Régionales : Halte aux sondages bidons sur l’ACAL !

La commission des sondages vient tout juste d’épingler un sondage de l’institut BVA pour ses erreurs de méthodologie, qu’un autre, tout aussi contestable, vient d’être publié. Jusqu’à quand serons-nous obligés de subir des sondages réalisés à la hâte et diffusés sans discernement par certains organes de presse ?

Selon la mise au point du 3 novembre publiée par la commission des sondages [http://www.commission-des-sondages.fr/hist/communiques/mise-au-point-sondages-elections-regionales-2015-11-03.htm], le sondage publié par l’Alsace et les DNA sur les intentions de votes des électeurs de la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine apparait « entachés d’un défaut de méthode qui ôte à leurs résultats leur caractère significatif ».

Cette commission n’a pas détaillé en quoi constituait ces « défauts de méthode ». On connait depuis longtemps la fragilité de ces sondages en début de campagne, alors que les électeurs interrogés n’ont pas vraiment encore réfléchi au scrutin. On peut plus encore douter de la pertinence de la présentation du deuxième tour sous forme de triangulaire alors qu’il suffit de 10 % des suffrages au premier tour pour qu’une liste puisse se maintenir au second tour (et 5 % pour fusionner avec une autre liste).

Mais d’un point de vue plus technique, on peut pointer trois défauts de méthode majeurs pour ce sondage :

  • Le recueil des intentions de vote s’est faite par Internet, ce qui est la plus mauvaise des méthodes : elle produit des biais dans la constitution de l’échantillon (seules les personnels qui se déclarent intéressées par la politique font partie du panel, ce qui explique les 32 % de personnes « qui ne se prononcent pas » alors que le taux d’abstention est annoncé à 50 %) ; l’absence d’enquêteur durant la passation du questionnaire rend les résultats moins rigoureux.
  • Les listes ont été mal présentées : « la liste soutenue par le parti Europe Ecologie Les Verts et conduite par Sandrine Bélier » est en fait aussi soutenue par d’autres partis écologistes et représente bien plus que le seul parti EELV ; « la liste soutenue par Unser Land et conduite par Jean-Georges Trouillet » rassemble aussi des partis régionalistes lorrains et l’Alliance Ecologique Indépendante pour la Champagne-Ardenne, ce qui lui donne une vraie dimension interrégionale, au-delà de la seule Alsace.
  • la taille de l’échantillon est en fait réduite pour chaque région prise indépendamment, d’où l’accroissement de la « marge d’erreur ». Si l’on considère que chaque population électorale régionale a une sensibilité particulière pour répondre à cette question (ne serait-ce qu’au sujet de l’évaluation passée de l’action de leur Conseil Régional), le résultat de ce sondage est plutôt une addition de fortes « marges d’erreur », plus proche des 6 points que des 3 points habituellement acceptés.

Statistiquement, pour avoir une approximation (fiable à 95 %) des intentions de vote d’un groupe de plusieurs millions de personnes, il est possible de limiter l’enquête auprès d’un échantillon de 1000 personnes représentatives et tirées au sort de ce groupe. Selon cette technique, il subsiste néanmoins une marge d’erreur qui est au minimum de 1,4 % et au maximum de 3,1 %, en plus ou en moins selon les scores obtenus (soit un écart global de 3 à 6 points).

Le problème de ce sondage est que l’échantillon n’est pas composé de 1189 individus d’un même ensemble (la population d’une même région qui n’existe pas encore, puisque l’Acal, d’ailleurs encore inconnue de la majorité des électeurs, ne naîtra que le premier janvier 2016) mais de l’addition de 3 échantillons beaucoup plus réduits : 444 individus pour l’Alsace, 611 pour la Lorraine, 304 pour la Champagne-Ardenne.

Le tableau ci-après permet de se faire une idée de l’addition des marges d’erreur réalisée : si on prend un résultat autour de 10 %, les écarts probables sont de 5,8 points pour l’Alsace, 4,8 points pour la Lorraine et 6,8 points pour la Champagne-Ardenne. Cela commence à faire beaucoup !

Le tableau ci-dessous indique les marges d’erreur par proportion de réponses au seuil de confiance de 95%, pour une taille d’échantillon comprise entre 100 et 2.000 personnes.

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Par exemple, si l’on a constaté un pourcentage de 40% auprès d’un échantillon de 800 personnes; l’intervalle dans lequel se trouve le vrai pourcentage P est 40% + ou – 3,4%, c’est-à-dire entre 36,6% et 43,3%

Tableau tiré d’une page web de l’institut TNS qui explique très clairement la technique des sondages :www.tns-ilres.com/cms/Home/WikiStat/Marge-d-erreur

En toute rigueur, sur ces questions régionales, pour obtenir une marge d’erreur standard pour ce type de sondage, il aurait fallu réaliser le sondage auprès de 1000 Alsaciens, 1000 Lorrains et 1000 Champardennais. Grâce à la méga-région, BVA a fait des économies… et un surcroît d’approximation !

Le sondage Odoxa, qui vient d’être publié le 8 novembre par le Parisien, présente exactement les mêmes erreurs de méthodes : sondage par internet, échantillons régionaux mal composés, mauvaise présentation des listes. Il s’agit d’un clone du sondage BVA, tout aussi mal fait, avec des fluctuations des résultats qui restent à l’intérieur même de la marge d’erreur (le FN comme la droite étant situés dans ces deux sondages entre 30 et 32 % chacun).

Le sondage diffusé par le Parisien et BFM TV est donc une non-information qui ne prouve qu’une chose : entre le 15 octobre et le 5 novembre, dates de réalisation de ces deux sondages, la campagne n’a toujours pas démarré…

Vincent Goulet

 

 

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