Archives pour la catégorie Social

Photographe de presse, une profession en déclin…

Depuis les années 90 déjà, le métier de photographe en général et celui de photographe de presse en particulier, part en vrille. Mais les prémices du déclin arrivent bien plus tôt, toutefois, personne ne veut voir les problèmes à venir et qui vont s’accentuer.
Dans les années 70, il y a plusieurs journaux plus ou moins autonomes. Indépendants ? … non pas vraiment.

La concentration des titres, a toujours été un vrai problème, auquel, lors de la Libération, le C.N.R. tente d’y mettre un frein. Cette « frontière » fonctionne d’ailleurs un certain temps, mais la Finance étant ce qu’elle est, trouve toujours la faille qui permet de contourner les lois établies. On ne parle plus de morale, mais de légalité. Comme aujourd’hui d’ailleurs.

Le coup de la famille Hersant fait tâche d’huile et dans les régions, la tendance au « regroupement » est lancée. Quand le « Nazional-Zeitung » de Bâle (Suisse), rachète pour presque rien, son confrère le « Basler-Nachrichten », les difficultés des correspondants locaux pour la presse d’ici et d’outre-Rhin ont déjà commencé. Le « Freiburger Tagesblatt » et ses dérivés, sont entre les mains de banquiers et de fonds de pension, ou en passe de l’être. Ce qui permet encore de (sur)vivre à la presse papier, c’est la « pub » et les subventions. Mais les subventions ne sont pas toujours distribuées à ceux qui en ont vraiment besoin et qui font un effort véritable de travail journalistique et d’information.

Les correspondants remplacent les journalistes

La publicité, qui permet de financer les investissements, les salaires et projets, partira fin des années 80 vers les médias hertziens et la presse « papier » se retrouve entre les mains de quelques milliardaires qui font la pluie et le beau temps. Dans quasi tous les journaux, hebdos inclus, une « ligne éditoriale standard » est de rigueur. La notion de la fameuse « liberté de la presse », tant vantée devient « Canada Dry ». Le goût, la couleur … mais c’est tout. La P.Q.R. avec ses nombreux titres, qui permettent une concurrence saine et motivante aux journalistes et photographes locaux, se perd dans le fac-similé de l’information aseptisée, diffusée par les officines parisiennes à tous les journaux et l’info de première page, sauf cas exceptionnel, est la même du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.

Dans le Grand-Est, le journal « L’Alsace », comme les « Dernières Nouvelles » utilisent depuis longtemps et sans retenue, des « correspondants », taillables et corvéables à merci et payent à la fin des « seventies », une parution qui varie de 15 à 30 francs, plus frais (film et parfois déplacement). Comme argent de poche en se faisant plaisir, le retraité de l’enseignement, de la police, de la gendarmerie, des mines …. ne se plaint guère et il est heureux de se promener avec une « carte de presse » délivrée par ces journaux !

C’est super pour l’image et l’égo du quidam et cela permet aussi de rentrer gratuitement au sein de certains évènements. Tout va très bien. De plus, c’est pratique pour ne pas se coltiner belle-maman ou les repas de famille le week-end. Ces amateurs, parfois doués, ne se rendent pas encore compte qu’ils vont scier tranquillement la branche sur laquelle tout le monde est assis de plus en plus inconfortablement et que le « retour de flamme » avec le numérique, va donner le coup de grâce à tout un corps de métier, avec ses dégâts collatéraux qui vont impacter d’autres professionnels, dépendant de la photographie (photogravure, graphiste, metteur en page, correcteur, labo photo, fabricants de films, papiers, chimie …).

Les autres, les vrais pros, ne sentent pas encore le « vent du boulet » non plus, puisque Gamma, Keystone, SIPA, Reporters Associés, Magnum … la liste des agences est impressionnante, comme les titres (France-Soir, La Vie Ouvrière, l’Express, Paris-Match, Le Nouvel Obs …) auxquels nous autres pouvons collaborer dans un contexte à peu près normal, basé sur le respect de la loi de 1957 et, lorsque ce sont les agences qui diffusent nos clichés sur un accord tacite 50/50, (droits partagés, moitié pour l’agence, moitié pour le photographe) sans gagner des millions, nous arrivons à vivre à peu près normalement.

Pour un salaire de misère…

Mais le « correspondant », amateur doué (bis repetita) taillable et corvéable à merci, n’a pas encore intégré que, depuis les années 70, ses « piges » n’ont en rien augmentées ! De 30 francs en 70, nous sommes passés à 5 et 3 euros (selon le support) sans les frais ! Le matériel, les réparations, la post-production, n’est plus pris en compte et les pigistes ou salariés « en poste » se voient dépouiller de leurs droits légitimes d’auteur. Le journal, auquel ils ont la « chance » de collaborer, s’arroge désormais le droit de diffuser, sans aucune contre-partie, leurs clichés sous la forme d’un « pool », qui permet de retrouver les photos  de l’opérateur, au sein du groupe de presse, dirigé par le Crédit Mutuel, un groupe d’Assurances, un fonds de pension … ou autre. C’est ainsi que nous avons en France 5 grands groupes de presse :

– Le groupe EBRA qui englobe quasi tout l’Est, jusqu’au « Progrès de Lyon » en passant par le « Dauphiné Libéré », « Vosges-Matin » et bien entendu les » D.N.A ». et « l’Alsace ».

– Ouest-France, une pieuvre qui regroupe une pléthore de journaux de l’Ouest.

– La « Dépêche du Midi », dont le « patron » est un ancien membre du gouvernement Hollande » (J.M. Baylet) et qui se charge de « couvrir » le Sud-Ouest.

–  « La Provence », récupéré par le grand homme d’affaire(s) Bernard Tapie en 2014 qui s’occupe de « couvrir » le Sud-Est avec d’autres titres comme « Var-Matin », « Corse-Matin » … tout en étant déclaré insolvable !

Mais des journaux vraiment indépendants, à part « La Marseillaise », « L’Humanité », « La Montagne », « Médiapart », « Marianne » … il en existe peu. C’est en grande partie le soutien des abonnés qui permet à ces titres de continuer à paraître dans les kiosques.

Bref, nous sommes loin, voire très loin, de la loi de 1946 sur la concentration des titres et la « fête » continue avec « Instagram », les agences comme « Flickr », et d’autres spécialistes de la photo d’info « ubérisée », depuis la disparition très rapide des dinosaures, cités plus en avant. Alors que faire ?

La question mérite d’être posée, mais la réponse est difficile. Tout le monde se plaint que les petits magasins de proximité ferment, mais tout le monde va faire ses courses au super-marché du coin. Dans le domaine presse, c’est un peu la même chose. Les « gratuits » ne vivent que par la publicité, les « Face-Book », » Youtube » et consors aussi, avec les « clics » de souris en plus. Certains appellent cette façon de faire, le modernisme et prétendent que l’on ne peut y échapper. Sans doute, mais au lieu de ne penser qu’internet, clic de souris, instagram, et autres joyeusetés, il serait peut-être utile de revenir à quelque chose de normal : lire un livre, ailleurs que sur le net et lire un journal, ailleurs que sur une tablette, même de dernière génération.

Des lignes éditoriales plus variées…

Il faudrait aussi que la presse « papier », même si désormais au sein d’un groupe comme le Crédit Mutuel, il y ait plusieurs titres, se remette en question et pense lectorat, plutôt que rentabilité et cotation boursière. Nous aimerions des lignes éditoriales un peu plus variées et que le lectorat ne soit pas uniquement condamné à lire la même chose dans les titres qui sont gérés par un même groupe. En gros, pouvoir disposer d’autres opinions, d’autres points de vue que cette ligne directrice aseptisée et « politiquement correcte » du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est ! C’est sans doute une des solutions pour que le « vulgus pecum » s’intéresse à nouveau à « son » journal et qu’il y retrouve le bonheur des infos, autres que les « reportages » sur la plus grosse citrouille, le plus beau canard, la plus grosse truite et les noces d’or, d’argent, de platine des uns et des autres.

Dispenser des subventions pour ce genre de papier, pourquoi pas, mais en effet, pour « couvrir » ce genre d’évènement, le journal en question n’a pas besoin de « reporter-photographe », ayant fait l’IDHEC ou « Vaugirard » ! Néanmoins, rien n’empêche non plus d’exiger une qualité photographique qui corresponde à un certain critère (cadrage, densité, intérêt des questions posées …). Toutefois, si ces exigences légitimes doivent être de mise, il faudra aussi reconsidérer la rémunération des « correspondants », qu’ils soient professionnels ou amateurs, là n’est pas le sujet. (voir en pièce jointe le barème des pigistes, négocié … un scandale).

Repenser l’information régionale

Tout le monde trouve normal qu’une annonce dans un journal soit facturée en fonction du nombre de lignes, de l’emplacement, du caractère de la police utilisée et tout le monde sait que cela a un coût. Lorsqu’un journal est capable de demander un prix exorbitant à un annonceur – les barèmes sont d’ailleurs fixés par HAVAS et consorts – il devient de fait anormal que le travail d’un correspondant soit rémunéré aussi lamentablement (voir PDF joint).

Repenser l’info régionale est un défi de tous les jours, il faut avoir le courage de l’envisager, sinon il y aura d’autres dégâts au sein de cette profession. Il faut aussi arrêter de considérer qu’à partir du moment où l’on peut faire une photo avec un téléphone portable, le métier de photographe est à la portée de n’importe qui. C’est totalement aberrant !  Demander à un rédacteur de faire en même temps les photos, c’est contre-productif et ce n’est pas son métier.

Il y a dans notre beau pays un groupe de personnes qui se battent au quotidien, dont j’ai l’honneur de faire partie et qui considèrent que le métier de photographe, auteur, reporter, artiste ou autre, n’est pas seulement un accessoire de mode que l’on peut négligemment considérer comme un presse-bouton. Ce groupe s’est constitué en association et cette association qui se nomme : UNION DES PHOTOGRAPHES PROFESSIONNELS, veut être au service de la profession, au sens large du mot.

Aussi, nous invitons tous nos confrères, jeunes ou « anciens », à prendre conscience de ce que notre métier représente, avec ses bons et ses mauvais côtés. Ses joies, ses peines et ses espoirs et les invitons à rejoindre le combat pour la préservation, la défense et la promotion de ce métier, bien mal en point, par les temps qui courent.

Pierre Dolivet

 

Dossiers Sordi et Stocamine : sortons la vérité du fond du trou !

Michel Sordi ne se représente plus aux législatives. Il ne répond plus aux questions qu’on lui pose. Le silence qu’il s’impose ces dernières semaines et l’omerta qu’il impose depuis toujours ne suffiront pas à nous faire renoncer à nos investigations. Surtout s’agissant d’un dossier de l’importance de celui de Stocamine, qu’un préfet veut enfouir fissa sous des tonnes de bentonite, au fond d’un trou. Continuer la lecture de Dossiers Sordi et Stocamine : sortons la vérité du fond du trou !

Faut-il continuer à construire Flamanville ?

« Cuve défectueuse, enquête publique viciée : le décret d’autorisation de création de l’EPR de Flamanville doit être abrogé ! »  De concert avec sept autres associations [1], le Réseau “Sortir du nucléaire“ vient de déposer un recours pré-contentieux pour faire abroger le décret d’autorisation de création de l’EPR de Flamanville, entaché de graves irrégularités. Dangereux et criblé de malfaçons qui étaient prévisibles avant même sa construction, l’EPR doit être abandonné !

Continuer la lecture de Faut-il continuer à construire Flamanville ?

Dossier Sordi : les 7 questions posées au député

Transparence

Après avoir sollicité vainement M. Sordi pour qu’il réagisse à nos questions, nous avons décidé de publier, ce mercredi 22 mars au soir, ces « 7 questions » que nous avons annoncées dans l’article : Dossier Sordi : on l’approfondit !.

Cet article est le début d’une enquête basée sur des données et des faits qu’il faut bien énumérer et préciser. Continuer la lecture de Dossier Sordi : les 7 questions posées au député

Strasbourg à l’heure du CETA

Il était arrivé la veille de Köln/Cologne en camping-car pour la manifestation à Strasbourg où le Parlement européen se prononçait ce 15 février sur ce qu’on nomme parfois le Tafta 2.

Dans le tram venant de l’Elsau, son badge « Ceta nein » indiquait clairement la raison de sa présence. Continuer la lecture de Strasbourg à l’heure du CETA

La CGT reste la première organisation syndicale française

Que n’a-t-on entendu durant les manifestations contre la loi Travail contre les organisations syndicales s’opposant au projet ! La presse quasi-unanime, toutes formes confondues, avait annoncé que la CGT, trop revendicative et donc incomprise des salariés ( !) perdrait sa place de première organisation syndicale française au profit de la si sage et compréhensive CFDT qui allait récolter l’adhésion unanime du monde du travail.

Patatras, une fois encore, les augures se sont trompées : après les élections dans les très petites entreprises dont les résultats viennent de tomber, la CGT reste, et de loin, la première organisation syndicale dans les TPE.

Avec 25,12 des suffrages, la CGT a donc été placée en tête par les salariés des TPE (très petites entreprises) qui avaient été appelés à voté durant la première quinzaine de janvier 2017. Suivent la CFDT avec 15,49%, talonnée par Force Ouvrière (13,01%), puis l’UNSA (12,49% +5%), la CFTC (7,44% +1), la CGC (3,38% +1).

Dans ce qu’on appelle le « Grand Est », avec un taux de participation un peu plus élevé qu’au plan national, la CGT est également en tête avec 21,63% des suffrages exprimés, la CFDT seconde avec 16,36% et FO, avec 13,34% est devancé par l’UNSA avec ses 13,89%. La CFTC, quant à elle, fait un score plus important que sur le plan national, avec 13,10%.

Faible participation, recul des trois grandes confédérations

A part, les « petits » syndicats (UNSA, CFTC, CGC) qui progressent, aucune autre organisation n’a pourtant de quoi pavoiser.

La CGT se félicite certes de rester à sa place, mais elle recule de 4% par rapport aux élections précédentes. Dans sa déclaration, elle le reconnaît implicitement : « Ces résultats confèrent de grandes responsabilités à la CGT, qui, forte de ce résultat, réaffirme son engagement auprès des salariés des TPE pour, avec eux, exiger des avancées réelles en matière sociale. La CGT mesure les efforts de déploiement à réaliser pour mieux représenter les salariés des TPE, leur donner plus de place encore dans le syndicalisme CGT, le syndicalisme de tous les salariés. »

Quant à la CFDT, sa déception se mesure à la lecture de son communiqué : « Ces élections ont malheureusement souffert du report de la période de vote et de l’envoi tardif du matériel. Mais ce taux est aussi la confirmation que ce type de scrutin, où les salariés votent sur sigle, n’est plus viable. La méconnaissance du syndicalisme dans les Très petites entreprises doit également poser question. » Avancer des raisons techniques pour justifier les 4% qu’elle perd elle aussi, permet de ne pas s’interroger sur le fond pourquoi sa stratégie syndicale n’a pas été fructueuse.

Ce qui doit interroger tout les syndicats, c’est bien la participation ridiculement faible de 7,35% en recul de 3% sur 2012 alors que la situation sociale s’est encore tendue en France et aurait dû jouer en faveur des syndicats. Jean-Claude Mailly s’interroge sûrement avec pertinence sur  « le rejet des institutions parmi lesquelles sont rangées, à tort, les principales organisations syndicales ». Le président de l’UNSA, Luc Bérille, qui gagne 5%, y voit lui, la reconnaissance « d’un syndicalisme utile, pas idéologique »…

Où en est la démocratie sociale ?

Pas moins de… 31(!) organisations étaient en lice! Outre les organisations nationales et interprofessionnelles au nombre de 12, des « syndicats » régionaux ou professionnels briguaient également les suffrages. 17 sur 31 n’ont pas recueilli 1% des voix! On dirait que le syndicalisme français trouve que moins on a de syndiqués et plus nombreuses doivent être les syndicats!

Les syndicats sont des acteurs avant tout de la démocratie sociale. Chargés de faire entendre la voix des salariés, de faire évoluer le modèle sociale en leur faveur, les syndicats ont plutôt été conduits, pour les uns à négocier, pour les autres à combattre, des reculs sociaux. La démocratie sociale est totalement inopérante et le gouvernement de gauche, tout comme le MEDF, imposent leur stratégie et ne laissent aux syndicats pas d’autres choix que de s’y conformer.

A tel point que la syndicalisation est en constant recul, surtout parmi la jeunesse. Les salariés précaires, pauvres, qui sont de plus en plus nombreux, n’ont pas le sentiment qu’ils ont leur place dans des syndicats qui paraissent être conçus pour les seuls travailleurs à statuts. Les « nouveaux salariés, ceux de l’ubérisation, préfèrent se doter de structures propres qui peinent encore à trouver une ligne de conduite lisible.

Fin mars, quand serons connus les résultats des élections dans les grandes entreprises, nous verrons plus clairs sur le positionnement des syndicats et du syndicalisme en France. Personne, vraiment personne, ne pourrait se satisfaire de voir le syndicalisme français continuer à s’affaiblir. Ni les salariés, bien évidemment, mais le gouvernement et le patronat non plus, car la démocratie sociale, pilier indispensable d’une société démocratique, ne saurait exister sans une représentation salariale bien implantée dans le monde du travail. Pourtant, quand on voit le peu d’empressement qu’ont mis les pouvoirs publics, les médias, à populariser le scrutin dans les TPE, ont peut douter de leur volonté de dynamiser l’expression des travailleurs.

Michel Muller

Des baffes qui se perdent…

La fameuse gifle que Manuel Valls a encaissé en Bretagne a fait couler beaucoup d’encre. Entendons nous bien, la gifle n’est évidemment pas une méthode, ni pour l’éducation des enfants, ni pour un premier ministre. Malheureusement ce sont plus souvent les enfants qui en sont destinataires plutôt qu’un ancien premier ministre.

Mais d’autres faits, bien plus importants, qui dénote une autre violence grave, se sont passés récemment et n’ont pas conduit à tant de titres ou de commentaires.

Par exemple, la démission de 11 médecins urgentistes sur les 15 de l’hôpital de Dreux. Comme les 13 sur 26 à l’hôpital d’Avignon en octobre dernier.

Cela fait des mois que les praticiens de Dreux avaient alerté leur tutelle sur les mauvaises conditions de travail, sur le manque de moyens, le manque de personnel, le manque de considération, bref, un manque de tout.

Et ils avaient même fait grève durant l’été 2015, pour les mêmes raisons. Ce n’est pas rien, une grève aux urgences d’une ville importante : pourtant, il ne s’est rien passé. Les autorités, la direction de l’hôpital, le ministère lui-même, se sont sûrement dits que les médecins sont sensibles aux souffrances des malades et reviendront dans le rang après avoir étalé leurs états d’âme.

20 h sur un brancard !

Et c’est vrai qu’ils ont repris leur boulot dans des conditions de plus en plus dures : dans le journal régional, L’Echo Républicain, ils s’expliquent : « La semaine dernière nous avons des patients qui ont attendu jusqu’à dix heures, une femme de 97 ans a passé 20 heures sur un brancard, on ne trouve plus de lits en aval, parce qu’ils ont été fermés. »

La directrice de l’hôpital s’étonne, elle ne comprend pas ! Et c’est vrai qu’elle ne comprend rien apparemment à la lecture de sa réaction dans le même quotidien : «  Je ne vois pas ce qui expliquerait ces éventuelles démissions alors que des choses ont été faites aux urgences depuis un an. Je devais d’ailleurs avoir une réunion de négociation sur le temps de travail avec les urgentistes dans quinze jours ».

Mais, chère Madame, les urgentistes ne vous parlent pas de temps de travail, ils vous parlent du temps que passe une dame de 97 ans sur un brancard, ils vous parlent de fermeture de lits en aval, ils vous parlent de la précarité galopante qui pousse les malades à aller plutôt aux urgences que de voir leur généraliste, parce que les urgences, c’est gratuit…

Voyez-vous Madame, du haut de votre fonction et du sale boulot qu’on vous fait faire en exigeant des économies à tour de bras, vous méprisez des femmes et des hommes qui gèrent les souffrances physiques et bien souvent morales.

Vous gérez, Madame, sans que cela semble vous troubler, avec les belles méthodes dignes de l’ultralibéralisme à laquelle votre tutelle s’est convertie.

Et les urgences de Thann ?

Cela me rappelle un autre dossier, ici, dans le département, celui des urgences de Thann. Rappelez-vous, cela date de quelques mois : les urgences de l’hôpital de Thann, dont des médecins avaient démissionné eux-aussi, devaient être fermées durant 6 mois à partir du 7 novembre. Cela avait fait du bruit car élus, syndicats, populations s’étaient fortement opposés à cette fermeture, ils avaient même manifesté pour cela.

On a beaucoup moins parlé de la décision de l’Agence régionale de santé du Grand Est du 19 décembre qui a décidé que la fermeture ne durait pas que 6 mois mais qu’elle était définitive. Toute une vallée n’avait plus droit à un service d’urgence 24 h sur 24. A la place, « un centre de soins non programmés, permettant de prendre en charge en journée les urgences non vitales, devrait voir le jour. » « Devrait », on note le conditionnel.

Comment peut-on dès lors s’étonner que le discours politique n’ait plus aucune crédibilité. Les fausses promesses, le passage en force pour imposer des mesures impopulaires à un pays qui n’en veut pas, la répression contre ceux qui exercent leur droit de grève et de manifestation comme cela fut le cas hier au tribunal correctionnel de Strasbourg qui veut condamner six syndicaliste à de fortes amendes pour avoir manifester.

Alors, il est vrai que la gifle à l’ancien premier ministre n’était pas la bonne manière, mais souffrez que, dans notre France actuelle, il y a quand même des coups de pieds au c… qui se perdent…

MM

 

 

Des militants « voyous » à nouveau face à leurs « juges »

Incohérence et panique.

Maintenant qu’il est candidat, M. Valls est contre le 49.3 qu’il a pourtant dégainé deux fois pour imposer la « loi Travail ». S’il était cohérent, l’ex Premier ministre ajouterait à son programme électoral le retrait immédiat de cette loi et se mobiliserait sans tarder pour défendre les syndicalistes et citoyens poursuivis devant des tribunaux pour avoir tenté de s’opposer aux méthodes autoritaires d’un gouvernement organisant une régression sociale majeure. Continuer la lecture de Des militants « voyous » à nouveau face à leurs « juges »

Un conte de Noël mulhousien …

Ce conte de Noël vous est offert par les membres du  Collectif Urgence-Welcome*.
Il fait référence aux récents événements qui ont conduit à la  suppression de la distribution gratuite, chaque jour depuis plus d’un an, de dizaines de repas chauds devant la gare de Mulhouse par des jeunes bénévoles.
Quant à la veillée de Noël, elle a dû quitter le lieu de passage qu’est la gare et qu’elle transformait depuis 13 ans le temps d’une soirée en espace de convivialité et de fraternité.
Des solutions de repli ont été trouvées dans des lieux… à l’abri des regards !

 

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Il était une fois…

Le petit Milhüser Wackes (traduction littérale: le garnement mulhousien), cheveux noirs en tire-bouchon, grands yeux bleus, l’œil pétillant de malice, se promène dans les rues de sa ville. Frigorifié par un froid pénétrant, il fait halte à la gare.

« Tiens, tiens, il y avait, là devant, des repas chauds, servis tous les soirs … je me souviens de visages très divers, des jeunes, des ainés, des personnes avec des accents étrangers, d’autres pas. Et une sacrée organisation! …

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Tiens, tiens, il y avait l’an dernier, dans le hall, une belle veillée de Noël, avec beaucoup de monde, des tables garnies, des chants, de la musique, des bonnets de Père Noël. Une super ambiance …

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Mais où sont-ils donc tous passés ? »

Perplexe, notre gamin cogite, rassemblant tout ce qu’il a pu apprendre  à l’école.

« Et pourtant…il paraît qu’il y a ici un solide humanisme rhénan, capable de s’enrichir d’apports culturels nouveaux.

Il paraît que cette ville, qui fut une république, a une tradition de liberté, d’originalité  accompagnée parfois même d’un brin d’impertinence.

Il y a des projets et on y entend des mots comme « démarche participative », « citoyenneté », « coresponsabilité »…

Il y a de la créativité, de nouvelles formes d’actions solidaires portées par une jeunesse assumant ses racines, des associations qui savent unir leurs forces et leurs idées.

Il y a un désir d’humanité qui nous pousse tous plus loin, plus profond. Jusqu’à dépasser nos limites, nos peurs, nos préjugés… « 

Planté devant la gare, le nez en l’air sous la déco des grandes fleurs illuminées le petit Mülhüser Wackes conclut  avec la logique implacable des enfants :

« Il y avait pourtant bien tout cela ici dans ma ville …

Mais alors, pourquoi ma gare a-t-elle perdu son visage accueillant et chaleureux? Pourquoi est-elle vide en ce soir de Noël ?

 Pourquoi ont-ils tous cessé de se parler ? Cessé de se regarder ?»

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Oui, pourquoi ? 

Collectif Urgence Welcome : AADA, ADIS, CCFD-Terre Solidaire, CIMADE, Conférences St Vincent de Paul, EMMAUS Cernay, LDH section Mulhouse, Pastorale des Migrants, Conseil Local de la Solidarité de la Zone Pastorale de Mulhouse

Adresse Postale : BP 1093 – 68051 MULHOUSE Cedex

Mail : urgence.welcome@free.fr

Merci à Robert, à Dédé, et aux photographes du journal l’Alsace pour le dessin et les photos qui illustrent ce conte!