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Brigitte Klinkert: Nous construisons une Collectivité territoriale à statut particulier !

Madame Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin depuis le 1er septembre 2017 en remplacement d’Eric Straumann. Elle nous a reçus il y a quelques jours dans ses bureaux pour un entretien exclusif durant lequel nous avons pu aborder toutes les questions que nous souhaitions lui poser. Souriante, détendue, elle nous a livré des réflexions et analyses qui laissent apparaître une détermination sans faille pour défendre l’existence et l’action des départements au sein d’une région Alsace dotée d’un statut particulier qu’elle nous détaille. Des problèmes aigus dans le département sont également traités : le RSA Bénévolat, Stocamine, Fessenheim, l’avenir de la presse régionale… A vous de juger !

L’Alterpresse : Vous avez récemment exprimé votre avis sur la réforme territoriale en regrettant que l’Alsace ait disparu de la carte institutionnelle. Avec M. Frédéric Bierry, vous avez rencontré Le Premier Ministre ainsi que M. Gérard Larcher, pour leur présenter un projet qui vise à « rendre à l’Alsace une existence politique et institutionnelle ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Brigitte Klinkert : Notre démarche est soutenue par la majorité des parlementaires alsaciens aujourd’hui. On se rend compte qu’il faut à nouveau renforcer l’Alsace dans le Grand Est. Celui-ci est beaucoup trop grand et il n’y a pas vraiment de cohérence dans cette grande région.

Avec Frédéric Bierry, président du Bas-Rhin, dans le cadre qui nous a été défini par M. le président de la République, c’est-à-dire dans le cadre du Grand Est…

L’Alterpresse : … donc pas de sortie du Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Même si l’idéal aurait été de sortir du Grand Est, le président de la République nous a dit que cela n’était pas possible. Il faut savoir qu’au plus haut niveau, ils se rendent bien compte du souci posé par la grande région mais détricoter le Grand Est amènerait d’autres problèmes au sein de cette nouvelle région sans l’Alsace et puis d’autres problèmes dans d‘autres nouvelles régions, du côté de la Savoie, du Pays Basque…

Fusion des deux assemblées, pas des départements

On nous a dit d’accord pour expérimenter quelque chose mais dans le cadre du Grand Est. Il s’agit d’un projet d’une Collectivité territoriale à statut particulier sur lequel nous travaillons. Cela signifie que les deux assemblées départementales du Haut-Rhin et du Bas-Rhin pourraient fusionner, je dis bien les deux assemblées et pas les départements, mais à une seule condition : d’avoir en plus des compétences actuelles, des compétences fortes qui nous seraient déléguées d’une part par la Région et d’autre part par l’Etat.

Alors pourquoi seulement à cette condition ? Si nous voulons créer une Collectivité territoriale à statut particulier Alsace, c’est pour que ce soit une collectivité efficace politiquement, forte, et nous souhaitons également nous inscrire dans une dynamique européenne, celle de l’espace rhénan.

C’est un projet d’innovation territoriale, d’expérimentation, d’efficacité, et un projet pleinement européen.

Nous avons une chance extraordinaire d’avoir le Bade Württemberg et la Suisse du Nord Est (et notamment l’agglomération de Bâle) comme voisins. Ce sont des régions économiquement les plus prospères en Europe et nous souhaitons travailler avec elles. Nous expliquons à nos contacts parisiens que c’est une chance pour l’Alsace de s’ouvrir plus vers ces territoires et que nous y gagnerons en dynamisme économique. Et si l’Alsace y gagne, la France aussi y gagnera.

Une Collectivité avec des compétences nouvelles

Ce projet, innovant, consiste à demander à la Région deux compétences. Nous aurions pu en demander beaucoup plus, mais nous avons retenu d’une part le tourisme, car c’est l’Alsace qu’il faut vendre et pas le Grand Est. Et deuxième compétence forte, c’est l’économie. Parce que tous les jours la présidente du Conseil départemental que je suis, fait de l’économie, et donc de l’emploi, mais qu’en vertu de la Loi Notre, nous n’avons plus le droit d’en faire. Je constate aussi que si on veut créer de l’emploi, redynamiser l’économie dans le territoire haut-rhinois, cela demande un fort investissement d’une collectivité de proximité dans le domaine de l’économie. Je pourrais vous citer des dizaines d’exemples confirmant cette analyse.

A l’Etat, nous demandons les compétences des routes. Nous avons déjà en charge les routes départementales, mais ce que nous demandons ce sont également les routes nationales et les autoroutes non concédées. Parce que nous savons faire et cela nous permettrait de mettre en place, sur l’axe nord-sud, une écotaxe puisque nous avons encore les portiques. Je l’ai dit au Président Macron lors du déjeuner de travail que nous avions à Soultz, en présence du président allemand, lors de l’inauguration du Hartmannswillerkopf.

Je lui ai dit que nous devons avoir cet axe nord-sud parmi nos responsabilités,  car sur cette autoroute, défilent des murs de camions et cela justifie la mise en place de cette écotaxe.

Deuxième compétence transférée de l’Etat : la coopération transfrontalière. Bien sûr l’Etat devra toujours ratifier les décisions que nous prendrions avec nos voisins mais nous devons avoir plus de latitude pour travailleur avec eux. Il y a une demande de la part de nos voisins suisses et allemands pour développer notre travail ensemble.

L’enseignement allemand et le recrutement de professeurs

Troisième compétence : l’enseignement bilangue, pas seulement le bilinguisme, même si c’est avant tout le bilinguisme, mais je dirais le multilinguisme. Aujourd’hui on se rend compte qu’il y a des entreprises en Alsace, d’origine allemande, qui ont beaucoup de mal à recruter des salariés car elles leur demandent de parler quelques mots d’allemand et malheureusement ils ne le savent pas. Nous en sommes, nous département, à faire l’interface avec les entreprises allemandes qui veulent s’implanter chez nous ou même des entreprises qui se trouvent juste de l’autre côté du Rhin, je pense à Europapark qui cherche à embaucher des salariés mais en leur demandant quelques mots d’allemands, eh bien, nous sommes en train de négocier avec ces entreprises pour voir comment elles peuvent prendre en charge l’enseignement  de l’allemand auprès de leurs futurs salariés, quitte à ce que nous les accompagnons ou que nous prenions totalement cet enseignement en charge.

L’Alterpresse : Un des obstacles sur ce point est souvent l’absence ou les difficultés de trouver des enseignants….

Brigitte Klinkert : Justement, les deux départements et la Région, sont liés avec l’Education Nationale dans le cadre d’une convention triennale avec le Rectorat, convention dans laquelle nous mettons chacun 1 million d’euro pour notamment favoriser les jeunes qui souhaitent devenir profs d’allemand. Ils touchent un plus s’ils acceptent d’être prof d’allemand et nous avons pourtant du mal à en recruter. Je suis quelqu’un de très pragmatique : j’ai abordé aussi cette question avec les deux Présidents de la République lors du déjeuner à Soultz, je leur ai demandé, il s’agit d’un exemple parmi d’autres, pourquoi ne pas envisager de faire venir en Alsace, dans les collèges, puisque cela relève de nos compétence, des étudiants allemands en fin de cycle, pendant six mois ou une année scolaire, pour donner des cours au moins de conversation en allemand à nos jeunes et surtout de leur donner envie d’apprendre l’allemand. Le problème est aussi celui-là car l’allemand est présenté comme difficile, ce n’est pas une langue assez « exotique »…

Une autre piste qui me tient à cœur : le fait de favoriser, et nous y travaillons,  les échanges entre les jeunes collégiens haut-rhinois et ceux qui sont juste au-delà de la frontière du Rhin, pas à Munich ou Berlin, pour qu’ils puissent se voir plusieurs fois dans l’année, qu’ils se fassent des copains et que là aussi ils aient envie d’apprendre la langue.

Voilà nos demandes, nous avons déjà pris tous les contacts qu’il faut pour travailler le dossier sous son aspect juridique pour que le moment venu, et si nous obtenons ces compétences, nous puissions mettre en place cette Collectivité territoriale à statut particulier Alsace.

Les initiatives transfrontalières au sein du Traité de l’Elysée…

L’Alterpresse : Nous fêtons le Traité de l’Elysée signé en 1953 et il est envisagé d’en rédiger un nouveau. Le travail transfrontalier ne devrait-il pas trouver sa place dans cette nouvelle mouture ?

Brigitte Klinkert : Je peux vous dire que c’est le cas et lors de ce fameux déjeuner à Soultz, le Président Macron l’a évoqué. Nous avons déjà toute une série de propositions dont la plupart ont déjà été travaillées avec nos voisins, nous avons des projets à intégrer dans cette nouvelle résolution qui complètera le Traité prochainement.

L’Alterpresse : Un exemple concret de projet ?

Brigitte Klinkert : La liaison ferroviaire Colmar-Fribourg en Brisgau.

L’Alterpresse : Verra-t-on la fin de cette aberration que représente l’absence de transport ferroviaire entre ces deux villes voisines ?

Brigitte Klinkert : Très franchement je suis optimiste, tous les feux sont au vert, il y a une volonté de l’Etat, du président  Macron en particulier, de l’Etat allemand également, l’Union Européenne pourrait s’engager sur ce dossier et au niveau local, les principaux acteurs sont favorables à ce projet et sont prêts à le porter. C’est un projet qui ne consiste pas uniquement à relier par le train Colmar, Breisach  et Fribourg, mais il y a aussi les territoires entre Colmar et Fribourg qui seraient irrigués et comme nous parlons beaucoup de Fessenheim, les territoires le long du Rhin. C’est ce que j’ai expliqué au Ministre Le Cornu la semaine dernière : si nous voulons recréer une zone d’activité importante le long du Rhin, il faut aussi prévoir les transports et si possible, le transport ferroviaire. C’est un projet structurant.

L’Alterpresse : Pour revenir quelque peu sur l’apprentissage de la langue allemande, il y a une attractivité de l’Allemagne sur le plan économique par exemple, mais beaucoup moins en sa culture. Ne croyez-vous pas qu’il faudrait également penser à des investissements entre autres dans les activités culturelles ?

Brigitte Klinkert : C’est pour cela aussi que déjà dans un premier temps on souhaite une meilleure connaissance de l’autre. Et si on connaît mieux son voisin, obligatoirement on s’intéressera à son mode de vie, sa culture. Je suis présidente de l’association des Dominicains de Haute-Alsace à Guebwiller et au cours de l’année scolaire passée, nous avons mené à bien un beau projet culturel initié entre une classe d’un collège du département et une autre de Breisach, dans le cadre duquel les collégiens alsaciens et allemands étaient les acteurs. Nous avons envie d’entrer dans les collèges haut-rhinois pour y développer l’enjeu citoyen mais également la culture, notamment cette culture rhénane qui est celle de notre territoire.

L’Alterpresse : Donc sur cette reforme territoriale, l’objectif est de recréer une Collectivité en fusionnant les assemblées départementales mais pas les départements et en demandant des compétences nouvelles aujourd’hui assumées par soit la Région, soit l’Etat…

Brigitte Klinkert : Je tiens à préciser que fusionner les assemblées juste en l’état n’a aucun sens car on souhaite donner une vraie efficacité politique à cette nouvelle collectivité…

L’Alterpresse : Il ne s’agit pas d’un bricolage institutionnel…

Brigitte Klinkert : Non, non…

L’Alterpresse : Est-ce que votre projet est compatible avec ce que veut créer Jean Rottner au sein de la région Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Je ne sas pas exactement ce que Jean Rottner veut faire… Je n’ai pas suivi cela… Mais nous sommes en négociation avec lui.

Le financement de la Collectivité territoriale

L’Alterpresse : Une dimension nouvelle pour notre région Alsace mais dans quelle mesure aurez-vous les moyens financiers pour assurer ces nouvelles compétences ?

Brigitte Klinkert : Le département ne tire plus ses ressources des impôts locaux depuis quelques années. Evidemment, transfert de compétences veut dire transférer des moyens pour les assumer. La mise en place de l’écotaxe sera également une entrée financière substantielle pour cette Collectivité.

L’Alterpresse : Pas de nouveaux impôts en vue ?

Brigitte Klinkert : Non, nous ne sommes pas dans ce registre. Quand je suis arrivée à la tête du Département, j’ai proposé à mes collègues, qui sont dans le même état d’esprit, un pacte budgétaire qui exclut le recours à l’impôt, cela serait juste impossible à réaliser.

L’Alterpresse : Avez-vous des assurances de la part de la Région et de l’Etat d’obtenir les moyens financiers liés aux nouvelles compétences que vous devrez assumer ?

Brigitte Klinkert : Elément important. Ce que nous demandons avec Frédéric Bierry, c’est que ce soit la loi qui mette cette Collectivité en place, sans ambigüité et qu’on ne puisse pas, en cas de changement de président de Région par exemple, revenir sur cette création…

L’Alterpresse : Et les engagements financiers seront également définis par la loi…

Brigitte Klinkert : Oui. Très franchement, nous en sommes au projet et je dois voir Frédéric Bierry ces jours-ci pour voir comment avancer.

L’Alterpresse : Revenons à l’actualité immédiate. Nous avons vu votre budget et avons été frappé que vous ayez pu dégager ces deux dernières années, 104 millions d’euros pour le remboursement de la dette. Cela fait près de 20% des dépenses d’activité… N’aurait-il pas été plus efficace de les affecter ailleurs, par exemple aux investissements qui ne sont que d’environ 76 millions d’euros ?

Brigitte Klinkert : Il faut savoir qu’un gros travail a été réalisé pour réaliser des économies de fonctionnement et il faut saluer le travail fait par Eric Straumann dans ce domaine. Aujourd’hui, nous avons toujours des contraintes budgétaires mais avec mes collègues et dans la mesure de nos possibilités, nous souhaitons clairement faire des investissements plus importants. Car c’est ainsi qu’on peut redynamiser l’économie : si les départements veulent continuer à garder leur place (et aujourd’hui on se rend compte justement du fait des grandes régions que les départements ont toute leur place, que ce sont des collectivités de proximité irremplaçables qui ne sont pas remises en question clairement aujourd’hui), il faut donc qu’ils répondent présents en matière d’investissements.

Par ailleurs, nous allons continuer à faire des économies notamment de fonctionnement.

« Je suis pour l’équité territoriale »

L’Alterpresse : Le département a fort à faire pour répondre aux défis de développement dans toute la Sud Alsace… Avec ce que Mulhouse est en train de vivre actuellement…

Brigitte Klinkert : Absolument et avec tout ce qui va se passer aussi dans le secteur des 3 Frontières, dans le secteur de Fessenheim, il y  a là de beaux enjeux.

 

L’Alterpresse : Que pensez-vous de la place que prennent de plus les métropoles. N’y a-t-il pas là une concurrence avec les départements qui  est en train de s’affirmer… L’Eurométropole de Strasbourg donne un peu cette impression…

Brigitte Klinkert : Il ne faut jamais oublier que les élus des départements, plus que d’être proches des territoires, en sont issus. Je dis toujours que les conseillers départementaux ont de la boue à leurs souliers, on les connaît, ce sont eux, avec les maires, qu’on va voir quand il y a des problèmes…

Je suis une ardente défenseuse de l’équité territoriale : j’y veille dans le Haut-Rhin entre autres entre les trois principales villes, Colmar, Mulhouse, Saint-Louis et les autres territoires. Cela est du rôle du Conseil départemental. Comme vous évoquiez Strasbourg, une étude récemment faite par France Stratégie* démontre que ce n’est pas la métropole de Strasbourg qui dynamise les territoires du département, mais que ce sont bien les territoires du département qui portent le dynamisme vers Strasbourg.

Troisième élément de réponse : l’eurométropole de Strasbourg n’est pas destinée à suivre le modèle lyonnais cela a été clairement affirmé.

L’Alterpresse : Dans votre budget, on voit apparaître le peu de moyens affectés à la question économique et on comprend pourquoi puisque cela est du domaine de la Région. Le budget fait plus apparaître vos interventions sur les conséquences économiques, comme si vous étiez les « pompiers de service » pour réparer les dégâts… Peut-on imaginer que vous soyez plus à l’initiative avec la nouvelle Collectivité ?

Brigitte Klinkert : Aujourd’hui, j’ai passé ma matinée à faire de l’économie. Je n’ai pas le droit d’en faire selon la loi Notre, mais depuis que je suis présidente, la moitié de mon temps est consacré aux choses économiques. Parce que nous sommes les élus de proximité, il y a une confiance des chefs d’entreprise envers nous, et nous avons aussi la chance d’avoir un outil qui travaille « dans la dentelle » et qui a la confiance des entreprises, c’est l’ADIRA qui fait vraiment un très beau travail.

Par le biais de la solidarité, plus spécifiquement de l’insertion, nous allons sur le terrain de l’économie. Un exemple : nous sommes en train de mettre en place, dans notre Direction de la Solidarité, en partenariat avec les acteurs de l’emploi et de  l’insertion sur le terrain, une cellule qui met en lien nos bénéficiaires du RSA avec des entreprises qui recherchent et qui ont beaucoup de mal à trouver des salariés. Non seulement, nous essayons de trouver parmi nos bénéficiaires du RSA des personnes intéressées mais nous nous efforçons des les accompagner pour les rassurer dans leur démarches de retour à l’emploi mais également de rassurer les entreprises prêtes à recruter ces bénéficiaires du RSA.

Bilan du RSA bénévolat

L’Alterpresse : Est-ce que cela signifie que vous envisagez des contrats d’engagement récriproque avec les entreprises privées comme cela se fait déjà avec les collectivités ou les associations ?

Brigitte Klinkert :  Non, là il s’agit juste d’une mise en contact. Je suis effarée par le nombre d’entreprises, d’artisans qui ne trouvent pas de salariés. Nous avons à présent des bénéficiaires du RSA qui font du bénévolat dans les collectivités ou les associations, mais ce bénévolat doit aussi être un tremplin pour eux pour accéder à l’emploi.

L’Alterpresse : Quel est le bilan que vous tirez de onze mois du dispositif RSA que vous avez mis en place et qui a été tellement décrié…

Brigitte Klinkert : Le RSA bénévolat ne fonctionne pas depuis onze mois, car il a fallu du temps pour le mettre en place à partir de la décision de février 2017. Il a vraiment démarré en septembre 2017, en quatre mois nous avons 500 bénéficiaires du RSA qui ont accepté des missions de bénévolat. Et nous avons 700 propositions de postes…

L’Alterpresse : Pour l’instant vous n’avez donc pas pu répondre favorablement à toutes les demandes des associations ou collectivités…

Brigitte Klinkert : Evidemment, pour qu’un bénéficiaire du RSA accepte une mission de bénévolat, il y a tout un travail à faire par notre Direction de la Solidarité. Se posent des questions comme l’emplacement géographique, l’intérêt du bénéficiaire pour la mission proposée, et cela me conduit à penser que 500 en quatre mois, c’est franchement un bon résultat.

L’Alterpresse :  A partir de ces informations, pouvez-vous savoir si cette mesure a un impact sur l’emploi dans les collectivités, ou bien de l’utilisation du bénévolat pour compenser la perte de contrats aidés ou de postes fixes…

Brigitte Klinkert : Ce n’est pas l’esprit de cette mesure !  Nous y veillons de très près, il y a une charte qui doit être signée par l’association ou la collectivité. Nous avons des partenaires à nos côtés qui nous aident à veiller au grain, il n’est pas question de remplacer des postes fixes…

L’Alterpresse : Est-ce que des collègues d’autres départements vous ont contactée en vue d’appliquer cette mesure chez eux ?

Brigitte Klinkert : Oui, nous avons des collègues qui sont intéressés et qui nous demandent des renseignements.

L’Alterpresse : Et les associations sont satisfaites ? Il y a moins de réactions que ne pouvaient le présager les protestations à l’origine ?

Brigitte Klinkert : Il est normal que les gens s’interrogent, cela ne s’est jamais fait auparavant. C’est toujours bien que tout le monde ne soit d’accord, car cela permet d’affiner, d’aller plus loin. Aujourd’hui, c’est un dispositif qui est tout à fait sécurisé, avec des mesures d’accompagnement.

L’Alterpresse : Savez-vous que beaucoup de bénéficiaires potentiels du RSA ne le demandent même pas… Ne croyez-vous pas que votre condition en découragerait encore plus…

Brigitte Klinkert :  Notre dispositif n’est pas une condition ! Il ne faut pas le voir comme cela, ce n’est pas une obligation. Il s’agit d’une proposition que chacun est libre d’accepter. Nous voyons cela comme une mobilisation de la personne, que cela peut lui donner un objectif d’activité dans la semaine, car ne pas travailler, c’est ne plus se sentir inclus dans la société.

« Stocamine : Je maintiens ma demande de déstockage total »

L’Alterpresse : Autre dossier important pour la région. Stocamine. Vous avez eu la chance de pouvoir accéder au lieu de stockage au fond de la mine. Qu’y avez-vous vu ?

Brigitte Klinkert : Ce sont deux grandes galeries dans lesquelles apparaissent des problèmes de fluage de sel qui sous la pression, déforment les galeries, réduisent l’espace de stockage et compliquent de ce fait l’enlèvement des matières qui y sont déposées. On a pu voir aussi le chantier expérimental des futurs bouchons en béton qui devraient permettre d’isoler Stocamine des galeries voisines.

Je voudrai quand même rappeler qu’un accord initial avait été établi pour assurer la réversibilité du stockage. Et les problèmes de fluage, d’inondation, n’avaient, à cette époque, jamais été évoqués. La question que je me pose, c’est que ces « big-bags » qui contiennent ces déchets sont certes difficiles à déplacer dans la galerie où l’incendie avait sévi. Mais les autres ont été déplacés dans la galerie pour faire le tri et je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas été sorti à cette occasion, j’ai du mal à accepter cela.

Ma position a été confortée lors de cette visite et compte tenu des risques réels d’ennoiement de ces galeries dans lesquelles sont entreposés encore des déchets dangereux et du risque pour la qualité des eaux en Alsace, je maintiens ma demande du déstockage de tous les déchets.

L’Alterpresse : Pourtant, le préfet maintient son arrêté et les travaux de déstockage sont arrêtés. Pensez-vous intervenir pour que les travaux reprennent ?

Brigitte Klinkert : Vous savez qu’il y a une procédure en cours, nous poursuivons notre procès contre cet arrêté.

L’Alterpresse : Il y a constitution d’un groupe d’élus locaux qui se définit comme le seul interlocuteur auprès du ministère. En faites-vous partie ?

Brigitte Klinkert : Oui, je suis parmi ce groupe d’élus. Le préfet, lui, est le représentant de l’Etat dans le département. Nous nous adressons au Ministre.

Fessenheim : Cinq axes pour trouver des solutions

L’Alterpresse : Fessenheim. Vous avez accompagné le ministre et lui avez fait des propositions…

Brigitte Klinkert : J’ai été occupé durant deux jours par Fessenheim ! Nous avons  remis au ministre, un document au nom de l’ensemble des élus, des propositions avec un plan de transition énergétique et économique. Cinq axes : créer une zone d’activité franco-allemande à proximité de la Centrale, des investissements d’avenir avec un espace de recherche transfrontalier tourné vers l’énergie et les matériaux de demain, ainsi que vers l’industrie et l’agriculture de demain. Ensuite alimenter le département en énergie exclusivement renouvelable d’ici une dizaine d’années (éolien, solaire, méthanisation, géothermie) mais aussi le stockage de l’énergie, la construction d’une centrale au gaz « vert ».

Les deux autres axes portent sur la fiscalité et, sur le plan social avec lequel j’aurai d’ailleurs dû commencer et dans lequel nous incluons les prestataires et sous-traitants.

Compte tenu des compétences, le plan social sera assumé par l’Etat en lien avec la Région.

Sur le fond de ma pensée, je crois qu’on ferme un peu trop vite et je plaide avec un espoir d’y arriver pour repousser la fermeture en 2021 ou 2022 pour commencer à concrétiser la redynamisation économique de ce territoire.

Le département n’a pas perdu de temps sur cette affaire : nos cinq axes sont des vraies propositions qui ont été profondément étudiées.

Les représentants de la municipalité de  Freiburg, ceux de la Chambre de commerce de Freiburg, étaient là lors de la visite du Ministre. Il y a une volonté de leur part de s’impliquer dans la revitalisation du territoire.

Maintenir le pluralisme de la presse en Alsace

L’Alterpresse : Une dernières question : que pensez-vous de la décision du Crédit Mutuel de fermer l’imprimerie de Mulhouse et des risques que cela fait poser au pluralisme de la presse en Alsace ?

Brigitte Klinkert : On nous a assuré que nous allions conserver les deux quotidiens, les DNA plus dans le Bas-Rhin et L’Alsace plus dans le Haut-Rhin. Il y a déjà une mutualisation faite au niveau des rédactions. Bien évidemment, je regrette la fermeture de l’imprimerie de Mulhouse mais malheureusement elle n’est plus viable économiquement d’après les informations qu’on m’a données.

En tout cas, j’ai exprimé auprès de la direction d’Ebra les préoccupations du conseil départemental car il y a des répercussions sur les personnels, cela va demander des déplacements des personnes, il faut donc des mesures d’accompagnement. Je lui ai également fait part de notre détermination pour le maintien de deux titres en Alsace. C’est effectivement une préoccupation pour qu’il y ait encore un pluralisme de l’information mais surtout que les spécificités haut-rhinoises puissent être prises en compte.

Si le groupe Ebra pouvait développer sur Mulhouse son pole digital, avec les investissements à la fois humains et financiers, cela répondra à un souhait de notre part. Et nous en avons fait part au Crédit Mutuel.

* http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-na-64-dynamique-emploi-metropoles-30-novembre-2017.pdf

Propos recueillis par Michel Muller

Repenser l’Alsace autrement…

L’Initiative Citoyen Alsacienne 2010 lance un « Appel aux élus alsaciens » dont nous publions des extraits. En effet, le gouvernement et sa majorité considèrent que la « réforme territoriale » est entérinée et on ne reviendra plus là-dessus. Il est méritoire que des associations s’élèvent contre cette forme d’oukase que des élus alsaciens semblent à présent accepter contre des « mesurettes » que M. Rottner, jadis opposant farouche du Grand Est, veut mettre en place pour faire passer la réforme… rejetée à près de 90% par les Alsaciens interrogés.

Pour ne pas tomber dans ce qui pourrait être considéré comme un « repli sur soi » (ce qui peut bien exister dans certaines organisations), nous publions ci-dessous une réflexion de Bernard Umbrecht qui permet de pousser la réflexion au-delà des lieux communs et lui donne une vraie hauteur de vue sur les enjeux démocratiques qui se posent dans le cadre d’une société mondialisée qui remet les anciennes structures étatiques chaque jour en cause.

« L’Alsace est actuellement en quête d’une nouvelle manière de s’individuer. Cela s’exprime par une aspiration à un retour à son ancienne existence institutionnelle. Cette région me paraît détenir un potentiel d’expérimentation de cet internation contre le dogme national de l’unicité qui se résume dans le slogan absurde de un peuple, un Etat, une nation, une langue, qui empêche la pleine reconnaissance des langues régionales y compris l’allemand comme langues de France. Cette reconnaissance est une condition nécessaire mais non suffisante. Les langues régionales ne peuvent se résumer – même si ce n’est pas négligeable – à des facilités pour trouver des emplois chez nos voisins. Elles véhiculent aussi des cultures. D’autres chantiers doivent être ouverts si l’on veut éviter une simple restauration du passé pour une continuation de la politique telle qu’elle a été menée par les mêmes jusqu’à présent. La question est : si retour aux anciennes institutions – et pourquoi pas de nouvelles ?– ce serait pour faire quoi ? Au cours d’une récente rencontre, l’on s’est demandé ce qui pourrait mobiliser dans un projet commun, dans une même région, « alsaciens «  et « non-alsaciens », en fait dialectophones et non dialectophones et/ou anciens et nouveaux arrivants ? En déplaçant la focale, on peut trouver des réponses. Dans le fait, par exemple, que nous partageons une même nappe phréatique de plus en plus polluée de nitrates et de pesticides ou dans le fait – autre optique – que nous avons en commun avec nos voisins suisses et du pays de Bade, sur le Rhin, une centrale nucléaire qu’il est temps de fermer. Nous avons en commun avec l’ensemble des habitants de la planète la lutte contre les effets de l’anthropocène. D’autres pistes existent. Nous avons un remarquable modèle de sécurité sociale, hérité de Bismarck, et qui fonctionne bien, à défendre, etc …etc.. . Il serait bon aussi bien sûr pour faciliter les relations avec les autres que les « alsaciens » sortent de leur béate innocence à propos de tout ce qu’il s’est passé dans le siècle écoulé, ils ont à prendre aussi leur part de responsabilité. »

 Bernard Umbrecht

A lire le texte entier sur http://www.lesauterhin.eu/bernard-stiegler-1917-2017-et-apres/

 

Appel aux élus d’Alsace

L’Alsace se trouve à la croisée des chemins. Soit elle disposera à l’avenir des pouvoirs et des moyens lui permettant de définir et de gérer ce qui lui est propre, tout en définissant et gérant avec d’autres ce qui est commun, soit elle disparaîtra dans les oubliettes de l’histoire, alignée qu’elle serait sur l’uniformité jacobine qui se veut d’unir les mêmes et non les différents et qui ce faisant créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque[1].

 Pour définir ce qui est propre à l’Alsace, il faut raisonner, en premier lieu, en termes d’espace. La première identité de l’Alsace est géographique. L’Alsace, ce n‘est pas qu’une extrémité orientale de la France. Elle n’est pas qu’une fin de France, un finistère. Elle est le début de la Mitteleuropa, son extrémité occidentale. Et c’est en premier lieu de sa situation géographique que découlent ses particularismes, ses besoins et ses intérêts propres, qu’il s’agisse en particulier de bilinguisme, de culture, d’économie, de transport ou de transfrontalier. La dimension transfrontalière est dans l’ADN de l’Alsace[2].

(…)

Au moment même où au niveau national l’amitié franco-allemande est proclamée en permanence, l’Alsace peut-elle accomplir son devoir historique et culturel, celui d’être le trait d’union ? Sert-elle de champ d’expérimentation de la coopération franco-allemande au quotidien ? Est-elle un exemple et une référence pour les autres États membres de l’Union européenne en la matière ?

La France n’a jamais conduit en Alsace une politique à la hauteur des enjeux, obsédée qu’elle est par l’égalitarisme et coincée qu’elle est dans son centralisme, et l’Alsace n’a jamais disposé des pouvoirs et des moyens pour le faire.

Pourtant ces particularismes, ces besoins et intérêts propres sont aussi, au travers de l’Alsace, ceux de la France. Qu’aujourd’hui, la France ne l’oublie pas au moment où l’Alsace revendique une nouvelle institution politique.

Tout en opérant des avancées considérables en matière de droits, de libertés et de progrès social, la France n’a jamais entrepris une véritable prise en compte du fait régional, les collectivités territoriales ne constituant, pour le mieux, que des modalités d’organisation administrative, même si des ouvertures ont été obtenues. La chose est bien connue et maintes fois dénoncée, et pas par les moindres, mais jamais vraiment réformée.

 Nous appelons de nos vœux une nouvelle répartition des pouvoirs et des compétences entre l’État et les Régions. Un nouveau pacte devrait intervenir. Ces dernières devraient pouvoir gérer ce qui ne relève pas expressément de l’État, autrement dit, tout ce qui n’est pas régalien. La dualité de l’organisation étatique ainsi créée reposerait et se construirait sur une double loyauté des citoyens : l’une à l’égard de l’État, l’autre à l’égard de la Région. Mais le grand soir du girondisme n’est pas arrivé.

Pour l’heure, L’Alsace demande et nécessite pour exister en tant que telle une institution politique propre bénéficiant de vraies compétences, les unes transférées par l’État, les autres par la Région Grand Est. Les plus importantes, et les plus déterminantes, celles qui correspondent en premier aux particularismes, aux besoins et aux intérêts propres seraient celle de l’économie avec l’attractivité et le tourisme, celle de la gestion de la langue et de la culture régionales (bilinguisme français-allemand standard et dialectal, scolaire et sociétal, formation des enseignants et des communicants, enseignement de l’histoire et de la culture d’Alsace, politique culturelle…), celle aussi de la gestion de la coopération transfrontalière permettant de travailler à hauteur de pouvoir avec nos partenaires du Rhin supérieur.

Au-delà du contenu, il s’agit aussi de donner une structure et un mode gouvernance à la nouvelle institution. L’Alsace est par elle-même une métropole, tant tout y est proche et lié, une métropole qui resterait à instituer et qui fédèrerait les pays qui la composent.

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est à la reconstruction, tant l’Alsace a perdu en substances économique, linguistique, culturelle… ces dernières décennies. Le temps n’est plus aux tergiversations, aux conflits de personne ou aux intérêts partisans. Le temps est à la démocratie[3]. Le temps est à la prise de responsabilité et à l’unité.

[1] Il existe en effet des statuts particuliers en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux Antilles, en Corse, à Paris…

2L’Alsacianitude est une confluence et une synthèse.

3 C’est-à-dire dans ce cas au «  droit et [à] la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part importante des affaires publiques ». cf.  Charte de l’autonomie locale ratifiée par la France le 17 janvier 2007.

 

 

Bernard Stoessel : Retour à la région Alsace et ses deux départements !

La démission de M. Richert de la présidence du Grand-Est est un échec pour l’homme politique mais aussi pour toute la réforme territoriale qui ne convainc absolument personne ! Et ce sur tout le territoire français car les citoyens ont du mal à comprendre en quoi cette réforme est avantageuse pour eux ! M. Rottner, jadis (c’est-à-dire il y a quelques mois) était vend debout contre l’intégration de l’Alsace dans le Grand-Est allant jusqu’à faire signer 60.000 personnes sur une pétition pour soutenir son avis, a totalement changé d’avis et sera élu dans quelques jours calife à la place du calife. Mais bon, il ne confiera pas toutes les responsabilités de maire de Mulhouse à Mme Lutz, gardant une place au chaud… On n’est jamais trop prudent quand on gère une carrière… A quand un maire de Mulhouse qui aime sa ville et la gère en conséquence plutôt que de l’utiliser comme marche-pied pour ses ambitions personnelles…

Mais revenons à la Grande-Région, aussi appelée le Machin-Truc ou le Grand Bidule. La Cour des comptes est sévère avec la création de ces méga-structures. Dans son dernier rapport daté du 11 octobre, elle pointe « des risques importants de surcoûts durables de gestion” alors même que les économies sont encore difficilement estimables – mais largement utilisées comme argument par le précédent gouvernement.

 Hauts-de-France, Grand Est, Nouvelle Aquitaine, Occitanie… les Sages pointent plusieurs exemples de potentiels dérapages, conséquences du transfert de compétences aux régions et de leur fusion.

Ainsi, dans les Hauts-de-France, le seul renouvellement du pelliculage des TER coûte 30.000 euros par train, soit 10 millions d’euros au total. Une somme importante pour simplement redécorer les rames aux couleurs de la nouvelle région… On attend d’avoir le chiffrage du Grand Est dans lequel le réseau de transport est tellement efficace qu’il vaut mieux passer par Paris pour aller à Reims ou Troyes. Ne parlons pas de Châlons-en-Champagne…

Les élus alsaciens enfin clairs ?

A l’analyse de certaines déclarations ou conclusions de conférences, il semblerait que les élus alsaciens prennent conscience du rejet massif du Grand Est par la population alsacienne. Mais cette apparente unité transpartisane révèle en réalité de profondes divergences. Sortie ou non du Grand-Est ? Fusion des départements ? Transformer l’Alsace en… département (idée génialement stupide de M. Meyer, maire de Colmar) ? Un appel de cent personnalités alsaciennes recueille de nombreuses signatures tout en ne faisant pas l’unanimité dans ses propositions.

Une lettre ouverte de Bernard Stoessel

Bernard Stoessel, figure politique mulhousienne bien connue, ancien 1er Vice-président du conseil régional d’Alsace, président de l’association des élus pour la langue régionale, conseiller municipal de Mulhouse, médecin, a rédigé une lettre-ouverte à destination du président de la République, lettre co-signée par différentes personnalités politique alsaciennes.

Nous la publions bien volontiers ici :

 « Monsieur le Président de la République,

Votre projet politique semblait tel qu’il a été exposé durant les campagnes électorales présidentielle et législative répondre à la situation de notre pays et à l’intérêt collectif des citoyens: réalisme économique, économies budgétaires, simplification fiscale et administrative, adaptation du code du travail au développement des entreprises, augmentation des salaires réels et du pouvoir d’achat pour les plus faibles, soutien actif à la construction européenne, respect des engagements internationaux de la France.

Entre autres, les Alsaciens, appréciaient tout particulièrement, votre intérêt pour le partenariat avec l’Allemagne. En Alsace, l’allemand, première langue maternelle de l’Union européenne, est aussi enseigné en tant que langue régionale.

Un très grand nombre d’Alsaciens seraient pourtant bien plus sensibles à un Président et une majorité législative qui s’engageraient en toute transparence pour une évolution permettant à l’Alsace de retrouver son statut de région administrative. En effet, la dilution de l’ancienne Alsace dans une immense région dite Grand Est a été imposée sans le consentement des Alsaciens.

Durant votre campagne électorale vous n’avez pas  répondu aux très nombreux courriers individuels et collectifs, de citoyens, d’associations alsaciennes demandant un retrait de l’Alsace du Grand Est.

Une pétition demandant un référendum en vue du retrait de l’Alsace du Grand Est, ignorée et rejetée par le Préfet et l’actuel président du Grand Est, avait pourtant réuni en 2015 115 000 signatures d’électeurs soit près de 10% du corps électoral alsacien, un chiffre considérable jamais atteint auparavant, une première dans notre pays.

Un sondage de l’institut CSA d’avril 2017, publié dans les quotidiens alsaciens le 18 mai, a confirmé de façon spectaculaire ce  refus de plus en plus massif des Alsaciens de rester au sein du Grand Est.

En effet, ce rejet s’élève à présent à 84% de personnes qui ne se reconnaissent pas dans ce Grand Est. Une énorme majorité d’Alsaciens souhaite selon ce sondage non seulement le retour à une Région Alsace de plein exercice, forte de près de deux millions d’habitants, mais aussi le maintien des deux départements.

L’attachement des Alsaciens à leur identité, à leur histoire et à leur terre ancestrale va bien au-delà. En effet, le même sondage confirme que pour 61 % de la population cette nouvelle région Alsace doit prendre la forme institutionnelle d’une collectivité à statut particulier dotée des compétences permettant, au sein du cadre français, de la redynamiser et de pérenniser ses particularités linguistiques, culturelles et juridiques.

Notre courrier du 11 juin 2017 au Président de la République, dont copie jointe, signé par une trentaine de citoyens, est resté également sans réponse ni même accusé de réception de votre part. Ce n’est certainement pas ainsi que les Alsaciens, si respectueux des institutions par sens civique, méritent d’être traités. Le pacte girondin dont vous avez fait état leur semblerait au mieux une formule creuse, au pire de la poudre de perlimpinpin et du mépris.

Nous en appelons de nouveau à votre volonté affichée de déminage des problèmes de notre pays et espérons que vous permettrez à l’Alsace de se retirer du Grand Est et de reprendre toute sa place parmi les régions de France.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Bernard STOESSEL

Gérard CRONENBERGER,  maire honoraire d’Ingersheim, ancien président de l’association des élus pour la langue régionale d’Alsace et de Moselle germanophone et du Comité fédéral pour la langue et la culture régionales

Patrick KLEINCLAUS, ancien directeur territorial, responsable associatif

Monique MATTER, Présidente de la Fédération des langues régionales germaniques de France, ancienne professeure de collège, ancienne maire-adjointe de Marckolsheim

François SCHAFFNER, éditeur, ancien professeur de collège, responsable associatif

Jean-Jacques THUET, Ingénieur, Agriculteur, Responsable associatif, Retraité

Jean-Jacques WEBER, journaliste, ancien Président du Conseil Général du Haut-Rhin, ancien Maire, Député honoraire »

On peut lire que M. Stoessel avait déjà envoyé une lettre de ce type à M. Macron dès le 11 juin 2017… sans avoir obtenu de réponse. Il serait indécent qu’un président de la République continue de se comporter de telle façon… A vous lire, M. Macron !

 

Antoine Fabian : « Vous souvenez vous, M. Rottner… »

Antoine Fabian, syndicaliste chrétien, vice-président du Régime Local d’Assurance Maladie d’Alsace-Moselle, maire honoraire de Roderen, a pris sa plume à l’occasion de l’annonce de la candidature de M. Jean Rottner au poste de président de la région Grand Est. L’auteur rappelle qu’il fut un parmi les 60.000 signataires de la pétition lancée par le maire de Mulhouse contre la constitution de cette grande région et l’interroge sur ses intentions en accédant à cette nouvelle responsabilité. Pertinent et percutant : nous proposons à M. Rottner de publier sa réponse dès qu’il l’aura rédigée…

« Monsieur le Maire et Vice-président du Conseil Régional.

La presse nous informe que vous vous portez candidat à la succession de M. Philippe Richert comme Président de la région Grand-Est. La question immédiate qui vient à l’esprit des Alsaciens, et tout particulièrement des 60 000 signataires (dont je fus), en 2014, de votre pétition contre le projet de fusion de l’Alsace avec la Lorraine et Champagne-Ardenne, est de savoir quel Président vous serez, en cas d’élection.

Celui de la pétition, fidèle à vos convictions d’origine ou celui, à la suite de M. Richert, de l’abandon de l’Alsace, et donc de la négation d’une spécificité historique et culturelle ?

Allez-vous vous vous sacrifier « pour faire le job », comme M. Richert afin de sauver ce qui peut l’être, cautionnant, dans le même mouvement, l’inacceptable ? Une telle « abnégation » paraîtrait bien incompréhensible, sinon suspecte.

Pour mémoire, je vous joins des extraits de presse de l’époque parlant de votre engagement sincère, argumenté et pugnace contre la fusion (ci-dessous les liens correspondants).

M. Richert a jeté l’éponge face à son échec d’une tentative d’assimilation/disparition forcée de l’Alsace dans un ensemble incohérent, sans corps, sans personnalité, sans âme, malgré des campagnes de communication onéreuses et de chantage aux subventions, tout en vidant l’Alsace de tout pouvoir de décision.

Pour être « homme d’Etat », il ne suffit pas d’être humaniste, chrétien, démocrate, dévoué et ambitieux, il faut aussi de l’intelligence et de l’intuition politique.

Votre ambition est-elle de rentrer dans l’Histoire à la suite de personnalités alsaciennes et mosellanes mythiques, auteurs d’avancées sociétales, économiques, sociales, culturelles et religieuses de l’ancien « Reichsland », entre 1921 et 1924, puis de celles d’après-guerre, en 1945-46, tels que Robert Schuman, Henri Meck, Joseph Beck, Albert Schmitt et tant d’autres, tous hommes et femmes de courage et d’honneur ?

Ou, au contraire, serez-vous à la solde de ceux qui méprisent l’Alsace, à l’instar du Parlement français à Bordeaux en 1871 ou, plus récemment, de ceux qui ont liquidé les acquis alsaciens-mosellans, comme le gouvernement de François Mitterrand, en 1982, (Prud’hommes), puis de François Hollande, avec un redécoupage des Régions en dépit du bon sens et au mépris des populations concernées ?

Etes-vous de ceux, Alsaciens de surcroît, qui renoncent à se battre contre la suppression des Chambres consulaires, des organisations professionnelles et surtout l’affaiblissement du Régime local d’assurance maladie, qui prive les salariés, et surtout les retraités alsaciens-mosellans, d’une complémentaire santé solidaire, à un coût dix fois moins cher qu’une mutuelle, une institution de prévoyance ou une assurance ?

Ou encore, êtes-vous de ceux qui, par leurs revirements et reniements spectaculaires, conduisent au dégoût des citoyens envers la politique, suivant en cela Gilbert Meyer, Maire de Colmar, un des principaux responsables de l’échec du référendum d’avril 2013 et qui, avec un rare cynisme, réclame aujourd’hui ce qu’il avait combattu hier. Ce n’est pas ainsi que l’on va « réenchanter » la politique.  

Resterez-vous, dans le déni permanent de la réalité ? Le Grand-Est ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais, car cet agglomérat totalement contre-nature ne satisfait personne.

Il ne fait de loin pas d’unanimité de la population, en Meurthe-et- Moselle, contrairement aux affirmations de Madame Valérie Debord. Quant aux citoyens des Ardennes et de Champagne, ils sont tournés vers Paris ou la Belgique et non vers Strasbourg et le Rhin.

Car le développement économique, social et culturel de l’Alsace se situe, en grande partie, outre-Rhin. C’est une réalité que personne ne peut raisonnablement nier. Le Grand-Est est un boulet dans le développement des relations, dans tous les domaines, avec le Bade-Wurtemberg et la Suisse, si nécessaire pour l’économie, l’enseignement, l’emploi et la culture.

La population alsacienne est profondément attachée à la France, sans être d’origine gauloise, mais essentiellement bavaroise, autrichienne ou suisse, pétrie par l’humanisme et la culture rhénane. Je pense que nos amis ardennais et champenois comprennent cela et sont prêts à nous aider. Eux-mêmes ont été méprisés en les « fourguant » avec les Alsaciens et Lorrains, un dimanche soir dans un bureau de l’Elysée.

Tous les élus alsaciens, sans exception, sont intimement convaincus – même s’ils ne l’avouent pas en public – de la nécessité de « libérer » l’Alsace du Grand-Est. Pour ce faire, il n’y a pas de plan A ou B, totalement absurde et dénué de sens. Il n’y a qu’un seul plan : celui d’une Région Alsace dotée de réels pouvoirs délégués par l’Etat et de moyens, pour qu’elle puisse pleinement exercer ses missions, dans un pays moderne, tourné vers une Europe unie et prospère dont rêvaient ses fondateurs.

Enfin, la population aimerait aussi connaître le positionnement réel du parti politique dont vous vous réclamez. Tout et son contraire a été dit et écrit, sur les postures des uns et des autres, selon qu’on est élu régional, départemental, député, sénateur ou maire, en clair, selon son ego ou intérêt personnel. Tout ceci participe à la confusion générale. La pression des instances nationales du parti LR (jacobines par dogme) semble manifestement peser lourdement sur des élus alsaciens timorés (craignant pour leurs investitures futures !).

Dans l’attente d’une réponse digne d’un « Homme politique d’Etat », libre, pragmatique, audacieux, à l’écoute des citoyens, désireux d’une vie démocratique plus participative et au service de l’intérêt de l’Alsace et de la France,

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma très respectueuse considération,

Antoine Fabian, un des milliers signataires de votre pétition. »

Inutile de repréciser que L’Alterpresse68 se tient à disposition du maire de Mulhouse pour publier sa réponse même avant son élection dans un fauteuil…

http://www.lalsace.fr/actualite/2014/07/20/jean-rottner-lance-une-petition-pour-l-alsace

https://www.ami-hebdo.com/actu/non-la-fusion/

http://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/jean-rottner-je-deplore-climat-lequel-debat-alsacien-se-fait-parfois-1339523.html

https://www.lesechos.fr/17/09/2014/lesechos.fr/0203783308447_reforme-territoriale—l-alsace-prepare-sa-riposte-contre-la-fusion-avec-champagne-ardenne.htm

http://www.lesrepublicains67.eu/2014/07/signez-la-petition-pour-lavenir-de-lalsace/

http://www.dna.fr/actualite/2016/08/31/petition-sur-rendeznouslalsace-fr-les-cartes-et-les-dessous-des-cartes

Revenu de base : inconditionnel sans état d’âme !

Dans le cadre de nos émission Un autre son de cloche sur Radio MNE 107.5 ou radiomne.com, nous avons pu interroger Daniel Häni qui est l’initiateur principal de la votation qui a eu lieu en juillet 2016 en Suisse sur la mise en place d’un revenu de base. Dans le cadre du débat actuel en France sur la question, la vision de Daniel Häni est intéressante et ses arguments sont pertinents. Ils sont évidemment sujet à débat et nous publions ses propos ici pour contribuer au lancement de cette idée nouvelle d’un revenu payé inconditionnellement à chaque citoyen.

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Wadi Fukin : des Alsaciens s’engagent pour des terres palestiniennes

Lors d’une récente conférence de presse l’Association France Palestine Solidarité Alsace (AFPS) a rappelé qu’elle est engagée depuis des années dans des projets de coopération économique avec des partenaires palestiniens. Continuer la lecture de Wadi Fukin : des Alsaciens s’engagent pour des terres palestiniennes

Richert, Bierry, Straumann: un trio de masos austéritaires, parmi d’autres

P. Richert, F. Bierry et E. Straumann n’osent pas regarder la réalité en face. A l’insu de leur plein gré, ils participent au siphonnage des caisses publiques, vidées pour remplir les coffres de la finance. Ci-dessous, un petit aperçu de leurs exploits récents, du même acabit que ceux de leurs homologues, partout en France, qui contribuent plus ou moins consciemment à imposer une logique austéritaire et une répartition des richesses de plus en plus inégalitaire. La campagne électorale qui s’ouvre, et à laquelle ils ont déjà commencé à participer, n’augure rien de bon, à moins d’y introduire un détournement subversif dont l’issue serait incertaine. Mais on en connait qui essaieront quand même. Continuer la lecture de Richert, Bierry, Straumann: un trio de masos austéritaires, parmi d’autres

Transport scolaire : des dingues au volant écrabouillent la gratuité

Les « élites » élues ne savent plus où elles vont, même en matière de transport. Comme à chaque rentrée, la question du financement des transports scolaires ressurgit. Cette année plus encore que les précédentes, ça part dans tous les sens. Mais il n’y a pas grand monde, hélas, pour emprunter la voie du bon sens élémentaire qui consisterait à instaurer la gratuité. Continuer la lecture de Transport scolaire : des dingues au volant écrabouillent la gratuité

Alsacien interdit de mémoire : Joseph Rossé

MICHEL KREMPPER

https://www.mixcloud.com/radio-mne/un-autre-son-de-cloche-du-1er-juin-2016/

L’Alsace commence enfin à s’interroger sur son histoire. Sa « disparition administrative » engagée par une réforme territoriale absurde et stupide, ne lui enlève en rien son passé et sa singularité au sein de la république française. Encore faut-il qu’elle se réconcilie avec son histoire et qu’elle l’accepte telle qu’elle est et non pas telle qu’elle a été réécrite par ceux qui veulent effacer sa mémoire. La biographie de Joseph Rossé qui vient de paraître sous la plume de Michel Krempper, avec une préface d’Andrée Munchenbach et éditée chez Yoram, s’attelle à cette difficile mais indispensable tâche.

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Contre la loi travail, la mobilisation ne faiblit pas

Bataille de chiffres habituelle : les syndicats annoncent 1.300.000 manifestants, le gouvernement… 125.000 ! Évidemment, personne n’y croit. D’ailleurs, peu importe, un fait est avéré : la mobilisation ne faiblit pas, la loi Travail n’est pas acceptée par l’opinion, l’accord de la CFDT n’y change rien, il faudra bien trouver une solution… Le débat parlementaire sera-t-il le lieu où cela peut se débloquer ?

« 1.300.000 manifestants aujourd’hui dans tout le pays, plus de 4 heures avant que les derniers manifestants parisiens quittent la place d’Italie, des délégations de syndicats européens présentes en nombre, arrêt total de la production dans certaines entreprises, des sites d’ordures ménagères bloqués, Continuer la lecture de Contre la loi travail, la mobilisation ne faiblit pas