Archives pour la catégorie Notre Alsace

Entretien sur le terrain : « Vivement que la gauche vienne au pouvoir… »

nadia et christophe

Les élections régionales se préparent déjà. L’Alterpresse68 en  fait un thème majeur dans ses publications d’ici décembre 2015. Et de commencer par essayer de mieux comprendre ce qui s’est passé aux élections départementales avec les résultats qu’on connaît dans notre région et que nous avons déjà maintes fois évoqués.

Nous nous sommes intéressés cette fois-ci au canton de Wittenheim : c’est le canton dans lequel le risque de voir un binôme Front National élu était le plus important puisqu’il arrivait en tête avec près de 40% des suffrages. Loin devant un binôme incertain Pierre Vogt (« Indépendant »)-Marie-Pierre Vallat (PS), avec une abstention de près de 55%.

Les candidats et responsables Front de Gauche du canton et de la ville, crédité de 5,33% des voix (7% à Wittenheim ville) ont refusé d’appeler à soutenir ce binôme malgré les appels de leurs instances et il nous a paru intéressant de leur demander pour quelles raisons.

Au second tour, Pierre Vogt et Marie-Pierre Vallat récoltent le nombre de voix suffisantes pour battre le FN… et Pierre Vogt, dès le lendemain, déclare qu’il siègera avec la droite dans le conseil départemental. Le pire opportunisme Continuer la lecture de Entretien sur le terrain : « Vivement que la gauche vienne au pouvoir… »

L’immersion, pour apprendre l’alsacien aux enfants

thierry kranzer

Il y avait monde ce jeudi 16 avril au Stammdisch de Rouffach pour une soirée consacrée à l’apprentissage de la langue alsacienne. Thierry Kranzer, président de  l’Union Alsacienne de New York, attaché de presse aux Nations Unies, mène un combat permanent pour la défense de la langue alsacienne et est venu pour présenter le Fonds international pour la langue alsacienne (FIAL).

REDEVENIR UNE LANGUE D’USAGE

La réflexion du conférencier est bien structurée : si aujourd’hui il y a encore 30% de locuteurs alsaciens dans la région, chez les jeunes ils ne seraient plus que 3%, ce qui signifie que l’alsacien est voué à la disparition si rien n’est fait.

Il rappelle qu’une langue se meurt au bout de trois générations si elle n’est plus utilisée couramment. Or, les jeunes bambins sont la 4e génération après la seconde guerre mondiale et devrait être la génération renversant la tendance. Il fait le pari qu’en prenant les mesures nécessaires, la langue pourra à nouveau être parlée fréquemment au bout des prochaines trois générations.

Mais la difficulté réside dans le fait que l’alsacien n’est plus parlé à la maison, ni dans les médias, ni dans la vie économique, ni dans la sphère administrative et, évidemment, ni à l’école.

C’est pourquoi il prône l’ « immersion », c’est-à-dire de créer des  lieux d’accueil pour les plus petits (crèche, jardins d’enfants, maternelles) dans lesquelles ne serait parlé que l’alsacien.

Arrivés en primaire, les enfants devraient poursuivre leurs études en classes bilingues français-allemand, sachant Continuer la lecture de L’immersion, pour apprendre l’alsacien aux enfants

Flamanville, le chantier maudit.

flamanville

Depuis son démarrage en 2017 le chantier de l’EPR (réacteur pressurisé européen) vient de connaître une nouvelle difficulté qui pourrait condamner le projet lui-même.

La découverte d’une anomalie « très sérieuse » par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) dans la composition de l’acier de la cuve  du réacteur plombe encore plus les chances de vendre cette technologie à l’étranger.

Le risque de fissure dans la cuve du réacteur (couvercle et fond) concerne un élément vital du futur réacteur. C’erst la cuve qui contient le combustible nucléaire et permet de confiner la radioactivité.

La capacité de l’acier, dans certaines zones, à absorber un choc est donc moindre que celle prévue par la réglementation et les risques de fuite d’eau radioactive sont accrus.

Mais cette pièce est fondamentale pour l’installation et son démontage pour remplacement éventuel paraît extrêmement complexe, si même possible, et l’opération très lourde en termes de coûts et de délais, a répété le président de l’ ASN.

LE MODELE EPR REMIS EN QUESTION

C’est désormais l’avenir industriel même de la filière EPR qui est en jeu et pour Greenpeace il s’agit déjà d’un coup de grâce donné à cette technologie qui n’a cessé d’accumuler les déboires Continuer la lecture de Flamanville, le chantier maudit.

Ségolène Royal à Cernay: Grand sujet, déficit démocratique

royale

10h.30 : samedi 11 avril: une cinquantaine de militants de la cause antinucléaire rassemblés à Cernay devant le Centre de secours; quelques associations d’outre-Rhin sont représentées. Ils attendent dans le vent et le froid Madame Segolène Royal, Ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie.

Ils vont à nouveau demander à la rencontrer puisqu’elle a déjà refusé de les recevoir à l’occasion de ce déplacement pour inaugurer une chaufferie biomasse à Cernay.

Banderoles en français et en allemand exigeant la fermeture de Fessenheim, quelques panneaux « Fermons Fessenheim et sortons du nucléaire», «C’est Sordi de laisser cette centrale en vie » (N.D.L.R : Sordi est le nom du député maire de Cernay, député de la circonscription où se trouve la centrale, ardent défenseur de celle–ci… comme d’ailleurs du stockage dans les anciennes mines de potasse des déchets hautement toxiques qui menacent la nappe phréatique du Rhin supérieur).

Je compte une quarantaine de C.R.S et de gendarmes qui « sécurisent » le périmètre et ne permettent à personne de s’approcher à moins de 150 mètre du lieu où la ministre et le député maire vont s’exprimer, invisibles de tout non officiel, dans l’enceinte du Centre de secours.

Je dialogue avec un C.R.S Continuer la lecture de Ségolène Royal à Cernay: Grand sujet, déficit démocratique

L’Alsace et sa culture vue par: Claude Diringer

Claude Diringer

Le poète a toujours raison, qui voit plus haut que l’horizon. Ferrat et Aragon se retrouvent toujours chez Claude Diringer, enfant de Westhalten dans la vallée noble, aujourd’hui retraité installé à Dessenheim, après avoir travaillé pendant 36 ans comme infirmier de secteur psychiatrique au centre hospitalier de Rouffach où il était aussi délégué syndical CGT.

Ç’avait été pour lui un choc quand au collège de Rouffach son professeur de musique lui avait fait découvrir Nuit et Brouillard de Jean Ferrat. À ce choc s’est ajouté ensuite celui de voir l’ancien camp de concentration du Struthof, puis plus tard le drame des Malgré-Nous et des Alsaciens-Mosellans internés à Tambov où il se rend encore régulièrement. Cela l’a forgé en homme de conviction et de combat sous de multiples formes, de l’engagement syndical à gauche et de la défense de la culture alsacienne à la militance pour le genre humain partout dans le monde, effectuant par exemple avec son épouse Marthe une mission au Sénégal pour l’ONG Échanges et Solidarité ou devenant parrain d’enfants indiens. La substantifique moelle de tout cela est la poésie, qui dit-il est la nourriture de son âme, son ouverture sur la vie, le rêve, la liberté et la fraternité. Son Panthéon est habité par Victor Hugo, Stéphane Mallarmé, Apollinaire, Arthur Rimbaud, Jacques Brel et l’Alsacien Hans Jean Arp, cofondateur du dadaïsme et « qui apporta des lettres de noblesse à l’expression universelle alsacienne ». Continuer la lecture de L’Alsace et sa culture vue par: Claude Diringer

UN LIVRE PASSIONNANT… Jean-Marie Stoerkel : L’Enfer de Schongauer

 

l-enfer-de-schongauer

jean marie

Le dernier « polar » de Jean-Marie Stoerkel est plus qu’un polar. Dans un passionnant roman dont le dénouement final est un de plus pur style baroque, il raconte sa région, son histoire, son avenir incertain, son espace marqué par les deux rives du fleuve qui la longe… Et nous fait découvrir un des artistes les plus célèbres et mystérieux, peintre d’un des plus beaux tableaux de la renaissance rhénane, Martin Schongauer… L’histoire nous plonge dans le double parcours d’une part d’un assassin bien étrange signant ses meurtres par une référence au peintre… et d’autre part d’un professeur de l’université de Fribourg qui rédige un ouvrage sur Martin Schongauer, assisté d’une très séduisante collaboratrice alsacienne, tellement amoureuse de son mentor qu’elle est prête à satisfaire tout ses fantasmes sexuels.

Le récit nous fait voyager du nord au sud de l’Alsace, en pays de Bade, et nous fait découvrir les hauts lieux culturels de la région mais nous fait également rencontrer des personnalités contemporaines dont l’auteur nous donne souvent de nombreux indices pour les reconnaître. Un certain ancien maire de Mulhouse apparaît une fois encore sous son vrai visage…

Le dénouement est inattendu et correspond à la volonté de même fiction et réalité… L’érudition de l’auteur, sa capacité à construire parfaitement une intrigue et son expérience de journaliste qui l’aide à détricoter les énigmes les plus complexes, vous font passer un excellent moment de lecture et une belle découverte des lieux alsaciens qui inspirent de toute évidence Jean-Marie Stoerkel.

Jean-Marie Stoerkel – L’Enfer de Schongauer – Les Polars – Editions du Bastberg – 14€

 

L’indécence en politique

Démocratie-Vote

C’est fait, le Haut-Rhin est dirigé par un conseil entièrement à droite. Certes, une élue socialiste, Marie-France Vallat dans le canton de Wittenheim, siègera. Mais son partenaire de binôme, François Vogt, s’est empressé de rejoindre… la majorité de droite (L’Alsace du 3 avril)! Faudra m’expliquer comment un tandem pourra rouler simultanément à droite et à gauche sur le chemin… Encore un événement qui va redorer le blason de la politique…

L’abstention se confirme au second tour, victoire relative de la droite

56,2% d’abstentions au second tour, plus qu’au premier tour. Mais comme nous l’avions pressenti lors d’un article précédent (« Tout le monde il est content ») les vainqueurs du second tour évacuent cela d’un revers de la main. Et se contentent d’être élu avec une minorité de voix tout en se félicitant des « excellents résultats » qu’ils ont obtenus.

Si la droite peut pavoiser en Alsace, elle ne peut pourtant pas se glorifier du résultat dans un climat de défiance à l’égard du gouvernement : au premier tour, la gauche engrange 36,7% des suffrages, la droite « classique » obtient 37,5% et le Front National passe de 4,8% en 2008 et 15.1% en 2011 à 26% en 2015. Sarkozy ne peut décemment pas parler de « victoire », Continuer la lecture de L’indécence en politique

L’Alsace et sa culture vues par : François Brumbt

françois brumbt

C’est à lui qu’on doit l’expression S’Dreyeckland, le coin des trois frontières, dans notre région du Rhin Supérieur. L’auteur-compositeur-interprète François Brumbt, originaire du val de Villé, l’a inventé comme titre d’une chanson de son deuxième album publié en 1978 et qui portait le joli nom de E Hampfel Hofnung (Une poignée d’espoir). Puis ce néologisme Dreyeckland était aussi devenu le titre d’un double 33 tours alsacien-badois-suisse en même temps qu’il était devenu le nouveau nom de la première radio libre alsacienne qui s’appelait jusque-là Radio Verte Fessenheim.

Cette radio émettait clandestinement depuis le Sundgau et la Forêt Noire. François Brumbt y chantait en direct. Ses animateurs, Serge Bischoff, Élisabeth Schulthess et des écologistes comme Solange Fernex qui s’opposaient à la centrale nucléaire de Fessenheim et contre l’implantation d’un autre à Wyhl, à côté de Fribourg-en-Brisgau, étaient pourchassés par les forces de l’ordre en hélicoptère.

Mais déjà en 1974 le chant de François Brumbt avait scellé la réconciliation franco-allemande dans l’occupation qui avait empêché la construction d’une usine de plomb à Marckolsheim. L’année d’après, au premier festival de la chanson alsacienne à Elbach dans le Sundgau, il avait chanté devant 4000 personnes sa célèbre chanson 1525, en hommage aux milliers de rustauds alsaciens révoltés et massacrés cette année-là durant la guerre des paysans. Dans une autre de ses chansons qui symbolisaient la vaste protestation transfrontalière anti-nucléaire unissant des paysans, des viticulteurs, des ouvriers et des étudiants gauchistes, François Brumbt avait écrit : Mér kejje mol d’Grànze éver e Hüffe und danze drum erum (nous jetterons la frontière sur le tas et danserons autour).

Un espace rhénan au cœur de l’Europe

Après avoir longtemps participé aux Soirées médiévales au château du Haut-Koenigsbourg, revenant parfois sur scène avec un nouveau spectacle, D’r bescht Uf-trett,  de chansons nouvelles et anciennes qu’il a inauguré au festival Summerlied à Ohlungen, il continue à donner des cours de guitare et d’interprétation de chanson.

Quand on lui demande comment il voit aujourd’hui l’Alsace et sa culture, il répond que ça ressemble à une utopie: « Une Alsace ouverte sur le monde et sur les autres, un espace rhénan au cœur de l’Europe, une fraternité comme bagage quand d’aucuns voudraient nous cloisonner dans de nouvelles frontières, avec une langue alsacienne qui m’est chère et à laquelle s’ajoutent toutes les autres. Je vois l’Alsace avec son histoire, son peuple, sa culture, qui aurait son assemblée unique, son droit local, son concordat et tous ses acquis sociaux, et qui réinventerait la démocratie directe. On peut dire aussi : humanisme, tolérance, refus des nationalismes mais sans renoncer à notre héritage de longue date. J’ai adapté en alsacien  la chanson de Woody Guthrie This land is your land (Ce pays est ton pays). Ça reprend cette idée. »

Mais le résultat du premier tour des élections départementales dimanche dernier ne va pas vraiment dans ce sens : « Dur, dur ! Droite contre extrême droite, surtout en Alsace, excepté un petit îlot où on respire autour de moi à Strasbourg. » Les scores notables du parti Unser Land s’expliquent pour l’artiste François Brumbt parce qu’ « ils se disent de centre-gauche-écolo et régionalistes-autonomistes mais pas indépendantistes. Leur électorat correspond dans doute à ces sensibilités. Les régions historiques n’ont sûrement pas dit leur dernier mot»

À la question de savoir ce qu’il faudrait alors faire pour faire vivre l’Alsace et sa culture, François Brumbt répond : « En n’acceptant pas la réforme territoriale qui balaie quinze siècles d’histoire quand Manuel Valls décrète qu’il n’y a pas de peuple alsacien. Il faut aussi combattre les révisionnismes qui prétendent qu’il n’y a pas eu de Malgré-nous. Mais surtout, il faut convaincre qu’on peut être solidaires en étant différents, en parlant, en écrivant, en chantant. »

Jean-Marie Stoerkel

Contact : www.francois-brumbt.fr

 

TOUT LE MONDE IL EST CONTENT !

 

Il y a de quoi être désorienté après ce premier tour des élections départementales ! Par les résultats, évidemment. Mais surtout par les analyses et commentaires de la majorité des responsables politiques, développés ensuite par les éditorialistes… et évidemment l’inénarrable « Courin » de L’Alsace n’a pas failli à sa ligne de conduite : répéter ce qu’il a entendu par ailleurs pour être bien dans la bonne pensée unique. Les « éléments de langage » distillés par les « conseillers en communication » ont ainsi fleuri et continuent de fleurir pour préparer le second tour.

timbre france 1967 - 1537 - Nobles votant pour l'election de Hugues Capet comme roi des Francs - Serie grands noms e l'Histoire

TOUT LE MONDE GAGNE ?

La tonalité est la même dans la quasi-totalité de la presse quotidienne : l’UMP est le premier parti de France, le FN a subi un revers, le Parti socialiste sauve les meubles, la stratégie de Valls était gagnante (si, si, cela a été dit…), Europe Ecologie Les Verts, avec 2%, payent leur rupture avec le Parti socialiste, le Front de gauche tient mieux que prévu… Et l’abstention est bien moindre que ce qui était craint…

Vivons-nous dans le même monde que tout ces gens-là ? Mais à y regarder de plus près, nous sommes bien devant des « demi-vérités » qui sont en fait des vrais mensonges.

UNE CINGLANTE DEFAITE POUR LE GOUVERNEMENT

Tous les commentaires se font en fonction des sondages. C’est ainsi qu’on arrive aux analyse ci-dessus. Ce sont donc bien des « demi-vérités ». Mais pour être sérieux, Continuer la lecture de TOUT LE MONDE IL EST CONTENT !

Plus de place pour l’Alsace

J’ai aujourd’hui, comme régulièrement, fait un tour à la Bibliothèque municipale Grand ‘Rue de Mulhouse. Quelle n’a pas été ma surprise de constater la disparition du compartiment Alsace et Alsatiques, donc du classement spécifique des ouvrages consacrés à l’histoire, la géographie et la culture régionales. Ils ont été répartis dans les autres rayons.

Quand on réfléchit à la symbolique d’un tel effacement dans le contexte actuel, on ne peut que se demander si la Bibliothèque municipale n’entérine pas déjà ce que d’aucuns appellent la disparition programmée de l’Alsace et son éparpillement dans un ensemble plus grand.

Renseignement pris, on me dit que c’est pour des considérations pragmatiques de place à cause de l’installation de nouvelles toilettes au premier étage de la maison. Et qu’il ne faut y voir aucune autre raison.

Moi j’en vois une de bien triste.

C’est que même à la Bibliothèque le pragmatisme tient désormais lieu de sensibilité, de réflexion et de culture.

D’r wagges