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Repenser l’Alsace autrement…

L’Initiative Citoyen Alsacienne 2010 lance un « Appel aux élus alsaciens » dont nous publions des extraits. En effet, le gouvernement et sa majorité considèrent que la « réforme territoriale » est entérinée et on ne reviendra plus là-dessus. Il est méritoire que des associations s’élèvent contre cette forme d’oukase que des élus alsaciens semblent à présent accepter contre des « mesurettes » que M. Rottner, jadis opposant farouche du Grand Est, veut mettre en place pour faire passer la réforme… rejetée à près de 90% par les Alsaciens interrogés.

Pour ne pas tomber dans ce qui pourrait être considéré comme un « repli sur soi » (ce qui peut bien exister dans certaines organisations), nous publions ci-dessous une réflexion de Bernard Umbrecht qui permet de pousser la réflexion au-delà des lieux communs et lui donne une vraie hauteur de vue sur les enjeux démocratiques qui se posent dans le cadre d’une société mondialisée qui remet les anciennes structures étatiques chaque jour en cause.

« L’Alsace est actuellement en quête d’une nouvelle manière de s’individuer. Cela s’exprime par une aspiration à un retour à son ancienne existence institutionnelle. Cette région me paraît détenir un potentiel d’expérimentation de cet internation contre le dogme national de l’unicité qui se résume dans le slogan absurde de un peuple, un Etat, une nation, une langue, qui empêche la pleine reconnaissance des langues régionales y compris l’allemand comme langues de France. Cette reconnaissance est une condition nécessaire mais non suffisante. Les langues régionales ne peuvent se résumer – même si ce n’est pas négligeable – à des facilités pour trouver des emplois chez nos voisins. Elles véhiculent aussi des cultures. D’autres chantiers doivent être ouverts si l’on veut éviter une simple restauration du passé pour une continuation de la politique telle qu’elle a été menée par les mêmes jusqu’à présent. La question est : si retour aux anciennes institutions – et pourquoi pas de nouvelles ?– ce serait pour faire quoi ? Au cours d’une récente rencontre, l’on s’est demandé ce qui pourrait mobiliser dans un projet commun, dans une même région, « alsaciens «  et « non-alsaciens », en fait dialectophones et non dialectophones et/ou anciens et nouveaux arrivants ? En déplaçant la focale, on peut trouver des réponses. Dans le fait, par exemple, que nous partageons une même nappe phréatique de plus en plus polluée de nitrates et de pesticides ou dans le fait – autre optique – que nous avons en commun avec nos voisins suisses et du pays de Bade, sur le Rhin, une centrale nucléaire qu’il est temps de fermer. Nous avons en commun avec l’ensemble des habitants de la planète la lutte contre les effets de l’anthropocène. D’autres pistes existent. Nous avons un remarquable modèle de sécurité sociale, hérité de Bismarck, et qui fonctionne bien, à défendre, etc …etc.. . Il serait bon aussi bien sûr pour faciliter les relations avec les autres que les « alsaciens » sortent de leur béate innocence à propos de tout ce qu’il s’est passé dans le siècle écoulé, ils ont à prendre aussi leur part de responsabilité. »

 Bernard Umbrecht

A lire le texte entier sur http://www.lesauterhin.eu/bernard-stiegler-1917-2017-et-apres/

 

Appel aux élus d’Alsace

L’Alsace se trouve à la croisée des chemins. Soit elle disposera à l’avenir des pouvoirs et des moyens lui permettant de définir et de gérer ce qui lui est propre, tout en définissant et gérant avec d’autres ce qui est commun, soit elle disparaîtra dans les oubliettes de l’histoire, alignée qu’elle serait sur l’uniformité jacobine qui se veut d’unir les mêmes et non les différents et qui ce faisant créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque[1].

 Pour définir ce qui est propre à l’Alsace, il faut raisonner, en premier lieu, en termes d’espace. La première identité de l’Alsace est géographique. L’Alsace, ce n‘est pas qu’une extrémité orientale de la France. Elle n’est pas qu’une fin de France, un finistère. Elle est le début de la Mitteleuropa, son extrémité occidentale. Et c’est en premier lieu de sa situation géographique que découlent ses particularismes, ses besoins et ses intérêts propres, qu’il s’agisse en particulier de bilinguisme, de culture, d’économie, de transport ou de transfrontalier. La dimension transfrontalière est dans l’ADN de l’Alsace[2].

(…)

Au moment même où au niveau national l’amitié franco-allemande est proclamée en permanence, l’Alsace peut-elle accomplir son devoir historique et culturel, celui d’être le trait d’union ? Sert-elle de champ d’expérimentation de la coopération franco-allemande au quotidien ? Est-elle un exemple et une référence pour les autres États membres de l’Union européenne en la matière ?

La France n’a jamais conduit en Alsace une politique à la hauteur des enjeux, obsédée qu’elle est par l’égalitarisme et coincée qu’elle est dans son centralisme, et l’Alsace n’a jamais disposé des pouvoirs et des moyens pour le faire.

Pourtant ces particularismes, ces besoins et intérêts propres sont aussi, au travers de l’Alsace, ceux de la France. Qu’aujourd’hui, la France ne l’oublie pas au moment où l’Alsace revendique une nouvelle institution politique.

Tout en opérant des avancées considérables en matière de droits, de libertés et de progrès social, la France n’a jamais entrepris une véritable prise en compte du fait régional, les collectivités territoriales ne constituant, pour le mieux, que des modalités d’organisation administrative, même si des ouvertures ont été obtenues. La chose est bien connue et maintes fois dénoncée, et pas par les moindres, mais jamais vraiment réformée.

 Nous appelons de nos vœux une nouvelle répartition des pouvoirs et des compétences entre l’État et les Régions. Un nouveau pacte devrait intervenir. Ces dernières devraient pouvoir gérer ce qui ne relève pas expressément de l’État, autrement dit, tout ce qui n’est pas régalien. La dualité de l’organisation étatique ainsi créée reposerait et se construirait sur une double loyauté des citoyens : l’une à l’égard de l’État, l’autre à l’égard de la Région. Mais le grand soir du girondisme n’est pas arrivé.

Pour l’heure, L’Alsace demande et nécessite pour exister en tant que telle une institution politique propre bénéficiant de vraies compétences, les unes transférées par l’État, les autres par la Région Grand Est. Les plus importantes, et les plus déterminantes, celles qui correspondent en premier aux particularismes, aux besoins et aux intérêts propres seraient celle de l’économie avec l’attractivité et le tourisme, celle de la gestion de la langue et de la culture régionales (bilinguisme français-allemand standard et dialectal, scolaire et sociétal, formation des enseignants et des communicants, enseignement de l’histoire et de la culture d’Alsace, politique culturelle…), celle aussi de la gestion de la coopération transfrontalière permettant de travailler à hauteur de pouvoir avec nos partenaires du Rhin supérieur.

Au-delà du contenu, il s’agit aussi de donner une structure et un mode gouvernance à la nouvelle institution. L’Alsace est par elle-même une métropole, tant tout y est proche et lié, une métropole qui resterait à instituer et qui fédèrerait les pays qui la composent.

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est à la reconstruction, tant l’Alsace a perdu en substances économique, linguistique, culturelle… ces dernières décennies. Le temps n’est plus aux tergiversations, aux conflits de personne ou aux intérêts partisans. Le temps est à la démocratie[3]. Le temps est à la prise de responsabilité et à l’unité.

[1] Il existe en effet des statuts particuliers en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux Antilles, en Corse, à Paris…

2L’Alsacianitude est une confluence et une synthèse.

3 C’est-à-dire dans ce cas au «  droit et [à] la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part importante des affaires publiques ». cf.  Charte de l’autonomie locale ratifiée par la France le 17 janvier 2007.

 

 

Parti Communiste : « Nous devons mieux faire » !

Plus d’une centaine de convives au banquet républicain du Parti Communiste français organisé dans le cadre des « rencontres d’automne du PCF 68 » à Wittenheim. Des militants, des sympathisants mais également le maire de Wittenheim, Antoine Homé et la toute nouvelle (et jeune) secrétaire régionale d’EELV, Cécile Germain étaient présents. LO68 fut également de la partie. Pour l’animation politique de la journée, c’est Guillaume Roubaud-Quashie (notre photo), membre du Comité exécutif national et rédacteur en chef de la revue « Cause commune » qui anima un débat sur le thème « Face à Macron : on subit ou on résiste ? ». Quelques questions à l’invité de la journée…

L’A : « On subit ou en résiste? » : est-ce cela la thématique du congrès extraordinaire du PCF en novembre 2018 ?

Guillaume Roubaud-Quashie : Le principal objectif de ce congrès est de repenser nos actions et nos ambitions. Actions pour donner plus d’ampleur aux luttes qui se déroulent actuellement mais avec un manque de coordination, ambitions pour réinventer le Parti communiste, en somme remettre en chantier une stratégie et des pratiques de conquêtes et de victoires durables pour la transformation sociale qui reste l’objectif de notre parti. Une première étape dans ce vaste chantier, seront les Etats généraux du progrès social prévus en février 2018 pour rassembler tous ceux qui résistent et combattent la politique d’Emmanuel Macron.

L’A : Emmanuel Macron n’est-il pas en train d’imposer sa politique et sa méthode sans que cela fasse trop de vagues ?

GRQ : M. Macron est en train d’imposer une politique libérale en étant reconnu comme le « Président des riches »… Toutes les réformes entreprises affaiblissent les plus pauvres et n’ont qu’une ambition : répondre aux exigences du MEDEF. Il veut aussi incarner l’homme au-delà des clivages gauche-droite : ce qui est sûr c’est qu’il n’est « ni de gauche, ni de gauche » !

Son action, est très impopulaire notons-le. Mais dans le pays, nous constatons également une perte de confiance dans la possibilité de changer le cours des choses. Nous payons là les échecs des grandes manifestations sociales collectives de ces dernières années : non pas échec dans la mobilisation mais dans l’objectif de changer la politique imposée par le gouvernement. Il faut donc travailler à faire renaître la confiance que les situations ne sont pas inéluctables, qu’on peut changer les orientations politiques sans attendre les rendez-vous électoraux. En somme, démontrer que l’action collective peut mener à des victoires. Et cela commence par notre investissement dans des mobilisations locales, multiples… Des victoires à ce niveau permettront de restaurer la confiance des citoyens dans leur capacité à imposer d’autres choix que ceux imposés par le pouvoir.

L’A : Mais à l’heure de la mondialisation, de la perte d’influence des Etats-nations, aux difficultés de mobilisation du mouvement social, le Parti communiste pourra-t-il s’affirmer comme porteur d’une alternative politique ?

GRQ : Regardons les choses telles qu’elles sont dans ce processus de mondialisation. Celle-ci est loin d’emporter une adhésion globale des peuples : des voix alternatives s’élèvent, regardons ce qui se passe en Espagne, en Grèce… Nous communistes, la mondialisation est un terrain que nous ne négligeons pas, nous sommes tournés vers l’internationale. Et la France, 6e puissance mondiale, peut être un levier pour lutter contre cette mondialisation.

Mais le capitalisme lui-même s’interroge et mesure bien que son fonctionnement « les actionnaires décident, les citoyens appliquent » n’est plus adaptés. Le capitalisme numérique est le plus avancé sur ce point : Google n’écoutent pas que ses actionnaires, l’entreprise fait appel à l’intelligence de ses salariés et des utilisateurs pour définir ses choix stratégiques. Bien évidemment, cela est fait avant tout pour assurer ses intérêts mais par là il reconnaît que la prise en compte de l’avis et des désirs des utilisateurs et des salariés est important pour atteindre ses objectifs.

Dès lors, nous aussi, forces de progrès, devons plus faire confiance et faire appel à cette intelligence collective pour définir un projet de société dans lequel les citoyens-« utilisateurs » formulent leur désir et définissent les moyens de les satisfaire. En clair, lutter pour une autre mondialisation, c’est commencer à construire des alternatives au plus près de la vie des gens.

L’A : Mais est-ce que la gauche est en mesure d’assumer cela ? Même Jean-Luc Mélenchon est en train de perdre de la popularité et de la confiance…

GRQ : Il est vrai que les dernières élections ont été un vrai tourbillon qui a bouleversé beaucoup de choses. La démarche « présidentielle » a été déterminante et ce sont plus des individus « hors partis » traditionnels qui ont récolté une majorité des lois. Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ont voulu se défaire de tout lien avec le système de partis et ont constitué des mouvements… Cela a conduit Jean-Luc Mélenchon à se démarquer de nous. Il le confirme encore en proposant une liste France Insoumise pour les Européennes… sans en discuter avec les autres forces de gauche.

Cela est dommageable car nous avons besoin de rassembler pour gagner. Certes, nous avons des différences, Jean-Luc Mélenchon n’est pas pour le dépassement du capitalisme, nous si. Et puis nous refusons le repli nationaliste : l’Europe tel qu’elle est ne nous va pas mais nous devons la construire en coopérant avec d’autres au niveau européen.

Mais bien évidemment nous devrons tout faire pour construire une alternative ensemble à la politique de M. Macron.

L’A : M. Macron se présente comme « girondin », donc comme décentralisateur. Vous vous sentez jacobin ?

GRQ : M. Macron est un centralisateur de la pire espèce ! Toute sa politique vise à détruire les collectivités territoriales. Une coupe de 13 milliards dans les dotations, cela ne s’est jamais vu et va peser négativement sur la décentralisation. Tout comme la construction de méga-région, que les députés communistes ont rejeté en votant contre la loi…

L’A : Les Alsaciens rejettent à 87% la disparition de leur région, pensez-vous qu’il faille revenir en arrière sur cette loi…

GRQ : Le passé n’était pas non plus la perfection… C’est plutôt autour d’une organisation territoriale favorisant la démocratie et l’expression citoyenne qu’il faudra bâtir le futur. Pas avec les méga-régions et l’omnipotence des grandes métropoles qui font disparaître de nombreuses communes…

L’A : Le Parti communiste a connu une série de défaites électorales. Comment pensez-vous renouer avec les citoyens pour redevenir une force politique qui compte ?

GRQ : Malgré nos difficultés, le Parti communiste reste une force qui compte. Nous pensons que c’est dans la construction et la mise en œuvre collective d’alternatives que nous y arriverons. Les congressistes définiront le fond et la forme, je ne vais pas anticiper aujourd’hui sur la manière de faire.

Nous avons commencé dans la préparation de notre congrès : un an avant sa tenue, nous avons sollicité des dizaines de milliers de nos adhérents, par une consultation nationale qui vient de s’achever, pour leur demander ce qui étaient leurs préoccupations, qu’elles étaient les actions à entreprendre et comment voyaient-ils le fonctionnement de notre parti.

Car il est évident que nous avons à repenser l’action du PCF pour renforcer la démocratie interne et amplifier l’action d’un parti qui reste la première force militante du pays.

Propos recueillis par Michel Muller

Inclusif… en exclusivité!

Par ces lignes, je veux défier cette docte assemblée qu’est l’Académie Française, farouche gardienne de la langue française. Car elle vient, à l’unanimité s’il vous plaît, de rejeter l’usage de l’écriture inclusive.

Petite explication pour celles et ceux qui ignore ce que c’est : il s’agit d’une « graphie », une représentation écrite d’un mot, qui accorde les fonctions, métiers, grades et titres en fonction du genre : on parlera ainsi de chroniqueuse, chercheuse… Ensuite, l’utilisation à la fois du féminin ET du masculin quand on parle d’un groupe de personnes, soit par l’utilisation de ce qu’on appelle la double-flexion – « les auditrices et auditeurs ». On peut aussi rajouter un « e » entre parenthèses à la fin d’un mot masculin pour le féminiser : ainsi écrire « candidat(e) ».

Les Académiciens et Académiciennes estiment qu’il s’agit là d’un «péril » mortel et ils lancent un « appel solennel » pour que cesse cette « aberration » sic…Cette volonté de féminiser les mots n’est pas nouvelle, les cercles féministes ont toujours combattu cette règle grammaticale qui veut que le masculin l’emporte systématiquement sur le féminin. Ils y voient une discrimination à l’égard des femmes d’autant plus que cette règle grammaticale date de 1647, l’Académie a alors tout juste 13 ans, quand un de ses membres, Claude Favre de Vaugelas, préconise que le masculin doit l’emporter sur le féminin car « le masculin est plus noble que le féminin ».

Rappelons également qu’à cette époque, les femmes sont interdites d’université et elles le seront jusqu’en 1880. Le caractère sexiste de cette mesure est totalement avéré. D’ailleurs avant cette sentence de Vaugelas, la féminisation des mots était la règle dans notre langue : jusqu’au 17e siècle, une femme écrivaine était appelée une « autrice » au moment où les femmes investissaient la sphère intellectuelle et prenaient donc de plus en plus d’importance dans la société. Pour la petite histoire, sa forme modernisée, « auteure », date des années 90 et vient de nos amis québécois.

Est-ce que cette écriture inclusive met la langue française en danger comme le prétend l’Académie Française, rejointe sur ce point par le Ministre de l’Education Jean-Marie Blanquer ou le philosophe Raphael Enthoven, tous les deux ne sont pas, il est vrai, à classer dans la catégorie « progressiste »…

On peut penser que le risque que court la langue française est bien ailleurs que dans l’écrite inclusive. L’écriture phonétique utilisée par le rappeur Jul dans ses tweets est sûrement tout aussi mortifère pour la langue. Et que pensez de l’utilisation de plus en plus fréquente de l’anglais dans des expressions françaises. Et bientôt de mots arabes…

Car il en va ainsi : n’en déplaise aux (trop) sages Académiciens, une langue évolue. Sinon, elle est morte comme l’est le latin ou le grec. Il n’est pas scandaleux que le dictionnaire rédigé sous le contrôle de l’Académie française intègre chaque année des mots d’une autre langue dans l’usage du français. Tiens, au hasard, piqué aux Allemands : bretzel, diktat, ersatz, kitsch, knödel, land, mark, nickel ; aux Anglais, job, jogging, ketchup, knock-out, laser, lift, lob/lober, match ; aux Arabes : méchoui, mechta, medersa, médina, merguez, moka et même aux Cingalais le terme de nélombo.

Alors, pourquoi la féminisation des mots seraient-elles « une aberration ». L’écriture inclusive ne conduirait-elle pas efficacement à aider à gommer ces discriminations qui veulent qu’une fille joue à la poupée et un garçon se projette en mécano ?

Ce message même pas subliminal donné aux petites filles dans les écoles « le masculin l’emporte sur le féminin » n’est-ce pas déjà légitimer le fait qu’un jour la jeune femme au travail gagnera 20% de moins que son collègue homme, qu’on lui confiera moins de responsabilité, sans qu’elle n’y trouve à redire, tout cela illustré par une règle grammaticale reflétant la volonté dominatrice des hommes sur les femmes.

Mais la roue de l’Histoire tourne, tourne, inlassablement. Les femmes, on le voit encore récemment, veulent conquérir une égalité réelle dans tous les domaines de la vie. Il serait étonnant que la grammaire n’y passe pas un jour ou l’autre.Et en attendant, vous pourrez toujours retrouver sur L’Alterpresse68, des chroniqueuses et des chroniqueurs qui ne manqueront pas d’osez l’écriture inclusive. Mais nous ne demandons aucune exclusivité…

Michel Muller

Stocamine : l’État veut boucher tout ça fissa !

Il y a belle lurette que l’appareil d’Etat, ses suppôts et les lobbies qui l’assaillent en permanence ont l’intention d’enfouir pour l’éternité les déchets ultimes stockés au fond de la mine Joseph Else de Wittelsheim (Haut-Rhin). Sans une forte mobilisation, ce projet funeste risque d’aboutir sous peu. Le collectif Déstocamine vient d’adresser une lettre d’alerte à tous les députés pour qu’ils se saisissent d’urgence de ce dossier. Continuer la lecture de Stocamine : l’État veut boucher tout ça fissa !

Un référendum pour stopper le CETA

Le CETA, traité de commerce et d’investissement entre le Canada et l’Union Européenne, « conçu à l’écart du processus démocratique » selon Emmanuel Macron, présente des risques importants pour de nombreux aspects de nos vies. Il est malgré tout entré en application provisoire le 21 septembre dernier, mais il n’est pas trop tard pour le stopper car il n’a pas encore été voté en France. Continuer la lecture de Un référendum pour stopper le CETA

Bernard Stoessel : Retour à la région Alsace et ses deux départements !

La démission de M. Richert de la présidence du Grand-Est est un échec pour l’homme politique mais aussi pour toute la réforme territoriale qui ne convainc absolument personne ! Et ce sur tout le territoire français car les citoyens ont du mal à comprendre en quoi cette réforme est avantageuse pour eux ! M. Rottner, jadis (c’est-à-dire il y a quelques mois) était vend debout contre l’intégration de l’Alsace dans le Grand-Est allant jusqu’à faire signer 60.000 personnes sur une pétition pour soutenir son avis, a totalement changé d’avis et sera élu dans quelques jours calife à la place du calife. Mais bon, il ne confiera pas toutes les responsabilités de maire de Mulhouse à Mme Lutz, gardant une place au chaud… On n’est jamais trop prudent quand on gère une carrière… A quand un maire de Mulhouse qui aime sa ville et la gère en conséquence plutôt que de l’utiliser comme marche-pied pour ses ambitions personnelles…

Mais revenons à la Grande-Région, aussi appelée le Machin-Truc ou le Grand Bidule. La Cour des comptes est sévère avec la création de ces méga-structures. Dans son dernier rapport daté du 11 octobre, elle pointe « des risques importants de surcoûts durables de gestion” alors même que les économies sont encore difficilement estimables – mais largement utilisées comme argument par le précédent gouvernement.

 Hauts-de-France, Grand Est, Nouvelle Aquitaine, Occitanie… les Sages pointent plusieurs exemples de potentiels dérapages, conséquences du transfert de compétences aux régions et de leur fusion.

Ainsi, dans les Hauts-de-France, le seul renouvellement du pelliculage des TER coûte 30.000 euros par train, soit 10 millions d’euros au total. Une somme importante pour simplement redécorer les rames aux couleurs de la nouvelle région… On attend d’avoir le chiffrage du Grand Est dans lequel le réseau de transport est tellement efficace qu’il vaut mieux passer par Paris pour aller à Reims ou Troyes. Ne parlons pas de Châlons-en-Champagne…

Les élus alsaciens enfin clairs ?

A l’analyse de certaines déclarations ou conclusions de conférences, il semblerait que les élus alsaciens prennent conscience du rejet massif du Grand Est par la population alsacienne. Mais cette apparente unité transpartisane révèle en réalité de profondes divergences. Sortie ou non du Grand-Est ? Fusion des départements ? Transformer l’Alsace en… département (idée génialement stupide de M. Meyer, maire de Colmar) ? Un appel de cent personnalités alsaciennes recueille de nombreuses signatures tout en ne faisant pas l’unanimité dans ses propositions.

Une lettre ouverte de Bernard Stoessel

Bernard Stoessel, figure politique mulhousienne bien connue, ancien 1er Vice-président du conseil régional d’Alsace, président de l’association des élus pour la langue régionale, conseiller municipal de Mulhouse, médecin, a rédigé une lettre-ouverte à destination du président de la République, lettre co-signée par différentes personnalités politique alsaciennes.

Nous la publions bien volontiers ici :

 « Monsieur le Président de la République,

Votre projet politique semblait tel qu’il a été exposé durant les campagnes électorales présidentielle et législative répondre à la situation de notre pays et à l’intérêt collectif des citoyens: réalisme économique, économies budgétaires, simplification fiscale et administrative, adaptation du code du travail au développement des entreprises, augmentation des salaires réels et du pouvoir d’achat pour les plus faibles, soutien actif à la construction européenne, respect des engagements internationaux de la France.

Entre autres, les Alsaciens, appréciaient tout particulièrement, votre intérêt pour le partenariat avec l’Allemagne. En Alsace, l’allemand, première langue maternelle de l’Union européenne, est aussi enseigné en tant que langue régionale.

Un très grand nombre d’Alsaciens seraient pourtant bien plus sensibles à un Président et une majorité législative qui s’engageraient en toute transparence pour une évolution permettant à l’Alsace de retrouver son statut de région administrative. En effet, la dilution de l’ancienne Alsace dans une immense région dite Grand Est a été imposée sans le consentement des Alsaciens.

Durant votre campagne électorale vous n’avez pas  répondu aux très nombreux courriers individuels et collectifs, de citoyens, d’associations alsaciennes demandant un retrait de l’Alsace du Grand Est.

Une pétition demandant un référendum en vue du retrait de l’Alsace du Grand Est, ignorée et rejetée par le Préfet et l’actuel président du Grand Est, avait pourtant réuni en 2015 115 000 signatures d’électeurs soit près de 10% du corps électoral alsacien, un chiffre considérable jamais atteint auparavant, une première dans notre pays.

Un sondage de l’institut CSA d’avril 2017, publié dans les quotidiens alsaciens le 18 mai, a confirmé de façon spectaculaire ce  refus de plus en plus massif des Alsaciens de rester au sein du Grand Est.

En effet, ce rejet s’élève à présent à 84% de personnes qui ne se reconnaissent pas dans ce Grand Est. Une énorme majorité d’Alsaciens souhaite selon ce sondage non seulement le retour à une Région Alsace de plein exercice, forte de près de deux millions d’habitants, mais aussi le maintien des deux départements.

L’attachement des Alsaciens à leur identité, à leur histoire et à leur terre ancestrale va bien au-delà. En effet, le même sondage confirme que pour 61 % de la population cette nouvelle région Alsace doit prendre la forme institutionnelle d’une collectivité à statut particulier dotée des compétences permettant, au sein du cadre français, de la redynamiser et de pérenniser ses particularités linguistiques, culturelles et juridiques.

Notre courrier du 11 juin 2017 au Président de la République, dont copie jointe, signé par une trentaine de citoyens, est resté également sans réponse ni même accusé de réception de votre part. Ce n’est certainement pas ainsi que les Alsaciens, si respectueux des institutions par sens civique, méritent d’être traités. Le pacte girondin dont vous avez fait état leur semblerait au mieux une formule creuse, au pire de la poudre de perlimpinpin et du mépris.

Nous en appelons de nouveau à votre volonté affichée de déminage des problèmes de notre pays et espérons que vous permettrez à l’Alsace de se retirer du Grand Est et de reprendre toute sa place parmi les régions de France.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Bernard STOESSEL

Gérard CRONENBERGER,  maire honoraire d’Ingersheim, ancien président de l’association des élus pour la langue régionale d’Alsace et de Moselle germanophone et du Comité fédéral pour la langue et la culture régionales

Patrick KLEINCLAUS, ancien directeur territorial, responsable associatif

Monique MATTER, Présidente de la Fédération des langues régionales germaniques de France, ancienne professeure de collège, ancienne maire-adjointe de Marckolsheim

François SCHAFFNER, éditeur, ancien professeur de collège, responsable associatif

Jean-Jacques THUET, Ingénieur, Agriculteur, Responsable associatif, Retraité

Jean-Jacques WEBER, journaliste, ancien Président du Conseil Général du Haut-Rhin, ancien Maire, Député honoraire »

On peut lire que M. Stoessel avait déjà envoyé une lettre de ce type à M. Macron dès le 11 juin 2017… sans avoir obtenu de réponse. Il serait indécent qu’un président de la République continue de se comporter de telle façon… A vous lire, M. Macron !

 

Antoine Fabian : « Vous souvenez vous, M. Rottner… »

Antoine Fabian, syndicaliste chrétien, vice-président du Régime Local d’Assurance Maladie d’Alsace-Moselle, maire honoraire de Roderen, a pris sa plume à l’occasion de l’annonce de la candidature de M. Jean Rottner au poste de président de la région Grand Est. L’auteur rappelle qu’il fut un parmi les 60.000 signataires de la pétition lancée par le maire de Mulhouse contre la constitution de cette grande région et l’interroge sur ses intentions en accédant à cette nouvelle responsabilité. Pertinent et percutant : nous proposons à M. Rottner de publier sa réponse dès qu’il l’aura rédigée…

« Monsieur le Maire et Vice-président du Conseil Régional.

La presse nous informe que vous vous portez candidat à la succession de M. Philippe Richert comme Président de la région Grand-Est. La question immédiate qui vient à l’esprit des Alsaciens, et tout particulièrement des 60 000 signataires (dont je fus), en 2014, de votre pétition contre le projet de fusion de l’Alsace avec la Lorraine et Champagne-Ardenne, est de savoir quel Président vous serez, en cas d’élection.

Celui de la pétition, fidèle à vos convictions d’origine ou celui, à la suite de M. Richert, de l’abandon de l’Alsace, et donc de la négation d’une spécificité historique et culturelle ?

Allez-vous vous vous sacrifier « pour faire le job », comme M. Richert afin de sauver ce qui peut l’être, cautionnant, dans le même mouvement, l’inacceptable ? Une telle « abnégation » paraîtrait bien incompréhensible, sinon suspecte.

Pour mémoire, je vous joins des extraits de presse de l’époque parlant de votre engagement sincère, argumenté et pugnace contre la fusion (ci-dessous les liens correspondants).

M. Richert a jeté l’éponge face à son échec d’une tentative d’assimilation/disparition forcée de l’Alsace dans un ensemble incohérent, sans corps, sans personnalité, sans âme, malgré des campagnes de communication onéreuses et de chantage aux subventions, tout en vidant l’Alsace de tout pouvoir de décision.

Pour être « homme d’Etat », il ne suffit pas d’être humaniste, chrétien, démocrate, dévoué et ambitieux, il faut aussi de l’intelligence et de l’intuition politique.

Votre ambition est-elle de rentrer dans l’Histoire à la suite de personnalités alsaciennes et mosellanes mythiques, auteurs d’avancées sociétales, économiques, sociales, culturelles et religieuses de l’ancien « Reichsland », entre 1921 et 1924, puis de celles d’après-guerre, en 1945-46, tels que Robert Schuman, Henri Meck, Joseph Beck, Albert Schmitt et tant d’autres, tous hommes et femmes de courage et d’honneur ?

Ou, au contraire, serez-vous à la solde de ceux qui méprisent l’Alsace, à l’instar du Parlement français à Bordeaux en 1871 ou, plus récemment, de ceux qui ont liquidé les acquis alsaciens-mosellans, comme le gouvernement de François Mitterrand, en 1982, (Prud’hommes), puis de François Hollande, avec un redécoupage des Régions en dépit du bon sens et au mépris des populations concernées ?

Etes-vous de ceux, Alsaciens de surcroît, qui renoncent à se battre contre la suppression des Chambres consulaires, des organisations professionnelles et surtout l’affaiblissement du Régime local d’assurance maladie, qui prive les salariés, et surtout les retraités alsaciens-mosellans, d’une complémentaire santé solidaire, à un coût dix fois moins cher qu’une mutuelle, une institution de prévoyance ou une assurance ?

Ou encore, êtes-vous de ceux qui, par leurs revirements et reniements spectaculaires, conduisent au dégoût des citoyens envers la politique, suivant en cela Gilbert Meyer, Maire de Colmar, un des principaux responsables de l’échec du référendum d’avril 2013 et qui, avec un rare cynisme, réclame aujourd’hui ce qu’il avait combattu hier. Ce n’est pas ainsi que l’on va « réenchanter » la politique.  

Resterez-vous, dans le déni permanent de la réalité ? Le Grand-Est ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais, car cet agglomérat totalement contre-nature ne satisfait personne.

Il ne fait de loin pas d’unanimité de la population, en Meurthe-et- Moselle, contrairement aux affirmations de Madame Valérie Debord. Quant aux citoyens des Ardennes et de Champagne, ils sont tournés vers Paris ou la Belgique et non vers Strasbourg et le Rhin.

Car le développement économique, social et culturel de l’Alsace se situe, en grande partie, outre-Rhin. C’est une réalité que personne ne peut raisonnablement nier. Le Grand-Est est un boulet dans le développement des relations, dans tous les domaines, avec le Bade-Wurtemberg et la Suisse, si nécessaire pour l’économie, l’enseignement, l’emploi et la culture.

La population alsacienne est profondément attachée à la France, sans être d’origine gauloise, mais essentiellement bavaroise, autrichienne ou suisse, pétrie par l’humanisme et la culture rhénane. Je pense que nos amis ardennais et champenois comprennent cela et sont prêts à nous aider. Eux-mêmes ont été méprisés en les « fourguant » avec les Alsaciens et Lorrains, un dimanche soir dans un bureau de l’Elysée.

Tous les élus alsaciens, sans exception, sont intimement convaincus – même s’ils ne l’avouent pas en public – de la nécessité de « libérer » l’Alsace du Grand-Est. Pour ce faire, il n’y a pas de plan A ou B, totalement absurde et dénué de sens. Il n’y a qu’un seul plan : celui d’une Région Alsace dotée de réels pouvoirs délégués par l’Etat et de moyens, pour qu’elle puisse pleinement exercer ses missions, dans un pays moderne, tourné vers une Europe unie et prospère dont rêvaient ses fondateurs.

Enfin, la population aimerait aussi connaître le positionnement réel du parti politique dont vous vous réclamez. Tout et son contraire a été dit et écrit, sur les postures des uns et des autres, selon qu’on est élu régional, départemental, député, sénateur ou maire, en clair, selon son ego ou intérêt personnel. Tout ceci participe à la confusion générale. La pression des instances nationales du parti LR (jacobines par dogme) semble manifestement peser lourdement sur des élus alsaciens timorés (craignant pour leurs investitures futures !).

Dans l’attente d’une réponse digne d’un « Homme politique d’Etat », libre, pragmatique, audacieux, à l’écoute des citoyens, désireux d’une vie démocratique plus participative et au service de l’intérêt de l’Alsace et de la France,

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma très respectueuse considération,

Antoine Fabian, un des milliers signataires de votre pétition. »

Inutile de repréciser que L’Alterpresse68 se tient à disposition du maire de Mulhouse pour publier sa réponse même avant son élection dans un fauteuil…

http://www.lalsace.fr/actualite/2014/07/20/jean-rottner-lance-une-petition-pour-l-alsace

https://www.ami-hebdo.com/actu/non-la-fusion/

http://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/jean-rottner-je-deplore-climat-lequel-debat-alsacien-se-fait-parfois-1339523.html

https://www.lesechos.fr/17/09/2014/lesechos.fr/0203783308447_reforme-territoriale—l-alsace-prepare-sa-riposte-contre-la-fusion-avec-champagne-ardenne.htm

http://www.lesrepublicains67.eu/2014/07/signez-la-petition-pour-lavenir-de-lalsace/

http://www.dna.fr/actualite/2016/08/31/petition-sur-rendeznouslalsace-fr-les-cartes-et-les-dessous-des-cartes

Indépendances?

catalogne
« S’il déclare l’indépendance, le président catalan pourrait « finir » comme un de ses prédécesseurs ayant proclamé un Etat catalan ». Ces odieux propos du porte-parole du Parti Popular au pouvoir à Madrid, M. Casado, fait référence à Luis Companys qui a proclamé un « Etat catalan » le 6 octobre 1934, fut immédiatement arrêté puis fusillé en 1940 par Franco..

L’Espagne ne s’est évidemment pas débarrassée de tous les nostalgiques du franquisme et certains d’entre eux gouvernent le pays en n’ayant rien oublié des méthodes de leur Caudillo comme l’ont prouvé la violence des interventions policières pour empêcher la tenue du référendum.

Mais n’est-il pas étonnant qu’un affolement, certes et heureusement moins brutal, s’est emparé de toute l’Europe y compris en France devant l’annonce d’une éventuelle indépendance de la Catalogne. Comme si ces sept millions et demi de Catalans allaient mettre l’Europe à feu et à sang.

Tout comme le gouvernement espagnol, les instances européennes ne veulent pas voir le mouvement qui commence à s’étendre dans toute l’Europe.

Depuis deux siècles environ, les Etats-Nations ont été la matrice dans laquelle les citoyens s’organisaient. Mais ces Etats-Nations se sont construits au fil des années, bien souvent à la suite de conflits voire de guerres, et les frontières ont bougé sans arrêts.

Si aujourd’hui, au sein même de l’Europe, des mouvements indépendantistes se développent, est-ce uniquement l’émergence d’égoïsme régionaux ou l’expression d’un nationalisme de mauvais aloi ?

Nous sommes dans une crise de la démocratie. De moins en moins de citoyens votent, une grande majorité n’attend plus grand-chose des partis politiques et la population doute fortement de la capacité de leur gouvernement d’améliorer les choses.

En Espagne, il n’y a pas de majorité pour le Partido Popular, M. Rajoy gouverne en étant minoritaire ! Les Pays-Bas ont mis deux ans pour former un gouvernement car les électeurs n’ont donné une majorité à un parti. En France, M. Macron a recueilli moins de 20% de voix des inscrits au 1er tour de l’élection présidentielle et pourtant sa majorité n’hésite pas à considérer que « les Français » lui ont donné un mandat pour sa politique ! Y croient-ils eux-mêmes…

La démocratie représentative est dans une impasse et suscite de plus en plus de rejet.

Et l’Etat-Nation qui sert de cadre à cette démocratie représentative en crise, s’affaiblit. On peut se poser légitimement la question : les Etats nations qui ont pris le relais des régimes monarchiques, sont-ils immuables et éternels ? Une population ou une partie d’entre elles a-t-elle le droit de considérer que le cadre démocratique dans lequel elle vit ne lui plaît plus et en désire un autre ?

Faut-il blâmer ces peuples flamands, écossais, lombards, catalans, qui pensent ainsi ? Faut-il dialoguer avec eux ou bien faut-il les mettre à genoux, les contraindre, les menacer. « Si vous n’êtes pas gentils, on vous vire de l’Europe » ? tonne M. Juncker…

Il faut donc utiliser l’autoritarisme, voire la violence, pour maintenir les choses dans l’ordre. On peut raisonnablement penser que, désormais, la survie de l’Etat-nation est peut-être en question.

Peut-il survivre à une mondialisation effrénée qui bouleverse tout ce que les Etats Nations ont pu construire comme protection de leurs peuples ? Peut-il survivre pris entre la tenaille des décisions supranationales européennes et la volonté de plus en plus fortes des populations de vouloir être acteur de leur avenir et non seulement subir les décisions prises loin, très loin, de là où ils vivent, travaillent, s’amusent, se cultivent, s’aiment…

A ne pas vouloir ou pouvoir prendre en compte ces aspirations, les Etats-Nations auront de moins en moins d’attrait pour les citoyens.
La réponse est-elle dans la création de nouveaux Etats-Nations en démantelant ceux qui existent ? Ce n’est pas la voie qui est choisie partout.

Par exemple en Alsace : la constitution d’une région Machin-Truc qu’on appelle Grand Est a courroucé la majorité de nos concitoyens. Car c’est l’exemple même d’une décision de l’Etat-Nation sans la prise en compte une seule seconde des aspirations des populations. « On le fait car c’est notre bon vouloir » dit le président. Et quand une majorité d’Alsaciens demandent le retour à leur région,( pas à leur indépendance !), le gouvernement central répond qu’il n’est pas question de revenir sur la loi qui a créé le Machin-Truc.

Et voilà comment la démocratie de notre pays est ressentie : comme le fait du prince ! Croit-on vraiment que cela peut continuer indéfiniment ? Je crois qu’il n’y a qu’un moyen de se faire entendre au Palais de l’Elysée : que le peuple alsacien proclame son indépendance et les yeux du monde entier seront rivés sur l’Alsace…

Une pub pareille, cela ne se refuse pas !

Michel Muller

Le vote allemand…

Les élections allemandes ont somme tout donné un résultat relativement conforme à tout ce qui se passe en Europe : recul de la droite conservatrice, affaiblissement inexorable de la social démocratie, stabilisation de la gauche transformatrice et progression importante de l’extrême-droite…Evidemment quant cela se passe en Allemagne, tout le monde voit renaître des démons anciens. Et pourtant, nous ne revivons pas une renaissance du nazisme (même si quelques nostalgiques sont toujours tapis dans l’ombre… comme en France, Italie, USA…) mais un phénomène politique liée à une crise de la démocratie représentative et d’une économie qui laisse des millions de citoyens sur le carreau.

Que l’Allemagne présentée riche et prospère soit à son tour concernée par la montée de l’extrême-droite n’est que le reflet des profondes inégalités sociales fruits d’une action gouvernementale initiée par le SPD et ses lois Hartz IV et poursuivie par Mme Merkel avec ses différentes coalitions au pouvoir. En rejetant catégoriquement l’affirmation péremptoire et stupide que  les 13% d’électeurs de l’AfD seraient des nazis (alors que nos 30% d’électeurs lepénistes auraient des représentants autrement plus nombreux à l’Assemblée nationale qu’au Bundestag si on avait la proportionnelle en France), L’Alterpresse préfère examiner de près le vote allemand.

Le vote en Baden-Württemberg

Globalement, à l’échelle fédérale (tableau en tête), les deux partis de la coalition au pouvoir perdent respectivement 8,6% pour la CDU-CSU et 5,2% pour le SPD. Les grands gagnants sont avant tout l’AFD, avec une progression de 7,9% pour atteindre 12,6% du corps électoral. La FDP est l’autre vainqueur, avec une hausse de 5,9%  pour un résultat global de 10,7%. Die Linke et les Verts stagnent avec une légère progression.

vote bw

Situation à tendance identique dans le Baden-Württemberg  où la CDU avait recueilli 45,7% en 2013, elle s’effondre de plus de 11 points pour terminer à 34,8% tout en restant (et de loin) le premier parti chez nos voisins badois. Suit le SPD avec un recul de 4,2 points à 16,4%. Les autres progressent soit légèrement comme Die Linke (de 1,3% à 6,4 contre 9,2 à l’échelle fédérale), les Verts (+2,5 pour 13,5% au final bien plus haut qu’au niveau fédéral et ses 8,9), la FDP avec 6,2% de progression arrivant avec 12,4% au total au niveau de l’AFD qui progresse de 7% pour atteindre les 12,2%.

Il est intéressant de noter que le vote dans la ville de Freiburg-in-Breisgau diffère sensiblement des résultats du Land et du pays : la CDU ne recueille que 28% (-6,9%), les Verts 25,4% (+4,8), le SPD 22,7 (-7,4%), Die Linke en 4e position avec 7,3% (+2,5%), l’AFD n’a « que » 7,2% (+4,7%), la FDP 5,3% (+3,4%). Il semble donc bien qu’il y ait un vote des villes et des champs. Il est vrai que Freiburg, ville écologique, avec un tissu associatif extrêmement dynamique et actif, est dirigée par un maire issue des Verts, Dieter Salomon.

Elle a indubitablement pris une option progressiste essentiellement en matière environnementale. Les habitants ont confirmé ce choix puisque le parti Vert progresse beaucoup plus dans la ville qu’à l’échelle du pays (+4,8% contre 0,5%).

Le vote des salariés… et des syndicalistes

La CDU a obtenu 25% du vote ouvrier mais 41% de la part des retraités, 36% des « indépendants » et 20% des chômeurs. Elle perd de nombreuses voix par rapport à 2013 tout comme le SPD qui récolte 23% chez les ouvriers, 24% chez les retraités, 11% chez les indépendants et 23% de la part des chômeurs.

Il est intéressant de voir la part du vote des salariés pour l’AFD et Die Linke. Nous pouvons voir sur les deux tableaux ci-dessous que Die Linke n’arrive pas à capitaliser le mécontentement dans le salariat et que c’est l’AFD qui en récolte les fruits et ce dans toutes les catégories du salariat. Remarquons le transfert spectaculaire du vote « chômeurs » de Die Linke vers l’AFD.

Die Linke

linke

L’AFD

afd

Lexique : Arbeiter : ouvrier ; Angestellte : employés ; Selbstständige : indépendants ; Rentner : retraités ; Arbeitslose : chômeurs.

Le DGB publie ses statistiques

La principale centrale syndicale d’Allemagne, le Deutscher Gewerkschaftsbund, publie une intéressante étude sur le vote des syndicalistes.

Sur le plan général, les syndicalistes ont mis le SPD en tête avec 29% des suffrages, la CDU suit avec 24% et l’AFD est avec ses 15% devant Die Linke et ses 12% Les Verts suivent avec 8% de confiance de la part des syndicalistes.

Il est intéressant de voir où se situent les différences entre les votes à l’Ouest et à l’Est. La CDU avec 24% est le premier parti chez les syndicalistes de l’Est (avec le même pourcentage qu’à l’Ouest où c’est le SPD qui arrive en tête avec 31%). Celui-ci ne recueille que 18% chez les syndicalistes de l’Est qui ont voté à 22% pour Die Linke et 22% pour l’AFD. Il y là un vrai schisme entre les deux parties de l’Allemagne puisque Die Linke n’obtient que 11% et l’AFD 14% à l’Ouest. Remarquons également que la même différence existe pour Verts : 9% chez les syndicaliste à l’ouest et seulement 3% à l’est.

Les syndicalistes « femmes » se distinguent des « hommes » en votant moins pour le SPD (25% contre 30% chez les hommes) et plus pour Die Linke (14% contre 11%). Cela est encore plus net pour le vote pour les Verts : 13% chez les syndicalistes femmes, 5% chez les hommes. Quant à l’AFD, nos sœurs femmes se distinguent positivement : elles ne sont que 10% à avoir fait ce choix contre 18% chez les hommes. Plus clairvoyantes les syndicalistes femmes du DGB ?

http://www.magazin-auswege.de/2017/09/so-haben-gewerkschafterinnen-gewaehlt/

On voit bien que les mêmes causes engendrent les mêmes effets : la crise sociale en Allemagne est bien plus profonde qu’on le laisse entendre ici en France. Les manipulations et tripatouillages autour du modèle allemand que les médias aux ordres aiment tellement vanter, ne peuvent cacher la réalité qui s’exprime par les urnes. Alors, évidemment reconnaître que les inégalités sociales en Allemagne font aussi le lit de l’extrême-droite est difficile pour ces médias : il est donc plus simple d’invoquer le retour des vieux démons nazis. Plus simple peut être mais totalement faux.

Cela me rappelle la réflexion d’un syndicaliste allemand : « Nous vous soutenons dans vos manifestations contre la loi Travail car si chez vous aussi le modèle Hartz IV s’impose, nous n’aurons plus beaucoup d’espoirs de nous débarrasser de nos lois antisociales ».

Michel Muller

4.000 MANIFESTANTS EN ALSACE… CE N’EST QU’UN DEBUT !

Près  d’une centaine de salariés et retraités du journal L’Alsace (339 salariés) ouvraient la manifestation mulhousienne. Signe que ce conflit avec le Crédit Mutuel qui veut liquider 70 emplois en supprimant l’imprimerie du quotidien rue de Thann pourrait être le gros dossier social dans le département lors de cette fin d’année 2017.
Ils étaient suivis de plus de mille manifestants, ce qui est, à l’image de ce qui s’est passé dans toute la France (500.000 selon la CGT) un franc succès, plus fort que la première mobilisation contre la loi El Khomri.  Pourtant, sur le plan syndical, seuls la CGT,  Solidaires et FSU ont été à l’initiative de cette action et se montraient satisfaits de l’écho dans le salariat.

MANIF 10

Le secteur privé était présent ainsi que les retraités qui faisant de l’augmentation de la CSG leur cheval de bataille : en effet comment comprendre que M. Macron veuille réduire l’impôt sur la fortune et taxer les retraites même les plus modestes !

Actes et méthodes

L’attitude bravache de Mme Pénicaud n’y changera rien : elle ne veut pas revenir sur le détricotage du code du travail dont elle continuera de devoir affronter une contestation qui est en train de s’amplifier.

Chacun sait qu’au-delà de la loi travail, d’autres remises en causes sociales sont en route. La suppression des APL aux locataires HLM est une autre preuve de cynisme et de choix de classe que ce gouvernement pratique. Quand le Premier ministre assure que les bailleurs HLM seront contraints de baisser le loyer pour rendre la suppression des APL indolore, il se moque du monde. Il est évident les organismes d’HLM seront ainsi privés de moyens pour construire des logements sociaux.

MANIF 5

On retrouve là la marque de fabrique Macron : d’abord on liquide un acquit et ensuite on propose, pour le futur, de revoir tout un dispositif. Ainsi pour l’APL : première décision, la supprimer pour les étudiants et à présent pour les locataires des logements sociaux (dont les citoyens les plus modestes) et ensuite, promettre une nouvelle politique du logement. Pourquoi ne pas commencer par le début : on met en place une nouvelle politique de logement et après on voit ce que deviennent les aides, si elles sont adaptées ou devenues inutiles… L’inconvénient de cette méthode, c’est qu’il faut du temps, un esprit d’ouverture, de la concertation pour arriver à une adhésion d’une majorité de la population.

Autre exemple : la loi Travail. Mme Pénicaud est une DRH de grandes entreprises dans lesquelles, comme vient de le révéler le journal L’Humanité, elle a touché en 2013, plus d’1,13 million de plus-value sur ses stock-options, en profitant de l’annonce de suppression de postes dans son entreprise de l’époque, Danone. Suppression qu’elle a elle-même assurée ! Elle veut donc faire comme chez Danone : concertation bidon durant des mois, laissant croire qu’il y avait des discussions avec les syndicats… puis divulgation du plan de liquidation du code du travail ficelé depuis longtemps ! Tout en promettant à l’avenir des mesures garantissant la « protection des salariés ». Mais ça, ce sera pour dans longtemps !

Les nouvelles étapes

Forte du succès du 12 septembre, la CGT appelle à une nouvelle manifestation le 21 septembre suivie de celle lancée à l’initiative de la France insoumise le 23 septembre. Trop de manifestations nuiraient à la mobilisation ? On peut penser que toutes les occasions d’exprimer son désir d’une autre politique sont bonnes à prendre et il vaut mieux en avoir plus que pas assez ! D’aucunes voudraient quelque peu instrumentaliser une opposition CGT-France Insoumise sans vraiment se poser la vraie question : pourquoi les autres organisations syndicales restent l’arme au pied.

Le Canard Enchaîné du mercredi 6 septembre a révélé que le gouvernement a reçu la CFDT et Force Ouvrière, le soir du 28 août, pour des négociations secrètes. Evidemment, à l’exclusion de la CGT ! Drôle de manière de pratiquer la transparence ! Durant ces opaques négociations, Laurent Berger (CFDT) et Jean-Claude Mailly (FO) auraient obtenu des concessions. Journée des dupes : car a la publication du projet de Mme Pénicaud, rien n’avait profondément changé dans le texte… Les dupes sont devenus des complices !

Le Canard rappelle également la composition « de choc » du cabinet de Mme Pénicaud : Antoine Foucher, directeur général adjoint du Medef en charge du social jusqu’en 2016, a été nommé directeur de cabinet.  M. Mailly a jugé cette nomination « pas mal » ! Oh, surprise ! On trouve également au poste de directeur adjoint, M. Stéphane Lardy… ancien secrétaire confédéral de Force Ouvrière !

Si toutes ces cuisines politico-syndicales ne sentent pas très bons et rejaillissent négativement sur l’ensemble du syndicalisme, il faut aussi et surtout prendre en compte que de nombreuses organisations départementales et fédérales FO ont appelé à participer aux manifestations.

Au rythme de la perte de confiance de M. Macron, gageons que les foules dans la rue pourront grandir au fil des mois car l’adaptation au forceps de la France au monde « macronien », n’en est, lui aussi, qu’à ses débuts.

Michel Muller