâle et de Fribourg s’esquissent], «on est en face de très puissants, il faut faire de la politique », «grandir, grossir pour agir ou agir pour grandir, grossir, «se faire connaître», « appeler à une mobilisation générale, à la grève générale», « mieux répartir les richesses »…

Alors ?

Grand défouloir, café du commerce en plein air, exercice de démocratie directe ?

Appel à la grève générale ou plutôt au « rêve général » ?

Expressions citoyennes nées spontanément d’un malaise social et sociétal grandissant ?

Mouvement non violent et espoir de nouvelles solidarités, nées d’un mouvement syndical majeur ?

Surprise émerveillée d’avoir enfin la parole, le droit à sa propre parole, en place publique ?

Quel avenir pour ces expressions individuelles mais proférées en réunion, comme pour se donner du courage ?

Quel avenir pour ce mouvement, qui touche désormais nombre de villes, grandes et petites et dans tout le Pays ? Mouvement hors des cadres politiques comme syndicaux – même si la lutte syndicale contre la loi «travail» a été le déclencheur et reste pour partie le carburant ?

Demain essoufflement, délitement, dérives violentes, généralisation ?

Il faut se rappeler les « Indignés » d’hier en Espagne, terreau de collectifs sociaux qui se retrouvent désormais à la tête des plus grandes municipalités espagnoles et qui ont préparé l’émergence d’un parti politique, »Podemos », susceptible d’accéder au gouvernement de l’Espagne.

Ou qu’au Portugal un mouvement héritier des « Indignés » portugais, défini comme laïque, pacifique et a -parti (cf. l’article de Ludovic Lamant dans Mediapart du 30 avril) participe au dernier gouvernement élu dans ce pays (classé «progressiste»), aux côtés de partis institutionnels classiques ?

Ou qu’en Italie des mouvements sociaux informels se sont structurés et peuvent désormais prétendre gagner de grandes municipalités lors des prochaines élections de juin ?

Inexpérience, naïveté, absence de propositions consistantes, risques de dérives violentes – surtout si certaines forces présentes au gouvernement les y incitent -, perte de tout repère, absence d’organisation et de mots d’ordre, risques de décrochage du front syndical « Retrait loi Travail » ? Certainement.

Mais aussi et surtout l’ expression improbable mais révélatrice d’une recherche, d’une quête, d’une boussole, pour traverser des mers toujours plus dangereuses, la recherche de convergences avec les mouvements sociaux en cours, une volonté de « déconstruire la maison pour la reconstruire en mieux avec les pierres » comme on l’entendait place de la Bourse ou de « défaire les structures » comme le dit Frédéric Lordon.

Libertaires ? «Écolos ?, «Indignés» ? Vieux nostalgiques de mai 68  ? Futurs encartés d’un parti politique, d’une organisation ? Non et oui, tout ça mêlés, ou plutôt tout et tous ensemble.

Sur un tract distribué à Mulhouse par les «Nuit debout» on lit: «Ni entendues ni représentées, des personnes de tous horizons reprennent possession de la réflexion sur l’avenir de notre monde. Et aussi: «Les intérêts particuliers ont pris le pas sur l’intérêt général».

Des responsables du festival « Festi Débat », bien connu dans le département et au-delà, m’ont livré par ailleurs leurs premières réflexions sur un mouvement qui a toute leur sympathie mais pas encore leur participation.

Leurs analyses rattachant «Nuit debout» tout à la fois aux mouvements d’idées des «Décroissants», aux Zadistes de Notre Dame des Landes, à la marche des «crayons» après les attentats contre Charlie hebdo doivent être prises en compte, comme le rapprochement qu’ils font entre «Nuit debout» et les «Indignés», l’inspiration indirecte qu’ils décèlent de Stephane Hessel sur le mouvement, comme celle, moins évidente, des « citoyens résistants »qui se réunissent chaque année sur le plateau des Glières, avec quelques survivants de ce qui fut un haut lieu de la Résistance à l’occupation durant la dernière guerre.

Hier soir, 4 mai, près de 80 participants à Nuit debout ont surtout débattu collectivement de sujets de fond: analyses sociétales, justice et classes sociales, nouvelles formes d’économie coopérative, résistances à l’économie financiarisée et ultra libéralisée, dénonciation des formidables inégalités, service public et intérêt général…mais aussi de sujets philosophiques (Nature humaine, Inné et acquis…).

Mais aussi de la nécessité de « marquer des points, de remporter des victoires », « d’élargir le mouvement », de » sortir de l’entre-soi »…

Sur la place de la Bourse les premiers tags sont apparus hier soir: « Rêver plus haut c’est joli », Des maux des mots », Viva la Vida »…

Une petite fille avait inscrit à la craie de couleur: « Liberté, Égalité, Fraternité ».

Un rappel pour ceux qui auraient oublié la devise de la République ?

Et demain ?

Non, «Nuit debout» n’aura pas été un feu de paille, quelles qu’en soient les suites.

Plutôt un feu qui n’en finit pas de ne pas s’éteindre…le comburant d’autres mouvements sociaux et politiques à venir.

De l’oxygène en somme dans un pays qui étouffe, qu’on étouffe…

Allez parler à « Nuit debout »! Parlez des « Nuit debout »!

 

Christian Rubechi

 

 

 

Le parti socialiste mulhousien vire au rouge !

En ce jeudi 28 avril 2016, il y a foule au sein de « rive gauche », le local du parti socialiste mulhousien. Pierre Jacquemain, (jeune) conseiller démissionnaire de la ministre du travail, Myriam El-Khomri, est l’invité de la section locale. Sa trajectoire semble tout à la fois fasciner et interpeller une partie du milieu politique et médiatique. Comment une plume ministérielle avait-elle pu renoncer à servir sous les ors de la République, et osé mordre la main de ceux qui l’ont adoubé ?
Suivi à la trace par une équipe de « Complément d’enquête », émission d’investigation diffusée par France 2, l’hôte de la soirée se tenait aux côtés de Nadia El-Hajjaji, secrétaire de la section, et de Pierre Freyburger, ex-candidat à la mairie de Mulhouse, et ancien adjoint de Jean-Marie Bockel.
 "C’est toute la philosophie de la loi travail qui n’est pas bonne"
A l’image de toute une section, fortement marquée à gauche, la responsable politique s’affiche offensive dès l’entrée en matière. Elle dénonce l’orientation politique prise par le gouvernement, et soutient que de nombreux éléments sont à revoir dans le projet de loi travail. Elle affirme par ailleurs que de véritables enjeux professionnels et sociaux n’y sont pas abordés. Ainsi le burn-out, l’intérim, la précarité en général, ou encore l’économie collaborative. Et de conclure son intervention en déclarant que « c’est toute la philosophie de la loi travail qui n’est pas bonne ». La section s’est d’ailleurs récemment distinguée en conseillant, par Twitter, à la ministre du travail d’aller chercher sa carte de membre chez Les Républicains…
"Plus jamais je ne voterai Hollande"
Tout comme les autres intervenants, Pierre Freyburger se tient debout. Il s’exprime en oscillant légèrement son corps d’avant en arrière, puis s’interrompt pour se plonger de temps à autre dans son smartphone, qui lui tient lieu de carnet de notes. Retiré de toute fonction politique, il fait part de son émotion. Affirme solennellement que « plus jamais il ne votera Hollande », qu’[il] « se sent floué ». Que le gouvernement a « piétiné les idéaux socialistes ». Enfonçant le clou contre l’exécutif, il assure que « le gouvernement ne représente plus le parti socialiste ». Revenant d’Allemagne, et de passage à Heidelberg, il affirme avoir rencontré des gens qui savent se montrer accueillants avec les migrants. L’entendeur élyséen appréciera sans doute. Son intervention s’achèvera emprunte de gravité. Évoquant le « désespoir » et le « découragement » que le moment politique susciterait désormais partout.
"Je ne suis pas un révolutionnaire"
Quant à Pierre Jacquemain, jeune trentenaire tout en tenue décontractée, il détonne dans le paysage militant. Issu d’une famille modeste, sans pedigree politique à défendre, il avertit d’emblée qu’il n’est pas militant socialiste, se défend pareillement d’être un « révolutionnaire », et moins encore un « politique ». Pour autant, il veut repenser le collectif, et s’inscrit volontiers dans le désir de radicalité que le débat public semble augurer, par les convergences démocratiques à constituer, tant politiques que syndicales. Proche conseiller de la ministre El-Khomri, rencontrée alors qu’il servait déjà de conseiller à la Mairie de Paris, auprès de l’adjointe à la jeunesse, une certaine Clémentine Autain, il devient la plume d’El-Khomri alors que celle-ci vient d’être nommée au Secrétariat d’Etat à la politique de la Ville. Il la suivra au Ministère du Travail. Il la croit sincèrement de gauche. Il mentionne dans le détail comment François Hollande a pu la convaincre de devenir sa ministre du travail, lui promettant de porter des mesures de gauche en direction des salariés. Elle gagne contre Matignon des arbitrages sur le licenciement économique et le plafonnement des indemnités prud’homales. Ces victoires se révéleront factices, car dans la coulisse Valls en dispose pour le pire, et le Medef semble tirer la (grosse) ficelle. Il avouera avoir été déçu par le comportement de la ministre, qui ne bronchera pas lors de l’affaire du crêpage de chemise contre la direction d’Air France, et de son plan social. Elle consentira enfin à parapher de son nom la future loi organisant le renversement de l’ordre social au travail, afin de conserver son poste, fut-ce au prix d’une reddition politique totale. Il dit espérer que les militants le croiront de bonne foi, car il n’imaginait pas un tel retentissement lors de la publication de son entrevue dans le journal l’Humanité.
Mais Pierre Jacquemain va plus loin encore. Il accuse la technostructure, et en premier lieu l’énarchie, qui truste les responsabilités ministérielles, protège jalousement ses intérêts, et assure son autoreproduction sociale. Elle qui ne pense les enjeux qu’en termes de contraintes, et des moyens de les intégrer en tout lieu. Elle renonce donc à faire de la politique, au prix d’une atrophie sévère des principes démocratiques.
Pour n’être pas encarté, Pierre Jacquemain fait toutefois de la politique. Faisant l’éloge de Nuit debout, il appelle à la résistance, et réclame le retrait de la loi travail (qu’il ne croit pas amendable), la rend attentatoire aux droits sociaux, et dangereuse pour la défense de l’emploi.
Moralité : Pierre Jacquemain vient de perdre son emploi, au nom de son intégrité personnelle et de la défense du droit des salariés.
Un objecteur de conscience en politique, a fortiori issu d’un cabinet ministériel, c’est trop rare pour ne pas être remarqué et salué.

9 et 12 mars : stopper la dérégulation sociale!

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Les syndicats sont unis sur un point : la loi sur la réforme du code du travail est inacceptable. Et tous appellent la population à s’exprimer dans la rue pour faire pression sur le gouvernement. Qui a été obligé de reporter la présentation du texte en conseil des ministres et d’ouvrir des discussions. Qu’en découlera-t-il ? Bien difficile de le savoir aujourd’hui. Mais le résultat dépendra étroitement de la capacité de mobilisation des syndicats et associations qui lancent des appels à manifester :

  • Le 9 mars, la CGT 68, FO 68, FSU, Solidaires Alsace, L’USAE-FPT, l’UNEF Mulhouse, relaient l’appel national de leurs organisations au « retrait immédiat du projet de loi El Khomri » et lancent une journée de grève et de manifestations sous la forme d’un « Barbecue revendicatif à 11h devant la sous préfecture de Mulhouse» suivi par une grande manifestation à  14h, place de la Bourse
  • Le 12 mars, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA et la FAGE ont appelé « leurs structures territoriales à organiserdes rassemblements dans toute la France ».  Dès que nous aurons les informations sur les initiatives à Mulhouse et en Alsace nous en rendrons compte.

En Alsace et dans le Haut-Rhin en particulier, d’autres raisons de manifester sont à l’ordre du jour: la défense du régime local complémentaire d’assurance-maladie et le « Service bénévole obligatoire » que le président du conseil départemental 68 veut imposer aux bénéficiaires du RSA.

Retrait et nouvelles négociations pour les uns

Mais revenons au projet de loi gouvernemental. Si l’unité entre les organisations persiste sur le refus du texte en l’état, deux stratégies différentes apparaissent. Sont-elles contradictoires ? Apparemment oui, puisque celles qui appellent à la manifestation du 9 mars et le 31 mars, exigent le retrait pur et simple du texte. Pour le statu-quo ? Elles s’en défendent, en considérant que la loi proposée par le gouvernement est inamendable et qu’il faudrait ouvrir des négociations sur de nouvelles dispositions à intégrer dans le code du travail. La CGT publie un texte en vue de son congrès en avril prochain qui s’intitule « Construire le code du travail du XXIe siècle » consultable sur le site

http://fr.calameo.com/read/0046291839e1e0fb5b424

D’autre part, 18 universitaires spécialisés en droit du travail ont constitué un «groupe de recherche pour un autre code du travail», ou GR-PACT. Ils planchent, depuis fin 2015, sur «la rédaction d’un projet complet de code du travail»«Après l’automne 2015, riche en rapports divers [celui de Jean-Denis Combrexelle, ou encore des juristes Badinter et Lyon-Caen], on s’est dit que quelque chose de menaçant s’amorçait, ce qui s’est révélé effectif avec le projet de loi», raconte Emmanuel Dockès, professeur de droit à l’Université Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense et membre du GR-PACT.

D’où ce projet collectif de «réfection du code du travail» commencé dès décembre. Le projet de loi du gouvernement est  lourdement critiqué par ces juristes, qui pointent des passages jugés «vraiment honteux» voire «catastrophiques». Loin de simplifier le code du travail comme annoncé par l’exécutif, le projet de loi, par ailleurs, enregistre selon eux une «hausse très significative de la quantité de texte». Soit une inflation de 27 %. «C’est une complexification de plus», note Dockès.

Mais pas question de rester dans l’immobilisme : «Le code du travail mérite d’être réformé», affirment les universitaires qui ont, pour l’heure, consacré leur effort à réécrire un premier chapitre portant sur le temps de travail. Et leurs propositions sont bien éloignées de celles de la ministre du Travail. Parmi les mesures phare : la reconnaissance du temps libre des salariés qu’«il faut écarter du pouvoir de direction», explique Christophe Vigneau, maître de conférences à l’Université Paris-I. Comment ? En garantissant davantage la prévisibilité des horaires de travail, en donnant la possibilité aux salariés de s’opposer à des changements d’horaires ou encore en prévoyant des contreparties à l’adaptation du temps de travail.

http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/reforme-code-travail-el-khomri/20160303.OBS5789/loi-el-khomri-19-chercheurs-proposent-un-code-du-travail-alternatif.html

 

Renégociation du texte gouvernemental pour les autres

Dans une déclaration commune, la CFDT, la CFE-CGC, la CFTC, l’UNSA et l’organisation étudiante FAGE, considèrent que « les mutations profondes de l’économie ont des conséquences en matière de précarité et de chômage qui nécessitent de renforcer les droits des salariés, de sécuriser les parcours des travailleurs et de favoriser un accès des jeunes à des emplois de qualité. » Elles font 9 propositions de modifications du texte gouvernemental :

  • le retrait de la barémisation des indemnités prud’homales
  • la modification des mesures supplétives sur le temps de travail afin que le droit actuel continue à s’appliquer à défaut d’accord notamment en ce qui concerne les astreintes, le fractionnement des repos, le repos des apprentis mineurs…
  • en matière de licenciement économique, le texte doit permettre aux juges d’apprécier la réalité des difficultés économiques et retirer le périmètre national ;
  • pour la réaffirmation du rôle intermédiaire et incontournable de la branche ;
  • le fait syndical doit être reconnu quelle que soit la taille de l’entreprise ;
  • aucun forfait jour ou modulation ne peut être mise en place unilatéralement ;
  • en matière de forfait jour, l’encadrement législatif proposé par ce projet de loi est trop faible et ne permet pas d’assurer la santé et la sécurité des travailleurs ;
  • des droits nouveaux apparaissent comme nécessaires en matière de formation -y compris professionnelle-, d’apprentissage, de validation des acquis de l’expérience et des temps de travail, notamment dans le cadre du CPA dans lequel nous demandons la création d’un compte temps ;

Elles considèrent que « le projet de loi ne doit pas être seulement ajusté mais impérativement modifié en profondeur afin de le rééquilibrer en faveur des salariés. »

Un rejet massif et une adhésion populaire pour manifester

Il s’avère que ce projet de loi, largement commenté et explicité par tous les médias, est majoritairement rejeté par les Français à un niveau rarement atteint : 70% des Français la voient comme une menace pour les droits des salariés, et seuls 30% estiment qu’elle permettra la création d’emplois. En revanche, 53% pensent qu’elle donnera davantage de liberté aux entreprises.

La seule mesure que les personnes interrogées jugent positive est le recours au referendum dans les entreprises pour avaliser des accords. Ce qui devrait conduire les organisations syndicales à réfléchir sur la question de donner la parole aux salariés pour parachever une négociation.

La pétition lancée sur Internet et que nous avons relayé dans L’Alterpresse68, a maintenant largement dépassé le million de signatures et ce n’est pas la ridicule tentative de France Télévision de dénaturer cette initiative qui pourrait masquer le succès indéniable.

Une consultation portant sur plus de 10.000 personnes faites par France 3 montre que 60% participeront aux manifestations.

Le gouvernement doit en tenir compte, évidemment. Mais pour déboucher sur quoi ?

Veiller à garder le cap !

On connaît l’habileté des gouvernements pour récupérer des mécontentements et jouer sur les différences syndicales pour diviser un mouvement social : c’est du déjà vu, rappelons-nous la réforme des retraites de 2003.

Pour l’heure, la mobilisation se fait très fortement « contre » le texte gouvernemental, ce que l’on peut comprendre. Si le retraite du projet serait un succès pour les organisations syndicales, cela ne les exonèrera pas de travailler sur les modifications nécessaires du code du travail pour tenir compte des changements qui sont intervenus dans le travail, dans l’organisation de la production et des services, les effets de la mondialisation… Le fait que la dimension sociale est quasi totalement absente au niveau de l’Union européenne devrait être un autre champ d’exploration pour les syndicats et associations de défense des citoyens car c’est à ce niveau que 80% des textes législatifs sont à présent élaborés.

Il faudra donc bien que la mobilisation « contre » le projet El Khomri se transforme en « exigence pour » une meilleure protection des salariés dans le monde « ubérisé » et mondialisé que notre actuel code du travail n’est plus en mesure d’assurer.

Et ainsi démontrer aux travailleurs que l’avenir n’est pas celui du triomphe de la finance et la précarité absolue du salariat. Cette mobilisation est à son début et déjà se profile un nouveau rendez-vous: le 31 mars avec de grandes manifestations dans toute la France. Et peut-être avec tous les syndicats main dans la main?

Michel Muller

 

Le premier ministre et deux de ses ministres à Mulhouse lundi : Un comité d’accueil se prépare

M. Hollande a défendu bec et ongles, sur France Inter quand il s’est invité vendredi dernier à l’émission « Le Téléphone sonne », son projet de réforme du code du travail. « Cette loi est nécessaire pour l’économie française ». La liquidation des droits des salariés, la marginalisation des syndicats, la flexibilité totale du temps de travail sur seule décision des employeurs, amélioreraient donc la compétitivité des entreprises. Fariboles que tout cela ! Le père de l’actuel président du MEDEF avait déjà obtenu la suppression de l’autorisation de licenciement par l’inspection du travail avec la promesse de créer des emplois en masse. Avec le succès que l’on sait aujourd’hui. Continuer la lecture de Le premier ministre et deux de ses ministres à Mulhouse lundi : Un comité d’accueil se prépare