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PRESSE REGIONALE : LE CREDIT MUTUEL VEUT FERMER L’IMPRIMERIE DE L’ALSACE

Après le gant de velours, apparaît la main de fer  : la personne chargée de la restructuration de la presse du Crédit Mutuel, (groupe Ebra*), M. Philippe Carli, vient de tenir des réunions dites « informelles » pour annoncer aux syndicats de L’Alsace et des Dernières Nouvelles d’Alsace que le Crédit Mutuel veut fermer l’imprimerie du quotidien mulhousien et confier l’impression du journal aux DNA à Strasbourg.

Ce transfert « rapporterait » 6 millions d’euros sur l’année… Une goutte d’eau à l’échelle des déficits qui devraient, selon la direction, monter à 75 millions, voire 100, dans les prochaines années. Que cette situation ne puisse durer est compréhensible, les syndicats eux-mêmes en conviennent. Mais fermer l’imprimerie mulhousienne aurait deux conséquences extrêmement néfastes et sources de futures difficultés :

  • L’éloignement du lieu de l’impression de plus de 100 kilomètres, obligera les journalistes de L’Alsace à boucler le journal très tôt, beaucoup trop tôt pour coller à l’actualité. On parle de bouclage à 22 h 30 (au mieux !) alors que de nombreuses activités économiques, sociales, politiques, culturelles, sportives se déroulent en soirée et ne pourront être couvertes. Cela est flagrant pour le sport : ainsi, dans de telles conditions, L’Alsace n’aurait jamais pu rendre compte dès le lendemain matin, du match de volley qui a couronné l’ASPTT championne de France féminine! On s’imagine la tête des lecteurs concernés! Mais cela ne semble pas inquiéter la direction de L’Alsace totalement soumise à son actionnaire.
  • La presse alsacienne a une particularité en France que tous les journaux lui envient : plus de 80% de son lectorat sont des abonnés. Qui payent leur abonnement en avance et fournissent aux entreprises une trésorerie confortable. Mais cela a un prix : celui de fournir le journal aux abonnés le plus tôt possible, le matin, et surtout avant que les gens partent au travail. Dans certains lieux, comme dans la région frontalière, le journal est souvent livré dès 5 h le matin… Avec le déplacement de l’impression sur Strasbourg, le temps de livraison du journal s’allonge de près de deux heures, avec des risques de retards fréquents, et aura un coût que la direction refuse de communiquer. Quand les délégués de L’Alsace ont fait part de ce risque au restructurateur, celui-ci a rétorqué que la perte de 2.000 abonnés est un risque qu’il était prêt à assumer…

Mais le plus grave dans ce choix concerne l’avenir de L’Alsace. Pour combler les déficits, la vraie réponse serait de développer le journal, d’enrichir l’offre éditoriale, d’aller au plus près des lecteurs en investissant dans l’information locale… Or, l’unification des contenus avec les Dernière Nouvelles d’Alsace, les agences communes comme cela vient de se faire à Guebwiller ne faisant ainsi plus de distinction entre le journal de Strasbourg et celui de Mulhouse, font apparaître le vrai choix de M. Théry, Président du CIC-Crédit Mutuel : ne faire qu’un seul journal en Alsace en concentrant l’information, en liquidant le peu de pluralisme qui existait encore avec les deux quotidiens.

Car une imprimerie peut aussi être un centre de ressources. Si l’outil industriel de L’Alsace devait disparaître, nous n’aurions plus aucune rotative dans le Haut-Rhin et empêcherait définitivement la création d’autres journaux locaux qui pourraient voir le jour dans l’avenir, comme cela se fait dans d’autres régions françaises.

Les syndicats ont une autre proposition : pourquoi le Crédit Mutuel n’utiliserait-il pas ses machines pour optimiser l’impression des titres de son groupe en mutualisant l’impression. Ainsi, Mulhouse serait bien en mesure d’imprimer des exemplaires de l’Est Républicain (faisant partie du même groupe) qui sont diffusés à Belfort et dans le Pays de Montbéliard et qui doivent actuellement être acheminés de Nancy.

Bref, l’argument d’économies à faire pour résorber un déficit ne tient pas. Il serait d’ailleurs intéressant de voir comment le Crédit Mutuel compte assainir les pertes du groupe dans la région Rhône-Alpes qui semblent supérieures à celles dans l’Est.

banderole mulhouse

La fermeture éventuelle (contre laquelle les syndicats s’élèvent, voir un communiqué ci-après) du centre d’impression de L’Alsace à Mulhouse cache en réalité une volonté du Crédit Mutuel de faire disparaître à terme un des 66 quotidiens que la France connaît encore… contre près de 400 en Allemagne.

MM

* Le groupe Ebra est détenu par la Banque Fédérative du Crédit Mutuel est composé de neuf titres : L’Alsace, Le Bien Public, Le Dauphiné Libéré, les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est Républicain, le Journal de Saône et Loire, Le Progrès, le Républicain Lorrain, Vosges Matin. Ainsi que tous les suppléments.

Il couvre 23 départements et quatre grandes régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne Franche-Comté, Grand Est et Provence Alpes Côte d’Azur). Dans ce bassin de 14 millions d’habitants, il diffuse chaque jour 1 million d’exemplaires touchant 4 millions de lecteurs dans sa version papier et 2 millions dans sa version numérique.

Près de 4.000 salariés oeuvrent quotidiennement. Ils étaient encore 7.000 il y a cinq ans : l’hémorragie des effectifs n’a pas permis de redresser la situation économique, bien au contraire, elle s’est aggravée.

Le groupe Ebra dispose également d’un réseau de distribution maillant tout le territoire : rien qu’en Alsace, il dispose par le biais de deux filiales des journaux régionaux, près de 3.000 porteuses et porteurs dont la revalorisation du travail pourrait être source de produits pour les entreprises.

http://lalterpresse.info/presse-alsacienne-developper-plutot-sacrifier/

COMMUNIQUE

filpac

 COMITÉ DE COORDINATION DES SYNDICATS FILPAC CGT

NON à la FERMETUREdu centre d’impression de Mulhouse

 

Les délégués FILPAC-CGT des DNA et du journal L’Alsace se sont réunis à Mulhouse après l’annonce de M. Carli, chargé pour le Crédit Mutuel de la res­tructuration de la presse alsacienne, du projet de fermeture du centre d’impression de L’Alsace à Mul­house. Unanimement, ils s’opposent fermement à la destruction de leur outil de travail. Ce projet de l’actionnaire est un non-sens économique, tota­lement négatif pour l’avenir des deux quotidiens et bien sûr désastreux socialement.

Si l’objectif du Crédit Mutuel allait à son terme, il ne ferait qu’aggraver la situation économique des entreprises comme le prouve la succession des sup­pressions d’emplois intervenues durant cinq ans dans le groupe de presse (près de 3000 !) qui ont contribué à dégrader encore plus les comptes des quotidiens…

La FILPAC-CGT se positionne, au contraire, sur le terrain du développement des deux journaux, de leur modernisation rédactionnelle et technique, pour mieux répondre aux attentes du lectorat tout en pérénnisant les emplois. Cela passe, entre autre, par la pleine utilisation de tous les outils de production pour dégager des ressources nouvelles.

Les délégués réunis en ce 1er septembre propose­ront aux salariés leur propre projet de développe­ment qui servira de base de mobilisation de l’en­semble des personnels des deux entreprises. Ils ont mis en place des commissions de travail communes aux deux syndicats pour analyser les conséquences dramatiques des objectifs patronaux et élaborer les contrepropositions concrètes que fera l’organisa­tion syndicale.

Ils envisagent également d’informer largement l’opinion publique sur le risque de voir disparaître un des deux derniers quotidiens régionaux ; l’unifor­misation des contenus que le Crédit Mutuel impose depuis des mois aux deux journaux est déjà vécue négativement par le lectorat et a des impacts néga­tifs sur la diffusion.

La FILPAC-CGT appelle à l’unité de tous les syndi­cats pour contraindre le Crédit Mutuel à renoncer à son funeste projet de fermeture d’une imprimerie, première étape d’une restructuration qui conduira à liquider le pluralisme de la presse dans notre région.

Les manifestations du 12 septembre prochain, contre les ordonnances Macron, seront une occasion pour informer l’opinion publique des projets antisociaux que le Crédit Mutuel veut imposer aux salariés de ses entreprises de presse. La FILPAC-CGT appelle les salariés des deux quotidiens à participer mas­sivement aux manifestations pour exprimer leur mécontentement et faire la démonstration de leur volonté d’imposer d’autres solutions.

Mulhouse, le 1er septembre 2017

Pourquoi le Crédit Mutuel a besoin de la presse régionale…

Le secteur bancaire n’échappe pas à la révolution numérique et comme l’ensemble de l’économie des services (taxis, hôtellerie, musique, presse…), les métiers de la banque et de la finance sont confrontés à l’ « ubérisation » de leurs activités. L’arrivée de nouveaux acteurs venant du monde digital dans le monde de la finance, est en train de bouleverser le modèle économique et les banques ne s’en sortiront qu’en diversifiant leur activités, leurs offres. Le CIC-Crédit Mutuel présidé par M. Théry (notre photo) n’échappe pas à cette révolution… Et il s’avère que le fait de posséder un groupe de presse est un des moyens de diversifier l’offre aux clients de la banque… Et pour un groupe bancaire constitué d’un réseau très dense d’établissements régionaux, la presse régionale peut être un atout stratégique très précieux dans la féroce concurrence qui est en train de se mener entre les banques elles-mêmes mais également avec les « nouveaux entrants » dans le secteur financier.

 

Un passionnant article dans la revue Economie et Politique N° 75 (juillet 2017), signé Matthieu Llorca (maître de conférences en économie à l’université de Bourgogne), « Les banques aux prises avec les fintech », décrit clairement les processus en cours et ces « nouveaux entrants ».

Des acteurs « non-bancaires » dans les activités de la banque !

Depuis quelques années, plusieurs types d’acteurs non bancaires apparaissent sur le marché jusqu’ici réservé aux banques. D’une part des start-up innovantes combinant finances et nouvelles technologies remettant en cause les pratiques traditionnelles de la finance en proposant des nouveaux modes de financement à travers des plates-formes digitales, des crédits plus transparents et moins chers.

D’autre part, les grands conglomérats américains de l’internet, les fameux Gafa (Google, Amazon, Facebook et Appel) tout comme leurs concurrents chinois, convoitent aussi le marché de l’assurance et de la banque. Et, pour en rajouter une louche, les opérateurs télécoms font leur apparition dans cette industrie (Orange va lancer prochainement France Orange Bank). Mais cela ne s’arrête pas là : les géants de la grande distribution se lance également dans la e-banque comme le fait Carrefour avec C-zam.

La bataille autour du contrôle du secteur financier digital aura ses gagnants et ses perdants. Certes, le monde bancaire traditionnel n’est pas battu d’avance, mais pour la première fois, il a affaire à une concurrence qui mette son activité, ses manières de faire, ses monopoles, en cause. Il s’avère que la majorité des banques sont moins bien armées que les jeunes start-up innovantes, les géants de la high-tech ou les opérateurs télécoms pour faire face à cette évolution.

Dans la revue Agefiactifs  du 2 novembre 2015, un article consacré à un rapport sur les « Fintech », disait déjà qu’ « à quelques (rares) exceptions près, les banques françaises ont tardé dans l’adoption des nouveaux moyens de communication, en arguant de raison de sécurité, du besoin de rencontrer les clients avant de signer un emprunt, etc ».

Le directeur général du Crédit Mutuel Arkéa (couvrant l’ouest de la France), Ronan Le Moal déclare sans ambages : « Les banques qui ne se réinventeront pas disparaîtront ».

Dans quel camp se retrouvera le Crédit Mutuel ?

Par la constitution de multiples filiales, le CIC-Crédit Mutuel a développé les offres de services hors activités bancaires.

Une de ses filiales les plus importantes est Euro-Information qui était, à l’origine le centre informatique du Crédit Mutuel à Strasbourg. M. Michel Lucas en a fait une arme redoutable pour fournir de multiples services au sein du CIC-Crédit Mutuel mais également à l’extérieur. Actifs dans des domaines aussi variés que la gestion et la maintenance informatique, le développement de logiciels, des opérations marketing, la télésurveillance… Parmi elles, notons Euro-information Telecom, opérateur de réseau mobile virtuel contrôlé à 95% par le Groupe Crédit Mutuel-CIC et 5% par NRJ Group. Avec 1,6 million de clients, Euro-Information Telecom est le premier FULL MVNO (opérateur de réseau mobile virtuel qui n’a pas de fréquences mais amène des clients aux opérateurs disposant du réseau) en France, tant en nombre de clients qu’en chiffre d’affaires. Euro-Information Telecom propose des offres 4G sur le réseau mobile Orange, sur le réseau mobile Bouygues Telecom et sur le réseau mobile SFR.

En outre, Euro-Information est  la structure informatique la mieux protégée, puisqu’elle a pu résister aux dernières cyber-attaques qui ont mis en difficultés moultes grandes entreprises dont Renault.

Rajoutons que, selon nos informations, les activités de services ont réalisé un chiffre d’affaires plus importants que les activités bancaires au sein du CIC-Crédit Mutuel ! On pourrait donc penser que le Crédit Mutuel est armé pour entrer dans le monde bancaire ubérisé…

Proposer des services, de plus en plus de services…

Le modèle est à présent connu : les grands groupes de communication sont prêts à vous offrir un téléphone mobil fort cher à l’achat, à condition que vous souscriviez à des « applications » qui couvrent à présent l’ensemble des activités humaines.

Les « offres » sont nombreuses et elles doivent se renouveler sans cesse, de nouvelles propositions doivent être imaginées. Outre la musique et les jeux, une des offres les plus rentables est l’information. Google a fait sa fortune en pillant les informations traitées par les journaux, en les mettant à disposition gratuitement aux internautes. Bien évidemment, sans rémunérer les journalistes ni même les éditeurs dans un premier temps… Cela a changé avec la création, en France et à la demande des éditeurs de presse adoubé par le président Hollande, du « Fonds pour l’innovation numérique de la presse » doté de 20 millions d’euros par an versé par Google ! Ridicule et presque insultant, quand on connaît le chiffre d’affaire de Google venant entre autres de la publicité qui se déporte de la presse pour aller sur le net.

La symbolique est pourtant là : Google a bien compris que s’il voulait continuer à piller la presse, il fallait que celle-ci puisse continuer à faire son travail d’enquête, de rédaction, de diffusion. Il ne faut pas tuer la poule aux œufs d’or !

groupe-ERBA

La presse régionale : un atout pour le Crédit Mutuel

Il faut reconnaître que la stratégie du Crédit Mutuel en matière de presse était assez visionnaire. Posséder des journaux très ancrés dans la population dans laquelle le Crédit Mutuel est bien souvent une « institution », donnait une image positive à la banque.

A présent, où dans chaque caisse du Crédit Mutuel on fait des offres de services tels que la téléphonie, il faut aussi vendre des contenus. Le travail des milliers de journalistes du groupe Ebra est un trésor sur ce point : les journaux possèdent des informations stockées, toujours renouvelées, disponibles, prêtes à être commercialisées par un opérateur de téléphonie mobile. Et parmi elles, les informations locales que seule la presse régionale et ses nombreuses agences peut traiter.

L’intérêt pour le Crédit Mutuel est donc bien de continuer à entretenir cette poule aux œufs d’or que représente la presse régionale. Si elle met en avant les pertes du groupe de 50 millions d’euros par an, il faut relativiser ce montant par le bénéfice que peut en tirer directement le Crédit Mutuel pour son propre chiffre d’affaires.

Les syndicats du groupe Ebra seraient bien inspirés d’examiner de plus près le contour de ces pertes : on sait que la Banque Fédérative du Crédit Mutuel n’a pas racheter en direct les journaux de la région Rhônes-Alpes. C’est le journal de Lyon, Le Progrès, qui a été chargé d’acheter tous les journaux grâce à un prêt du… Crédit Mutuel. Bien évidemment, les comptes du Progrès sont plombés par les millions d’euros qu’il a dû emprunter pour ces acquisitions… et par les intérêts qu’il doit verser à la banque qui lui a avancé l’argent !

Mais un atout à préserver et à développer

Il n’est pas sûr que l’énarchie à présent à la tête du CIC-Crédit Mutuel est prête à développer ce secteur. Bien au contraire puisqu’elle a fait appel à un « kost-killer » qui a déjà été à l’œuvre au groupe Le Parisien et dont l’action consistait plutôt à ses débarrasser de la presse et de ses imprimeries.

Les premières annonces faites par le « kost-killer » soutenu par M. Alain Théry, le président du CIC-Crédit Mutuel est de supprimer des journaux (dont L’Alsace à Mulhouse et peut être le Républicain Lorrain à Metz) et il semblerait bien que le rêve de l’énarchie au pouvoir serait le journal unique pour le Grand Est… Ce qui serait plus qu’un non-sens, ce serait une aberration.

Car si la presse peut être utile à l’activité de « services » du Crédit Mutuel, il faut quelle puisse continuer à faire son travail avec les moyens nécessaires et, surtout, qu’elle ait des lecteurs et de la publicité. Or, il s’avère qu’à chaque disparition d’un journal, une grande partie de son lectorat ne se reporte pas sur celui qui l’a absorbé.

Un autre moyen de perdre assurément des lecteurs, c’est de maltraiter les abonnés qui représentent encore plus de 80% des lecteurs des deux quotidiens alsaciens. La raison d’être abonné, c’est de recevoir dès potron-minet son journal dans sa boîte aux lettres. Impérativement avant 7 h du matin, sinon l’abonnement n’a plus de sens. M. Théry veut fermer des centres d’impression, d’aucuns disent même qu’un seul centre dans tout l’Est de la France suffirait à tous les titres ! L’éloignement des imprimeries du réseau des porteurs, c’est le risque assuré de retards fréquents dans la distribution.

Le plan actuel que le Crédit Mutuel veut imposer aux salariés de son groupe de presse va donc être non seulement préjudiciable aux journaux mais également à toutes les activités services offerts par le Crédit Mutuel et que la presse peut lui fournir.

Une nouvelle gouvernance du Crédit Mutuel

 Un des atouts du Crédit Mutuel pour affronter le nouveau monde bancaire digitalisé, c’est son réseau d’agences de proximité et ses milliers de sociétaires. Même si leurs voix sont peu entendues, ils représentent une force avec laquelle la direction opérationnelle du Crédit Mutuel doit compter. Or, il n’y a rien de plus intolérable à un énarque que de devoir écouter ou seulement entendre la voix de citoyens par définition incultes à la science du pouvoir que seuls les diplômés de l’ENA croient posséder.

Là, également, une tendance se dessine allant vers la fermeture d’agences du Crédit Mutuel au risque de sacrifier ce réseau très imbriqué dans la population et qui ne peut pas être seulement un argument publicitaire.

La purge que le Crédit Mutuel veut administrer à sa presse semble devoir aussi s’appliquer peu à peu à lui-même.

Et on peut s’interroger sur la stratégie de M. Théry : se délester et affaiblir des atouts aussi importants que la presse et le réseau d’agences décentralisée dans la féroce bataille autour de la banque digitale n’augure rien de bon pour l’avenir de la 5e banque française dont le  résultat net du groupe s’élève à 2,410 milliards d’euros en 2016. Que pèse les petits 50 millions d’euros de perte d’Ebra dans ces conditions…

Michel Muller

M. Théry, président du Crédit Mutuel, commettra-t-il l’irréparable ?

Disons-le sans ambages : le propriétaire des deux quotidiens alsaciens veut faire disparaître un de ces titres dans les prochains mois avec des licenciements massifs dans l’ensemble du salariat. L’exécuteur en chef du plan du Crédit Mutuel, M. Carli, l’annonce clairement, il faut lui reconnaître sa franchise : « Nous garderons les « marques » et unifieront les contenus ». Ramener un journal à une simple « marque », c’est le considérer comme une vulgaire marchandise ! Non, M. Carli, un journal c’est un « titre », avec son orientation éditoriale, ses outils rédactionnels, commerciaux, techniques… Les salariés des deux journaux accepteront-ils cette liquidation en contrepartie de mesures sociales comme cela ce fait tellement souvent ?

 

Bref historique de la presse alsacienne

1605 : la presse d’information nait à Strasbourg. Un éditeur et imprimeur Johann Carolus lance un petit périodique intitulé « Ordinarii Avisen » présenté ainsi par son créateur  « Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien so sich hin und wider in Hoch unnd Nieder Teutschland, auch in Franckreich, Italien, Schott und Engelland, Hisspanien, Hungern, Polen, Siebenbürgen (Transsylvanie), Walachey, Moldaw, Türcken etc verlauffen und zutragen möchte. »

C’est le premier journal qui paraît au monde. « La Gazette » de Théophraste Renaudot ne naît qu’en 1631 et est pourtant présenté comme le premier périodique en France.

En 1650 paraît à Leipzig le premier quotidien, avec une parution sur 6 jours, les « Einkommenden Zeitungen » de Timotheus Ritzsch.  Il fallut attendre la fin du XVIIIe  siècle pour voir apparaître le premier quotidien français Le journal de Paris en 1777.

Bien évidemment, la situation florissante de la région Alsace au sein de l’espace rhénan tant sur le plan économique, technologique, commercial, culturel, en fait le berceau naturel du développement de technologie comme l’imprimerie qui facilite l’apparition d’organes d’information. De là naît en Alsace une tradition d’industrie graphique et de presse.

L’Alsace, une terre d’une presse politique et pluraliste

Ainsi, en 1885,  on compte 35 titres de presse dans la Région à l’époque territoire prussien, donc paraissant en allemand pour la plupart. De cette époque naît également la tradition du « portage à domicile » qui permet à la presse alsacienne, la seule en France, de compter aujourd’hui encore près de 80% d’abonnés parmi ses lecteurs : une véritable manne financière… que tous les quotidiens français lui envient.

En 1918, après le  retour à la France, 52 titres de presse donc 24 quotidiens sont édités en Alsace.

Les journaux, même à l’époque prussienne, sont très liés aux partis politiques et à la vie politique. Cela ne fait que se développer après 1918 où après une euphorie des Alsaciens de redevenir français, un profond malaise se développe dès 1919 devant la politique d’intégration forcenée que mènent les gouvernements de la République. En suivent des débats autour de l’appartenance à la France, du maintien de la langue, de l’autonomie à l’égard du pouvoir central… Tous les partis ont leurs journaux souvent quotidiens et donc partisans.

Dans les années 30, la forte montée de la presse d’extrême-droite en France, touche également la presse,  les Croix de feu et le Parti populaire français créent des journaux en Alsace rédigés en allemand.

Dès l’annexion par l’Allemagne nazie, la presse alsacienne est nazifiée et les autorités interdisent la parution de tous les journaux qui, de fait, disparaissent. Quatre quotidiens, tous sous contrôle du Parti Nazi les remplacent : les « Straßburger Neueste Nachrichten », organe du NSDAP dans le Bas Rhin, le « Elsässer Kurier » à Colmar, le « Mülhauser Tagblatt » et le « Mülhauser Volksblatt » à Mulhouse.

Retour au pluralisme en 1945

L’Alsace compte, en 1948, 17 quotidiens et 11 hebdomadaires. Une véritable soif d’information, de débats, de pluralisme conduit à la parution de dizaine de titres très souvent liés à des mouvements politiques ou idéologiques. Grâce aux décisions du Conseil National de la Résistance, la parution de la presse est encouragée par la création d’aides à la presse facilitant économiquement l’édition de journaux. Notons une ordonnance particulière à l’Alsace, celle du 13 septembre 1945 : entre autres sur l’utilisation de la langue française dans les journaux. La parution rédigée totalement en allemand est interdite : il faut des parutions « bilingues » et le français ne peut descendre en-dessous des 25% des textes. Sont obligatoirement rédigés  en français : le titre, la publicité, le sport, les informations légales, les articles pour la jeunesse…

Pour être lue, la presse alsacienne se doit de paraître évidemment en bilingue : les DNA en 1950 compte 75% de leur diffusion en bilingue ; les mêmes proportions pour L’Alsace à Mulhouse. Cela durera vingt ans, l’édition française passe en tête en 1970.

Les conséquences tragiques de la concentration

Mais la presse alsacienne n’échappe pas à la concentration des titres, véritables plaie de la presse française car le système chez nous est l’absorption d’un titre par un autre. Ce qui conduit à ce que nous ne connaissions plus que 66 quotidiens en France… contre 329 en Allemagne (313 journaux régionaux et des 8 titres nationaux). Le résultat de cette stratégie mortifère pour la presse quotidienne française : son tirage est aujourd’hui d’un peu plus de 8 millions d’exemplaires contre 16 millions en Allemagne.

Il est prouvé qu’à chaque disparition de titres après une concentration, il y a systématiquement perte d’au moins un tiers des lecteurs. Mieux, il est prouvé que les rares régions qui connaissent une pluralité de quotidiens, ont un taux de lectorat plus élevés que les autres régions où ne subsiste qu’un seul titre. Exemple : la Bretagne… et l’Alsace.

Notre région a failli connaître le monopole d’un seul journal début des années 1970. En effet, le journal L’Alsace était à cette époque en grosse difficultés et a failli disparaître : seul le rachat par… le Crédit Mutuel l’a sauvé. On peut donc dire qu’à cette époque, le Crédit Mutuel, du moins quatre caisses mulhousiennes et une colmarienne des CMDP ont sauvé le pluralisme de la presse dans notre région.

FUSION

Le Crédit Mutuel sera-t-il à présent le fossoyeur du pluralisme historique en Alsace ?

Jamais de toute son histoire, l’Alsace n’a connu qu’un seul journal quotidien. Même sous la période nazie, elle en comptait quatre.

Et pourtant, le Crédit Mutuel s’apprête à commettre l’irréparable. Devant de (réelles) difficultés économiques au sein de son groupe presse (9 titres dans tout l’Est et Sud-Est de la France), il fait appel à un « restructurateur » patenté qui a déjà sévi au groupe Le Parisien avec un palmarès éloquent : vente de journaux, liquidation des imprimeries… sans résultat positif sur le développement des journaux.

Cette méthode radicale est celle qu’applique depuis des années la presse nationale avec le succès que l’on sait : nous sommes en queue de peloton de la lecture de la presse en Europe. La presse régionale avait échappé quelque peu à cela en développant des articles sur la vie locale, en assurant des informations de services souvent bien appréciées par le lectorat. Mais cela nécessite le développement d’agences locales et une distribution sans faille. Les quotidiens alsaciens ont, grâce à cela, développé un réseau d’abonnés qui résistent un peu mieux à l’érosion du lectorat qui touche la presse française.

Le « costs-killer » à l’œuvre…

Or, ce sont les pratiques de cette presse là que le « restructurateur » du Crédit Mutuel veut appliquer avec un remède de cheval : liquidation des titres en préservant la « marque », une sorte d’escroquerie vendue aux lecteurs de L’Alsace : leur journal gardera le nom mais le contenu sera le même que celui des DNA… Combien de postes de journalistes en moins ?

Fermeture de l’imprimerie à Mulhouse et impression à Strasbourg : ce qui facilitera évidemment, chacun le comprendra, la distribution des journaux à Ferrette les petits matins d’hiver sur les chaussées enneigées ! Et obligera la rédaction à boucler le journal dès la fin de l’après-midi…

On le voit, c’est la logique d’une économie classique et traditionnelle qui tente de s’imposer, ne tenant aucunement compte que la presse n’est pas un produit comme un autre et qu’elle a besoin d’un modèle économique spécifique. Et la presse régionale n’est en rien comparable à la presse nationale où le « costs-killer » du Crédit Mutuel a fait ses armes.

Pourtant, la presse écrite a de l’avenir : après avoir négligé pendant très longtemps la « recherche et le développement », la presse s’est mise travailler la question. Il en ressort qu’elle a des atouts considérables pour prendre sa place dans le monde de la communication tel que nous le connaissons actuellement. Pour cela, il faut certes des restructurations, des nouveaux produits y compris sur papier et imposer un nouveau modèle économique au grands groupes qui contrôle l’ensemble de la filière: elle aura besoin de toutes ses forces pour y parvenir.

Loin des idées du cost-killer qui deviendra, s’il peut aller sans encombre jusqu’au bout, le « press-killer » des journaux alsaciens.

Michel Muller

 

En Alsace, des élus locaux tétanisés face aux délinquants fiscaux

Des élus locaux pleurnichent, en demandant plus de sous à Hollande. Aussi froussards que ce dernier face à « son adversaire, la finance« , ils n’osent pas aller chercher le pognon là où il est, en s’attaquant, entre autres, aux coffres débordants des délinquants fiscaux. Il y en a en Alsace, nos élus font semblant de l’ignorer. Continuer la lecture de En Alsace, des élus locaux tétanisés face aux délinquants fiscaux

Le Crédit Mutuel s’en prend aux salariés du Dauphine Libéré

 

Nous publions ci-après un communiqué du syndicat FILPAC-CGT du Dauphiné-Libéré. Ce quotidien situé à Grenoble, est un des grands journaux régionaux qui est diffusé essentiellement en dans les départements alpins. Il tire chaque jour 250.000 exemplaires et sa situation économique et florissante comme le prouvent les comptes présentés au Comité d’entreprise. Cela rend cette attaque Continuer la lecture de Le Crédit Mutuel s’en prend aux salariés du Dauphine Libéré

FAUX DEPART AU CIC-CREDIT MUTUEL

 La presse s’en est émue : Michel Lucas, la soi-disant « emblématique » (« Les Echos ») patron du CIC-Crédit Mutuel abandonne ses fonctions… à 75 ans. Bel âge pour prendre sa retraite. Au bout d’une quarantaine d’années au sein du Crédit Mutuel il a réussi à atteindre le poste le plus élevé… et a fait d’un organisme bancaire se référant à Raiffeisen, le mutualiste, une banque comme une autre qui affiche encore le terme de « Mutuel » en ayant abandonné toutes les valeurs de la mutualité. Il a aussi à son actif la suppression Continuer la lecture de FAUX DEPART AU CIC-CREDIT MUTUEL