Archives pour la catégorie Notre Alsace

STOCAMINE : Yannick Jadot demande à Mme Royal le déstockage immédiat

Elus, associations, citoyens, ils étaient là, en ce 14 mars, devant l’entreprise Stocamine à Wittelsheim. Ils étaient là pour rappeler la dangerosité des déchets entreposés dans les anciennes galeries des Mines de Potasse et exiger le déstockage intégral. Le préfet du Haut-Rhin à la décision entre ses mains.

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MULHOUSE POUR LE BILINGUISME ET LA CULTURE ALSACIENNE

Un collectif « Milhüsa fer Zweisprochigkeit un elsassischi Kultur » invite « tous les habitants de Mulhouse et environs qui sont désireux de donner une nouvelle dynamique à la culture régionale sous diverses formes : langues, histoire, littérature, théâtre dialectal, poésie, accompagnement de crèches et écoles bilingues, territoire et institutions, ouverture rhénane, etc. »

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Fermez d’urgence Fessenheim !

Cet article, sous forme de supplique aux candidats(tes) aux élections présidentielles, revient sur la nécessité absolue de fermer la centrale nucléaire de Fessenheim. Aucune raison économique ou sociale, et encore moins géopolitique (« indépendance énergétique de la France ! ») ne peut prévaloir sur le principe de précaution sanitaire et écologique.

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SYNDICALISME FRANCO-ALLEMAND EN MARCHE

Mosbach est une petite ville pittoresque à l’est de Heidelberg, au pied de l’Odenwald et à proximité du Neckar. Sur le plateau aux horizons boisés, deux bâtiments constituent l’un des neufs centres de formation de Ver.di répartis sur l’ensemble de la République fédérale. C’est là que des syndicalistes français et allemands se sont retrouvés pour en appeler à l’Europe sociale (voir la résolution en fin d’article)

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L’Alsace disparaît des livres scolaires

L’Alterpresse68 publie volontiers une réaction du Club Perspectives Alsaciennes car elle reflète un avis fortement partagés par les Alsaciens. On peut pourtant estimer qu’il y a d’autres moyens de défendre l’identité alsacienne que de ressortir l’idée du « conseil unique » que les Alsaciens ont doublement rejeté lors d’un référendum: d’aborde en s’abstenant massivement, d’autre part faisant triompher le « non » lors de la consultation.

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Idées reçues… (mais de qui?)

Ils sont apparus progressivement depuis quelques décennies jusqu’à devenir, au nombre de dix millions, le groupe social le plus important du pays : on les appelle « les chômeurs et précaires », et ces noms sont loin d’être un cadeau pour ceux à qui notre « Etat », pas si « providentiel » que ça,  n’en fait pas davantage.

 

Etymologie

 « Chômeur », en effet, vient du latin « caumare », qui signifie « se reposer durant la chaleur et est voisin de « calme ». Pour Montaigne, il est franchement synonyme d’oisiveté.

Le vocable n’a pas d’équivalent en anglais, en allemand, ni en espagnol : on utilise dans les langues de nos voisins des mots plus neutres et factuels (« unemployed, « arbeitslos », desempleo »), soit « sans emploi », ou mieux, parce que plus conforme à la réalité, « privé d’emploi ».

Quant à « précaire », au-delà du sens de « obtenu par la prière » dont on ne voit pas bien la pertinence ici, le terme renvoie à « incertain, instable ». Or, attacher ces propriétés à des personnes et non à des conditions d’existence laisserait à croire que leur situation est liée à des faiblesses psychologiques ou de caractère qui rendraient ces personnes responsables, au moins partiellement, de leur sort, un sous-entendu qui arrange bien du monde.

Mais le mal sémantique est fait, et il sera difficile de revenir sur ces formulations inadéquates : « exclu » serait plus approprié, si la violence sociale que le mot suggère n’était pas aussi insoutenable.

Va donc, à défaut de mieux,  pour les « chômeurs et précaires », une part aujourd’hui conséquente de la population, « fatalement » appelée à croître avec le développement de l’économie numérique, selon les Cassandre du libéralisme et autres sophistes qui dissimulent derrière cette inéluctabilité en trompe-l’œil le poids des délocalisations, entre autres causes, dans le chômage désormais endémique.  Ceux qui en sont victimes ont en outre à subir des autres un regard soupçonneux, nourri pour beaucoup par la peur de tomber dans une situation identique, comme si la stigmatisation des chômeurs éloignait le risque de partager leur destin ; et à preuve de cette peur, la faiblesse syndicale et revendicative surprenante au moment où l’environnement social est tant malmené.

Craintes et incertitudes

Car « les chômeurs et précaires » sont le miroir de ce que ceux et celles (encore) en activité qui pourraient connaître à leur tour, dans un monde du travail où, d’exception, le CDD est devenu la règle, un sort semblable : craintes et incertitudes partagées du lendemain font que le qualificatif de précarité finit par s’appliquer à la société salariale toute entière.

Et cette inquiétude commune du lendemain oblige l’ensemble du monde du travail à remédier au plus vite à la situation dramatique de ceux qu’on prive de moyens décents de vivre, que ce soit dans l’immédiat par une indemnisation chômage décente que n’interromprait que le seul retour du contrat de travail, à défaut d’une création massive d’emplois, en soi préférable, et ce au nom d’une solidarité élémentaire et exempte de toute condescendance parce qu’elle est un dû et non une faveur octroyée, tant les places qu’occupent respectivement ceux qui bénéficient d’un emploi et ceux qui en sont privés sont interchangeables et attribuées par le seul hasard.

Un autre enjeu de cette bataille est de rendre inopérant le chantage qu’exerce sur les conditions salariales, à la faveur de cet état de fait, un patronat pour qui la précarité de masse constitue une telle aubaine qu’on se demande s’il ne l’aurait pas fabriquée de toutes pièces.

L’armée – sans solde ! – des travailleurs, selon la formule, existe bel et bien, flanquée d’un discret malthusianisme.

il n’y a pas que les existences des privés d’emploi qui soient précaires : s’y ajoutent celles aux retraites trop faibles, ou encore de salariés, le plus souvent des femmes, en emploi partiel contraint.

Les « chômeurs et précaires » ne sont, non seulement en aucun cas « extérieurs à la société », mais en sont devenu le noyau et la preuve flagrante de son inefficacité : au vu de leur nombre, leur mise au ban est devenue impossible.

Ouvrage collectif

André Barnoin, (« Dédé »), ne pensait pas, quand il a commencé à militer au début de sa retraite des Télécoms, qu’il serait dix ans plus tard encore à se battre contre la précarité, tant l’évidence de son caractère injuste ne semblait lui accorder qu’une durée limitée, le temps d’y trouver des remèdes.

Dédé présentait à Mulhouse, jeudi 26 janvier dernier, à la librairie 47° Nord, un ouvrage collectif intitulé « chômage, précarité : halte aux idées reçues », édité à l’initiative du MNCP (Mouvement National des chômeurs et précaires) aux Editions de l’Atelier, coordonné par Jean-François Yon et préfacé par Ken Loach.

Vingt-cinq associations et organisations, dont des syndicats,  se sont attelés à réfuter chacune une idée fausse concernant le chômage et ses victimes.

La succession des nombreux points de vue respectifs  impose une présentation succincte – prenant à l’occasion la forme de manifestes en miniature – qu’on aurait aimé parfois voir développés, mais c’est la loi du genre.

Il serait hasardeux de tenter une synthèse de ces contributions tant les horizons et les angles d’approche sont divers, mais on dégagera au moins deux constantes : le caractère inacceptable de la précarité et l’absence de fatalité du chômage.

A preuve la foison de solutions concrètes de terrain, certes limitées dans leur ampleur et en nombre de gens concernés, mais qui ont a minima le mérite de prouver que des voies existent.

Certaines initiatives consistent  en créations d’entreprises d’insertion, ou en aide aux chômeurs pour créer leurs propres entreprises : sans nier leur apport, on ne peut guère imaginer qu’elles soient autre chose qu’une solution marginale, et non dépourvues de risques pour les acquis salariaux, surtout quand elles revêtent des formes auto-entrepreneuriales, véritables pièges du libéralisme.

Les propositions d’action de ce type ne sont pas non plus exemptes de renoncement à exiger la prise de ses responsabilités par l’Etat en la matière, actant le recul de l’intervention publique pour tout attendre de la micro-économie et d’ initiatives locales.

On rappelle que les plus frappés sont les jeunes, les femmes, les personnes handicapées et les immigrés, et une contribution de la MNCP de la Réunion nous renvoie au cousinage du salariat avec l’esclavage, une réalité que ne renierait pas Eduardo Galeano.

Visions plus systémiques

La CGT met le doigt sur ce paradoxe : plus le chômage a monté, moins il est indemnisé (à 57% du salaire, alors qu’il était à 90% dans les années 80), y compris dans la durée.

Des visions plus systémiques sont exprimées, convergent sans coïncider : pour certains, il est urgent d’instaurer un « revenu personnel garanti » quand d’autres réfléchissent  à un « salaire à vie » dans le cadre d’une Sécurité Sociale Professionnelle ».

Les idées se frôlent, se côtoient, et parfois … se téléscopent : ainsi, pour une organisation d’agents du Pôle Emploi, le SNU PE-FSU, c’est leur entreprise qui devrait piloter la dite « SSP », pour la CGT en revanche, l’opérateur d’un maintien du salaire en cas de perte d’emploi serait d’évidence la Sécurité sociale, qui intégrerait ainsi la prise en charge d’un risque social omis à la création de l’organisme en 1945.

Curieux d’y lire que pour beaucoup d’organisations, dont la CIP (coordination des intermittents et précaires) l’assurance chômage est financée par les salariés, omettant de citer les cotisations patronales, alors que c’est précisément là que se situe, au moins au partie, le problème, dans la mesure où les employeurs, MEDEF en tête, refusent obstinément de les augmenter, bien que la responsabilité du chômage leur incombe en totalité.

On s’étonne également de voir la même CIP « oublier » qu’elle n’était pas seule dans la bagarre pour le maintien et l’amélioration de l’indemnisation chômage des artistes et techniciens du spectacle : la CGT, et notamment sa Fédération du Spectacle, y a contribué de façon décisive, en étant l’irremplaçable relais de la profession au cœur même des négociations. Surprenant encore de voir l’organisation revendiquer la « flexibilité », plaie de tant de salariés, ou l’inéluctabilité des contrats courts (qui, en fait, le sont de plus en plus dans le secteur).

Nécessité d’une société nouvelle

En diagonale du texte à plusieurs mains, s’exprime la conviction  que l’enjeu ne réside pas seulement dans l’exigence d’un revenu de remplacement  pis-aller à la privation d’emploi : le travail est aussi la condition d’une pleine citoyenneté, comme seule réponse au besoin d’être utile (« employé » a comme étymologie « implicare, impliquer »). Ce besoin est compensé à l’occasion par un travail social bénévole qui reste, estiment les uns, à être reconnu (aide aux personnes âgées, implication dans le quartier ou dans des associations).

L’ouvrage collectif de la MNCP a le mérite de (re)mettre au cœur du débat la prégnance d’un sujet de fond, parent pauvre de la campagne électorale en cours, en le reléguant au rang de dommage collatéral inéluctable de la « modernité » économique.

Et le sentiment final de la lecture est que le problème de la privation d’emploi et de revenus, malgré les louables solutions ponctuelles, ne pourra être vraiment résolu qu’à la faveur d’un choix de société profondément nouvelle : un horizon qui peut sembler lointain, mais dont l’urgence peut hâter la survenue, car le temps presse : les « chômeurs et précaires » sont, les chiffres l’attestent, bien plus tentés par le suicide que par la paresse.

Daniel MURINGER

Pour une meilleure réforme territoriale en Alsace

Nous publions volontiers le texte du Manifeste pour une meilleure réforme territoriale pour l’Alsace  publié par de Bernard Stoessel ancien 1er vice-président du Conseil régional d’Alsace, Monique Matter, Patrick Kleinclaus et François Schaffner bien connus pour leur engagement en faveur d’une Alsace bilingue. L’Alterpresse68 continue de dénoncer une réforme territoriale englobant notre région dans une super-structure dans laquelle la démocratie se réduit de plus en plus. Dans laquelle aussi, les particularités auxquelles les Alsaciennes et les Alsaciens sont attachés, pourront de moins en moins s’affirmer et risquent donc de disparaître. La campagne électorale qui s’ouvre est propice à exiger des candidats entre autres aux législatives, de s’exprimer clairement sur leur volonté ou non de revenir sur une réforme ni à faire, ni à refaire…
Nous publierons d’autres contributions sur ce sujet dans les prochaines semaines ainsi que tous les commentaires que nos lecteurs voudront bien nous faire parvenir.

Une Alsace longtemps prospère

La réussite économique exceptionnelle de l’Alsace, depuis 1945 jusqu’à au début des années 2000, résultait pour partie d’une dimension culturelle rhénane bilingue héritée de son histoire permettant des relations institutionnelles, technologiques, professionnelles et économiques étroites avec ses puissants voisins  germanophones, Cantons  Suisses et Länder d’Allemagne fédérale. Cet avantage linguistique était à la base d’une prospérité sans égale  en France.

Disposant par ailleurs d’une législation locale spécifique, l’Alsace avait pu traverser les crises économiques et politiques successives, et la nationalisation de son outil bancaire propre, tout en développant son potentiel industriel, artisanal et commercial.

Dès les années 2000, les effets de la perte de la connaissance de la langue régionale (allemand et dialectes) sont nettement perceptibles sur l’économie et l’emploi.

Une réforme territoriale bâclée en Alsace

Notre région pourtant deux fois millénaire risque d’être rayée définitivement de l’histoire et de la carte. Le gouvernement socialiste a utilisé sa majorité à l’Assemblée nationale pour supprimer l’Alsace en tant que région et l’annexer, de force et sans le consentement de sa population ni de ses  collectivités territoriales, dans un ensemble institutionnel très vaste  incluant la Lorraine et Champagne-Ardennes, un territoire où ses habitants sont devenus ultra-minoritaires. La carte, arrêtée au terme d’un découpage arbitraire, fait fi des réalités linguistiques, culturelles et historiques.

Une réforme territoriale autoritaire sans consultation des Alsaciens

Le gouvernement et sa majorité au parlement, avec malheureusement l’appui de nombreux EELV, UMP et UDI, ont fait approuver cette réforme territoriale, de façon autoritaire, sans consulter les populations par la voie référendaire, une obligation pourtant expressément prévue par l’article 5 de la convention sur l’autonomie locale ratifiée en 2007 par la France.  Les élus et parlementaires d’opposition, après quelques simulacres d’opposition au projet gouvernemental ont visiblement laissé faire, voire voté la disparition de l’Alsace. L’un des leurs, Philippe Richert briguait en effet la présidence de la nouvelle entité régionale. Certains élus, du parti « les Républicains », après avoir fait signer des pétitions hostiles à la future  région Grand Est à plusieurs dizaines de milliers d’électeurs alsaciens ont poussé le cynisme politique jusqu’à  être candidats et participer au nouvel exécutif régional du Grand Est.

Une réforme territoriale préjudiciable à l’économie, au bien-être social, à la langue et au rayonnement institutionnel de l’Alsace

Cette annexion autoritaire, imposée au mépris de toute démocratie locale, aura pour conséquence évidente, à moyen terme, l’extinction de la langue régionale (Elsasserditsch à l’oral et Hochdeutsch, langue scolaire, standard, orale et littéraire).

L’exemple mosellan est particulièrement éloquent. En effet depuis 1981, l’absence presque totale de soutien de la Région Lorraine et du Conseil général de la Moselle à la pratique, à la transmission et à l’enseignement de la langue régionale en Moselle germanophone, c’est-à-dire d’une part, les différentes formes orales du francique (Platt) ou de l’alémanique, et d’ autre part, l’allemand, sa forme historique standard orale et littéraire, est à l’origine d’un déclin accéléré de la maîtrise des dialectes mosellans et d’un affaiblissement sans précédent de la maîtrise du Hochdeutsch. Cet exemple catastrophique d’une situation linguistique et culturelle minoritaire en perte de vitesse montre ce qui attend l’Alsace dissoute contre son gré dans cet ensemble territorial hétéroclite aussi étendu que la Belgique.

Déconnectée de ses atouts linguistiques et culturels, minoritaire dans le territoire et l’assemblée régionale Grand Est, et dirigée par des majorités d’origines territoriales   composites, l’Alsace perdra tout soutien efficace à ses spécificités linguistiques et culturelles, à son dynamisme économique propre et, tôt ou tard, une partie de ses grandes institutions européennes strasbourgeoises.

La dimension économique et sociale n’a pas été sérieusement étudiée. Les intérêts et contextes de ces trois ensembles territoriaux sont très différents et peu compatibles : l’Alsace est largement tournée vers l’Europe (Suisse, Autriche, Europe centrale, Allemagne) alors que la Champagne et la Lorraine sont davantage orientées vers l’agglomération parisienne.  Les Alsaciens ont ainsi beaucoup à perdre dont la proximité relationnelle avec les voisins européens. Ne nous laissons pas imposer une réforme bricolée, guidée par des considérations politiciennes et personnelles évidentes. Elle nuira à nos relations quotidiennes et privilégiées avec nos voisins allemands, suisses et luxembourgeois, les principaux employeurs de notre région.

De plus cette fusion/dissolution forcée entraînera des difficultés sociales et professionnelles considérables pour la population, d’énormes dépenses inutiles et une nouvelle hausse des impôts, des transferts massifs d’agents publics et de cadres dirigeants et supérieurs de la fonction publique, la construction de locaux administratifs supplémentaires. Dès à présent, il est évident que la loi locale est menacée, notamment dans le contexte de l’enseignement religieux et du concordat, du droit du travail. Une région, c’est avant tout des femmes et des hommes partageant un projet culturel et une histoire commune en vue de développer un espace de paix et de bien- être social, économiquement performant.

A  très court terme instituer une entente interdépartementale entre les départements

Pour le très court terme, la solution la plus adaptée passe par la création, face à l’Etat centralisateur et à la méga-région, d’une entente interdépartementale entre les deux départements portant en priorité sur la langue régionale et le bilinguisme, la mise en place d’instruments de coordination et de concertation sur les questions transfrontalières et le droit local. Les deux départements alsaciens constituent un espace où le fait transfrontalier est au cœur des politiques publiques: l’économie, l’emploi, les transports, l’enseignement, la langue régionale, la formation professionnelle, l’environnement. Les lignes de chemin de fer, les voies fluviales, les autoroutes, le transport aérien, les itinéraires cyclistes, les risques industriels et les pollutions ne s’arrêtent pas aux frontières. C’est de l’autre côté des frontières, allemande et suisse, que des dizaines de milliers d’habitants, le plus souvent bilingues, trouvent le travail qui fait défaut ici.

Sauvegarder par la loi l’institution Alsace jusqu’en 2021  tout en lui permettant d’évoluer

Les actuels élus de l’assemblée de l’ensemble institutionnel appelé Grand Est  ont été élus puis certains désignés comme dirigeants de l’exécutif pour 6 ans en 2015 soit jusqu’en fin 2021. Il semble juridiquement difficile de mettre purement- et simplement fin à leur mandat.

La population alsacienne n’a pas été consultée par le gouvernement, celui-ci ignorant délibérément l’article 5 de la Charte européenne de l’autonomie locale, un traité international  ratifié sans aucune réserve par la France. Le fait que le Conseil d’Etat, saisi de ce déni,  ait estimé que les règles de procédure imposées par un traité ne s’imposent pas aux pouvoirs publics, ne peut dissimuler que la fusion a été opérée sans le consentement de sa  population, au mépris de ce traité et des pratiques européennes. A cet égard une pétition  réunissant en un temps record 110 000 signatures de citoyens français résidant en Alsace, organisée dans le cadre de l’article 72-1 premier alinéa de la Constitution, et visant à obtenir un référendum en Alsace sur ce sujet, a été délibérément ignorée par l’ancien président de Région et le gouvernement.

Pour permettre le passage  en 2021 à une région  spécifique d’Alsace, la loi devrait prévoir que  les décisions prises depuis 2015 par l’institution Grand Est,  susceptibles d’empêcher ce retour comme institution régionale,  sont annulées. Elle devrait  aussi organiser pour les décisions à venir, concernant  l’Alsace,  des procédures de vote distinctes  par les  élus régionaux alsaciens. A cet effet, un budget «Alsace » spécifique par exercice serait voté après consultation des présidents des deux départements alsaciens.

Proposer aux Mosellans de rejoindre la coopération interdépartementale  alsacienne

Cette entente interdépartementale pourrait être étendue à la Moselle qui partage avec les départements alsaciens la même langue régionale, le même droit local, la même dimension transfrontalière  vers le Luxembourg, la Sarre, la Rhénanie-Palatinat, et pour partie la même histoire. La loi devra prévoir dans un premier temps la consultation des élus mosellans concernés et la possibilité d’un référendum local organisé par l’institution départementale.

Développer un projet  institutionnel bénéfique pour l’Alsace  et ses habitants

Le Comité Alsace pour une meilleure réforme institutionnelle propose d’élaborer un nouveau projet de collectivité alsacienne à statut particulier conforme à la Constitution, soumis préalablement à référendum auprès de sa population.

Plus de 110 000 électeurs alsaciens se sont déjà expressément prononcés en 2015 en ce sens  en demandant dans le cadre légal un référendum local sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, sans être écoutés par les élus régionaux actuels, ni par l’Etat. Un véritable, énorme et nouveau déni démocratique. Les Alsaciens devront s’organiser pour faire respecter la voix des 110 000 citoyens alsaciens pétitionnaires, pour obtenir l’organisation d’un referendum sur un nouveau projet de statut régional et pour faire prononcer la suppression par le Parlement de la loi menant à la fusion avec deux autres régions, imposée unilatéralement et illégalement en 2015.

Vers une collectivité à statut particulier dotée de compétences renforcées

Imaginons plutôt en 2017 de faire revenir les nouveaux élus, Président, gouvernement et députés sur cette loi scélérate afin de reconstituer une Région Alsace institutionnelle  différente et meilleure. Ce serait le chemin d’une Alsace plus largement en mesure d’assurer son avenir et dotée à cet effet, dans le cadre de la constitution française actuelle, de compétences spécifiques supplémentaires, c’est-à-dire une «collectivité régionale à statut particulier».

Pour réussir ce projet, il est nécessaire de prendre en compte les véritables intérêts territoriaux d’Alsace, au nord et au sud, à l’est et à l’ouest, de maintenir du lien de proximité et de définir les compétences nécessaires en construisant et mutualisant par étapes les moyens des trois collectivités. Cela permettrait de mettre fin à tout double niveau de compétences et d’organiser plus efficacement et rationnellement  les administrations territoriales.

Cette collectivité pourrait disposer de compétences institutionnelles, administratives et linguistiques renforcées qui lui permettraient de sauver sa langue et de maintenir les liens culturels, économiques, institutionnels, mais aussi familiaux et personnels avec son environnement germanophone, de sauvegarder son rapport différent et fructueux à une laïcité faite de convivialité et non pas d’interdictions.

Maintenir les départements, nos institutions de proximité

Pour autant faut-il supprimer les départements et les remplacer par des bassins de vie, des conseils locaux sans véritable représentativité ni existence institutionnelle, de simples donneurs d’avis dans les procédures décisionnelles d’une collectivité régionale unique. L’exemple du conseil économique, social et de l’environnement du défunt conseil d’Alsace, dont les avis ont été particulièrement peu suivis, incite à ne pas retenir une telle solution face à des territoires susceptibles d’être en compétition.

Eviter la centralisation et la féodalisation du pouvoir régional

 La collectivité unique mène aussi à remettre les décisions et les clefs des finances de toute une région à, sinon une seule personne, tout au moins à un petit groupe de politiciens et fonctionnaires, sans aucun contre-pouvoir  régional ou départemental durant au moins six ans.

Les électeurs haut-rhinois en 2013 avaient compris, lors du vote référendaire sur une collectivité unique de 2013, que Strasbourg acquerrait ainsi une prééminence totale et que leurs préoccupations locales en souffriraient de toute évidence. La disparition des départements, administrations de proximité aux compétences spécifiques sera donc une voie à éviter.

Le choix d’un conseil commun pour l’Alsace

La création d’un Conseil commun à la nouvelle collectivité et aux départements, projet  largement inspiré du conseiller territorial voté par la précédente législature, mais abrogé par les socialistes en 2012,  permettrait de gérer l’Alsace sans doublons, avec moins d’élus et de personnels, grâce notamment à la disparition de la clause de compétences générales en valorisant au plus près atouts et synergies. Une telle gestion aurait progressivement pour résultat de limiter puis de réduire les contributions fiscales et de retrouver la prospérité.

De nouvelles compétences obligatoires devraient être obtenues par la « collectivité à statut particulier » : la politique linguistique régionale, la conclusion d’accords transfrontaliers de voisinage, la consultation préalable obligatoire par l’Etat avant tout traité international concernant l’Alsace et ses voisins, ou leur mise en œuvre, l’avis obligatoire de la nouvelle collectivité sur tout projet de texte législatif concernant le droit local, le pouvoir réglementaire permettant de le modifier.

Une extension possible à la Moselle

 Le cas échéant, cette organisation efficace pourrait permettre dans un second temps d’associer les Mosellans avec, bien entendu, le consentement des populations concernées.

La Moselle conserverait dans cette formule son conseil départemental propre, sa collectivité de proximité.

Vers une réorganisation des services de l’Etat

Un allègement corrélatif du poids des institutions étatiques devenues inutiles permettrait une nouvelle réduction des charges pour nos entreprises régionales et pour la population.

Manifeste pour une meilleure réforme territoriale pour l’Alsace:
Janvier 2017

Comité de rédaction: Bernard Stoessel, Patrick Kleinclaus, Monique Matter, François Schaffner

Contact: Bernard Stoessel: 06 31 11 31 28

manifestepourlalsace@orange.fr

GCO : DES ROUTES QUI NE MÈNENT NULLE PART!

Le projet du « grand contournement ouest de Strasbourg » (GCO), qui remonte dans sa formulation aux années 70, a fait l’objet d’une procédure qui dure depuis quinze ans, a été deux fois enterré et à nouveau exhumé : le voilà qui refait surface avec force depuis fin 2013, à la faveur d’un brusque revirement des élus socialistes de la CUS (Communauté urbaine de Strasbourg) en sa faveur.

L’objectif affiché est de délester l’A35 à hauteur de Strasbourg, embouteillée matin et soir en construisant une autoroute de 24 km dans la grande périphérie de l’agglomération.

Pourtant, en 2005, une expertise indépendante, le « rapport TTK », avait démontré l’inutilité du projet. Malgré cela, l’enquête publique de 2006 formule un avis favorable qui aboutira en janvier 2008 par la signature du décret de la déclaration d’utilité publique.

Les opposants au projet sont nombreux (associations, élus, communes, Alsace Nature, agriculteurs, particuliers, etc.) et sont organisés de longue date au sein d’un collectif « GCO, non merci » http://gcononmerci.org

Un GCO qui n’apporte pas de solutions aux problèmes…

Une opposition qui ne se fonde pas uniquement sur les nombreux dégâts environnementaux induits par le projet, mais qui repose également sur des doutes sérieux quant à la capacité de cet aménagement de remplir la fonction qui lui est assigné. En effet, les mesures d’impact fournies par les études ne donnent que des chiffres plutôt modestes en termes de réduction du trafic obtenu : de 9 à 12 % aux heures de pointe et de 6 à 10% en moyenne journalière. Pas de quoi soulager réellement l’engorgement structurel du tronçon urbain concerné, d’autant que cette relative embellie, comme que le souligne le rapport de la mission ministérielle, pourrait encourager des usagers qui avaient renoncé à la voiture à reprendre le volant, rendant ainsi quasi nul le bilan de l’investissement.

Didier Dieudonné, directeur des Transports et des Déplacements à la région Alsace ne dit tien d’autre (DNA, 17 septembre 2007) :« Il est vrai que du point de vue des liaisons pendulaires vers Strasbourg, le GCO n’apportera pas beaucoup de solutions. Le risque est en fait que la capacité dégagée par cette nouvelle voie ne soit réinvestie par des gens qui se détourneraient des transports collectifs pour retourner vers la voiture. Au bout du compte, l’A35 resterait victime de ses thromboses à répétition et rien ne serait résolu…».

D’épouvantables conséquences écologiques

Les conséquences écologiques seront, elles par contre, bien plus tangibles et … incontournables ! Vingt-deux à vingt-quatre communes concernées par le trajet envisagé de l’autoroute, seront impactées en termes de nuisances sonores et de pollution, verront leurs paysages défigurés, particulièrement Vendenheim, où 10 hectares de la forêt du Grittwald disparaîtraient, au détriment de la biodiversité et d’un lieu de promenade favori pour les habitants de l’agglomération strasbourgeoise.

Plus de 300 hectares de terres agricoles du Kochersberg, parmi les plus fertiles d’Europe, (à l’heure où l’on s’interroge sérieusement sur les conséquences de la diminution des surfaces cultivables avec l’extension des zones bâties) seront requises pour la construction envisagée.

hamster

Les travaux de contournement font peser une menace mortelle sur le grand hamster d’Alsace : le rongeur trouve dans les champs en question son dernier habitat en France déjà bien fragilisé, à la limite occidentale de la zone d’extension de l’espèce en Europe. Une telle préoccupation peut sembler secondaire et prêter certains à sourire, mais l’Europe, elle, ne rigole pas : la France encourt une lourde pénalité pour le non-respect de ses engagements en matière de préservation du mammifère parmi les plus menacés du continent (parfois, l’UE a du bon !)

Au passage, le tracé du contournement abîmera également la perspective du parc du château de Kolbsheim, haut lieu patrimonial et culturel de la région qui sera coupé par un ouvrage autoroutier à plusieurs mètres de haut.

Et si on parlait des alternatives… Car elles existent!

Pourtant, les alternatives à ce projet coûteux existent et le collectif des opposants les énumère à souhait :

– une part non négligeable du trafic en question est constitué de poids lourds en transit qui empruntent l’A 35 suite à la mise en place la « LKW Maut » (péage poids lourds) sur l’autoroute allemande : une éco-taxe similaire ferait rebasculer en bonne part ce lourd contingent automobile – particulièrement polluant – sur l’A5 d’outre-Rhin. Les portiques ad hoc ne sont-ils pas déjà en place ?

–  il y a lieu et moyen d’améliorer les transports en commun et le co-voiturage.

–  il convient également de faciliter les liens entre modes de transport, dont la « mobilité active » (marche, vélo).

Les résurgences et abandons épisodiques du projet ne sont pas sans rappeler, dans notre région, ceux du canal à grand gabarit Rhin-Rhône qui renaissait de ses cendres à intervalles réguliers il y a quelques décennies.

En tous cas, celui du GCO a toute sa place dans la liste des « GPII », les « Grands Projets Inutiles et Imposés » – on a envie d’ajouter « Nuisibles » -, qui, de Notre-Dame-des-Landes à Sivens, bétonnent et dévastent les paysages sans bénéfice réel pour le public et faisant fi, en outre, du refus des populations concernées.

Les portiques en place: à quand l’éco-taxe pour les poids lourds?

Les bouchons de l’A35 sont dus pour l’essentiel à des déplacements pendulaires, les trajets domicile-travail entre Strasbourg et sa périphérie : un simple coup d’œil sur la carte du projet suffit pour se rendre compte que le contournement ne changera rien, ou bien peu, à cet état de fait. La circulation de transit, éventuellement susceptible d’emprunter le contournement, représente 20% du trafic et le contournement ne soulagerait que faiblement le tronçon urbain  (des estimations officielles parlent de moins de 8%) ; car on peut incidemment s’interroger sur la pertinence de l’instauration d’un péage – l’A35 étant, elle, gratuite – au tarif modulable en fonction de l’horaire : l’itinéraire de contournement coûtera plus cher au moment où l’on en aurait le plus besoin … et sera d’autant dissuasive ! Curieuse logique, et parfaite illustration de la loi du marché, aux antipodes de l’intérêt public.

Les aspects lucratifs du projet qui affleurent ici nous sont confirmés, bien sûr involontairement, par le président de l’ancienne autant que de la nouvelle Région, Philippe Richert, quand il affirme  que « ce chantier promet 1500 emplois pendant trois ans » : argument qui pèse évidemment de tout son poids par les temps de chômage qui courent. Cependant, on pourrait souhaiter plus de pérennité aux emplois qu’il convient urgemment de créer, d’une part, et d’autre part les voir créer dans des domaines bien plus utiles, surtout en regard du coût prévu de l’opération (près de 500 millions d’euros) et ce, sans parler des retombées négatives sur l’environnement et la qualité de vie évoquées précédemment.

La CCI Bas-Rhin, pour sa part, insiste elle aussi sur l’intérêt « économique » du projet … et on s’éloigne ainsi tout doucement de sa finalité initiale, celle de trouver une solution à un grave problème de circulation routière, pour retrouver une constante immanente aux motivations réelles de bien des grands chantiers publics : car qui dit « emplois » dit aussi implicitement « profit » pour les entreprises retenues pour leurs maîtrises d’œuvre.

Pourquoi, dès lors, cette obstination des pouvoirs publics à imposer ce chantier aussi peu convaincant ?

Balayons encore l’argument avancé de la pollution de l’air, car aussi  spécieux que les autres, les pics de celle-ci étant relevés sur toute la région et non uniquement sur la ville : le contournement n’y changerait rien.

Lors d’une réunion publique, le président de l’Eurométropole a concédé que le GCO ne règlera pas le problème de l’engorgement de Strasbourg, mais qu’il était indispensable pour la survie de Strasbourg … Le déclassement de la A35 d’autoroute en boulevard urbain permettra, en vertu du changement de statut, de rapprocher les constructions de la voie. Et l’on sait que la ville est à l’étroit dans ses murs !

Au bout du compte, il semblerait bien que la seule utilité, absolument pas publique celle-là, mais prosaïquement privée, soit dans cette affaire celle qu’y trouvent les actionnaires de Vinci, dont l’honoré légionnaire Bolloré qui, d’un bout à l’autre de la planète, détruit les éco-systèmes et bouleverse les agricultures vivrières. Actionnaires pour qui le sommeil des habitants de Pfulgriesheim ou le sort du hamster d’Alsace, comme celui du campagnol amphibie de Notre-Dame-des-Landes, sont le cadet des soucis.

Daniel MURINGER

Merci à Andrée BUCHMANN pour ses remarques et contributions.

 

Vers la pétition : GCO non merci !

[PETITION] Signez contre le GCO

– Article connexe :

Richert : du culot à revendre, des dettes à fourguer (novembre 2015) où l’on rappelle que la convention de financement du GCO la décision a été approuvée en catimini lors de l’ultime réunion de la commission permanente du conseil régional d’Alsace (voir le dernier paragraphe intitulé :  » Le bouquet final. Chiche Masseret ! Chiche Bachy ! » )

Podcasts des émissions enregistrées à l’occasion des élections régionales  (GCO évoqué par les candidat-e-s interrrogé-e-s par L’Alterpresse68 :

Elections régionales : Interview de Cléo Schweitzer (PS) (Radio MNE, décembre 2015)

Elections régionales : Interview d’Antoine Waechter et Djamila Sonzogni (Radio MNE, nov. 2015)

Il y a cinq siècles, Luther…

Cette année qui débute sera, entre autres, celle de la commémoration des 500 ans de la naissance de la Réforme par Martin Lutter en 1517, événement qui a eu une résonance forte dans notre région qui a massivement adhéré à cette nouvelle religion, le protestantisme. Avant de traiter ce séisme qui a touché toute l’Europe, L’Alterpresse s’interroge, par ce billet, sur les réformes de nos jours…

On sait que la Réforme de Luther a engendré des conflits sanglants durant tout le 16e et le début du 17e siècle, qu’on a appelé les « guerres de religion ». Mais était-ce bien des guerres de « religion », terminologie qu’on aime tellement utiliser de ne jours car elle est tellement commode pour ne pas rechercher ou divulguer, d’autres causes de conflits contemporains.

1517 se situe dans une époque d’expansion économique et d’inventions technologiques bouleversant le monde. L’Eglise catholique et la haute noblesse s’accaparent les richesses ainsi créées d’une manière éhontée au détriment essentiellement des villes dans lesquelles s’épanouit la bourgeoisie naissante. La religion est utilisée par les puissants pour expliquer aux pauvres qu’ils n’ont pas de bol, pauvres ils sont, pauvres ils resteront… Dieu l’a voulu ainsi…

La révolte commence à gronder et, au sein même de la religion chrétienne, apparaît une exigence de réforme, un moine catholique, Luther donc,  rédige 95 thèses parmi lesquelles ont peu lire celle-ci, la 28: « Ce qui est certain, c’est qu’aussitôt que l’argent résonne, l’avarice et la rapacité grandissent. »

Car le Pape et les congrégations religieuses avaient l’habitude de vendre des indulgences, en clair, on pouvait effacer ses péchés en payant une somme conséquente au Saint-Siège…

Parallèlement, dans notre espace rhénan, naît l’imprimerie. Sans cette invention, la Réforme de Luther n’aurait sûrement pas eu le succès qu’elle a connu. Car une de ses actions, est la traduction de la bible dans les langues populaires et non plus seulement en latin, langue que 90% de la population ne pratiquaient pas. Grâce à l’imprimerie, les idées de Luther se répandent comme une traînée de poudre en Allemagne et bientôt dans toute l’Europe. Le clergé et la haute noblesse tremblent car  la bourgeoisie naissante et la basse noblesse font de la nouvelle religion une arme pour instaurer d’autres règles dans la société grâce auxquelles les richesses devront être distribuées différemment.

Les pauvres : les oubliés du festin !

Cet affrontement entre deux classes, l’une possédante mais en phase d’affaiblissement, l’autre créatrice de ces richesses et en phase d’expansion, sera à l’origine des affrontements sanglants appelés la plupart du temps, guerre des religions. On voit bien que ce sont plutôt les intérêts économiques et les antagonismes au sein d’une société qui en étaient l’origine.

Et les pauvres là-dedans ? Ils ont aussi voulu se servir, bien évidemment ! De nouveaux courants protestants plus radicaux jugent que le protestantisme établi ne va pas assez loin en oubliant  d’inviter les paysans à la table. Luther, le réformiste, condamne sévèrement leurs recours à la violence et les paysans seront écrasés par les forces coalisées des villes et de la noblesse.

De troublantes analogies…

Cinq siècles après, ne trouvez-vous pas qu’on nous parle beaucoup, ces  derniers, temps de « réformes » ? Si on remplace « papauté » par mondialisation, ou bien religion chrétienne par musulmane, ou bien encore, trafic d’indulgences par optimisation fiscale, ou alors imprimerie par internet, on se retrouve en terrain connu.

Tenez, la répartition des richesses à l’échelle planétaire n’est-elle pas source de tensions ? Les puissances dominatrices qui sont en voie d’affaiblissement et celles qui aspirent à les remplacer, est-ce une simple vue de l’esprit ?

Et la volonté d’instrumentaliser les populations pour justifier les interventions belliqueuses sont-elles de vulgaires élucubrations complotistes ?

Certes, l’histoire ne se répète pas mais le philosophe nous rappelle aussi que celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre

Luther sera célébré cette année et c’est tant mieux ! Mais jetez-vous sur les bouquins parlant de la guerre des paysans entre autres dans notre région : cette réforme là aurait, elle,  certainement changé la face du monde !

Michel Muller