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L’accord dans la métallurgie allemande sous la loupe

Les patrons de la métallurgie en Allemagne ont dû capituler : les grèves d’avertissements lancés fin janvier et début février ont coûté environ 200 millions aux entreprises. De quoi revenir à de meilleurs sentiments et de négocier réellement les revendications d’IG Metall. Ces négociations ont eu lieu en Bade-Württemberg qui est ainsi devenu le land « pilote » : comme de coutume, cet accord va être étendu à l’ensemble du pays. Une victoire importante pour le DGB dans ses temps de disettes pour la plupart des organisations syndicales dans les pays développés.

Le 6 février, après d’âpres discussions, un accord a été signé et porte sur les points suivants :

  • Les salariés à temps plein pour désormais décidé de réduire leur temps de travail hebdomadaire à 28 h et revenir plus tard, à leur convenance, à plein temps.
  • Les salariés avec des impératifs particuliers – éducation d’enfants jusqu’à l’âge de 8 ans, garde des parents âgés, travailleurs soumis à des conditions de travail pénibles comme le travail en équipe – seront indemnisés en partie et pourront choisir entre augmentation de salaire ou huit jours de congés supplémentaires.
  • Les employeurs peuvent en contrepartie, demander aux salariés de travailler au-delà des 35 heures conventionelles.
  • Une augmentation de salaire de 4,3% interviendra le 1er avril prochain.

D’intéressantes augmentations salariales

En plus des 4,3% d’augmentation, une prime de 100 euros sera versée aux salariés pour une compensation des mois de janvier à mars, les 4,3% ne s’appliquant qu’à partir du 1er avril.

En 2019, une nouvelle composante va intégrer le salaire : le « complément salarial conventionnel. Il représentera 27,5% du salaire mensuel et sera versé chaque mois de juillet. Certains salariés pourront toutefois faire un choix : au-lieu du complément salarial, ils pourront bénéficier de huit jours de vacance supplémentaires.

Egalement au mois de juillet, chaque salarié dans le Bade-Württemberg touchera une prime fixe de 400 euros annuels. Dans d’autres régions, cette somme pourrait être inférieure car les salaires y sont également plus bas. Mais si l’entreprise est en difficulté, elle peut soit réduire la somme, soit reporter son versement, soit l’annuler tout simplement. Ce sera décidé au niveau des entreprises.

Selon le patronat, tous ces dispositifs correspondent à 7,7% d’augmentation d’ici mars 2020.

Temps de travail : contre le temps partiel imposé

Tous les salariés à temps complet ont le droit de réduire passagèrement leur temps de travail de 35 h à 28 h par semaine pour une durée entre 6 mois et deux ans. De facto, ce temps de travail réduit peut durer plus de deux ans car il est reconductible.

Mais ce dispositif peut être refusé par l’employeur si plus de 10% des salariés d’une entreprise veulent réduire leur temps de travail ou bien si 18% sont déjà à temps partie soit selon les dispositifs de l’accord ou bien sous la forme classique. D’autres refus peuvent intervenir, par exemple si le salarié demandeur détient une qualification clé pour le fonctionnement de l’entreprise.

En contrepartie, les employeurs peuvent augmenter le temps de travail pour les autres salariés de 35 h à 40 h hebdomadaires.

A ce sujet, il faut rappeler qu’historiquement, IG Metall a été le premier en Europe à briser ce qu’il nomme «le dogme des 40 heures». Dès 1982, sous le slogan «Plus de temps pour vivre, aimer et rire», il lance les premières grèves pour les 35 heures. La semaine de 35 heures sera finalement mise en place à l’ouest de l’Allemagne à partir de 1995, cinq ans avant la loi française.

L’accord pilote entre le syndicat de branche IG Metall et le patronat ouvre la voie au concept, inédit, de flexibilité du temps de travail choisi par les salariés. Il ne revient certes pas à réduire la durée légale du temps de travail à 28 heures mais envoie un symbole fort dans le cadre de ce débat.

La possibilité de temps partiel n’est en soi pas nouvelle, elle est déjà depuis longtemps inscrite dans la loi. Mais elle peut être refusée par l’employeur au nom du bon fonctionnement de l’entreprise.

L’Allemagne connaît, comme tous les pays, une augmentation phénoménale de ce qu’on appelle le « travail atypique ». Cela va du temps partie imposé jusqu’à la création de « travailleurs indépendants », conditions de travail largement développé dans la nouvelle économie du numérique. Sous couvert de « liberté pour le travailleur », les employeurs rompent le lien de subordination entre le salarié et l’entreprise, rendant ainsi la situation sociale de plus en plus précaire.

Il faut rappeler qu’IG Metall développe cette exigence de rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’entreprise depuis de nombreuses années : ainsi, sur la question des courriers électroniques adressés aux salariés après leur départ du bureau, elle obtenu une première interdiction chez Volkswagen en 2011 déjà.

IG Metall, par cet accord, réussit à briser le sacro-saint pouvoir absolu des employeurs qui conduit à une absence de démocratie dans les entreprises : en permettant aux salariés de choisir leur durée du travail, une petite part de liberté supplémentaire se fait jour sur le lieu de travail. Ce qui fait hurler M. Gattaz, du MEDEF : « Ce modèle n’est pas transposable en France ». La ségrégation de classe n’est pas prête à disparaître pour le patronat français !

Un accord transposable ?

Bien évidemment, les conditions de négociations sociales sont profondément différentes d’un pays européen à l’autre.

L’Allemagne est la première économie européenne dont toutes les composantes s’améliorent : la croissance, les exportations, l’inflation. Le taux de chômage est descendu à 5,4% en janvier et de nombreux secteurs sont confrontés à une pénurie de main d’œuvre. Cette configuration positive permet à IG Metall d’exiger une meilleure répartition des richesses et, contrairement à la France, les fruits de la croissance commencent à être mieux partagés en Allemagne. Il était grand temps, car les mesures Hartz IV du chancelier SPD Schroeder ont créé une masse de travailleurs pauvres qui sont les victimes d’une croissance économique uniquement favorable aux entreprises jusqu’à présent.

Autre atout indéniable que d’autres syndicats européens n’ont pas : avec près de 2,3 millions d’adhérents, IG Metall, qui défend les salariés toutes catégories confondues dans l’industrie, la sidérurgie, l’automobile, l’électronique ou encore le textile, est le plus gros syndicat d’Europe. Il est aussi réputé pour être sur une base plutôt offensive, combattive et n’hésite pas à faire appel aux actions de ses membres pour contraindre le patronat à des concessions. Disposant d’importants moyens financiers, sa caisse de grève lui permet d’indemniser ses adhérents grévistes et donc de mener des actions qui peuvent durer dans le temps.

Intéressant également à l’échelle française : hormis la CGT, tous les autres syndicats ont décidé d’abandonner la revendication de la réduction du temps de travail. Or, pour la CFDT surtout, le DGB représente un modèle et rêve d’instaurer en France un modèle social inspiré de l’Allemagne. Que pense-t-elle d’une revendication identique à celle de l’IG Metall ? Difficile à savoir, car aucun commentaire n’apparaît ni sur le site de la Confédération, ni sur celui de la Fédération des Métaux CFDT.

Il semble bien que la plupart des observateurs syndicaux, même la Confédération européenne du Syndicat considèrent que seule l’Allemagne peut «se permettre» cet accord. Etrange réaction :  car en France, les 40 plus grands groupes côtés à la bourse de Paris ont réalisé plus de 50 milliards d’euros de bénéfices durant le premier semestre 2017. C’est une progression de 23,6% par rapport à l’année précédente. Et toute l’économie bénéficie actuellement de la croissance.

Surtout que la revendication de l’IG Metall relance la question de la réduction du temps de travail pour répondre aux extraordinaires gains de productivité que suscitent les nouvelles technologies du numérique et de la robotisation.

Oui, l’accord allemand et la revendication de l’IG Metall répond bien aux problèmes que rencontrent tous les modèles sociaux bâtis sous l’ère de l’industrie traditionnelle, ce sont donc des données à portée universelle. Puisse le syndicalisme s’en inspirer partout.

Michel Muller

 

 

Brigitte Klinkert: Nous construisons une Collectivité territoriale à statut particulier !

Madame Brigitte Klinkert, présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin depuis le 1er septembre 2017 en remplacement d’Eric Straumann. Elle nous a reçus il y a quelques jours dans ses bureaux pour un entretien exclusif durant lequel nous avons pu aborder toutes les questions que nous souhaitions lui poser. Souriante, détendue, elle nous a livré des réflexions et analyses qui laissent apparaître une détermination sans faille pour défendre l’existence et l’action des départements au sein d’une région Alsace dotée d’un statut particulier qu’elle nous détaille. Des problèmes aigus dans le département sont également traités : le RSA Bénévolat, Stocamine, Fessenheim, l’avenir de la presse régionale… A vous de juger !

L’Alterpresse : Vous avez récemment exprimé votre avis sur la réforme territoriale en regrettant que l’Alsace ait disparu de la carte institutionnelle. Avec M. Frédéric Bierry, vous avez rencontré Le Premier Ministre ainsi que M. Gérard Larcher, pour leur présenter un projet qui vise à « rendre à l’Alsace une existence politique et institutionnelle ». Pouvez-vous nous en dire plus ?

Brigitte Klinkert : Notre démarche est soutenue par la majorité des parlementaires alsaciens aujourd’hui. On se rend compte qu’il faut à nouveau renforcer l’Alsace dans le Grand Est. Celui-ci est beaucoup trop grand et il n’y a pas vraiment de cohérence dans cette grande région.

Avec Frédéric Bierry, président du Bas-Rhin, dans le cadre qui nous a été défini par M. le président de la République, c’est-à-dire dans le cadre du Grand Est…

L’Alterpresse : … donc pas de sortie du Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Même si l’idéal aurait été de sortir du Grand Est, le président de la République nous a dit que cela n’était pas possible. Il faut savoir qu’au plus haut niveau, ils se rendent bien compte du souci posé par la grande région mais détricoter le Grand Est amènerait d’autres problèmes au sein de cette nouvelle région sans l’Alsace et puis d’autres problèmes dans d‘autres nouvelles régions, du côté de la Savoie, du Pays Basque…

Fusion des deux assemblées, pas des départements

On nous a dit d’accord pour expérimenter quelque chose mais dans le cadre du Grand Est. Il s’agit d’un projet d’une Collectivité territoriale à statut particulier sur lequel nous travaillons. Cela signifie que les deux assemblées départementales du Haut-Rhin et du Bas-Rhin pourraient fusionner, je dis bien les deux assemblées et pas les départements, mais à une seule condition : d’avoir en plus des compétences actuelles, des compétences fortes qui nous seraient déléguées d’une part par la Région et d’autre part par l’Etat.

Alors pourquoi seulement à cette condition ? Si nous voulons créer une Collectivité territoriale à statut particulier Alsace, c’est pour que ce soit une collectivité efficace politiquement, forte, et nous souhaitons également nous inscrire dans une dynamique européenne, celle de l’espace rhénan.

C’est un projet d’innovation territoriale, d’expérimentation, d’efficacité, et un projet pleinement européen.

Nous avons une chance extraordinaire d’avoir le Bade Württemberg et la Suisse du Nord Est (et notamment l’agglomération de Bâle) comme voisins. Ce sont des régions économiquement les plus prospères en Europe et nous souhaitons travailler avec elles. Nous expliquons à nos contacts parisiens que c’est une chance pour l’Alsace de s’ouvrir plus vers ces territoires et que nous y gagnerons en dynamisme économique. Et si l’Alsace y gagne, la France aussi y gagnera.

Une Collectivité avec des compétences nouvelles

Ce projet, innovant, consiste à demander à la Région deux compétences. Nous aurions pu en demander beaucoup plus, mais nous avons retenu d’une part le tourisme, car c’est l’Alsace qu’il faut vendre et pas le Grand Est. Et deuxième compétence forte, c’est l’économie. Parce que tous les jours la présidente du Conseil départemental que je suis, fait de l’économie, et donc de l’emploi, mais qu’en vertu de la Loi Notre, nous n’avons plus le droit d’en faire. Je constate aussi que si on veut créer de l’emploi, redynamiser l’économie dans le territoire haut-rhinois, cela demande un fort investissement d’une collectivité de proximité dans le domaine de l’économie. Je pourrais vous citer des dizaines d’exemples confirmant cette analyse.

A l’Etat, nous demandons les compétences des routes. Nous avons déjà en charge les routes départementales, mais ce que nous demandons ce sont également les routes nationales et les autoroutes non concédées. Parce que nous savons faire et cela nous permettrait de mettre en place, sur l’axe nord-sud, une écotaxe puisque nous avons encore les portiques. Je l’ai dit au Président Macron lors du déjeuner de travail que nous avions à Soultz, en présence du président allemand, lors de l’inauguration du Hartmannswillerkopf.

Je lui ai dit que nous devons avoir cet axe nord-sud parmi nos responsabilités,  car sur cette autoroute, défilent des murs de camions et cela justifie la mise en place de cette écotaxe.

Deuxième compétence transférée de l’Etat : la coopération transfrontalière. Bien sûr l’Etat devra toujours ratifier les décisions que nous prendrions avec nos voisins mais nous devons avoir plus de latitude pour travailleur avec eux. Il y a une demande de la part de nos voisins suisses et allemands pour développer notre travail ensemble.

L’enseignement allemand et le recrutement de professeurs

Troisième compétence : l’enseignement bilangue, pas seulement le bilinguisme, même si c’est avant tout le bilinguisme, mais je dirais le multilinguisme. Aujourd’hui on se rend compte qu’il y a des entreprises en Alsace, d’origine allemande, qui ont beaucoup de mal à recruter des salariés car elles leur demandent de parler quelques mots d’allemand et malheureusement ils ne le savent pas. Nous en sommes, nous département, à faire l’interface avec les entreprises allemandes qui veulent s’implanter chez nous ou même des entreprises qui se trouvent juste de l’autre côté du Rhin, je pense à Europapark qui cherche à embaucher des salariés mais en leur demandant quelques mots d’allemands, eh bien, nous sommes en train de négocier avec ces entreprises pour voir comment elles peuvent prendre en charge l’enseignement  de l’allemand auprès de leurs futurs salariés, quitte à ce que nous les accompagnons ou que nous prenions totalement cet enseignement en charge.

L’Alterpresse : Un des obstacles sur ce point est souvent l’absence ou les difficultés de trouver des enseignants….

Brigitte Klinkert : Justement, les deux départements et la Région, sont liés avec l’Education Nationale dans le cadre d’une convention triennale avec le Rectorat, convention dans laquelle nous mettons chacun 1 million d’euro pour notamment favoriser les jeunes qui souhaitent devenir profs d’allemand. Ils touchent un plus s’ils acceptent d’être prof d’allemand et nous avons pourtant du mal à en recruter. Je suis quelqu’un de très pragmatique : j’ai abordé aussi cette question avec les deux Présidents de la République lors du déjeuner à Soultz, je leur ai demandé, il s’agit d’un exemple parmi d’autres, pourquoi ne pas envisager de faire venir en Alsace, dans les collèges, puisque cela relève de nos compétence, des étudiants allemands en fin de cycle, pendant six mois ou une année scolaire, pour donner des cours au moins de conversation en allemand à nos jeunes et surtout de leur donner envie d’apprendre l’allemand. Le problème est aussi celui-là car l’allemand est présenté comme difficile, ce n’est pas une langue assez « exotique »…

Une autre piste qui me tient à cœur : le fait de favoriser, et nous y travaillons,  les échanges entre les jeunes collégiens haut-rhinois et ceux qui sont juste au-delà de la frontière du Rhin, pas à Munich ou Berlin, pour qu’ils puissent se voir plusieurs fois dans l’année, qu’ils se fassent des copains et que là aussi ils aient envie d’apprendre la langue.

Voilà nos demandes, nous avons déjà pris tous les contacts qu’il faut pour travailler le dossier sous son aspect juridique pour que le moment venu, et si nous obtenons ces compétences, nous puissions mettre en place cette Collectivité territoriale à statut particulier Alsace.

Les initiatives transfrontalières au sein du Traité de l’Elysée…

L’Alterpresse : Nous fêtons le Traité de l’Elysée signé en 1953 et il est envisagé d’en rédiger un nouveau. Le travail transfrontalier ne devrait-il pas trouver sa place dans cette nouvelle mouture ?

Brigitte Klinkert : Je peux vous dire que c’est le cas et lors de ce fameux déjeuner à Soultz, le Président Macron l’a évoqué. Nous avons déjà toute une série de propositions dont la plupart ont déjà été travaillées avec nos voisins, nous avons des projets à intégrer dans cette nouvelle résolution qui complètera le Traité prochainement.

L’Alterpresse : Un exemple concret de projet ?

Brigitte Klinkert : La liaison ferroviaire Colmar-Fribourg en Brisgau.

L’Alterpresse : Verra-t-on la fin de cette aberration que représente l’absence de transport ferroviaire entre ces deux villes voisines ?

Brigitte Klinkert : Très franchement je suis optimiste, tous les feux sont au vert, il y a une volonté de l’Etat, du président  Macron en particulier, de l’Etat allemand également, l’Union Européenne pourrait s’engager sur ce dossier et au niveau local, les principaux acteurs sont favorables à ce projet et sont prêts à le porter. C’est un projet qui ne consiste pas uniquement à relier par le train Colmar, Breisach  et Fribourg, mais il y a aussi les territoires entre Colmar et Fribourg qui seraient irrigués et comme nous parlons beaucoup de Fessenheim, les territoires le long du Rhin. C’est ce que j’ai expliqué au Ministre Le Cornu la semaine dernière : si nous voulons recréer une zone d’activité importante le long du Rhin, il faut aussi prévoir les transports et si possible, le transport ferroviaire. C’est un projet structurant.

L’Alterpresse : Pour revenir quelque peu sur l’apprentissage de la langue allemande, il y a une attractivité de l’Allemagne sur le plan économique par exemple, mais beaucoup moins en sa culture. Ne croyez-vous pas qu’il faudrait également penser à des investissements entre autres dans les activités culturelles ?

Brigitte Klinkert : C’est pour cela aussi que déjà dans un premier temps on souhaite une meilleure connaissance de l’autre. Et si on connaît mieux son voisin, obligatoirement on s’intéressera à son mode de vie, sa culture. Je suis présidente de l’association des Dominicains de Haute-Alsace à Guebwiller et au cours de l’année scolaire passée, nous avons mené à bien un beau projet culturel initié entre une classe d’un collège du département et une autre de Breisach, dans le cadre duquel les collégiens alsaciens et allemands étaient les acteurs. Nous avons envie d’entrer dans les collèges haut-rhinois pour y développer l’enjeu citoyen mais également la culture, notamment cette culture rhénane qui est celle de notre territoire.

L’Alterpresse : Donc sur cette reforme territoriale, l’objectif est de recréer une Collectivité en fusionnant les assemblées départementales mais pas les départements et en demandant des compétences nouvelles aujourd’hui assumées par soit la Région, soit l’Etat…

Brigitte Klinkert : Je tiens à préciser que fusionner les assemblées juste en l’état n’a aucun sens car on souhaite donner une vraie efficacité politique à cette nouvelle collectivité…

L’Alterpresse : Il ne s’agit pas d’un bricolage institutionnel…

Brigitte Klinkert : Non, non…

L’Alterpresse : Est-ce que votre projet est compatible avec ce que veut créer Jean Rottner au sein de la région Grand Est ?

Brigitte Klinkert : Je ne sas pas exactement ce que Jean Rottner veut faire… Je n’ai pas suivi cela… Mais nous sommes en négociation avec lui.

Le financement de la Collectivité territoriale

L’Alterpresse : Une dimension nouvelle pour notre région Alsace mais dans quelle mesure aurez-vous les moyens financiers pour assurer ces nouvelles compétences ?

Brigitte Klinkert : Le département ne tire plus ses ressources des impôts locaux depuis quelques années. Evidemment, transfert de compétences veut dire transférer des moyens pour les assumer. La mise en place de l’écotaxe sera également une entrée financière substantielle pour cette Collectivité.

L’Alterpresse : Pas de nouveaux impôts en vue ?

Brigitte Klinkert : Non, nous ne sommes pas dans ce registre. Quand je suis arrivée à la tête du Département, j’ai proposé à mes collègues, qui sont dans le même état d’esprit, un pacte budgétaire qui exclut le recours à l’impôt, cela serait juste impossible à réaliser.

L’Alterpresse : Avez-vous des assurances de la part de la Région et de l’Etat d’obtenir les moyens financiers liés aux nouvelles compétences que vous devrez assumer ?

Brigitte Klinkert : Elément important. Ce que nous demandons avec Frédéric Bierry, c’est que ce soit la loi qui mette cette Collectivité en place, sans ambigüité et qu’on ne puisse pas, en cas de changement de président de Région par exemple, revenir sur cette création…

L’Alterpresse : Et les engagements financiers seront également définis par la loi…

Brigitte Klinkert : Oui. Très franchement, nous en sommes au projet et je dois voir Frédéric Bierry ces jours-ci pour voir comment avancer.

L’Alterpresse : Revenons à l’actualité immédiate. Nous avons vu votre budget et avons été frappé que vous ayez pu dégager ces deux dernières années, 104 millions d’euros pour le remboursement de la dette. Cela fait près de 20% des dépenses d’activité… N’aurait-il pas été plus efficace de les affecter ailleurs, par exemple aux investissements qui ne sont que d’environ 76 millions d’euros ?

Brigitte Klinkert : Il faut savoir qu’un gros travail a été réalisé pour réaliser des économies de fonctionnement et il faut saluer le travail fait par Eric Straumann dans ce domaine. Aujourd’hui, nous avons toujours des contraintes budgétaires mais avec mes collègues et dans la mesure de nos possibilités, nous souhaitons clairement faire des investissements plus importants. Car c’est ainsi qu’on peut redynamiser l’économie : si les départements veulent continuer à garder leur place (et aujourd’hui on se rend compte justement du fait des grandes régions que les départements ont toute leur place, que ce sont des collectivités de proximité irremplaçables qui ne sont pas remises en question clairement aujourd’hui), il faut donc qu’ils répondent présents en matière d’investissements.

Par ailleurs, nous allons continuer à faire des économies notamment de fonctionnement.

« Je suis pour l’équité territoriale »

L’Alterpresse : Le département a fort à faire pour répondre aux défis de développement dans toute la Sud Alsace… Avec ce que Mulhouse est en train de vivre actuellement…

Brigitte Klinkert : Absolument et avec tout ce qui va se passer aussi dans le secteur des 3 Frontières, dans le secteur de Fessenheim, il y  a là de beaux enjeux.

 

L’Alterpresse : Que pensez-vous de la place que prennent de plus les métropoles. N’y a-t-il pas là une concurrence avec les départements qui  est en train de s’affirmer… L’Eurométropole de Strasbourg donne un peu cette impression…

Brigitte Klinkert : Il ne faut jamais oublier que les élus des départements, plus que d’être proches des territoires, en sont issus. Je dis toujours que les conseillers départementaux ont de la boue à leurs souliers, on les connaît, ce sont eux, avec les maires, qu’on va voir quand il y a des problèmes…

Je suis une ardente défenseuse de l’équité territoriale : j’y veille dans le Haut-Rhin entre autres entre les trois principales villes, Colmar, Mulhouse, Saint-Louis et les autres territoires. Cela est du rôle du Conseil départemental. Comme vous évoquiez Strasbourg, une étude récemment faite par France Stratégie* démontre que ce n’est pas la métropole de Strasbourg qui dynamise les territoires du département, mais que ce sont bien les territoires du département qui portent le dynamisme vers Strasbourg.

Troisième élément de réponse : l’eurométropole de Strasbourg n’est pas destinée à suivre le modèle lyonnais cela a été clairement affirmé.

L’Alterpresse : Dans votre budget, on voit apparaître le peu de moyens affectés à la question économique et on comprend pourquoi puisque cela est du domaine de la Région. Le budget fait plus apparaître vos interventions sur les conséquences économiques, comme si vous étiez les « pompiers de service » pour réparer les dégâts… Peut-on imaginer que vous soyez plus à l’initiative avec la nouvelle Collectivité ?

Brigitte Klinkert : Aujourd’hui, j’ai passé ma matinée à faire de l’économie. Je n’ai pas le droit d’en faire selon la loi Notre, mais depuis que je suis présidente, la moitié de mon temps est consacré aux choses économiques. Parce que nous sommes les élus de proximité, il y a une confiance des chefs d’entreprise envers nous, et nous avons aussi la chance d’avoir un outil qui travaille « dans la dentelle » et qui a la confiance des entreprises, c’est l’ADIRA qui fait vraiment un très beau travail.

Par le biais de la solidarité, plus spécifiquement de l’insertion, nous allons sur le terrain de l’économie. Un exemple : nous sommes en train de mettre en place, dans notre Direction de la Solidarité, en partenariat avec les acteurs de l’emploi et de  l’insertion sur le terrain, une cellule qui met en lien nos bénéficiaires du RSA avec des entreprises qui recherchent et qui ont beaucoup de mal à trouver des salariés. Non seulement, nous essayons de trouver parmi nos bénéficiaires du RSA des personnes intéressées mais nous nous efforçons des les accompagner pour les rassurer dans leur démarches de retour à l’emploi mais également de rassurer les entreprises prêtes à recruter ces bénéficiaires du RSA.

Bilan du RSA bénévolat

L’Alterpresse : Est-ce que cela signifie que vous envisagez des contrats d’engagement récriproque avec les entreprises privées comme cela se fait déjà avec les collectivités ou les associations ?

Brigitte Klinkert :  Non, là il s’agit juste d’une mise en contact. Je suis effarée par le nombre d’entreprises, d’artisans qui ne trouvent pas de salariés. Nous avons à présent des bénéficiaires du RSA qui font du bénévolat dans les collectivités ou les associations, mais ce bénévolat doit aussi être un tremplin pour eux pour accéder à l’emploi.

L’Alterpresse : Quel est le bilan que vous tirez de onze mois du dispositif RSA que vous avez mis en place et qui a été tellement décrié…

Brigitte Klinkert : Le RSA bénévolat ne fonctionne pas depuis onze mois, car il a fallu du temps pour le mettre en place à partir de la décision de février 2017. Il a vraiment démarré en septembre 2017, en quatre mois nous avons 500 bénéficiaires du RSA qui ont accepté des missions de bénévolat. Et nous avons 700 propositions de postes…

L’Alterpresse : Pour l’instant vous n’avez donc pas pu répondre favorablement à toutes les demandes des associations ou collectivités…

Brigitte Klinkert : Evidemment, pour qu’un bénéficiaire du RSA accepte une mission de bénévolat, il y a tout un travail à faire par notre Direction de la Solidarité. Se posent des questions comme l’emplacement géographique, l’intérêt du bénéficiaire pour la mission proposée, et cela me conduit à penser que 500 en quatre mois, c’est franchement un bon résultat.

L’Alterpresse :  A partir de ces informations, pouvez-vous savoir si cette mesure a un impact sur l’emploi dans les collectivités, ou bien de l’utilisation du bénévolat pour compenser la perte de contrats aidés ou de postes fixes…

Brigitte Klinkert : Ce n’est pas l’esprit de cette mesure !  Nous y veillons de très près, il y a une charte qui doit être signée par l’association ou la collectivité. Nous avons des partenaires à nos côtés qui nous aident à veiller au grain, il n’est pas question de remplacer des postes fixes…

L’Alterpresse : Est-ce que des collègues d’autres départements vous ont contactée en vue d’appliquer cette mesure chez eux ?

Brigitte Klinkert : Oui, nous avons des collègues qui sont intéressés et qui nous demandent des renseignements.

L’Alterpresse : Et les associations sont satisfaites ? Il y a moins de réactions que ne pouvaient le présager les protestations à l’origine ?

Brigitte Klinkert : Il est normal que les gens s’interrogent, cela ne s’est jamais fait auparavant. C’est toujours bien que tout le monde ne soit d’accord, car cela permet d’affiner, d’aller plus loin. Aujourd’hui, c’est un dispositif qui est tout à fait sécurisé, avec des mesures d’accompagnement.

L’Alterpresse : Savez-vous que beaucoup de bénéficiaires potentiels du RSA ne le demandent même pas… Ne croyez-vous pas que votre condition en découragerait encore plus…

Brigitte Klinkert :  Notre dispositif n’est pas une condition ! Il ne faut pas le voir comme cela, ce n’est pas une obligation. Il s’agit d’une proposition que chacun est libre d’accepter. Nous voyons cela comme une mobilisation de la personne, que cela peut lui donner un objectif d’activité dans la semaine, car ne pas travailler, c’est ne plus se sentir inclus dans la société.

« Stocamine : Je maintiens ma demande de déstockage total »

L’Alterpresse : Autre dossier important pour la région. Stocamine. Vous avez eu la chance de pouvoir accéder au lieu de stockage au fond de la mine. Qu’y avez-vous vu ?

Brigitte Klinkert : Ce sont deux grandes galeries dans lesquelles apparaissent des problèmes de fluage de sel qui sous la pression, déforment les galeries, réduisent l’espace de stockage et compliquent de ce fait l’enlèvement des matières qui y sont déposées. On a pu voir aussi le chantier expérimental des futurs bouchons en béton qui devraient permettre d’isoler Stocamine des galeries voisines.

Je voudrai quand même rappeler qu’un accord initial avait été établi pour assurer la réversibilité du stockage. Et les problèmes de fluage, d’inondation, n’avaient, à cette époque, jamais été évoqués. La question que je me pose, c’est que ces « big-bags » qui contiennent ces déchets sont certes difficiles à déplacer dans la galerie où l’incendie avait sévi. Mais les autres ont été déplacés dans la galerie pour faire le tri et je ne comprends pas pourquoi ils n’ont pas été sorti à cette occasion, j’ai du mal à accepter cela.

Ma position a été confortée lors de cette visite et compte tenu des risques réels d’ennoiement de ces galeries dans lesquelles sont entreposés encore des déchets dangereux et du risque pour la qualité des eaux en Alsace, je maintiens ma demande du déstockage de tous les déchets.

L’Alterpresse : Pourtant, le préfet maintient son arrêté et les travaux de déstockage sont arrêtés. Pensez-vous intervenir pour que les travaux reprennent ?

Brigitte Klinkert : Vous savez qu’il y a une procédure en cours, nous poursuivons notre procès contre cet arrêté.

L’Alterpresse : Il y a constitution d’un groupe d’élus locaux qui se définit comme le seul interlocuteur auprès du ministère. En faites-vous partie ?

Brigitte Klinkert : Oui, je suis parmi ce groupe d’élus. Le préfet, lui, est le représentant de l’Etat dans le département. Nous nous adressons au Ministre.

Fessenheim : Cinq axes pour trouver des solutions

L’Alterpresse : Fessenheim. Vous avez accompagné le ministre et lui avez fait des propositions…

Brigitte Klinkert : J’ai été occupé durant deux jours par Fessenheim ! Nous avons  remis au ministre, un document au nom de l’ensemble des élus, des propositions avec un plan de transition énergétique et économique. Cinq axes : créer une zone d’activité franco-allemande à proximité de la Centrale, des investissements d’avenir avec un espace de recherche transfrontalier tourné vers l’énergie et les matériaux de demain, ainsi que vers l’industrie et l’agriculture de demain. Ensuite alimenter le département en énergie exclusivement renouvelable d’ici une dizaine d’années (éolien, solaire, méthanisation, géothermie) mais aussi le stockage de l’énergie, la construction d’une centrale au gaz « vert ».

Les deux autres axes portent sur la fiscalité et, sur le plan social avec lequel j’aurai d’ailleurs dû commencer et dans lequel nous incluons les prestataires et sous-traitants.

Compte tenu des compétences, le plan social sera assumé par l’Etat en lien avec la Région.

Sur le fond de ma pensée, je crois qu’on ferme un peu trop vite et je plaide avec un espoir d’y arriver pour repousser la fermeture en 2021 ou 2022 pour commencer à concrétiser la redynamisation économique de ce territoire.

Le département n’a pas perdu de temps sur cette affaire : nos cinq axes sont des vraies propositions qui ont été profondément étudiées.

Les représentants de la municipalité de  Freiburg, ceux de la Chambre de commerce de Freiburg, étaient là lors de la visite du Ministre. Il y a une volonté de leur part de s’impliquer dans la revitalisation du territoire.

Maintenir le pluralisme de la presse en Alsace

L’Alterpresse : Une dernières question : que pensez-vous de la décision du Crédit Mutuel de fermer l’imprimerie de Mulhouse et des risques que cela fait poser au pluralisme de la presse en Alsace ?

Brigitte Klinkert : On nous a assuré que nous allions conserver les deux quotidiens, les DNA plus dans le Bas-Rhin et L’Alsace plus dans le Haut-Rhin. Il y a déjà une mutualisation faite au niveau des rédactions. Bien évidemment, je regrette la fermeture de l’imprimerie de Mulhouse mais malheureusement elle n’est plus viable économiquement d’après les informations qu’on m’a données.

En tout cas, j’ai exprimé auprès de la direction d’Ebra les préoccupations du conseil départemental car il y a des répercussions sur les personnels, cela va demander des déplacements des personnes, il faut donc des mesures d’accompagnement. Je lui ai également fait part de notre détermination pour le maintien de deux titres en Alsace. C’est effectivement une préoccupation pour qu’il y ait encore un pluralisme de l’information mais surtout que les spécificités haut-rhinoises puissent être prises en compte.

Si le groupe Ebra pouvait développer sur Mulhouse son pole digital, avec les investissements à la fois humains et financiers, cela répondra à un souhait de notre part. Et nous en avons fait part au Crédit Mutuel.

* http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/fs-na-64-dynamique-emploi-metropoles-30-novembre-2017.pdf

Propos recueillis par Michel Muller

Grenz’up : Les salaires vont-ils bientôt augmenter en Allemagne ?

Mulhouse est une ville ouverte sur le monde où bat le cœur du Rhin supérieur. Ici, comme ailleurs en Alsace, ses habitants ont souvent appris l’allemand à l’école ou parlent parfois l’elsässerditsch en famille.  L’Allemagne et la Suisse sont à quelques encablures de notre agglomération, avec un quasi plein emploi et beaucoup d’entreprises qui recherchent des salariés.
Pourtant, les frontières toujours présentes nous empêchent de profiter de ce marché de l’emploi transfrontalier : manque d’informations sur les entreprises, manque de compétences linguistiques, manque de transport…
Grenz’up est une association basée à Mulhouse dont l’objectif est d’aider à dépasser ces obstacles.  Elle s’appuie sur les savoir-faire et les désirs des individus engagés dans cette démarche, et sans les « prendre par la main », elle les accompagne vers un travail ou une formation transfrontalière. Nous publions volontiers cette information portant sur les conditions de travail et de salaires transfrontalières.

http://grenz-up.eu/

Franchir une frontière pour aller travailler est un véritable effort, surtout si cette frontière est aussi linguistique. Cela peut « valoir le coût » si les conditions de travail, et surtout les salaires, sont sensiblement meilleurs qu’en France.

Jusqu’à aujourd’hui, la Suisse, malgré des conditions de travail souvent « rudes », offrait des salaires bien plus attractifs que l’Allemagne. Si bien que près de 90 % des travailleurs frontaliers du Haut-Rhin se dirigent actuellement vers la Suisse, au détriment du Pays de Bade, qui peine parfois à recruter.

La situation va peut-être changer dans les prochaines années :

  • Le quasi-plein emploi en Allemagne permet de faire pression sur les employeurs pour augmenter les salaires. D’où les Warnstreiks (grèves d’avertissement) de IG Metall la semaine dernière. Le grand syndicat allemand de la métallurgie et de l’électrotechnique demande 6 % d’augmentation générale des salaires. Il réclame également la création d’un droit individuel à la réduction de son temps de travail avec une allocation compensatoire de l’employeur dans certains cas (par exemple, pour s’occuper de ses enfants ou d’un parent malade).
  • Dans le secteur des soins à la personne, encore mal payé, un consensus se crée pour augmenter les salaires des Altenpfleger et Hilfskrankenpfleger. Le pré-accord de gouvernement qui vient d’être conclu entre les conservateurs et les socialistes en font une des priorités à venir.
  • Enfin, vendredi dernier, la baisse des cotisations salariales est apparue sur la feuille de la peut-être prochaine « Grosse Koalition », ce qui se traduirait par une augmentation du salaire net pour tous les salariés.

Sans rejoindre les salaires suisses (qui sont gonflés par le taux de change), les salaires allemands vont ainsi devenir plus attractifs pour les salariés alsaciens… tandis que les conditions de travail restent proches des aspirations des Français au niveau durée hebdomadaire du travail et nombre de jours de vacances.

Apprentissage, emploi : le pays de Bade recrute

L’Arbeitsagentur a publié les statistiques du chômage du mois d’octobre de nos voisins : 3,5 % dans la région de Freiburg et 2,9 % dans les régions d’Offenburg et Lörrach. Bien sûr, les chiffres officiels ne reflètent pas toujours la réalité du marché de l’emploi, dont beaucoup de femmes et de « seniors » sont écartés, n’empêche : le pays de Bade a besoin de salarié.e.s.

Les Réfugiés que l’Allemagne a accueillis ces dernières années commencent à intégrer le marché de l’emploi notamment en ce qui concerne l’apprentissage. Mais la santé de l’économie allemande est telle qu’il y a de la place pour tous.

Pour aider les Français à franchir le Rhin, une nouvelle convention vient d’être signée entre Mulhouse Alsace Agglomération, la Maison de l’Emploi et de la Formation, Saint-Louis Agglomération et les Agentur für Arbeit de Freiburg et Lörrach.

Comme l’annonce dans un récent communiqué de presse Christian Ramm, le responsable de l’Agentur für Arbeit de Freiburg :

„Wir wollen, dass mehr Elsässer für eine Arbeit oder für eine Ausbildung zu uns nach Südbaden kommen. Damit wir das hinbekommen, müssen wir über Grenzen hinweg unsere Kräfte optimal bündeln und unsere gemeinsame Strategie weiterentwickeln. Mit dieser Kooperation machen wir den nächsten Schritt.“ (« Nous voulons que plus d’Alsaciens viennent en Bade du Sud pour un emploi ou une formation. Pour y arriver, nous devons développer notre stragégie au-delà des frontières. Avec cette coopération, nous passons un nouveau cap »)

Warum Nicht, Monats Treff…

 A Mulhouse, ces expressions allemandes peuvent conduire à décrocher un travail en Allemagne ! La nouvelle convention de coopération franco-allemande pour l’emploi et la formation vient encore renforcer une dynamique qui porte ses fruits.

D’un côté, en Alsace, un taux de chômage autour de 10%, de l’autre des milliers de postes à pourvoir. Une équation que les collectivités, entreprises et agences pour l’emploi des deux côtés du Rhin entendent bien résoudre.

Une nouvelle convention

Depuis 2013, une convention de coopération franco-allemande pour l’emploi et la formation signée par Mulhouse Alsace agglomération, la Maison de l’emploi et de la formation et l’Agentur für Arbeit de Freiburg a permis de développer de nombreuses actions autour de la formation, de l’orientation et de l’insertion des travailleurs français sur le marché du travail allemand. Cette convention vient d’entrer dans sa troisième mouture, avec l’arrivée des nouveaux partenaires que sont Saint-Louis Agglomération et l’Agentur für Arbeit de Lörrach, ce qui témoigne de son utilité et de son attrait.

« Nous devons dépasser les frontières, étatiques comme administratives, dans le cadre de ce partenariat exemplaire », explique encore Christian Ramm, « cette convention est triplement gagnante : pour les habitants qui ne sont plus au chômage, pour les entreprises qui disposent d’une main d’œuvre qualifiée mais aussi pour les territoires qui se relancent et versent moins d’aides. »

Warum Nicht

Des propos pleinement soutenus par Michèle Lutz, maire de Mulhouse  et première vice-présidente de m2A, qui salue les actions entreprises « dans le cadre de l’amitié forte qui unit nos deux pays, dans le domaine crucial de l’emploi ».

Tête de pont de ces actions, le salon Warum Nicht, qui se déroule depuis 4 ans à l’Orientoscope de Mulhouse et rassemble à chaque édition près de 800 personnes désireuses de s’informer sur les opportunités d’emploi en Allemagne. La prochaine édition de Warum Nicht est d’ores et déjà programmée pour le 10 octobre 2018.

Monats Treff

Lancée il y a quelques mois, sa déclinaison mensuelle baptisée Monats Treff permet aux personnes intéressées d’être conseillées, de découvrir les offres d’emploi et les formations mais aussi de tester leur niveau d’allemand, le tout gratuitement. Car la frontière de la langue est bien souvent le principal obstacle pour les travailleurs français désireux de rejoindre une entreprise allemande. Pourtant, certains postes ne nécessitent pas forcément une grande maîtrise de l’allemand, une connaissance simple pouvant suffire.

La Maison de l’emploi et de la formation vient d’éditer un guide sur les secteurs qui recrutent dans la région de Freiburg-Lörrach, qui rassemble les 10 secteurs les plus porteurs, avec toutes les informations essentielles et notamment le niveau de langue requis pour chaque métier.

Voisins solidaires dans le Rhin supérieur : transition et chômage

Dans le cadre des rencontres Voisins solidaires du Rhin supérieur, l’Alterpresse68 consacre une série d’articles sur les travaux qui se sont déroulés sur les deux jours, les 22 et 23 septembre dernier. Moment particulier : une conférence a été consacrée à des exemples concrets de « transition ». Dans tous les domaines (économie, social, santé, environnement, agriculture, alimentation…) des expériences sont conduites et ont donné lieu à des échanges forts intéressants et pertinents. De quoi tirer des enseignements des uns et des autres…

Laura Strauel relate le déroulement de cette conférence.

Dans un second article ci-dessous, André Barnoin réagit à la suite de la conférence consacrée aux chômeurs de plus de 45 ans…

La transition, c’est possible, mais comment ?

Die sozial-ökologische Transformation ist möglich, aber wie ?

 Avec Gregory Baïotto, Vallée de Munster en Transition et Niklas Mischkowski, Gemeinwohlökonomie Freiburg

La Vallée de Munster en Transition est une association à but non lucratif fondée en 2012 portée par de multiples initiatives citoyennes. Grégory Baïotto a partagé avec nous le récit de ses expériences en terme d’intelligence collective qu’il a réalisées au travers de ses années de vie associative. Selon lui, la Vallée de Munster en Transition a entamé son réel épanouissement depuis la formulation d’un but partagé par l’ensemble de ses acteurs/trices : « être capable d’accueillir des crises et de développer son écologie intérieure »

Autour de cet objectif, s’articule une multitude de projets à la fois libres et cohérents entre eux. L’association se veut un outil et non un chef de file ; ainsi elle soutient un grand nombre de groupes autonomes menant des initiatives aussi variées qu’indispensables, telles l’habitat et l’énergie, l‘économie sociale et solidaire, l’agriculture et l’alimentation, la santé, le bien-être et la vision positive, la mobilité, l’éducation, la fête etc.

La Vallée de Munster en Transition promeut le changement et l’innovation par et pour la citoyenne et le citoyen. Ce qui lui est important, c’est la responsabilisation de chacune/chacun, afin de pouvoir réellement s’approprier la transition.

Pour aller plus loin : http://munstertransition.org ;

Rob Hopkins, Serge Mongeau, Michel Durand : Le Manuel de transition ;

Le premier mouvement citoyen de « Ville en Transition » à TOTNES (Grande-Bretagne) ;

http://www.transitionfrance.fr/

Niklas Mischkowski a présenté le concept de la Gemeinwohl-Ökonomie – éq. l’économie du (bien) commun – un mouvement né en 2011 sur le territoire germanophone et qui s’étend aujourd’hui à une grande partie de l’Europe et de l’Amérique Latine.

Ce concept ingénieux, s’inscrivant dans la révolution douce, veut engendrer un processus démocratique et participatif allant vers une économie mondiale écologique et humaine. En s’appuyant sur une coopération socio-politico-économique (particuliers- élus-entreprises) il a pour objectif de replacer l’économie au service du bien-être commun.

Concrètement cela se traduit par l’élaboration d’un bilan d’entreprise selon cinq critères  : la dignité humaine, la solidarité, la durabilité écologique, la justice sociale ainsi que la participation démocratique et la transparence.

Ce « bilan du bien-être commun » (Gemeinwohlbilanz) est publié et, s’il est positif, donnera lieu à des avantages économiques (marché, impôts, crédits…) lorsque, à terme, le concept sera reconnu sur le plan politique. Afin d’atteindre leur objectif, les délégations régionales de la GWÖ démarchent pour une coopération à la fois avec des entreprises (PME et autres) et des élus locaux (communes, com-com, régions). Actuellement ce sont 2 000 entreprises dans le monde – 400 en Allemagne – qui font dresser un « bilan du bien-être commun ». Les régions Baden-Württemberg et Süd-Tirol (Italie) ainsi que les villes Stuttgart et Valencia (Espagne) sont également partenaires.

Pour aller plus loin : http://freiburg.gwoe.net/ (allemand)

Christian Felber : Gemeinwohlökonomie ou L’économie Citoyenne

Ce qui a marqué les esprits (notamment celui de Roger Winterhalter et le mien) c’est la complémentarité des deux témoignages, positionnés à des niveaux différents (citoyen et économiste) et œuvrant pour une même cause, celle de l’épanouissement humain, environnemental, mais aussi économique. On en retiendra l’importance d’une implication de chacun/e – sans jugement de valeur – et d’une coopération entre les domaines professionnels et les classes sociales. Rappelons-nous : l’union fait la force !

Laura Strauel

ETRE CHOMEUR EN ALLEMAGNE : UN EXEMPLE POUR LA FRANCE ?

Une des conférences lors des journées « Voisins solidaires » était consacrée au « Chômage des plus de 45 ans ». Thème hautement intéressant car on a coutume de traiter le chômage dans sa globalité et cela se comprend. Parfois on aborde la question sous l’angle du chômage des jeunes mais rarement le sort de ceux qui n’ont pas d’emploi et qui ne sont ni jeunes, ni seniors… Or, cette tranche d’âge souffre peut être plus que beaucoup d’autres de la situation dans laquelle elle se trouve quand elle est projetée dans le chômage. Les représentants allemands lors de l’initiative Voisins solidaires ont évoqué leur expérience en la matière… expérience oh combien précieuse pour les Français qui ont élu un président qui voit dans le modèle social allemand l’exemple à suivre.

André Barnoin, responsable du Groupe de Chômeurs et Précaires de la Maison de la Citoyenneté Mondiale de Mulhouse, réagit après avoir suivi cette conférence:

« Quelques fois, dans la presse, on évoque à travers « L’enfer du miracle allemand », comment un pays prospère peut organiser l’ostracisme d’une part importante de sa population en lui faisant porter la responsabilité de son malheur, tout en lui ôtant les moyens de prendre son destin en mains, tout cela par absence de partage équitable de la richesse produite entre détenteurs du capital et créateurs de cette richesse, c’est-à-dire les salariés et celles et ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre, quel que soit leur statut économique et administratif.. .

La situation vécue par des millions de chômeurs et « travailleurs pauvres « allemands a été confirmée sans ambiguïté lors du colloque  « Voisins Solidaires » qui a eu lieu au PAX de Mulhouse ce vendredi 22 septembre. Parmi les invités allemands, suisses et français, un retraité syndicaliste de Ver.Di nous a fait part de son expérience personnelle qui contredit radicalement les affirmations intéressées des médias français (qui appartiennent presque tous à des milliardaires, allez savoir pourquoi..;) et des hommes politiques acharnés à poursuivre une politique dévastatrice de droits sociaux sans aucune contrepartie positive pour l’ensemble de la population hormis la frange la plus fortunée.

Pour ceux-là, Macron est un véritable Père Noël, à défaut de l’être pour les salariés menacés de perdre leur activité, et le syndicaliste en question a bien insisté sur le parallèle entre les mesures Harz IV appliquées depuis des années chez eux, et les dernières réformes entreprises par Macron. Il a dit avec force qu’il espérait que les syndicats et le mouvement social français seraient plus combatifs qu’ils ont pu l’être eux-mêmes pour s’opposer à ces réformes catastrophiques et il a appelé de ses voeux une convergence internationale accrue des luttes en direction des instances européennes. Notons que cette réforme menée à la hussarde, l’a été par une coalition de socialistes (SPD) et d’écologistes (Grünen), ce qui ne nous dépayse pas trop !

Allons bon ! Voilà que les Allemands eux-mêmes se montrent  « fainéants, cyniques et extrêmes », comme je n’ai pas manqué de le souligner lors de mon intervention au titre de représentant d’une association de grincheux français, le MNCP (Mouvement des Nuls Cyniques et Paresseux) et on ne peut même pas m’opposer l’argument de la contagion du pessimisme hexagonal, puisque dans le cas qui nous occupe, nos voisins ont le bénéfice de l’antériorité en matière de régression sociale et de grincements concomitants, pas trop relayés par leur presse non plus, mais qui sont tout de même audibles à qui a l’oreille fine…!

Cela n’enlève rien à la nécessité d’aider par tous les moyens possibles les personnes en butte à la précarité, et qu’on ne peut laisser se débattre seules face à l’urgence et à la kafkaïsation des services sociaux . Mais on ne pourra indéfiniment éluder la cause première des difficultés que rencontre une part de plus en plus importante de la population partout dans le monde, c’est le mantra de la « baisse du coût du travail », qui est en fait l’appauvrissement continu de ceux qui ont le « privilège » d’occuper un emploi rémunéré jusqu’à ce qu’ils consentent à travailler au tarif éthiopien, qui est en train de détrôner le Chinois qui est devenu trop exigeant, le bougre ! afin d’augmenter sans cesse les marges des « apporteurs de capitaux » à qui tout est permis et qui se comportent comme des enfants gâtés jamais assez dorlotés.

Il est trop facile de faire porter la responsabilité de l’insécurité sociale sur les comportements individuels. La responsabilité de ceux qui prennent la décision d »abaisser la protection des travailleurs n’est jamais questionnée, ni pointée du doigt, et pourtant c’est bien eux qui ont le pouvoir de prendre des décisions qui engagent la vie de tout le monde, alors que nous n’avons aucun pouvoir sur la leur. Et je note enfin que si ces messieurs-dames sont prompts à faire la morale tous azimuts, ils savent fort bien nous rappeler que le monde des affaires est « amoral », donc peut se permettre de dévaster la vie des autres au nom du principe que « les affaires sont les affaires », mais qu’il ne faut en aucun cas faire appel à leur conscience ni à leur solidarité, sponsorisant les uns mais étranglant les autres, et qu’ils ne se montrent « généreux » et « bienveillants » , que sous la peur d’une déflagration sociale généralisée.

A ce stade de ma réflexion, je crois qu’il est grand temps que le monde associatif sans lequel la France ne serait plus depuis longtemps qu’une jungle vouée à la domination sans partage des puissances d’argent, se montre plus offensive vis-à-vis de ceux qui tiennent les clés du coffre et distribuent au compte-goutte les moyens de sa survie à la majorité de la population, tout en exposant les 1% des plus favorisés au risque de se faire éclater la panse à force de se gaver… Et je ne tiens en aucun cas à ramasser les boyaux épars de ces goinfres shootés à la finance, même en cas de réquisition de l’autorité publique !

Il n’y a pas de fatalité, il n’y a que des fatalistes ! 

( Je crois que c’est de moi, mais si quelqu’un l’a dit avant, je veux bien lui payer des droits d’auteur ! )

André Barnoin, dit Dédé

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Le vote allemand…

Les élections allemandes ont somme tout donné un résultat relativement conforme à tout ce qui se passe en Europe : recul de la droite conservatrice, affaiblissement inexorable de la social démocratie, stabilisation de la gauche transformatrice et progression importante de l’extrême-droite…Evidemment quant cela se passe en Allemagne, tout le monde voit renaître des démons anciens. Et pourtant, nous ne revivons pas une renaissance du nazisme (même si quelques nostalgiques sont toujours tapis dans l’ombre… comme en France, Italie, USA…) mais un phénomène politique liée à une crise de la démocratie représentative et d’une économie qui laisse des millions de citoyens sur le carreau.

Que l’Allemagne présentée riche et prospère soit à son tour concernée par la montée de l’extrême-droite n’est que le reflet des profondes inégalités sociales fruits d’une action gouvernementale initiée par le SPD et ses lois Hartz IV et poursuivie par Mme Merkel avec ses différentes coalitions au pouvoir. En rejetant catégoriquement l’affirmation péremptoire et stupide que  les 13% d’électeurs de l’AfD seraient des nazis (alors que nos 30% d’électeurs lepénistes auraient des représentants autrement plus nombreux à l’Assemblée nationale qu’au Bundestag si on avait la proportionnelle en France), L’Alterpresse préfère examiner de près le vote allemand.

Le vote en Baden-Württemberg

Globalement, à l’échelle fédérale (tableau en tête), les deux partis de la coalition au pouvoir perdent respectivement 8,6% pour la CDU-CSU et 5,2% pour le SPD. Les grands gagnants sont avant tout l’AFD, avec une progression de 7,9% pour atteindre 12,6% du corps électoral. La FDP est l’autre vainqueur, avec une hausse de 5,9%  pour un résultat global de 10,7%. Die Linke et les Verts stagnent avec une légère progression.

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Situation à tendance identique dans le Baden-Württemberg  où la CDU avait recueilli 45,7% en 2013, elle s’effondre de plus de 11 points pour terminer à 34,8% tout en restant (et de loin) le premier parti chez nos voisins badois. Suit le SPD avec un recul de 4,2 points à 16,4%. Les autres progressent soit légèrement comme Die Linke (de 1,3% à 6,4 contre 9,2 à l’échelle fédérale), les Verts (+2,5 pour 13,5% au final bien plus haut qu’au niveau fédéral et ses 8,9), la FDP avec 6,2% de progression arrivant avec 12,4% au total au niveau de l’AFD qui progresse de 7% pour atteindre les 12,2%.

Il est intéressant de noter que le vote dans la ville de Freiburg-in-Breisgau diffère sensiblement des résultats du Land et du pays : la CDU ne recueille que 28% (-6,9%), les Verts 25,4% (+4,8), le SPD 22,7 (-7,4%), Die Linke en 4e position avec 7,3% (+2,5%), l’AFD n’a « que » 7,2% (+4,7%), la FDP 5,3% (+3,4%). Il semble donc bien qu’il y ait un vote des villes et des champs. Il est vrai que Freiburg, ville écologique, avec un tissu associatif extrêmement dynamique et actif, est dirigée par un maire issue des Verts, Dieter Salomon.

Elle a indubitablement pris une option progressiste essentiellement en matière environnementale. Les habitants ont confirmé ce choix puisque le parti Vert progresse beaucoup plus dans la ville qu’à l’échelle du pays (+4,8% contre 0,5%).

Le vote des salariés… et des syndicalistes

La CDU a obtenu 25% du vote ouvrier mais 41% de la part des retraités, 36% des « indépendants » et 20% des chômeurs. Elle perd de nombreuses voix par rapport à 2013 tout comme le SPD qui récolte 23% chez les ouvriers, 24% chez les retraités, 11% chez les indépendants et 23% de la part des chômeurs.

Il est intéressant de voir la part du vote des salariés pour l’AFD et Die Linke. Nous pouvons voir sur les deux tableaux ci-dessous que Die Linke n’arrive pas à capitaliser le mécontentement dans le salariat et que c’est l’AFD qui en récolte les fruits et ce dans toutes les catégories du salariat. Remarquons le transfert spectaculaire du vote « chômeurs » de Die Linke vers l’AFD.

Die Linke

linke

L’AFD

afd

Lexique : Arbeiter : ouvrier ; Angestellte : employés ; Selbstständige : indépendants ; Rentner : retraités ; Arbeitslose : chômeurs.

Le DGB publie ses statistiques

La principale centrale syndicale d’Allemagne, le Deutscher Gewerkschaftsbund, publie une intéressante étude sur le vote des syndicalistes.

Sur le plan général, les syndicalistes ont mis le SPD en tête avec 29% des suffrages, la CDU suit avec 24% et l’AFD est avec ses 15% devant Die Linke et ses 12% Les Verts suivent avec 8% de confiance de la part des syndicalistes.

Il est intéressant de voir où se situent les différences entre les votes à l’Ouest et à l’Est. La CDU avec 24% est le premier parti chez les syndicalistes de l’Est (avec le même pourcentage qu’à l’Ouest où c’est le SPD qui arrive en tête avec 31%). Celui-ci ne recueille que 18% chez les syndicalistes de l’Est qui ont voté à 22% pour Die Linke et 22% pour l’AFD. Il y là un vrai schisme entre les deux parties de l’Allemagne puisque Die Linke n’obtient que 11% et l’AFD 14% à l’Ouest. Remarquons également que la même différence existe pour Verts : 9% chez les syndicaliste à l’ouest et seulement 3% à l’est.

Les syndicalistes « femmes » se distinguent des « hommes » en votant moins pour le SPD (25% contre 30% chez les hommes) et plus pour Die Linke (14% contre 11%). Cela est encore plus net pour le vote pour les Verts : 13% chez les syndicalistes femmes, 5% chez les hommes. Quant à l’AFD, nos sœurs femmes se distinguent positivement : elles ne sont que 10% à avoir fait ce choix contre 18% chez les hommes. Plus clairvoyantes les syndicalistes femmes du DGB ?

http://www.magazin-auswege.de/2017/09/so-haben-gewerkschafterinnen-gewaehlt/

On voit bien que les mêmes causes engendrent les mêmes effets : la crise sociale en Allemagne est bien plus profonde qu’on le laisse entendre ici en France. Les manipulations et tripatouillages autour du modèle allemand que les médias aux ordres aiment tellement vanter, ne peuvent cacher la réalité qui s’exprime par les urnes. Alors, évidemment reconnaître que les inégalités sociales en Allemagne font aussi le lit de l’extrême-droite est difficile pour ces médias : il est donc plus simple d’invoquer le retour des vieux démons nazis. Plus simple peut être mais totalement faux.

Cela me rappelle la réflexion d’un syndicaliste allemand : « Nous vous soutenons dans vos manifestations contre la loi Travail car si chez vous aussi le modèle Hartz IV s’impose, nous n’aurons plus beaucoup d’espoirs de nous débarrasser de nos lois antisociales ».

Michel Muller

22 ET 23 SEPTEMBRE : VOISINS-VOISINES… MAIS SOLIDAIRES !

Conférence de presse originale dans la Maison de la citoyenneté mondiale. En visiophonie entre Mulhouse, Fribourg et Bâle, les responsables de l’initiative « Voisins solidaires » des trois pays ont tenu simultanément une conférence de presse en allemand et français. Pour la partie mulhousienne, Vincent Goulet a présenté la rencontre qui aura lieu les 22 et 23 septembre au Centre socio-culturel du Pax avec de forts intéressants sujets mis en débats… et en action !

Pourquoi « Voisins solidaires » (qui n’a rien à voir avec une association parisienne un peu opaque) ? Dans la région Trois Frontières (Bade, Bâle, Sud Alsace) de nombreuses initiatives de la société civile (associations, collectifs, fondations, entreprises de l’économie sociale et solidaire) se sont développées dans l’optique de promouvoir un développement soutenable, aussi bien sur le plan écologique que social.

Des expériences et compétences significatives ont été accumulées au fil du temps, mais les contacts restaient limités entre voisins. La barrière de la langue, les environnements administratifs très différents, le manque de temps et d’argent mais aussi les façons différentes de conceptualiser le champ de l’économie solidaire et soutenable compliquent les coopérations potentielles.

Pourtant, chacun convient qu’il y a à apprendre des voisins et à donner une dimension rhénane à ces activités.

La Maison de la Citoyenneté Mondiale (MCM) de Mulhouse a pris l’initiative, avec trois associations fribourgeoises (die Fabrik, Treffpunkt et Friga) et une association bâloise (Kontaktstelle für Arbeitslose, d’une rencontre transfrontalière pour les associations de notre région.

Tout cela ne part pas de rien

Ces contacts entre associations de la Regio Trois Frontières ne sont pas rares. Des conférences sont régulièrement organisées par la Maison de la Citoyenneté et des associations allemandes et suisses auxquelles s’associent des syndicalistes des trois pays. La Commission européenne soutient une structure, Eures-T, rassemblant syndicats, employeurs et organismes publics de l’emploi sur la thématique du travail et de ses conditions transfrontalières.

Mais l’initiative « Voisins solidaires » a choisit des thèmes bien ciblés en belle complémentarité avec les autres événements transfrontaliers.

Trois thèmes seront traités et devraient conduire à des coopérations futures :

  • Les jardins urbains
  • La lutte contre le chômage des plus de 45 ans
  • Le développement soutenable et la transition écologique et sociétale.

Les 22 et 23 septembre, des conférences-débats thématiques, des ateliers de méthode pour la coopération transfrontalière, un « mini-salon » et des moments culturels et conviviaux permettront de poser les jalons d’une coopération concrète entre les associations des régions de Bâle, Freiburg et Mulhouse.

Par exemple, se rendre visite pour apprendre de nouvelles techniques de jardinage et s’échanger des semences, utiliser une période de chômage pour renouer avec la langue du voisin et reprendre confiance en soi pour « rebondir » dans un nouvel environnement, inventer des circuits courts qui franchissent les frontières…

Ces deux jours sont gratuits et ouverts à toutes associations et personnes intéressées par les échanges transfrontaliers.

Une centaine de personnes sont attendues (associations d’économie sociale et solidaire, structures d’insertion, groupes de chômeurs et précaires, personnes ressources, étudiant-e-s, etc.) pour présenter leurs expérimentations et réfléchir à ce que nous pouvons faire ensemble au-delà des frontières.

Cette manifestation s’inscrit également dans le programme national « Fête des Possibles ».

Apprendre les uns des autres…

Mais qu’est-ce qui intéressent nos amis bâlois et badois dans la situation mulhousienne ? Gaby Wulfer, de Friga Fribourg, mouvement qui lutte depuis 30 ans pour l’insertion des chômeurs, voit dans l’esprit solidaire en France, un atout qu’elle souhaite diffuser dans une Allemagne trop encline, selon elle, à l’individualisme. Elle rappelle par exemple que les mesures Hartz IV prises par le chancelier Schröder ont des effets dévastateurs pour les chômeurs en Allemagne et semblent bien vouloir inspirer M. Macron en France. Voilà un exemple de coopération tout trouvé dans cette période où la dérégulation sociale semble être une orientation partagée dans quasiment toute l’Europe… sans résultats probants. Car même en Allemagne, ce ne sont pas les mesures Hartz IV qui sont la cause principale d’un taux de chômage inférieur par rapport au reste de l’Europe.

Le but de ces deux jours est d’arriver à mettre sur pied des projets au-delà des frontières, de se mettre à disposition d’associations pour réaliser des initiatives communes. « Voisins solidaires » souhaitent devenir une plate-forme, présente sur Internet, un lieu de documentation et de soutien à l’action associative dans tous les domaines.

Pourquoi le Rhin est-il un fleuve ? Pour pouvoir construire des ponts !

Le programme des deux jours fait bien apparaître les thématiques chères aux organisateurs. Ainsi, le vendredi 22 septembre se déroulera comme suit :

De 14 h à 19 h, on pourra visiter un mini-salon avec des stands d’informations

 Après un accueil à 14 h, trois conférences-débats avec traduction simultanée se dérouleront.

De 14 h 30 à 15 h 30, les Jardins urbains partagés, situation et perspectives à Bâle, Fribourg et Mulhouse avec Stéphanie Koch (Bienencoop Fribourg), Valéry Bohrer (ATD Quart Monde Mulhouse) et Brigitta Diggelmann, Permakultur Garten Grellingen à Bâle.

De 15 h 30 à 16 h 30, le Chômage des plus de 45 ans : osons la solidarité, avec Günter Melle, Nicholas Schaffner et Hans-Georg Heimann.

De 16 h 30 à 17 h 30, La transition, c’est possible, mais comment ? avec Grégory Baïotto (Vallée de Munster en Transition) et Niklas Mischokowski (Gemeinwohl-Oekonomie Fribourg).

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Daniel Muringer

Après une collation, une soirée artistique débutera à 20 h avec le Théâtre Trinational qui jouera « Murs » et le clou sera assuré par Daniel Muringer qui interprètera des chansons alémaniques, françaises et allemandes… Seul artiste alsacien qui fait vivre cette culture commune que nous avons au-delà des frontières, il fait vivre cette phrase de la grande poétesse et écrivaine alsacienne Lina Ritter : « Pourquoi le Rhin est un fleuve ? Pour qu’on puisse construire des ponts… »

Le lendemain, samedi 23 septembre, trois ateliers se dérouleront à partir de 10 h parallèlement avec des aides à la traduction.

Le premier s’interrogera sur la barrière de la langue et autres barrières, animé par Vincent Goulet, le second portera sur les Financements des projets et des outils qui facilitent leur montage, le troisième parler de la mobilisation des citoyens et des élus.

A 14 h, une synthèse de ces deux jours sera effectuée avec l’adoption d’un « Appel pour la coopération transfrontalière de la société civile ».

Des soutiens surtout allemands et suisses

Si le Conseil départemental du Haut-Rhin ainsi que la M2A par le biais de la ville de Mulhouse, soutiennent ces deux journées, il faut bien reconnaître que ce sont surtout les collectivités territoriales allemandes et suisses qui apportent leur contribution à l’organisation de cette journée. Il faudra bien qu’un jour nos collectivités se mettent au niveau de leurs partenaires économiques, sociaux et culturels potentiels de Bade et de Bâle.

Michel Muller

70 ans de syndicalisme en Bade…

Le 13 juillet dernier, une très sympathique manifestation fêtait, au siège du syndicat DGB à Freiburg (Fribourg), la création, en 1947, du premier syndicat confédéré de l’après-guerre en Allemagne. Ce « BGB », Badische Gewerkschaftsbund s’est constitué deux ans avant la confédération DGB, « Deutscher Gewerkschaftsbund » en 1949. De nombreux syndicalistes (dont la CGT et la CSS helvète), des représentants des institutions sociales, du monde politique, des organisations patronales étaient présentes. L’ambiance était moins commémorative que constructive : le DGB lance une campagne « Syndicat 4.0 : un défi pour le futur »…

 

Victimes des nazis et reconstructeurs de la nouvelle Allemagne…

Cela se passait donc en mars 1947… Deux ans après la période nazie sous la férule d’une administration française puisque la France était, aux côtés de la Grande-Bretagne, des Etats-Unis et de l’Union soviétique, une des forces contrôlant  une partie de l’Allemagne.

On ne dit pas assez que les victimes des nazis étaient d’abord des Allemands : dès  début 1933, après les communistes en février, les syndicalistes et les membres du Parti socialiste seront internés dans les premiers camps de concentration construits pour éliminer physiquement l’opposition de gauche (puis tous les autres) au NSDAP.

En 1947, les syndicalistes rescapés des camps et de la guerre, considèrent qu’il faut créer un contrepouvoir au capitalisme qui veut reconstruire l’Allemagne et veulent que les syndicats soient associés aux décisions économiques et politiques pour relever le pays de ses ruines. De là naquit la fameuse « Mitbestimmung » qui caractérise le syndicalisme allemand.

Dès février 1946, un « Freier Deutscher Gewerkschafsbund » est crée en zone Soviétique. Quelques mois après, un syndicat est crée en Hesse en zone US et, dans la zone britannique, un « DGB » se constitue dès avril 1947 à Bielefeld. Puis, peu à peu sept organisations syndicales se crééent dans les Länder et fusionnent en octobre 1949 à Munich pour former le DGB que nous connaissons encore aujourd’hui.

Sous occupation française… le soutien des syndicats français

La zone française intégrait Rheinland-Pflaz  (Rhénanie-Palatinat), le Saarland (Sarre), Baden-Württemberg, une partie de Bayern (Bavière) et quelques districts de Berlin.

Les forces d’occupation françaises avaient autorisé l’activité syndicale dès le 10 septembre 1945. En Baden-Württemberg, de nombreuses sections locales et de branche se créèrent dans la foulée et les effectifs syndicaux grandissaient rapidement. Aussitôt apparut le besoin de s’unir au sein d’une « confédération » en créant  un  « Badischer Gewerkschaftsbund ».

Le très gaulliste gouverneur militaire Marie-Pierre Koenig voit plutôt d’un mauvais œil la constitution d’une confédération syndicale sur le territoire. Il fallut une forte expression de solidarité des syndicats français CGT en tête avec la CFTC, pour que les syndicalistes allemands puissent constituer leur organisation confédérale. Ce fut chose faite en mars 1947 avec pourtant des restrictions de libertés syndicales qui montraient bien le visage social du gaullisme : le rôle du syndicat était limité exclusivement à gérer les relations salariés-patronat, les syndicalistes ne pouvaient être actifs en politique, les grèves étaient interdites… ainsi que de défiler avec le drapeau rouge !

Un article de la Badische-Zeitung narre en détail cette période. A lire sous http://www.badische-zeitung.de/wirtschaft-3/hunger-wiederaufbau-und-betriebspolitik–139267779.html

Regarder vers le futur…

En accueillant ses invités dans le très bel immeuble moderne du DGB à Freiburg, Jürgen Höfflin, le président du DGB de la Région Bade du Sud ne manqua pas de rappeler la solidarité des syndicats français dans la constitution du BGB.

La convivialité du moment n’empêcha pas d’engager le débat sur le futur du syndicalisme en Allemagne. Martin Kunzmann, le président du DGB du Baden-Württemberg exposa la volonté de son organisation d’être présente dans le salariat actuel dans l’économie 4.0. Le maintien de la politique sociale acquise et surtout la campagne lancée par le DBG pour la préservation de la retraite, étaient les deux points forts de son intervention. Le fait que seuls 50% des salariés soient actuellement couverts par une convention collective, et ce nombre régresse continuellement, est sûrement la raison de vouloir étendre la présence des syndicats auprès des salariés du monde numérique si souvent victimes de la précarité.

 La secrétaire de Verdi, Melanie Kühn rappelait que les syndicats ont la capacité de le faire comme le prouve l’instauration d’un salaire minimum légal. « Sans les syndicats, une telle avancée n’aurait jamais pu se faire », insista-t-elle.

Un représentant des jeunes syndicalistes, Benedikt Rube, encore étudiant, appela à l’unité des syndicats mais également à une volonté d’être plus combatif. Et de rappeler qu’une plus grande solidarité avec les syndicats français luttant contre la loi travail aurait été salutaire. Une bonne raison de rappeler ici que le contraire est également vrai : même en Alsace, les syndicats n’ont pas toujours le réflexe solidaire avec leurs collègues allemands qui, à quelques petits dizaines de kilomètres, se battent bien souvent qu’on ne le croit, pour défendre leurs acquits.

Un appel aux actions communes transfrontalières

La présidente du Conseil syndicat Interrégional des Trois Frontières, Katrin Distler, a tenu à inviter des syndicalistes français et suisse à cette manifestation. Occasion de rappeler qu’une instance syndicale internationale locale existe, elle est très active dans son domaine (suivi du statut des frontaliers, connaissance des situations sociales au-delà des frontières…) et est une émanation de la Confédération européenne des syndicats. Une meilleure prise en compte de cette instance par les syndicalistes des trois pays permettrait une coopération plus grande et de faire entendre un peu plus fort les attentes sociales du monde du travail. A méditer dans la période difficile qui s’ouvre pour l’ensemble du mouvement syndical, ici et ailleurs.

Michel Muller

 

SYNDICALISME FRANCO-ALLEMAND EN MARCHE

Mosbach est une petite ville pittoresque à l’est de Heidelberg, au pied de l’Odenwald et à proximité du Neckar. Sur le plateau aux horizons boisés, deux bâtiments constituent l’un des neufs centres de formation de Ver.di répartis sur l’ensemble de la République fédérale. C’est là que des syndicalistes français et allemands se sont retrouvés pour en appeler à l’Europe sociale (voir la résolution en fin d’article)

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« 1964 » : de quoi remuer nos méninges…

13 octobre, 20 h, dans ce lieu extraordinaire qu’est le Séchoir à Mulhouse : il n’est pas habituel de pouvoir assister à une lecture-performance menée par l’auteur Kai Pohl, en allemand, et par son traducteur français, Bernard Umbrecht. Cette lecture à deux voix nous a permis de découvrir un livre intitulé « 1964 » qui, dans sa construction et son propos, ne peut laisser indifférent.

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