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Richert, Bierry, Straumann: un trio de masos austéritaires, parmi d’autres

P. Richert, F. Bierry et E. Straumann n’osent pas regarder la réalité en face. A l’insu de leur plein gré, ils participent au siphonnage des caisses publiques, vidées pour remplir les coffres de la finance. Ci-dessous, un petit aperçu de leurs exploits récents, du même acabit que ceux de leurs homologues, partout en France, qui contribuent plus ou moins consciemment à imposer une logique austéritaire et une répartition des richesses de plus en plus inégalitaire. La campagne électorale qui s’ouvre, et à laquelle ils ont déjà commencé à participer, n’augure rien de bon, à moins d’y introduire un détournement subversif dont l’issue serait incertaine. Mais on en connait qui essaieront quand même.

En quasi faillite

Les deux patrons des départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, F. Bierry et E. Straumann, en font des tonnes en ce moment. Avec la même frénésie qu’il y a quelques mois lorsqu’ils se sont attaqués à l’hébergement d’urgence et aux allocataires du RSA, ils se sont investis ces jours-ci dans la « semaine de mobilisation des départements de France« . Lors d’une conférence de presse offensive le 15 septembre dernier, ils n’ont pas seulement défendu les départements menacés de disparition, ils ont, une fois de plus, réclamé du pognon.

C’est banal et répétitif. Tous les leaders et élus de toutes les collectivités locales l’ont déjà martelé à diverses occasions : on n’a plus de sous ! Après des refus catégoriques, touché par leurs suppliques, Hollande a fini par concéder en juin dernier aux maires réunis pour le congrès de l’AMF (Association des Maires de France) un allègement de l’effort demandé : la diminution des dotations étatiques sera moindre pour les communes. Une concession alambiquée, typiquement pré-électorale, à laquelle peuvent s’attendre l’ensemble des présidents des départements, pour peu qu’ils organisent leur raout avec le même allant que les deux Alsaciens.

De ce point de vue, c’est bien parti : la bataille des communiqués et des interpellations fait rage. Une quarantaine de départements ont annoncé être en quasi faillite. Ils se feront hara-kiri ?! Chiche !

Que voilà de « bons gestionnaires » !…

S’ils attendent tous une réduction… de la réduction des dotations de L’État, la plupart d’entre eux ont déjà pris courageusement d’autres mesures.

En « bons gestionnaires », eurêka !, ils ont eu tout de suite une idée géniale : « faire des choix » en matière de politique sociale. En clair, tailler dans les budgets sociaux. Pour rallier à leurs objectifs la partie la plus rétrograde de l’opinion, certains n’ont pas hésité à mener une campagne de stigmatisation des allocataires du RSA. Une façon de faire où E. Straumann s’est particulièrement distingué (voir l’article : Labeur du pauvre : Le conseil départemental du Haut-Rhin œuvre pour le larbinat (février 2016)).

En « bons gestionnaires », ils ont su s’attaquer aux services publics, comme les transports scolaires. Le rétrécissement du champ de la gratuité et la hausse des tarifs ont été au programme de cette rentrée. Sans susciter beaucoup de réactions pour l’instant, hélas (voir l’article : Transport scolaire : des dingues au volant écrabouillent la gratuité (septembre 2016)).

F. Bierry, dans le Bas-Rhin, a montré l’exemple : suppression de la gratuité pour les collégiens qui en bénéficiaient encore et hausse du tarif pour les lycéens. La route est tracée ; on se dirige vers de nouvelles régressions qui s’imposeront plus tard dans tous les départements du Grand Est sous la conduite de P. Richert. Mais pas avant que soit passé le cap des élections de 2017, quand même.

S’il a maintenu la gratuité dans le Haut-Rhin à la rentrée 2016 pour le transport des collégiens qui n’habitent pas dans les zones urbaines de Colmar et Mulhouse(1), E. Straumann s’est par contre attaqué au service départemental d’incendie et de secours (SDIS).pompier68encolere Mais, là, les pompiers se sont rebiffés, au point que le président du CD 68 a fait mine de reculer. Un syndicaliste CGT du SDIS s’est dit extrêmement méfiant. On le comprend. Un « bon gestionnaire » comme E. Straumann ne va pas reculer, comme cela, sans s’inquiéter à nouveau, à un moment ou à un autre, de la gravité de la situation budgétaire.

En « bons gestionnaires », toujours, la plupart des élus ont songé à diminuer la masse salariale des agents territoriaux ou/et à augmenter les impôts. Avec un bonheur variable, il est vrai : fort de son statut de président de l’association des régions de France (l’ARF), P. Richert a cru pouvoir se montrer encore plus imaginatif et audacieux que d’autres, en négociant carrément un nouvel impôt en faveur des régions avec le Premier ministre. Mais, incompris, M. Valls et lui ont dû remballer leur trouvaille fiscale. On peut leur faire confiance pour trouver autre chose et l’annoncer, par exemple, lors du prochain congrès de l’ARF qui va se tenir à Reims le 29 septembre prochain en présence, justement, du Premier ministre.

richertvallsL’ARF va-t-elle bénéficier des mêmes « avantages » que l’AMF ? Ou aura-t-on recours à des fonds européens ? Ou au « crowdfunding » ? C’est très tendance actuellement et parfaitement compatible avec les choix de nos « bons gestionnaires » qui font appel à des sponsors pour l’organisation de la sauterie rémoise du 29 septembre. Parmi ces « partenaires », il y a bien sûr l’incontournable Crédit Mutuel. Et son nouveau président, Nicolas Théry, est sollicité pour faire connaître ses initiatives en matière de création d’emplois à travers un témoignage vidéo. Mais pas encore pour faire une conférence sur le bon usage des paradis fiscaux… (voir l’article : Sa Sainteté le Crédit Mutuel est déjà au paradis (février 2015)).

En « bons gestionnaires », encore, dotés en plus d’un sens aigu des responsabilités, ils admettent tous qu’il est de leur devoir de participer à « l’effort de redressement » du pays. Ce qu’ils demandent au gouvernement, par contre, c’est de payer moins et l’autorisation d’étaler davantage leur « effort » contributif dans le temps.

qui se muent en masos austéritaires

Mais, en « bons gestionnaires » formatés au libéralisme, ils sont prêts à des « sacrifices ». Quitte à adopter les mêmes pratiques que celles qu’ils reprochent au gouvernement, en restreignant les dotations, redistributions et financements. Quitte à s’engager, ce faisant, dans une spirale récessive où la baisse des investissements locaux provoquera inévitablement une hausse du chômage local. Et les obligera à reporter ou à annuler définitivement la réalisation d’objectifs sociaux et environnementaux pourtant urgents.

On ne peut pas supposer qu’au fond d’eux-mêmes ils se réjouissent vraiment de ces enchaînements économiques et de leurs fâcheuses conséquences. Non, il est fort probable qu’ils en souffrent, ne serait-ce qu’à cause du risque sérieux d’une dégradation de leur popularité qui pourrait en découler…

Mais, nos « bons gestionnaires », par confort de carrière et attachement idéologique, ne parviennent pas, ou ne savent pas, résister aux pressions et menaces du contexte qui les transforment petit à petit en masos austéritaires plus ou moins assumés.

Comme système d'(auto)défense, il ne leur reste alors que la mise en accusation du sommet dans la pyramarton854ide du pouvoir. Une mise en accusation d’autant plus aisée que le décideur du dessus est réputé faire partie du camp politique adverse, bien que faisant des choix identiques. Ce réconfort psychique qu’apporte la désignation d’un bouc émissaire, les quelques socialistes qui sont restés aujourd’hui pro-gouvernementaux ne peuvent même pas se l’offrir ! Ayez une pensée pour ces malheureux…

Une idéologie dominante compliquée et mutilante

C’est compliqué, le fonctionnement de l’idéologie dominante. Quelques rares élus semblent être capables d’échapper à son emprise, au moins partiellement. Comme le montre l’exemple du ministre des finances du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie, Norbert Walter-Borjans, qui a réussi à faire entrer plus de 2 milliards d’euros dans les caisses publiques de sa région et le triple dans les caisses de l’Etat allemand en s’attaquant, lui, aux fraudeurs fiscaux.

Sa performance, réalisée en s’écartant un peu des voies habituellement empruntées par les libéraux échevelés, a rapporté des sommes plus que suffisantes pour sortir de la logique austéritaire. Et encore, il semblerait que les règles allemandes l’ont obligé à se montrer timoré dans sa volonté de récupération des sommes volées aux contribuables.

Imaginezwalterborjans le trio Richert, Bierry, Straumann idéologiquement aussi émancipé et lucide qu’un Norbert Walter-Borjans. Ils pourraient faire des merveilles, les bougres, rien qu’en utilisant les données que le ministre de Rhénanie du Nord-Westphalie a dénichées au Luxembourg et a généreusement redistribuées à travers l’Europe. Un fichier informatique de 42 540 données a ainsi atterri sur le bureau de M. Sapin. Croyez-vous que nos élus ont eu (ou auront) le courage de (se) poser des questions et de chercher à en savoir plus sur les fraudeurs locaux ?… (voir l’article : En Alsace, des élus locaux tétanisés face aux délinquants fiscaux (août 2016)).

Ne parlons pas de M. Sapin lui-même qui a chargé la grande presse de populariser ses propos fallacieux qui visent à faire croire qu’il combat sérieusement la fraude fiscale (voir, par exemple, les quotidiens alsaciens du jeudi 15 septembre 2016). Pour vous faire une idée de la réalité de l’action de M. Sapin et de son ministère, lisez plutôt un article signé Eva Joly : « Pour en finir avec l’impunité fiscale » paru dans le Monde Diplomatique de juin 2016.

L’équipe de L’Alterpresse68, qui a rencontré Eric Straumann en avril dernier (voir l’article Eric Straumann – Une entrevue exclusive (avril 2016)), a eu l’occasion d’évaluer le périmètre étriqué dans lequel le président du département du Haut-Rhin s’autorise à manœuvrer : lorsqu’au cours de l’interview il a été question de la réduction de la dotation de l’Etat aux collectivités locales, il s’est immédiatement recroquevillé sur sa « base fiscale, le bâti sur le territoire« , s’empressant d’ajouter que l’évasion fiscale « n’a rien à voir avec l’enjeu dont [vous parlez]« . Il faut se rendre à l’évidence : ce n’est pas demain qu’Eric s’inspirera des hardiesses de Norbert.

Plus déroutant : au moment de dette_5000l’évocation par L’Alterpresse68 de l’hypothèse d’une annulation des dettes publiques illégitimes, Eric Straumann s’est affolé en voyant immédiatement surgir « une guerre » à l’horizon. Rien de moins. Une « guerre » qui se serait produite « si en 2008 Sarkozy n’avait pas sauvé le système bancaire« .

Bref, faut pas jouer avec ça ! Mieux vaut s’en prendre aux allocataires du RSA(2), ils ne seront jamais aussi dangereux que les banquiers. Mieux vaut ne pas être au courant de l’existence d’emprunts toxiques dans les comptes du département(3). Cela vous évite d’avoir à affronter, ne serait-ce qu’en pensée, les escrocs bancaires qui ont arnaqué la collectivité.

Mieux vaut ne pas parler non plus de ces toxiques que la banque Dexia a réussi à glisser en quantité non négligeable dans les comptes du SDIS du Haut-Rhin en 2004 et 2007. Mieux vaut cacher les conséquences budgétaires de la lourde dette du SDIS 68 et ne surtout rien dire de ce que peuvent être les exigences financières d’une banque de contrepartie comme la Goldman Sachs qui s’est immiscée dans le contrat de l’emprunt de 2007.

servicepublicsdisLe silence est de rigueur, avec l’espoir que les sapeurs-pompiers en lutte n’auront pas l’occasion de prendre connaissance de certaines données budgétaires, et que la population ne se rendra pas compte qu’aux yeux des dirigeants du département la sécurité et la qualité d’un service public aussi vital que celui du SDIS comptent moins que les exigences de Goldman Sachs et d’autres créanciers voyous. Auxquels on ne peut rien refuser, n’est-ce pas ?!

Pour P. Richert, une seule solution : la dissimulation

En matière de gestion des dettes publiques, P. Richert, lui, n’a trouvé qu’une solution : la dissimulation.

Si les procédés qu’il a utilisés n’ont pas toujours été très subtils, ils sont restés suffisamment efficaces face à une « opposition » au Conseil Régional d’Alsace qui n’a jamais posé beaucoup de questions sur le sujet.

Trois occasions ont permis de lever un peu le voile : 1) La publication en 2013 d’un rapport de la Chambre Régionale des Comptes d’Alsace faisant état d’une présence forte de toxiques, dans une dette globale importante, partiellement camouflée derrière un crédit-bail contracté pour l’achat de matériel ferroviaire. 2) L’audition en décembre 2011 de P. Richert – qui exerçait alors sous Sarkozy les fonctions de ministre des collectivités locales – par la commission parlementaire, dite Bartolone, créée pour tenter de situer les responsabilités dans le scandale des emprunts toxiques qui commençait à faire du bruit et des dégâts dans les budgets des communes et des collectivités territoriales. 3) La publication en septembre 2011 dans le quotidien « Libération » d’une carte de France des toxiques dressée à partir d’un listing de la banque Dexia qui a fuité.

Lors de son audition par la commission Bartolone en 2011, P. Richert, mis en difficulté par les parlementaires qui le questionnaient, a fait quelques aveux sur les toxiques de la région Alsace et n’a pas su dissimuler sa propension à défendre les banquiers. On le voit mal, aujourd’hui, se mobiliser pour les attaquer dans leur rôle de complices des fraudeurs fiscaux, comme le fait avec détermination Norbert Walter-Borjans.

Pour le président du Grand Est, discrétion et dissimulation vont de pair. Il a réussi l’escamotage partiel de la dette de la région Alsace en la noyant dans celle de la grande région. Et ce, aux dépens des régions qui ne l’ont pas contractée : la Lorraine et surtout la Champagne-Ardenne vont trinquer(4).

Discret sur les dettes publiques et sur ce qu’elles coûtent au contribuable, il ne va pas reprocher aux fraudeurs d’être discrets sur les sommes qu’ils ont planquées pour échapper au fisc. Chef d’orchestre de cette symphonie du silence en vol majeur : le système bancaire, qui ramasse la mise en empochant les intérêts des dettes publiques ainsi que les pénalités exorbitantes versées par des élus résignés(5) suite au vote, en 2014, d’une amnistie relative aux escroqueries commises par les banques qui ont fourgué les toxiques aux collectivités. Un système bancaire qui encaisse également les « récompenses » que leur accordent les fraudeurs fiscaux qui ont bénéficié de ses services et de ses techniques de camouflage dans les paradis fiscaux.

S’agissant encore de P. Richert, tout porte à croire qu’il a accepté, comme les élus mulhousiens(5), et probablement à la même époque, de verser une forte rançon à des banques de contrepartie (très certainement la Deutsche Bank et JP Morgan) en embuscade au mojpmorganment de la transformation (officiellement appelée « sécurisation »!…) des toxiques présents dans les comptes de la Région Alsace. Comme à Mulhouse, le paiement de cette rançon a sans doute provoqué la disparition de plusieurs dizaines de millions d’euros des caisses de la région Alsace qui se sont retrouvés dans les coffres des banques.

Si une opposition digne de ce nom avait existé au conseil Régional d’Alsace, elle aurait rendu publics les faits et les chiffres exacts. Et au moment de la campagne électorale des régionales fin 2015 la plupart des électeurs de Lorraine et de Champagne-Ardenne auraient pu être mis en garde(4) : ils vont devoir, comme les Alsaciens, combler un trou de plusieurs dizaines de millions d’euros, creusé avant la constitution de la grande région pour payer une rançon. Comme quoi l’efficacité des techniques de dissimulation de P. Richert ne dépendent pas seulement de son habileté. L’inertie (ou l’ignorance ?) de ses « opposants » lui a bien facilité la tâche.

Aujourd’hui, le site internet de la région Grand Est est aussi opaque que l’était celui de la région Alsace… Qui proteste ?… En tout cas L’Alterpresse68 se ferait un plaisir de recueillir et de publier des renseignements ou/et des éléments budgétaires que pourrait lui fournir un internaute du Grand Est pour infirmer ou confirmer les hypothèses émises ci-dessus !… Car il est difficile de compter pour ce faire sur la « nouvelle » opposition à P. Richert dans l’assemblée du Grand Est…

Agir au lieu d’élire

Ce qui préoccupe tout ce beau monde, bien plus que les effets délétères de leurs choix austéritaires, c’est la proximité de l’an 2017 avec ses élections considérées comme « décisives ». Les membres du trio Richert, Bierry, Straumann ont déjà choisi leur écurie présidentielle dans le cadre des primaires de la droite (voir l’article de Rue89-Strasbourg : Présidentielle : en Alsace, qui soutient qui à la primaire de la droite ?). P. Richert a « choisi » Sarkozy(6), tandis que F. Bierry et E. Straumann en pincent pour Bruno Le Maire.

S’il est un domaine où l’idéologie dominante subjugue les esprits, c’est bien celui des élections. Pas seulement chez les candidats, quasiment tous fascinés par le pouvoir, y compris quand ils savent n’avoir aucune chance d’y accéder. Mais aussi chez les « citoyens » qui se contentent sans trop rechigner du rôle qui leur est attribué, celui d’électeurs qui délèguent.

Peut-être que les particularités du contexte politique actuel, avec des « élites » à bout de souffle et décrédibilisées, permettront, mieux que lors des précédents épisodes électoraux, de rendre davantage perceptibles et identifiables les forces qui neutralisent toute velléité de changement de cap. Ce serait au moins un début de prise de conscience.

Mais l’espoir d’une subversion reste mince. Si ces prochains mois nous devions vivre des temps ordinaires, c’est à dire sans lutte d’ampleur significative, on ne pourra, une fois de plus, que faire le constat de la puissance de coercition considérable du système et de ses appareils idéologiques.

Elle pourra se mesurer au nombre de ceux qui, comme par le passé, vont s’illusionner sur la capacité des élus issus des prochaines élections présidentielles et législatives à se débarrasser des boulets qu’ils trimbalent.

Auxquels il faudra ajouter tous ceux qui ne voient que des avantages aux attaches idéologiques du trio Richert-Bierry-Straumann – pour reprendre l’exemple ci-dessus -, là où les progressistes voient des « boulets » !…

Auxquels il faudra ajouter encore tous ceux qui rechercheront la « solution la moins pire » (contre le FN), prisonniers du cadre électoral qu’ils n’osent pas ou qu’ils n’imaginent pas pouvoir dépasser.

Auxquels il faudrait ajouter également ceux qui croiront pouvoir échapper aux contradictions et aux affres de la situation en s’abstenant. En s’auto-persuadant, parfois, que l’abstention qu’ils pratiquent est « révolutionnaire »…

Auxquels il faudra ajouter …

Tout le monde connaît la formule : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient ». Mais qui osera en tirer une leçon immédiatement utilisable ? Qui osera vraiment « Pirater 2017« , par exemple ? La formule a été lancée suite à « Nuit debout » et à la pétition contre « la loi travail » qui a été signée par plus de 1,3 millions de personnes. Pétition initiée notamment par Caroline De Haas. Cette dernière a lâché ses amis en rejoignant soudainement, début septembre, l’écurie présidentielle de Cécile Duflot, juste avant le lancement de l’opération « Pirater 2017« . Difficile de donner une preuve plus éclatante de la force de récupération du système ! Un de ses amis, membre d’ATTAC, Thomas Coutrot, un peu fâché – on le serait à moins – a fait savoir publiquement, dans une « Lettre à Caroline« , que lui ne lâche rien. Avec d’autres, il continuera à animer le collectif « Pirater 2017 » et ses « assemblées citoyennes ».

Quel collectif osera – par exemple -, en guise de piratage, ne pas se contenter de promesses et exigera des candidats, ainsi que de leurs représentants et soutiens, une participation forte à des actions immédiates pour faire entrer dans les caisses publiques des sommes volées par les fraudeurs fiscaux ? Là où Norbert Walter-Borjans a bien réussi, des candidats réellement motivés pourraient aussi obtenir quelques résultats, non ?…

Et si les futurs élus et leurs groupies s’avéraient incapables de faire leurs preuves à l’occasion de ce test préélectoral ? Il faudrait pouvoir leur annoncer sans ambages qu’ils viennent de perdre toute chance d’obtenir les (nombreuses ?…) voix de ceux qui défendent l’impérieuse nécessité de redistribuer illico des richesses, de sauver sans tarder les services publics et de poursuivre l’action. Sachant qu’au passage, ces subversifs activistes devraient se contenter de déposer dans l’urne un bulletin nul motivé.

Quel collectif osera – autre dettefraudefiscaleexemple -, en coordination avec des candidats déterminés, exiger d’élus d’une collectivité locale la cessation immédiate du remboursement de tout ou partie de la dette illégitime et insoutenable de cette collectivité, afin d’utiliser les sommes économisées à la promotion des services publics et des intérêts fondamentaux de la population ? Rien que le fait d’entrevoir la taille des obstacles idéologiques à surmonter pour avancer sur cette piste, risque de décourager par avance pas mal d’enthousiastes velléitaires…

En suivant le même type de démarche, quel collectif osera – dernier exemple -, exiger des prétendants à l’élection de contribuer sans tarder et concrètement à l’accueil des immigrés ? Là aussi, les réticences de « l’opinion » et autres obstacles idéologiques à surmonter, risquent d’être terriblement dissuasifs…

Ce dernier exemple – on pourrait en trouver bien d’autres – est inspiré d’un commentaire à un texte paru récemment dans L’Alterpresse68 : Alliance écolo: nébuleuse ou nouvelle constellation ? Ce texte transcrit les débats d’une « alliance écologique » où certains problèmes « ne sont pas pris en compte« , comme celui de la « question de l’immigration« , souligne le commentaire d’un lecteur de L’Alterpresse68. Dans ces débats, d’autres aspects sont à souligner (voir les commentaires au bas de l’article). Aux côtés de propos douteux et du très ambigu « ni droite, ni gauche« , on découvre l’affirmation qui est probablement à l’origine de ce rassemblement de plusieurs dizaines d’organisations « Ecolo-citoyenne » : « la participation électorale est incontournable« .

On est bien loin d’une démarche du genre : « agir au lieu d’élire« , telle qu’esquissée dans les trois exemples ci-dessus.

Ça ne peut plus continuer comme ça !

Altériennes, Altériens, vous l’avez compris : pour L’Alterpresse68, ces quelques lignes polémiques visent aussi à provoquer un débat dans nos colonnes et à susciter des propositions qui, on l’espère, nous permettront d’échapper un peu aux désespérantes et inquiétantes « offres politiques » qui obstruent l’horizon.

Soyez à l’affût et mettez-vous à vos claviers. Et surtout soyez actifs. Ça ne peut plus continuer comme ça !

Bernard Schaeffer

Le 22 septembre 2016

Notes :

(1) Toutes les familles des autres collégiens du Haut-Rhin sont obligées de verser une contribution, variable suivant la commune de la zone urbaine où elles habitent. Tandis que toutes les familles des lycéens haut-rhinois paient quelque chose, qu’elles résident, ou non, en zone urbaine. Beaucoup de pagaille et d’injustices, donc. La Meurthe-et-Moselle fait exception : c’est le seul département de la région Grand Est où tous les transports scolaires sont restés gratuits à la rentrée 2016. Quand P. Richert, conformément à la loi NOTRe, va prendre ce dossier en charge, que croyez-vous qu’il fera, une fois les élections passées ?… Pour plus de détails (re)lire l’article : Transport scolaire : des dingues au volant écrabouillent la gratuité (septembre 2016).

(2) Voir l’article : Straumann a choisi la finance contre l’humain. Pas (encore) l’inverse… (mars 2016).

(3) Voir l’article : Au Conseil Départemental 68 : des toxiques qui piquent (février 2015).

(4) Voir l’article publié pendant la campagne des élections régionales: Richert : du culot à revendre, des dettes à fourguer (novembre 2015).

(5) Voir l’article : Dettes publiques de Mulhouse et d’ailleurs : dossier pour informer et pour agir (juillet 2015) et l’article : Conseil municipal de Mulhouse : responsable et coupable ? (octobre 2015) qui concernent le cas de la ville de Mulhouse et l’attitude résignée de ses élus qui ont accepté de payer une pénalité astronomique à des voyous de la finance cachés dans une banque de contrepartie.

(6) Il s’est justifié en se disant « filloniste » ! Mais il pense que Fillon ne sera pas au second tour des primaires. Et Juppé lui « convient aussi ». P. Richert ratisse large, c’est aussi ça la prudence « centriste » de « l’humaniste rhénan » !

Autres articles connexes :

D’autres articles parus dans L’Alterpresse68 et un podcast en ligne sur le site de Radio MNE pourront être consultés utilement :

De rugueux commentaires après l’entrevue avec Eric Straumann (Radio MNE 21 avril 2016)

Service bénévole obligatoire : convaincre ! (25 janvier 2016)

Non au S.B.O (service bénévole obligatoire) pour les R.S.A! (février 2016)

Service du bénévolat obligatoire au RSA: des associations protestent (février 2016)

Fauchés, ils deviennent abjects : les CD du 67 et du 68 prennent les pauvres en otage (février 2016)

Une réflexion sur “ Richert, Bierry, Straumann: un trio de masos austéritaires, parmi d’autres ”

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