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Repenser l’Alsace autrement…

L’Initiative Citoyen Alsacienne 2010 lance un « Appel aux élus alsaciens » dont nous publions des extraits. En effet, le gouvernement et sa majorité considèrent que la « réforme territoriale » est entérinée et on ne reviendra plus là-dessus. Il est méritoire que des associations s’élèvent contre cette forme d’oukase que des élus alsaciens semblent à présent accepter contre des « mesurettes » que M. Rottner, jadis opposant farouche du Grand Est, veut mettre en place pour faire passer la réforme… rejetée à près de 90% par les Alsaciens interrogés.

Pour ne pas tomber dans ce qui pourrait être considéré comme un « repli sur soi » (ce qui peut bien exister dans certaines organisations), nous publions ci-dessous une réflexion de Bernard Umbrecht qui permet de pousser la réflexion au-delà des lieux communs et lui donne une vraie hauteur de vue sur les enjeux démocratiques qui se posent dans le cadre d’une société mondialisée qui remet les anciennes structures étatiques chaque jour en cause.

« L’Alsace est actuellement en quête d’une nouvelle manière de s’individuer. Cela s’exprime par une aspiration à un retour à son ancienne existence institutionnelle. Cette région me paraît détenir un potentiel d’expérimentation de cet internation contre le dogme national de l’unicité qui se résume dans le slogan absurde de un peuple, un Etat, une nation, une langue, qui empêche la pleine reconnaissance des langues régionales y compris l’allemand comme langues de France. Cette reconnaissance est une condition nécessaire mais non suffisante. Les langues régionales ne peuvent se résumer – même si ce n’est pas négligeable – à des facilités pour trouver des emplois chez nos voisins. Elles véhiculent aussi des cultures. D’autres chantiers doivent être ouverts si l’on veut éviter une simple restauration du passé pour une continuation de la politique telle qu’elle a été menée par les mêmes jusqu’à présent. La question est : si retour aux anciennes institutions – et pourquoi pas de nouvelles ?– ce serait pour faire quoi ? Au cours d’une récente rencontre, l’on s’est demandé ce qui pourrait mobiliser dans un projet commun, dans une même région, « alsaciens «  et « non-alsaciens », en fait dialectophones et non dialectophones et/ou anciens et nouveaux arrivants ? En déplaçant la focale, on peut trouver des réponses. Dans le fait, par exemple, que nous partageons une même nappe phréatique de plus en plus polluée de nitrates et de pesticides ou dans le fait – autre optique – que nous avons en commun avec nos voisins suisses et du pays de Bade, sur le Rhin, une centrale nucléaire qu’il est temps de fermer. Nous avons en commun avec l’ensemble des habitants de la planète la lutte contre les effets de l’anthropocène. D’autres pistes existent. Nous avons un remarquable modèle de sécurité sociale, hérité de Bismarck, et qui fonctionne bien, à défendre, etc …etc.. . Il serait bon aussi bien sûr pour faciliter les relations avec les autres que les « alsaciens » sortent de leur béate innocence à propos de tout ce qu’il s’est passé dans le siècle écoulé, ils ont à prendre aussi leur part de responsabilité. »

 Bernard Umbrecht

A lire le texte entier sur http://www.lesauterhin.eu/bernard-stiegler-1917-2017-et-apres/

 

Appel aux élus d’Alsace

L’Alsace se trouve à la croisée des chemins. Soit elle disposera à l’avenir des pouvoirs et des moyens lui permettant de définir et de gérer ce qui lui est propre, tout en définissant et gérant avec d’autres ce qui est commun, soit elle disparaîtra dans les oubliettes de l’histoire, alignée qu’elle serait sur l’uniformité jacobine qui se veut d’unir les mêmes et non les différents et qui ce faisant créé des « territoires » neutres d’histoire, sans identité, sans réel pouvoir et ayant tous les mêmes propriétés ou presque[1].

 Pour définir ce qui est propre à l’Alsace, il faut raisonner, en premier lieu, en termes d’espace. La première identité de l’Alsace est géographique. L’Alsace, ce n‘est pas qu’une extrémité orientale de la France. Elle n’est pas qu’une fin de France, un finistère. Elle est le début de la Mitteleuropa, son extrémité occidentale. Et c’est en premier lieu de sa situation géographique que découlent ses particularismes, ses besoins et ses intérêts propres, qu’il s’agisse en particulier de bilinguisme, de culture, d’économie, de transport ou de transfrontalier. La dimension transfrontalière est dans l’ADN de l’Alsace[2].

(…)

Au moment même où au niveau national l’amitié franco-allemande est proclamée en permanence, l’Alsace peut-elle accomplir son devoir historique et culturel, celui d’être le trait d’union ? Sert-elle de champ d’expérimentation de la coopération franco-allemande au quotidien ? Est-elle un exemple et une référence pour les autres États membres de l’Union européenne en la matière ?

La France n’a jamais conduit en Alsace une politique à la hauteur des enjeux, obsédée qu’elle est par l’égalitarisme et coincée qu’elle est dans son centralisme, et l’Alsace n’a jamais disposé des pouvoirs et des moyens pour le faire.

Pourtant ces particularismes, ces besoins et intérêts propres sont aussi, au travers de l’Alsace, ceux de la France. Qu’aujourd’hui, la France ne l’oublie pas au moment où l’Alsace revendique une nouvelle institution politique.

Tout en opérant des avancées considérables en matière de droits, de libertés et de progrès social, la France n’a jamais entrepris une véritable prise en compte du fait régional, les collectivités territoriales ne constituant, pour le mieux, que des modalités d’organisation administrative, même si des ouvertures ont été obtenues. La chose est bien connue et maintes fois dénoncée, et pas par les moindres, mais jamais vraiment réformée.

 Nous appelons de nos vœux une nouvelle répartition des pouvoirs et des compétences entre l’État et les Régions. Un nouveau pacte devrait intervenir. Ces dernières devraient pouvoir gérer ce qui ne relève pas expressément de l’État, autrement dit, tout ce qui n’est pas régalien. La dualité de l’organisation étatique ainsi créée reposerait et se construirait sur une double loyauté des citoyens : l’une à l’égard de l’État, l’autre à l’égard de la Région. Mais le grand soir du girondisme n’est pas arrivé.

Pour l’heure, L’Alsace demande et nécessite pour exister en tant que telle une institution politique propre bénéficiant de vraies compétences, les unes transférées par l’État, les autres par la Région Grand Est. Les plus importantes, et les plus déterminantes, celles qui correspondent en premier aux particularismes, aux besoins et aux intérêts propres seraient celle de l’économie avec l’attractivité et le tourisme, celle de la gestion de la langue et de la culture régionales (bilinguisme français-allemand standard et dialectal, scolaire et sociétal, formation des enseignants et des communicants, enseignement de l’histoire et de la culture d’Alsace, politique culturelle…), celle aussi de la gestion de la coopération transfrontalière permettant de travailler à hauteur de pouvoir avec nos partenaires du Rhin supérieur.

Au-delà du contenu, il s’agit aussi de donner une structure et un mode gouvernance à la nouvelle institution. L’Alsace est par elle-même une métropole, tant tout y est proche et lié, une métropole qui resterait à instituer et qui fédèrerait les pays qui la composent.

Le temps n’est plus aux demi-mesures. Il est à la reconstruction, tant l’Alsace a perdu en substances économique, linguistique, culturelle… ces dernières décennies. Le temps n’est plus aux tergiversations, aux conflits de personne ou aux intérêts partisans. Le temps est à la démocratie[3]. Le temps est à la prise de responsabilité et à l’unité.

[1] Il existe en effet des statuts particuliers en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française, aux Antilles, en Corse, à Paris…

2L’Alsacianitude est une confluence et une synthèse.

3 C’est-à-dire dans ce cas au «  droit et [à] la capacité effective pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi, sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part importante des affaires publiques ». cf.  Charte de l’autonomie locale ratifiée par la France le 17 janvier 2007.

 

 

Avec ou sans le Crédit Mutuel, le journal vivra !

C’est par ces mots forts que la secrétaire du comité d’entreprise de L’Alsace, Sandrine Debenath, également déléguée syndicale de la FILPAC-CGT, a conclu la réunion lors de laquelle M. Carli, l’émissaire du Crédit Mutuel, a annoncé la décision du banquier mutualiste ( ?) de jeter 70 familles dans les affres du chômage en fermant l’imprimerie du journal à Mulhouse. Cela montre la détermination du moins des salariés du Centre d’impression de se battre jusqu’au bout pour arriver à empêcher cette hérésie économique et sociale.

Que peuvent encore attendre les salariés de L’Alsace de leur actionnaire unique : celui qui sauva le journal de la disparition en 1972, (certes avec une autre direction et une autre vision d’une banque des valeurs mutualistes) peut devenir le fossoyeur du pluralisme de la presse en Alsace. Et cela au détriment des intérêts du Centre- et du Sud-Alsace, Colmar et Mulhouse compris. Car la pluralité de la presse alsacienne répond à des différences, à des situations propres aux territoires alsaciens : les impératifs économiques, sociaux, politiques, culturels, ne sont pas les mêmes ici qu’à Strasbourg devenue une tentaculaire « Eurométropole ».

Mensonges et cynisme

Le Crédit Mutuel a trouvé son factotum : M. Philippe Carli, ancien PDG de Siemens France qui a fait ses premières armes dans la presse en restructurant à la hache le journal Le Parisien et L’Equipe. Entre autres, en vendant les imprimeries à un imprimeur délinquant fiscal. Il s’est retrouvé disponible quand la direction du groupe Amaury (patron de L’Equipe) a compris que l’individu était juste bon à sabrer dans les effectifs… et que, pour reconstruire, il fallait des gens d’une autre dimension.

M. Carli est donc un de ses mercenaires payés pour tailler dans les effectifs… et après ce funeste travail, il s’en va, ailleurs, au service de nouveaux patrons. Dans de nombreuses entreprises, les salariés ont connus ce type d’individus : pour eux, la fin justifie tous les moyens. Y compris le mensonge et le cynisme.

Ainsi, dans son plan présenté aux élus du personnel de L’Alsace mercredi dernier, il y a beaucoup de promesses : mais sans aucun chiffrage, sans aucun budget annoncé. Même la date de la mise en œuvre de ces prétendues « mesures de relance » sont floues, projetées dans plusieurs mois, voire plusieurs années.

La seule mesure concrète et chiffrée : la fermeture du Centre d’impression de Mulhouse. Et nous apprenons par une lettre d’information consacrée à la presse, La Lettre A, que M. Carli a embauché… M. Riccobono, celui qui a pratiqué l’optimisation fiscale au Luxembourg… et qui imprime dorénavant L’Equipe… M. Carli est apparemment fidèle en « amitiés »… A moins que d’autres facteurs rentrent en ligne de compte dans ce pas de deux Carli-Riccobono…

70 silhouettes rue de Thann, devant l’imprimerie de L’Alsace – Photo Brahim Bouchareb

L’impossibilité technique du plan du Crédit Mutuel

Sans entrer ici dans des détails techniques fastidieux, l’enquête menée par L’Alterpresse68 auprès d’experts en imprimerie et connaisseurs de la particularité de la presse régionale qui édite de multiples éditions (contrairement à la presse nationale, la seule que M. Carli connaisse un peu) démontre qu’il n’est pas possible d’imprimer les deux journaux alsaciens sur un seul site à Strasbourg.

Les deux journaux, DNA et L’Alsace, éditent 25 éditions chaque nuit, plus un journal bilingue. Chaque changement d’édition nécessite l’arrêt des rotatives ce qui peut coûter 1 h 30 à 2 h d’arrêt chaque nuit.

D’autre part, nos journaux alsaciens ont une particularité peu ou pas connue dans la vieille France : plus de 80% de ses lecteurs sont des abonnés qui reçoivent leur journal au plus tard à 7 h chaque matin grâce à un réseau de plusieurs milliers de porteurs. L’éloignement d’un centre d’impression fait peser des risques sur l’acheminement des journaux. Or, les abonnés ont horreur de ne pas recevoir leur journal à l’heure et les retards de distribution sont (avec la hausse des prix) la cause majeure des désabonnements.

M. Carli ose affirmer qu’il garantit la livraison en temps et en heure même dans les territoires les plus excentrés du Haut-Rhin ! Comment peut-il affirmer sérieusement une telle ineptie ! C’est totalement ignorer les aléas de transport dans une région où les conditions climatiques peuvent bouleverser la circulation d’autant plus que le Conseil départemental veut réduire, pour des raisons budgétaires, le déneigement de certaines routes… Il est vrai qu’il dit également que le Crédit Mutuel est prêt à perdre… 2.000 abonnés!

La réponse apportée par le Crédit Mutuel : avancer l’heure de bouclage de L’Alsace à 22 h 30 ! Comment des journalistes aussi expérimentés que ceux du journal  peuvent accepter cet oukase ! Car cela veut dire en clair que le journal mulhousien ne pourra plus rendre compte d’informations qui surviendraient après cette heure. Nous vous laissons imaginer combien d’événements ne pourront plus être couverts par L’Alsace… mais le seront par contre par les Dernières Nouvelles d’Alsace qui garderont leur heure de bouclage bien au-delà de 23 h !

Encore un exemple de l’impossibilité d’imprimer les deux journaux sur un seul lieu ? Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont imprimés en 4 cahiers ; L’Alsace en 2 cahiers. M. Carli affirme que cela restera ainsi. Mais ce n’est tout simplement pas compatible avec les temps d’impression nécessaire. Là aussi, nos experts nous confirment que pour passer de 2 cahiers à 4, il faut arrêter les rotatives, modifier les passages du papier… Au minimum de 30 minutes à 1 h d’arrêt de la production pour cela. Et il faudra prier pour qu’il n’y ait aucune casse du papier, car il faudrait refaire tout le processus. Et les casses du papier ne sont pas rares sur ce type de machine…

La solution pour le Crédit Mutuel : le journal unique

Nous ne faisons pas l’injure au Crédit Mutuel de méconnaître tout cela ! Mais il ne peut le reconnaître car pour pouvoir imprimer les deux journaux sur un seul centre d’impression, la seule solution est de faire des deux quotidiens un seul, au même contenu et dans un premier temps, maintenir les titres à la Une… ce qui sera la seule différence entre les deux quotidiens.

Seconde mesure : il faut imprimer l’édition bilingue pendant la journée. Ce qui équivaut à condamner ce journal, car il ne collera plus à l’information quotidienne et se privera totalement des événements relatés par le journal francophone.

Troisième mesure : réduire drastiquement le nombre d’éditions. Passer de 17 éditions (ceux des DNA) à 3 ou 4 est tout à fait envisageable. Mais cela signifie moins de place pour les informations locales et donc appauvrissement de la partie du quotidien qui fait son originalité.

Nous sommes là dans la méthode historique de la presse française : aujourd’hui nous ne comptons plus que 66 quotidiens dans l’Hexagone. Ils sont plus de 320 en Allemagne. Car en France, la concentration s’est faite par des rachats qui se sont soldés par la disparition des titres. En Allemagne, le même phénomène de concentration a conduit les éditeurs à maintenir au sein de leur groupe les différents titres en prenant en compte leur ancrage local.

Ainsi, dans le tout voisin Pays de Bade, les citoyens ont encore 11 quotidiens à leur disposition, avec des imprimeries performantes qui impriment à tout va… Mais le Crédit Mutuel ne regarde plus depuis longtemps vers le pays qui a vu naître Raiffeisen, celui qui a inventé le mutualisme bancaire… Et voilà comment la région Alsace va connaître à brève échéance, l’uniformité éditoriale avec 1 seul journal : ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de notre région. Même sous l’annexion nazie, trois journaux avaient été conservés…

Le Centre- et le Sud-Alsace perdront leur quotidien

Dans la série « mensonges et cynisme », M. Carli affirme, sans ciller, que l’indépendance des deux journaux sera maintenue, voire développée. Pourquoi doit-il affirmer cela actuellement contre toute logique et contre la réalité qui est déjà en marche : par exemple, il est manifeste que la rédaction régionale est à présent celle des DNA et non pas celle de L’Alsace.

Il doit délivrer ce mensonge car la disparition de L’Alsace jette un trouble auprès des élus et de la population du Centre- et Sud-Alsace. Nous l’avons vérifié lors de réunion publiques tenues à Mulhouse, Colmar et Thann pour informer sur les véritables intentions du Crédit Mutuel.

Lors de ces réunions, de nombreuses interventions d’élus locaux, font part de leur insatisfaction qui n’est pas récente : ils constatent, en effet, depuis des mois, qu’il y a de plus en plus d’articles communs aux deux journaux tant dans les pages régionales que locales.

En effet, les élus locaux sont bien plus sensibles à l’information locale et régionale qui rend compte de leur action et leur permet de mesurer son impact. La plupart du temps abonnés aux deux quotidiens, ils sont les mieux placés pour mesurer la dégradation du contenu du quotidien haut-rhinois au profit de celui des DNA.

La plupart des maires restent attachés à l’information locale et à sa diversité. On pourrait croire qu’à l’heure d’Internet, les sites des municipalités ou les blogs des élus pourraient suffire pour rendre compte de leurs actions. Mais eux-mêmes insistent sur le rôle du journaliste ou du correspondant, décryptant l’information par exemple d’un conseil municipal, rôle particulièrement apprécié pour mesurer l’impact d’une politique dans une ville ou un village.

Des élus ont fait part du constat que la disparition d’un correspondant local de L’Alsace, a eu un effet négatif sur l’information. La concurrence entre les deux journaux quotidiens enrichissait les contenus et la rapidité de la parution des informations. Aujourd’hui où il n’y a plus que le correspondant des DNA sur place, les informations paraissent au compte-gouttes et avec des délais de plus en plus longs.

Ces élus estiment que le pluralisme est aussi un atout dans l’information locale. Non pour faire la publicité à une « Dorfpolitik » mais pour faire vivre la démocratie au plus près des citoyens par des informations qui touchent à leur vécu immédiat.

La Centre- et Haute-Alsace ont besoin d’un quotidien

Les élus de toutes tendances sont formels : il n’y a aucune « guerre » entre Haut-Rhin et Bas-Rhin ou de contestation sur la place et le rôle de Strasbourg dans la région. Mais ils sont tout aussi formels en faisant part des différences parfois profondes existant au sein même des territoires alsaciens. La proximité économique, sociale, culturelle, de la Centre- et Haute-Alsace avec le sud du Pays de Bade (Fribourg) et la Suisse (Bâle et le Jura avec Porrentruy et Delémont), mais aussi avec la Franche-Comté, pèse sur les choix et orientations politiques.

C’est ce qu’ont affirmé clairement, MM. Rottner, président de la Région Grand Est, Mme Lutz, maire de Mulhouse, M. Fabian Jordan, président de M2A, dans un courrier adressé à M. Théry, le président du Crédit mutuel. Nous citons :

« Vous nous avez assurés que que le pluralisme et l’identité des titres seraient préservés. Il s’agit pour nous  de deux éléments indispensables notamment pour L’Alsace, titre qui s’écrit et se lit essentiellement dans le sud du Haut-Rhin. Nous nous permettons d’insister sur ce point. »

La réaction de M. Carli à cette lettre lors de la funeste réunion démontre son mépris pour la parole des élus car il laissa entendre que ce courrier était destiné à faire plaisir aux salariés. De l’opportunisme politique donc ! Ce n’est pourtant pas ce que ces élus ont confiés aux membres du comité d’entreprise qui les avaient sollicités.

Faut-il plus pour démontrer que les affirmations et les promesses de M. Carli sont uniquement de la gestion de sa communication. Il faut rassurer les journalistes, les autres salariés de l’entreprise et les élus… pour avoir les mains libres pour liquider l’outil de travail et marginaliser ceux qui se battent pour le maintenir.

Autre exemple du cynisme du personnage : à la sortie de la salle de réunion, il eut cette sublime phrase adressée à des salariés qui l’interpellaient : à l’un d’entre eux, le visage remplis de larmes qui lui expliquait sa détresse et celle de sa famille s’il perdait son emploi, il rétorqua, un peu la mine basse quand même : « Je dois rester froid »… Effectivement, pour faire ce sale boulot, il faut être insensible à ce qui est humain, à oublier le malheur qui couve derrière chaque détresse sociale, il faut être un peu inhumain…

Sauver le journal à tout prix…

Ceux qui ne veulent pas être les dupes du discours dont l’ambivalence est facilement démontable pour qui ne veut pas avoir des œillères, ont le sentiment qu’il n’y a plus rien à attendre du Crédit Mutuel. Pourquoi faut-il conserver un actionnaire qui va tuer votre entreprise alors que des solutions de développement sont possibles comme nous le prouverons dans un article reprenant le plan alternatif proposé par la FILPAC-CGT et ses experts.

Si le Crédit Mutuel considère que le journal L’Alsace ne rentre plus dans ses plans et qu’il faut le faire disparaître (mort lente certes, mais mort tout de même !), pourquoi ne pas le céder à un éventuel repreneur? Selon nos informations, des propositions ont été faites dans ce sens à M. Théry qui les a rejetées car elles n’étaient pas financièrement suffisamment élevées.

Les salariés du Centre d’impression ne baissent pas les bras malgré la volonté de la direction et ses affidés, de faire apparaître la décision comme irrévocable. Rien n’est jamais irrévocable pour les gens qui se battent, disent les travailleurs. Et avertissent gentiment les autres salariés : après notre disparition, c’est vous qui serez sur la sellette.

Et de conclure : « Avec ou sans le Crédit Mutuel, L’Alsace vivra… ».

Michel Muller

Multiplexe à Wittenheim : un mauvais thriller !

Revoilà le saugrenu projet de multiplexe cinématographique de Wittenheim sur la table, à défaut d’être sous le tapis. La frénésie pour les surfaces commerciales et de loisir en périphérie des villes et des villages ne semble pas faiblir. A contrario, l’action de M2A en faveur d’une véritable politique durable et d’équilibre des territoires peine, pour le moins, à se dessiner.

Reprenons les faits. Dans « l’Alsace » du 8 janvier 2016, Antoine Homé, maire de Wittenheim, appuie un projet de multiplexe cinématographique de 10 salles porté par le groupe Cinéville. Avançant une batterie d’arguments favorables à cette réalisation et au choix du site, le maire se doute déjà qu’une opposition farouche marquera sa désapprobation, principalement chez les exploitants actuels de cinémas et parmi les élus mulhousiens. La commission départementale d’aménagement commercial/cinématographique (CNAC) rejette le projet le 2 février obligeant les acteurs favorables au dossier à revoir leur copie.

Passion commune pour le 7e art chez les édiles de Cernay et de Wittenheim

Il faut dire que Wittenheim n’est alors pas la seule commune en lice pour accueillir un cinéma : à Cernay aussi on veut du grand écran… en tout cas à la mairie. Pas loin de 1800 sièges contre pratiquement 2000 dans le Bassin potassique. La folie des grandeurs alors qu’au même moment le cinéma Le Florival à Guebwiller souhaite modestement s’agrandir.

La salle apprend qu’un nouveau projet de multiplexe voit le jour

Mécontent d’être retoqués, Messieurs Homé et Sordi préparent la riposte, comprenez le recalibrage des projets. Pour Cernay, la nouvelle mouture (7 salles pour près de 1000 sièges) est validée de justesse en CDAC du 25 avril 2017 par six voix contre quatre mais validée quand même. Comme on pouvait s’y attendre, un recours est déposé auprès de la CNAC (Commission Nationale d’Aménagement Commercial/Cinématographique) qui, de façon hallucinante, suit l’avis favorable émis précédemment. Enfin on hallucine surtout quand on regarde la composition de cette instance : un entre soi d’élus et de hauts-fonctionnaires[1]. Exit les associations environnementales et les collectifs citoyens. A Wittenheim la nouvelle est tombée le 20 novembre 2017 : la proposition retravaillée de 6 salles et 1253 sièges obtient une majorité de cinq voix contre trois oppositions. Le maire dit se réjouir (l’Alsace du 21/11/2017) d’un tel vote oubliant au passage l’opposition exprimée. Passer en force, continuer la fuite en avant et raisonner comme un élu du siècle passé, voilà qui résume la manière dont le premier magistrat de Wittenheim gère ce dossier.

Troublantes et condamnables complicités

Plus étonnant, le soutien de M2A revendiqué par l’édile. Il faut dire que le jeu politique communautaire nous a habitués à un niveau digne d’une cour de récréation. Sans doute est-ce dans la continuité de la rivalité Rottner-Jordan qu’il faut chercher le soutien à ce projet néfaste. L’ancien maire de Mulhouse n’ayant pas réussi à devenir calife à la place du calife s’est mis à dos bon nombre d’élus de l’agglomération ; ces derniers ayant apporté leur soutien à Fabien Jordan attendent peut-être en retour d’être confortés dans leur image de maires bâtisseurs. Antoine Homé a t’il obtenu le feu vert du nouveau Président de l’agglomération ? Si tel est le cas, M2A va devoir s’expliquer sur ses véritables priorités.

La fiction d’un projet aux atouts multiples

Car cette implantation d’un méga cinéma sur le carreau Anna cumule les non-sens. Monsieur Homé parle d’une « desserte idéale » et fait par là-même un aveu terrible : pour lui seule compte l’accessibilité automobile. Pas la peine de chercher, les mobilités douces sont inexistantes : pas de trottoir digne de ce nom (mais qui a envie de marcher entre des parkings bondés et une 2X2 voies ?), pas de bandes cyclables, un bus de journée avec un arrêt situé à près d’un kilomètre (pas très pratique pour aller voir des films en soirée…).

[1]https://www.entreprises.gouv.fr/cnac/composition-la-commission

La transition énergétique version M2A dans le domaine des transports, déjà bien utopique, risque d’être sérieusement décrédibilisée. Le cocktail voitures thermiques, parkings XXL et étalement urbain est particulièrement néfaste. Certains élus ont visiblement loupé un épisode, celui de la COP 21. Et s’ils sont climato-sceptiques qu’ils le disent (certains ont visiblement des doutes à partager[1]), au moins on y verra plus clair ! On aimerait d’ailleurs que Monsieur Spiegel, commissaire à la Transition énergétique se fasse davantage entendre sur ces dossiers chauds et pas seulement sur la (nécessaire) réinvention de notre modèle démocratique.

Il est également question d’associer « sport et culture ». S’il s’agit en partie d’une affaire de goût, on peut tout de même relever qu’une séance de C.A.F.(cuisses abdos fessiers pour les initiés) chez Décathlon pour perdre du poids et sculpter son corps revient à vouloir corriger les effets d’une trop grande dépendance à la voiture individuelle alors qu’un peu de vélo ou de marche suffisent à se sentir mieux : CQFD.

Pour la culture on repassera également : n’ayons pas d’illusions, les grands exploitants servent des blockbusters testostéronés qui participent à la diffusion d’un modèle de consommation qui justement fait des ravages. Ce désir de multiplexe en est le syndrome. Des élus qui se réclament de gauche profitent à fond de ce monopoly néolibéral ; créer des emplois (précaires) ici revient à en détruire ailleurs. En clair : si un multiplexe voit le jour à Wittenheim, c’est la mort du Kinépolis à Mulhouse (desservi lui par le tramway !) et peut être même d’autres cinémas !

Au final, alors que les villes se meurent de la fermeture en pagaille des commerces de proximité avec le développement à outrance des enseignes de périphérie, on poursuit dans ce délire auquel même les libéraux britanniques ont fini par renoncer[2]. En cela ce combat est symbolique : quels paysages voulons-nous laisser à nos enfants ? Des superficies entièrement artificialisées, bétonnées et livrées aux spéculateurs ? La France et à fortiori la région mulhousienne ressemblent de plus en plus aux Etats-Unis et ça n’est pas prêt de s’arrêter.

[1]A écouter à partir de 9mn40s :

https://www.mixcloud.com/radio-mne/f%C3%AAte-de-l%C3%A9nergie-05102017/

 

[2]http://www.club-ville-amenagement.org/_upload/ressources/actualites/2017/cva_avril_2017.pdf

©Patrick Messina

En 2010, Télérama, précurseur et un brin donneur de leçon, titrait « Comment la France est devenue moche »[1]. Le premier cliché de cet article, qui est reproduit ici, a été pris au Kaligone, à deux pas du carreau Anna où on voudrait faire trôner un nouveau temple des superproductions hollywoodiennes. A-t-on seulement tiré les leçons des échecs du passé et de la désagrégation du modèle sociétal nord-américain ? A lire ce qui précède on peut légitimement en douter… .

Loïc MINERY

[1]http://www.telerama.fr/monde/comment-la-france-est-devenue-moche,52457.php

Le « social » vu par le Crédit Mutuel…

Dans sa farouche volonté de liquider l’imprimerie de L’Alsace à Mulhouse et ses 70 emplois (non inclus les emplois indus), le Crédit Mutuel ne lésine pas sur les moyens. Il distille les perfides informations sur la « générosité » du plan social et laisse croire à des naïfs que le montant d’un chèque pour le départ volontaire serait particulièrement incitatif.

Sauf que, quelque soit le montant d’un chèque, jamais il ne remplacera la perte d’un emploi dans un secteur où les reclassements sont difficiles, pour un salarié de moins de 60 ans.

L’exemple du Républicain Lorrain

On n’en parle peu mais le Crédit Mutuel ne veut pas uniquement fermer l’imprimerie mulhousienne, il envisage de faire la même chose avec celle du Républicain Lorrain à Metz. Toute la production du journal mosellan se ferait à Nancy sur les presses de l’Est Républicain…

Le Crédit Mutuel dévoile ses cartes pour imposer la fermeture qui bien évidemment est un traumatisme pour les salariés. Il faut savoir que les emplois d’une imprimerie sont très spécifiques : un imprimeur-rotativiste comme tout le personnel autour de la rotative, sont souvent des ouvriers très qualifiés et très spécifiques. Perdre son emploi équivaut donc à subir une vraie galère pour retrouver de l’emploi… et le « généreux » chèque du Crédit Mutuel s’évapore très rapidement.

Des luttes emblématiques pour l’emploi dans le passé ont fixé des cadres pour l’établissement d’un plan dit « social » pour virer le personnel. Entre autres mesures, il faut que la direction propose des reclassements.

C’est ce que le Crédit Mutuel vient de faire à Metz et les ouvriers sont tombés de haut.

Voilà ce qu’en pense le Comité d’entreprise du journal mosellan : «  Dans le cadre de la négociation ouverte sur le projet de « plan de sauvegarde de l’emploi » provoqué par la décision de supprimer l’imprimerie, la Direction avait transmis, la veille, une liste de postes à pourvoir dans le Pôle Presse du Crédit Mutuel… soit six postes d’assistantes commerciales (sic) ou d’assistantes de rédaction ! Deux autres listes, transmises précipitamment mardi matin, ne se sont pas révélées plus pertinentes que la première. »

Et on apprend que des propositions aussi fantaisistes que « directeur d’une agence du CIC dans le Sud-Ouest » auraient été rajoutées… En outre, les salaires sont en général divisés par deux dans les offres proposées.

Se conduire ainsi pour une banque qui s’affirme mutualiste (et qui l’est dans la tête de la plupart des sociétaires et des animateurs locaux des caisses) c’est montré son vrai visage. La haute direction du Crédit Mutuel se comporte comme tout le patronat, pire pourrait-on dire, puisqu’elle avance masqué se drapant de la respectabilité mutualiste.

Pour Mulhouse, pas d’autres choix : se battre pour maintenir l’imprimerie

Les salariés mulhousiens sont donc avertis : n’attendez pas des reclassements qui vous permettent de voguer vers la retraite ! Ils en sont conscients et mesure la difficulté de lutter contre un des leaders bancaires européens aux moyens infinis et qui ne s’embarrasse pas de moralité quant à la manière d’arriver à ses fins.

La défense de l’imprimerie c’est en fait défendre l’existence d’un quotidien pour la moyenne et haute Alsace qui risque de disparaître à brève échéance : d’où l’importance d’alerter élus et populations sur ce qui les attend et dont ils sont, pour la plupart, bien conscients. Oseront-ils affronter le Crédit Mutuel ? Un député comme Olivier Becht ne s’est pas retenu pour envoyer une lettre bien sentie à M. Théry.

La fermeture de l’imprimerie n’est pas encore acquise pour le Crédit Mutuel. La moyenne et haute Alsace a besoin d’un quotidien demain… Et si le Crédit Mutuel en a décidé autrement, il n’est pas le seul à pouvoir éditer un journal.

Pour appuyer les salariés défendant leur emploi, leur outil de travail et notre journal, signez la pétition sur

http://petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2017N49830

Michel Muller

Roderen: Le ranz des vaches

Toute la presse en parle- FR3 Alsace, Radio Bleu Alsace, 20minutes.fr, portail.free.fr, et j’en passe, en débutant
par Reporterre- qui a lancé l’affaire, après deux ans d’études, mesures et autres enquêtes,
Ou, mais de quoi parlent ces sources diverses et variées, chambre d’écho de cet article foncier? D’une épidémie
de décès (techniquement, on dit épizootie quand on parle d’animaux, mais tout le monde ne connaît pasami.
e lecteur.trice, tu es gâté.e sur le site de l’Alterpresse, tu enrichis même ton lexique!)

PRÉCISION.

Une lecture cursive de l’article «Le ranz des vaches» pourrait laisser l’impression que le journal en ligne Reporterre
aurait découvert l’affaire de cet empoisonnement sur des vaches- qui n’avaient rien demandé, elles- et aurait dévoilé à
l’attention de son lectorat ébaubi, et passablement choqué, cette atteinte à l’environnement, de même que la sourde
menace qui pèse sur notre alimentation ,voire même sur notre flux vital.
Rien ne serait plus erroné, et ce pour deux raisons:

1°) c’est grâce aux connaissances scientifiques et à l’engagement
de Michael Loeckx que cette affaire a pu être initiée et mise en route (je n’omets pas le fait qu’il ait été mené à se pencher
sur cette pollution par sa connaissance, Franz Baumann, de la Confédération paysanne, mais cet intéressement
s’est fait grâce à sa seule compétence, et non par un pacte de copains)- on pourra juger de cet engagement en répétant
les dires même de M. Loeckx, interrogé au téléphone, qui me précisa: «J’ai réalisé cette enquête à mes frais»- entretien du 28
novembre, 11h 38).

2°) j’ai un peu honte à le révéler, je ne tire pas sur un confrère, mais le journaliste en question avait passé un pacte
avec M. Loeckx, aux termes duquel il devait attendre la fin de la conférence de presse du collectif au Cercle St-Thiébaut
de Thann, le 9 novembre dernier en matinée, ce qu’iln’a pas fait. Dont acte.
Il faut rendre à chacun son dû, et le souligner ne fait que rendre justice à chacun.
Attention à la suite, c’est pour bientôt!

L’origine

Mais de quoi donc parle-t-on en abondance? Du décès, pour l’instant inexpliqué, d’un cheptel de vaches, d’un agriculteur de Roderen (Haut-Rhin), à quelques kilomètres au-dessus de la vallée de Thann- ville du siège de la sous-préfecture et de deux sites chimiques.

Or donc, en 2004, Pascal Wolferperger, éleveur, fonde le Gaec des Collines avec un associé, Pascal Bianchi. À partir de 2014, les symptômes apparaissent: les vaches sont atteintes d’une sorte de grippe ou d’allergie se traduisant par un écoulement de nez très fort, un (ou des) abcès près de la tête et/ou du cou, puis par des défaillances neurologiques.

Des 140 vaches de départ, il n’en restait plus qu’une trentaine fin 2016. Dans ce cas-là, l’éleveur se pose des questions, demande autour de lui, fait venir le vétérinaire, le paie (ce qui n’est pas donné- pour une consultation d’un animal de compagnie, le vétérinaire demande 39 €; pour une vaccination de chien ou de chat, cela fera 45 de plus; pour une vache, la moindre consultation avec déplacement {sans analyse] est facturée 60 €…).

L’éleveur, lui, ne ressent aucun malaise corporel. L’enquête se met alors en marche: Mr Wolfensperger veut savoir ce qui se passe avec ses vaches, son gagne-pain, on parle là d’une production annuelle de 500 000 litres de lait, ce n’est pas rien!

En 2014, il déplore une vingtaine de décès, «sans explication plausible, causant des pertes de revenus et d’importants frais vétérinaires». Un collègue agriculteur du même village, Franz Baumann, membre de la Confédération paysanne, est alerté par un
habitant. Mr Baumann fait le relais auprès d’associations de protection de l’environnement (Alsace Nature, Acces [Actes Citoyens pour une Consommation Ecologique et Solidaire], successeur de NIHA, et alias).

Etape suivante: contacter les services de l’Etat, par le biais de la sous-préfecture; celle de Thann n’étant pas disponible (le poste est alors vacant), c’est celle d’Altkirch qui prend le relais. Est alors mandatée la Dreal (Direction Régionale de l’Environnement, del’Aménagement et du Logement- http://www.bas-rhin.gouv.fr/Servicesde-l-Etat/Presentation-des-services/Unites-Territoriales-UT/DREAL-Alsace#), qui mandate l’Aspa, une association oeuvrant sur les mesures de la qualité de l’air.

Pour cette premère campagne, aucun résultat probant n’est détecté. Il va falloir persévérer. Entretemps, un nouveau sous-préfet est nommé à Thann, et ses services reprennent le suivi de l’affaire.

Les mesures bis

Au niveau des organisations étatiques, c’est l’Ineris (https://www.ineris.fr/fr) qui prend le relais, sans plus de résultats; elle s’est attachée à mesurer (on dit ‘investiguer’, anglicisme maladroit…) l’air, l’eau, les sols, la circulation  des vents, l’alimentation des bêtes, bref, la totale- et, dans ces domaines, la présence de titane, de cadmium et de tungstène. Malgré ces multiples analyses, dont celles del’Inéris (cf.supra) et des services vétérinaires du département, rien n’a permis d’identifier les causes possibles de cette mortalité.

La dernière en date, en juin 2017 et opérée par la sous-préfecture de Thann, n’a rien révélé de déterminant non plus. Une question est soulevée: serait-ce l’emplacement? Une partie du Gaec est situé sur le site d’une ancienne décharge, comblée depuis, bien sûr, et il pourrait y avoir comme des remontées de gaz, après toutes ces années, ce qui arrangerait bien les choses. Pas besoin de chercher autre part…

L’aide extérieure

Franz Baumann décide alors de faire appel à Michael Loeckx, scientifique formé au journalisme, consultant en environnement (http://milou.org/news/), qu’il connaît depuis longtemps. «On a mis en place un programme d’analyse de recherches, de l’air, de fourrage…».

Pendant ce temps, les vaches continuent de périr. «Elles avaient toujours les mêmes symptômes- un écoulement de nez très fort, puis un abcès près de la tête et du cou, des défaillances neurologiques, avant de dépérir et de mourir».

Avec l’aide de l’université de Berne, il abat deux bêtes, dont il emmène les carcasses en laboratoire pour en prélever les organes, et ne constate aucun problème d’ordre biologique (virus, bactérie ou autre parasite). «En revanche, on a pu démontrer que les problèmes rencontrés par les animaux provenaient de l’inhalation d’un produit toxique présent dans l’atmosphère de manière chronique», révèle le scientifique.

M. Loeckx veut s’assurer que les pratiques de l’agriculteur ne sont pas en cause dans cette contamination. Ils trouvent du titane en grande quantité. Serait-ce un résidu de l’usine Cristal, voisine de quelque 4 kilomètres?

Des nanoparticules en grande quantité

Ce n’est pas une véritable explication, mais c’est une piste. «L’étape d’après, c’était donc d’analyser l’atmosphère beaucoup plus finement. On a fait des analyses d’air avec des filtres spécialisés pour le captage des nanoparticules. C’est là que l’on s’est rendu compte que les nanoparticules de dioxyde de titane étaient présentes en grande quantité», conclut M. Loeckx. Impossible de détecter ces nanoparticules de titane dans les organes des vaches- question de moyens techniques, pas encore au point, selon le journaliste scientifique.

L’intervention – mesurée – de l’Etat

Pendant ce temps- étalée sur dix-huit mois, est demandée par les services de l’Etat une campagne de mesure des rejets gazeux de l’usine. La demande, formulée en 2015, devait être complétée pour février 2017; elle a été communiquée par le site chimique en juillet de la même année, et n’ a été relayée auprès du collectif de défense
qu’en novembre, tout récemment donc…

Le site et sa production

Qu’est-ce que Cristal? Sur son site d’entreprise (en techspeak, corporate), Cristal se présente comme le second plus gros producteur ‘global’ de dioxyde de titane, le premier producteur mondial de dioxyde de titane ultrafin et de produits chimiques à base de titane, un des fers de lance des produits spécialisés à base de titane et –  enfin – un des producteurs en plein essor de sables minéraux et de poudre métallique de titane.

C’est un pigment blanc, produit depuis 1922 dans l’usine, substance chimique inerte sous sa forme normale. Il est utilisé pour ses propriétés d’opacité, de blancheur et de brillance, dans la nourriture, la peinture, les revêtements ou les plastiques: on en trouve dans une foule de produits, de l’électronique aux médicaments, en passant par la confiserie: c’est le « colorant E 171 ».

Seulement voilà, depuis une dizaine d’années, l’industrie du dioxyde de titane s’est mise à la production de titane sous forme de nanoparticules, on parle là de l’échelle d’une cellule.

Les nanoparticules

Pour être plus précis, 1 millimètre- mm, c’est un millième de mètre (1/1000° m), 1 micron- μm, est 1 millionième de mètre (1/1 000 000° m), et 1 nanomètre- nm, est 1 milliardième de mètre (1/1 000 000 000 °m). Selon la norme ISO TS/27687, une nanoparticule est un nano-objet dont les trois dimensions sont à l’échelle nanométrique,

Cette échelle est celle de l’atome, la brique élémentaire de toute matière. Ainsi Il existe la même différence proportionnelle de taille entre un atome et une balle de tennis qu’entre une balle de tennis et la planète Terre.

Mais revenons à nos vaches: Chose à remarquer: les vaches, une fois malades, ont été déplacées sur un autre site d’élevage de l’associé dudit Gaec, à Flaxlanden, et se sont remises. Il y a donc un lien avec le lieu, ce n’est pas une épizootie!

La démarche rigoureuse, à la suisse

Michael Loeckx veut s’assurer que les pratiques de l’agriculteur ne sont pas en cause dans cette contamination.

Grâce à l’examen des deux vaches abattus volontairement, « on a pu démontrer que les difficultés rencontrées par les animaux provenaient de l’inhalation d’un produit toxique présent dans l’atmosphère de manière chronique», dévoile le scientifique. « Dans toutes les analyses, du baryum et du titane ont été retrouvés, ce qui a entraîné chez les bovins des blessures dans les poumons et dans le système respiratoire. On pense que les nanoparticules ont un effet délétère pour les vaches », explique-t-il.

«L’étape d’après, c’était donc d’analyser l’atmosphère beaucoup plus finement. On a fait des analyses d’air avec des filtres spécialisés pour le captage des nanoparticules. C’est là que l’on s’est rendu compte que les nanoparticules de dioxyde de titane étaient présentes en grande quantité», conclut M. Loeckx.

Impossible de détecter ces nanoparticules de titane dans les organes des vaches… question de moyens techniques, pas encore au point, selon le journaliste scientifique.

«En revanche, on a trouvé du tungstène, et ce produit ne peut provenir que des nanoparticules incriminées». Conclusion: «La probabilité la plus grande est que cela vienne de l’usine».

L’usine Cristal

L’usine de Thann, située à quelques kilomètres de la ferme, emploie 244 salariés et est un des sept sites de production de dioxyde de titane de l’entreprise Cristal, second plus gros producteur mondial de cette substance, après avoir acquis Millenium Inorganic Chemicals en 2004 pour 1,3 milliards de dollars. Cristal est ainsi devenu un acteur de poids (on parle d’une production de plus de 4 millions de tonnes pour le monde entier, et cela ne fait que se développer).

Tasnee, sa structure mère, est une société par actions cotée détenue à 79% par le fonds national d’investissement industriel saoudien, à 20% par la Corporation d’Investissement du Golfe persique (détenue à fonds égaux par les six pays composant le Conseil de Coopération du Golfe (Arabie saoudite, Bahrein, Emirats Arabes Unis, Koweit, sultanat d’Oman et Qatar) et le 1% restant est un investisseur privé.

Depuis une dizaine d’années, l’industrie du dioxyde de titane s’est mise à produire le produit sous forme de nanoparticules- on parle de l’échelle d’une cellule.

Et – coïncidence, fortuite ou pas, que relève Michael Loeckx – les vaches ont commencé à tomber malades au moment où l’usine a intensifié sa production de nanoparticules.

Un drame social

Après avoir vendu ses dernières vaches début 2017, Pascal Wolfensperger, confronté à de graves difficultés financières, s’est reconverti dans la culture des céréales. Son associé, Pascal Bianchi, lui, s’est retiré de l’affaire.

Désabusé, l’agriculteur veut bien croire à un dénouement prochain de ce mauvais feuilleton: il n’a pour l’instant perçu aucun dédommagement en raison des pertes qu’il a subies. Si ce dernier n’a pas tenu à se prononcer sur la responsabilité de l’usine, les résultats de l’enquête ne semblent laisser aucune place au doute.

Le problème est que l’on commence seulement à appréhender les effets de ces nanoparticules, omniprésentes et totipotentes: dans l’alimentation, les peintures, les textiles, les cosmétiques…une brassée d’usages «inquiétante», selon les déclarations d’André Cicolella, toxicologue et président de l’association Réseau environnement santé, au journal l’Usine nouvelle: «Sous forme nanométrique, le dioxyde de titane passe à travers la peau et la molécule peut ainsi aller se loger un peu partout, y compris dans le cerveau».

En janvier 2017, une étude de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) parvenait à démontrer la nocivité de ces nanoparticules sur le rat- sans toutefois que ces résultats puissent être extrapolés à l’homme.

Les chercheurs montraient que des nanoparticules de l’E171 pénètrent la paroi de l’intestin et se retrouvent dans l’organisme des rats, provoquant des troubles du système immunitaire et générant des effets cancérogènes.

Les responsabilités diluées, forcément diluées

Les responsables de l’usine contactés par France Bleu Alsace ont affirmé être très surpris par cette enquête.

Selon eux, leur entreprise n’a jamais été mise en cause, ni par les études officielles réalisées par les services de l’État (Ineris et services vétérinaires locaux), ni par celles de la Chambre d’Agriculture (pour celle-ci, les études portaient sur le lait)*. Le mystère resterait entier.

L’industrie du dioxyde de titane entretient d’ailleurs savamment la confusion entre usage «classique» du dioxyde de titane et utilisation sous forme nanométrique. Sur le site de la Titanium Dioxide Manufacturers Association (Association professionnelle [équivalant à un syndicat, mais avec d’énormes moyens, financiers entre autres, très commodes pour le lobbying] des fabricants de dioxyde de titane), la question des nanoparticules est rarement abordée, à part dans la section «nourriture», pour une brève mention de leur «grande rareté».

Une plus grande part, même discrète, est utilisée pour – je cite – «s’étonner et se désoler de l’inscription du dioxyde de titane comme agent carcinogène par la directive Reach».

Une évaluation objective a enfin été réalisée par l’Anses (Agence nationale de sécurité environnementale et sanitaire); les industriels concernés ayant longtemps refusé d’apporter les données demandées (sous diverses raisons, la plus usuelle étant… le risque d’espionnage industriel, si, si!), avaient partiellement obtenu gain de
cause auprès de la Commission Européenne (tant décriée, et à juste titre), ce qui n’a fait que retarder cette évaluation de l’industrie du dioxyde de titane: elle a partiellement eu lieu en 2014.

Les nanoparticules de ce produit étaient donc utilisées largement avant même leur évaluation par les États.

Soutien…ou pas

Un soutien des services de l’État, c’est justement ce qu’aimeraient les associations et les agriculteurs qui se sont saisi de la situation du Gaec des Collines. «Des réunions se font avec la sous-préfecture depuis longtemps. Les services de l’État sont au courant», expliquent Franz Baumann et Régis Absolu.

L’Ineris, alerté du problème, a d’ailleurs mené des enquêtes fin 2016 sur le site du Gaec des Collines. Sa conclusion est qu’«à ce jour, aucune source n’a été identifiée et aucune matrice environnementale investiguée ne présente des concentrations anormales susceptibles de
dégrader la santé du cheptel». L’Ineris renvoie à la possibilité d’une pollution du fait de l’existence antérieure d’une décharge sur le site de la ferme… et propose comme futures pistes de se pencher sur les activités industrielles de la vallée de Thann.

Un impact sur les humains?

C’est justement autour de l’usine Cristal que devraient se porter les interrogations. «Les responsables ne se sont pas manifestés malgré deux ans qu’on tourne autour», regrette Franz Baumann. «On nous a raconté des salades», ajoute- t-il, tout en refusant d’aller plus loin dans ses explications. «On ne peut pas établir de manière exacte une relation de cause à effet, mais on joue notre rôle de lanceur d’alertes. Cela doit amener l’État à prendre le sujet au sérieux et à faire un véritable travail d’enquête complémentaire à celui que nous avons fait. Si ces nanoparticules se sont baladées dans la nature, quel est l’impact sur la population civile? Si elles sont capables de mettre une vache au tapis, que pourraient-elles faire sur les humains?» s’interroge l’agriculteur. «Tout ce que l’on sait, c’est ce que ces particules n’ont rien à faire là».

Le collectif, très actif, a communiqué les résultats de son enquête le lundi 6 novembre dernier au Cercle St-Thiébaut à Thann. Ce que souligne ce collectif, ce sont les lenteurs accumulées, les réticences mesurées à communiquer, la mauvaise volonté évidente des différentes parties engagées face à la situation malencontreusement
dramatique d’un agriculteur, privé de son outil de travail, et d’une certaine mauvaise foi, disons-le tout net: le principe de précaution s’applique dans un seul sens.

A la question légitime de l’exploitant agricole sur les dangers encourus pour lui-même, ou toute autre personne travaillant dans l’étable concernée, il lui est répondu par les services vétérinaires de «veiller à ne pas rester trop longtemps en effet dans l’espace clos; par contre, le lait récolté est commercialisable, car il se fondra dans le volume et sera ainsi neutralisé»- ce qui devrait éviter toute prise en charge par l’Etat? Gageons que la dernière page n’est pas encore tournée, et attendons la suite. Que nous ne manquerons pas de vous relater…

Georges Schaffner

[On appelle nanoparticules des particules de matière de quelques millionièmes de millimètre. Ce sont des particules ultra-fines (PUF*), dont au moins une dimension est comprise entre 1 et 100 nanomètres, nm (ou milliardième de mètre). Leurs propriétés physiques, chimiques et biologiques découlent spécifiquement de
cette taille nanométrique. Les NPs sont très présentes dans notre environnement, notamment le noir de carbone,

* Les particules ultra-fines (ou PUFs) sont des particules de taille nanométrique (moins de 0,1 μm ou 100 nanomètres de diamètre), si ténues qu’elles se comportent comme des gaz. Elles ont des origines soit naturelles (incendies de forêt, volcanisme, érosion éolienne) soit anthropiques, dérivant des activités humaines (échappement des moteurs et chaudières, raffineries, usure de pneus, peintures, freins et autres sources mécaniques, soudure et autres systèmes fonctionnant à haute température, lavages, etc.).

Les PUFs contribuent très peu à la masse globale des polluants de l’air de par leur ténuité/petitesse, mais elles sont dominantes en nombre de particules; leur rôle est majeur dans les effets des pics de pollution et de la pollution chronique, en raison de leur quantité, de leur surface spécifique et de leur capacité à pénétrer profondément
dans le poumon, entre autres organes, puuis à traverser la barrière pulmonaire. Dans le domaine de la santé environnementale, c’est une catégorie majeure de polluant dans l’exposition respiratoire à la pollution et en ce qui concerne les effets sur la santé.
Bien plus petites que les classes de particules réglementées (PM10 et PM2.5), et bien qu’elles soient suspectées d’avoir des effets graves sur la santé (car bien plus agressives à masse égale que les classes de particules plus importantes), elles ne sont pas encore réglementées.

Selon le Pr Gherardi, neuropathologiste, chef de service du Centre expert en pathologie neuromusculaire à l’hôpital Henri-Mondor (Créteil), plus la nanoparticule est petite, plus elle est toxique; elle pourra aisément franchir toute barrière- pulmonaire, entre les poumons et le sang; encéphalique, entre le cerveau et le corps…

L’empoussiérage métallique mène à la même pathologie – or, que transforme Cristal, sinon du métal sous forme de nanos?]

Winterreesla… au Secours populaire

L’Alterpresse invite celles et ceux de la région ou de passage à aller  au concert de Géranium, Wìnterreesla Chants de Noël, de Nouvel an et d’Epiphanie d’Alsace, d’Europe  et du monde.

Faut-il encore présenter le groupe Géranium? Oui, car nous n’avons pas trop de formations musicales aussi multiculturelles que celui-ci. Grands spécialistes de la culture de cet espace rhénan, Daniel Muringer et ses amis n’hésite pourtant pas à s’ouvrir à toutes les musiques du monde.

Ce concert de chansons liées à Noël est une bonne occasion de faire un voyage à travers le monde et cela sur plusieurs siècles. Vous les retrouverez:

– samedi 25 novembre à 20 h 30, Husseren-Wesserling, (chapiteau de la compagnie EQUINOTE, derrière chaufferie du Parc), entrée libre, chapeau.

– dimanche 26 novembre à 17 h, Mulhouse (Centre de réadaptation, 57, rue Albert Camus), au profit du Secours populaire français qui s’investit pour soulager la misère de milliers de personnes dans notre ville et département.

Un programme éclectique

Chansons d’Alsace à part égale avec des chansons du 13è siècle florentin, d’Espagne, d’Allemagne, d’Italie, d’Angleterre, du pays basque, de Provence, de la communauté allemande de la Volga, d’Italie, de Tchéquie,

de Russie, d’Argentine, de Bolivie, des USA,  chansons de création de Victor Schmidt, Emile Storck,  Allain Leprest.

Noëls alsaciens extraits des collectages de Jean-Baptiste Weckerlin, François Wilhelm, Louis. Pinck, Richard Schneider, Scheubel/Ehret et de Géranium.

Le groupe Géranium

Marc DIETERICH : chant, guitare

Gaëlle HORNECKER : chant, hautbois

Daniel MURINGER : violon, duet concertina, mandole, mandoline, dulcimer, chant

Catherine NACHBAUER : chant

Patrick OSOWIECKI : contrebasse, mandoline, mandole, mandoloncelle, chant

Andrzej RYTWINSKI : accordéon, chant

Marie SOBCZYK : chant

ABSURDITE DE LA MEGA-REGION GRAND EST : LA PREUVE PAR …

La commission de licences d’entrepreneur de spectacles vivants

 

La licence d’entrepreneur de spectacles est une obligation qui remonte à 1945 pour tous les organisateurs au-delà de six manifestations par an, que l’objet principal de leur activité soit le spectacle vivant ou non. Elle permet d’assurer une conformité des postulants aux règles de sécurité des lieux accueillant le public, et également d’avoir un regard sur le respect de la législation sociale portant sur l’emploi des personnels artistique et technique.

Le défaut de licence est sévèrement réprimé : il peut engendrer de deux à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 30 000 à 150 000 euros selon les cas. Sur le papier, en tout cas, car ces sanctions ont tendance à y rester, sur le papier, tant ce dispositif  est menacé, notamment par Bruxelles, au nom de la fameuse entrave à la libre concurrence, etc. ! Mais ceci est une autre histoire.

Ce sont les DRAC (Directions régionales des Affaires culturelles) qui ont en charge d’organiser les commissions d’attribution des licences, sous l’autorité des préfets, ces derniers en désignant les membres, dont des représentants des organisations syndicales.

La DRAC Alsace examinait jusqu’à présent trois fois par an une cinquantaine de candidatures en l’espace d’une demi-journée. La proximité géographique permettait aux représentants des salariés d’avoir une certaine connaissance du terrain et donc des postulants.

La constitution du Grand Est et l’extension de la commission à l’ensemble des trois anciennes régions a évidemment multiplié par trois le nombre de dossiers de candidatures à examiner, et ce en une seule journée.

Mais surtout, les structures demanderesses sont pour la plupart, en raison du territoire plus large, totalement inconnues des représentants syndicaux, privés pour cette raison d’éléments d’appréciation.

Cet état de fait contribue à vider encore davantage la licence de son efficacité et obère sa capacité à protéger les salariés de ces entreprises tout en fournissant des arguments à ceux qui souhaitent la disparition du dispositif.

Il est en outre peu probable que la fusion des trois commissions en une seule ait réalisé des  économies en terme de coût au vu des déplacements plus importants que les membres de la commission doivent effectuer, entraînant des frais de bouche, voire des nuitées.

À ma question de savoir si la grande région a permis de réaliser les économies annoncées, un conseiller de la DRAC répondra indirectement en confirmant l’apparition consécutive d’une strate hiérarchique supplémentaire : a-t-on renoncé à des instances de proximité élues pour privilégier le mille-feuilles administratif en voie de recentralisation ?

Daniel MURINGER

Bernard Stoessel : Retour à la région Alsace et ses deux départements !

La démission de M. Richert de la présidence du Grand-Est est un échec pour l’homme politique mais aussi pour toute la réforme territoriale qui ne convainc absolument personne ! Et ce sur tout le territoire français car les citoyens ont du mal à comprendre en quoi cette réforme est avantageuse pour eux ! M. Rottner, jadis (c’est-à-dire il y a quelques mois) était vend debout contre l’intégration de l’Alsace dans le Grand-Est allant jusqu’à faire signer 60.000 personnes sur une pétition pour soutenir son avis, a totalement changé d’avis et sera élu dans quelques jours calife à la place du calife. Mais bon, il ne confiera pas toutes les responsabilités de maire de Mulhouse à Mme Lutz, gardant une place au chaud… On n’est jamais trop prudent quand on gère une carrière… A quand un maire de Mulhouse qui aime sa ville et la gère en conséquence plutôt que de l’utiliser comme marche-pied pour ses ambitions personnelles…

Mais revenons à la Grande-Région, aussi appelée le Machin-Truc ou le Grand Bidule. La Cour des comptes est sévère avec la création de ces méga-structures. Dans son dernier rapport daté du 11 octobre, elle pointe « des risques importants de surcoûts durables de gestion” alors même que les économies sont encore difficilement estimables – mais largement utilisées comme argument par le précédent gouvernement.

 Hauts-de-France, Grand Est, Nouvelle Aquitaine, Occitanie… les Sages pointent plusieurs exemples de potentiels dérapages, conséquences du transfert de compétences aux régions et de leur fusion.

Ainsi, dans les Hauts-de-France, le seul renouvellement du pelliculage des TER coûte 30.000 euros par train, soit 10 millions d’euros au total. Une somme importante pour simplement redécorer les rames aux couleurs de la nouvelle région… On attend d’avoir le chiffrage du Grand Est dans lequel le réseau de transport est tellement efficace qu’il vaut mieux passer par Paris pour aller à Reims ou Troyes. Ne parlons pas de Châlons-en-Champagne…

Les élus alsaciens enfin clairs ?

A l’analyse de certaines déclarations ou conclusions de conférences, il semblerait que les élus alsaciens prennent conscience du rejet massif du Grand Est par la population alsacienne. Mais cette apparente unité transpartisane révèle en réalité de profondes divergences. Sortie ou non du Grand-Est ? Fusion des départements ? Transformer l’Alsace en… département (idée génialement stupide de M. Meyer, maire de Colmar) ? Un appel de cent personnalités alsaciennes recueille de nombreuses signatures tout en ne faisant pas l’unanimité dans ses propositions.

Une lettre ouverte de Bernard Stoessel

Bernard Stoessel, figure politique mulhousienne bien connue, ancien 1er Vice-président du conseil régional d’Alsace, président de l’association des élus pour la langue régionale, conseiller municipal de Mulhouse, médecin, a rédigé une lettre-ouverte à destination du président de la République, lettre co-signée par différentes personnalités politique alsaciennes.

Nous la publions bien volontiers ici :

 « Monsieur le Président de la République,

Votre projet politique semblait tel qu’il a été exposé durant les campagnes électorales présidentielle et législative répondre à la situation de notre pays et à l’intérêt collectif des citoyens: réalisme économique, économies budgétaires, simplification fiscale et administrative, adaptation du code du travail au développement des entreprises, augmentation des salaires réels et du pouvoir d’achat pour les plus faibles, soutien actif à la construction européenne, respect des engagements internationaux de la France.

Entre autres, les Alsaciens, appréciaient tout particulièrement, votre intérêt pour le partenariat avec l’Allemagne. En Alsace, l’allemand, première langue maternelle de l’Union européenne, est aussi enseigné en tant que langue régionale.

Un très grand nombre d’Alsaciens seraient pourtant bien plus sensibles à un Président et une majorité législative qui s’engageraient en toute transparence pour une évolution permettant à l’Alsace de retrouver son statut de région administrative. En effet, la dilution de l’ancienne Alsace dans une immense région dite Grand Est a été imposée sans le consentement des Alsaciens.

Durant votre campagne électorale vous n’avez pas  répondu aux très nombreux courriers individuels et collectifs, de citoyens, d’associations alsaciennes demandant un retrait de l’Alsace du Grand Est.

Une pétition demandant un référendum en vue du retrait de l’Alsace du Grand Est, ignorée et rejetée par le Préfet et l’actuel président du Grand Est, avait pourtant réuni en 2015 115 000 signatures d’électeurs soit près de 10% du corps électoral alsacien, un chiffre considérable jamais atteint auparavant, une première dans notre pays.

Un sondage de l’institut CSA d’avril 2017, publié dans les quotidiens alsaciens le 18 mai, a confirmé de façon spectaculaire ce  refus de plus en plus massif des Alsaciens de rester au sein du Grand Est.

En effet, ce rejet s’élève à présent à 84% de personnes qui ne se reconnaissent pas dans ce Grand Est. Une énorme majorité d’Alsaciens souhaite selon ce sondage non seulement le retour à une Région Alsace de plein exercice, forte de près de deux millions d’habitants, mais aussi le maintien des deux départements.

L’attachement des Alsaciens à leur identité, à leur histoire et à leur terre ancestrale va bien au-delà. En effet, le même sondage confirme que pour 61 % de la population cette nouvelle région Alsace doit prendre la forme institutionnelle d’une collectivité à statut particulier dotée des compétences permettant, au sein du cadre français, de la redynamiser et de pérenniser ses particularités linguistiques, culturelles et juridiques.

Notre courrier du 11 juin 2017 au Président de la République, dont copie jointe, signé par une trentaine de citoyens, est resté également sans réponse ni même accusé de réception de votre part. Ce n’est certainement pas ainsi que les Alsaciens, si respectueux des institutions par sens civique, méritent d’être traités. Le pacte girondin dont vous avez fait état leur semblerait au mieux une formule creuse, au pire de la poudre de perlimpinpin et du mépris.

Nous en appelons de nouveau à votre volonté affichée de déminage des problèmes de notre pays et espérons que vous permettrez à l’Alsace de se retirer du Grand Est et de reprendre toute sa place parmi les régions de France.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Bernard STOESSEL

Gérard CRONENBERGER,  maire honoraire d’Ingersheim, ancien président de l’association des élus pour la langue régionale d’Alsace et de Moselle germanophone et du Comité fédéral pour la langue et la culture régionales

Patrick KLEINCLAUS, ancien directeur territorial, responsable associatif

Monique MATTER, Présidente de la Fédération des langues régionales germaniques de France, ancienne professeure de collège, ancienne maire-adjointe de Marckolsheim

François SCHAFFNER, éditeur, ancien professeur de collège, responsable associatif

Jean-Jacques THUET, Ingénieur, Agriculteur, Responsable associatif, Retraité

Jean-Jacques WEBER, journaliste, ancien Président du Conseil Général du Haut-Rhin, ancien Maire, Député honoraire »

On peut lire que M. Stoessel avait déjà envoyé une lettre de ce type à M. Macron dès le 11 juin 2017… sans avoir obtenu de réponse. Il serait indécent qu’un président de la République continue de se comporter de telle façon… A vous lire, M. Macron !

 

Antoine Fabian : « Vous souvenez vous, M. Rottner… »

Antoine Fabian, syndicaliste chrétien, vice-président du Régime Local d’Assurance Maladie d’Alsace-Moselle, maire honoraire de Roderen, a pris sa plume à l’occasion de l’annonce de la candidature de M. Jean Rottner au poste de président de la région Grand Est. L’auteur rappelle qu’il fut un parmi les 60.000 signataires de la pétition lancée par le maire de Mulhouse contre la constitution de cette grande région et l’interroge sur ses intentions en accédant à cette nouvelle responsabilité. Pertinent et percutant : nous proposons à M. Rottner de publier sa réponse dès qu’il l’aura rédigée…

« Monsieur le Maire et Vice-président du Conseil Régional.

La presse nous informe que vous vous portez candidat à la succession de M. Philippe Richert comme Président de la région Grand-Est. La question immédiate qui vient à l’esprit des Alsaciens, et tout particulièrement des 60 000 signataires (dont je fus), en 2014, de votre pétition contre le projet de fusion de l’Alsace avec la Lorraine et Champagne-Ardenne, est de savoir quel Président vous serez, en cas d’élection.

Celui de la pétition, fidèle à vos convictions d’origine ou celui, à la suite de M. Richert, de l’abandon de l’Alsace, et donc de la négation d’une spécificité historique et culturelle ?

Allez-vous vous vous sacrifier « pour faire le job », comme M. Richert afin de sauver ce qui peut l’être, cautionnant, dans le même mouvement, l’inacceptable ? Une telle « abnégation » paraîtrait bien incompréhensible, sinon suspecte.

Pour mémoire, je vous joins des extraits de presse de l’époque parlant de votre engagement sincère, argumenté et pugnace contre la fusion (ci-dessous les liens correspondants).

M. Richert a jeté l’éponge face à son échec d’une tentative d’assimilation/disparition forcée de l’Alsace dans un ensemble incohérent, sans corps, sans personnalité, sans âme, malgré des campagnes de communication onéreuses et de chantage aux subventions, tout en vidant l’Alsace de tout pouvoir de décision.

Pour être « homme d’Etat », il ne suffit pas d’être humaniste, chrétien, démocrate, dévoué et ambitieux, il faut aussi de l’intelligence et de l’intuition politique.

Votre ambition est-elle de rentrer dans l’Histoire à la suite de personnalités alsaciennes et mosellanes mythiques, auteurs d’avancées sociétales, économiques, sociales, culturelles et religieuses de l’ancien « Reichsland », entre 1921 et 1924, puis de celles d’après-guerre, en 1945-46, tels que Robert Schuman, Henri Meck, Joseph Beck, Albert Schmitt et tant d’autres, tous hommes et femmes de courage et d’honneur ?

Ou, au contraire, serez-vous à la solde de ceux qui méprisent l’Alsace, à l’instar du Parlement français à Bordeaux en 1871 ou, plus récemment, de ceux qui ont liquidé les acquis alsaciens-mosellans, comme le gouvernement de François Mitterrand, en 1982, (Prud’hommes), puis de François Hollande, avec un redécoupage des Régions en dépit du bon sens et au mépris des populations concernées ?

Etes-vous de ceux, Alsaciens de surcroît, qui renoncent à se battre contre la suppression des Chambres consulaires, des organisations professionnelles et surtout l’affaiblissement du Régime local d’assurance maladie, qui prive les salariés, et surtout les retraités alsaciens-mosellans, d’une complémentaire santé solidaire, à un coût dix fois moins cher qu’une mutuelle, une institution de prévoyance ou une assurance ?

Ou encore, êtes-vous de ceux qui, par leurs revirements et reniements spectaculaires, conduisent au dégoût des citoyens envers la politique, suivant en cela Gilbert Meyer, Maire de Colmar, un des principaux responsables de l’échec du référendum d’avril 2013 et qui, avec un rare cynisme, réclame aujourd’hui ce qu’il avait combattu hier. Ce n’est pas ainsi que l’on va « réenchanter » la politique.  

Resterez-vous, dans le déni permanent de la réalité ? Le Grand-Est ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais, car cet agglomérat totalement contre-nature ne satisfait personne.

Il ne fait de loin pas d’unanimité de la population, en Meurthe-et- Moselle, contrairement aux affirmations de Madame Valérie Debord. Quant aux citoyens des Ardennes et de Champagne, ils sont tournés vers Paris ou la Belgique et non vers Strasbourg et le Rhin.

Car le développement économique, social et culturel de l’Alsace se situe, en grande partie, outre-Rhin. C’est une réalité que personne ne peut raisonnablement nier. Le Grand-Est est un boulet dans le développement des relations, dans tous les domaines, avec le Bade-Wurtemberg et la Suisse, si nécessaire pour l’économie, l’enseignement, l’emploi et la culture.

La population alsacienne est profondément attachée à la France, sans être d’origine gauloise, mais essentiellement bavaroise, autrichienne ou suisse, pétrie par l’humanisme et la culture rhénane. Je pense que nos amis ardennais et champenois comprennent cela et sont prêts à nous aider. Eux-mêmes ont été méprisés en les « fourguant » avec les Alsaciens et Lorrains, un dimanche soir dans un bureau de l’Elysée.

Tous les élus alsaciens, sans exception, sont intimement convaincus – même s’ils ne l’avouent pas en public – de la nécessité de « libérer » l’Alsace du Grand-Est. Pour ce faire, il n’y a pas de plan A ou B, totalement absurde et dénué de sens. Il n’y a qu’un seul plan : celui d’une Région Alsace dotée de réels pouvoirs délégués par l’Etat et de moyens, pour qu’elle puisse pleinement exercer ses missions, dans un pays moderne, tourné vers une Europe unie et prospère dont rêvaient ses fondateurs.

Enfin, la population aimerait aussi connaître le positionnement réel du parti politique dont vous vous réclamez. Tout et son contraire a été dit et écrit, sur les postures des uns et des autres, selon qu’on est élu régional, départemental, député, sénateur ou maire, en clair, selon son ego ou intérêt personnel. Tout ceci participe à la confusion générale. La pression des instances nationales du parti LR (jacobines par dogme) semble manifestement peser lourdement sur des élus alsaciens timorés (craignant pour leurs investitures futures !).

Dans l’attente d’une réponse digne d’un « Homme politique d’Etat », libre, pragmatique, audacieux, à l’écoute des citoyens, désireux d’une vie démocratique plus participative et au service de l’intérêt de l’Alsace et de la France,

Veuillez agréer, Monsieur le Maire, l’expression de ma très respectueuse considération,

Antoine Fabian, un des milliers signataires de votre pétition. »

Inutile de repréciser que L’Alterpresse68 se tient à disposition du maire de Mulhouse pour publier sa réponse même avant son élection dans un fauteuil…

http://www.lalsace.fr/actualite/2014/07/20/jean-rottner-lance-une-petition-pour-l-alsace

https://www.ami-hebdo.com/actu/non-la-fusion/

http://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/jean-rottner-je-deplore-climat-lequel-debat-alsacien-se-fait-parfois-1339523.html

https://www.lesechos.fr/17/09/2014/lesechos.fr/0203783308447_reforme-territoriale—l-alsace-prepare-sa-riposte-contre-la-fusion-avec-champagne-ardenne.htm

http://www.lesrepublicains67.eu/2014/07/signez-la-petition-pour-lavenir-de-lalsace/

http://www.dna.fr/actualite/2016/08/31/petition-sur-rendeznouslalsace-fr-les-cartes-et-les-dessous-des-cartes

Démission de Philippe Richert : aveu d’impuissance… ou pire ?

M. Richert démissionne de son poste de président de la Région Grand Est… Ils ne sont pas nombreux ceux qui vont le regretter en Alsace ! Archétype de l’élu alsacien d’après-guerre qui disent en Alsace ce que les Alsaciens veulent entendre et qui votent, à Paris, comme la République le leur demande, M. Richert est la victime de sa duplicité. Apparemment farouche opposant à la liquidation de l’Alsace dans le Grand Est, il a trahi ses premiers engagements… contre la promesse du poste de président… suivi par tous ses affidés, M. Rottner en tête… Des places étaient à prendre, alors fi des espoirs des Alsaciens.

Mais cette démission ne règle pourtant rien au fond du problème : comment l’Alsace peut-elle recouvrer la maîtrise de son destin en sortant de cette hyper-région sans queue ni tête…

Platzlajager…

C’est ainsi que les Alsaciens nomment ces femmes et hommes politiques dont la seule ambition est d’occuper des fonctions assouvissant leur plus ou moins grande ambition. « Chasseurs de postes » : est-ce cela l’avenir indépassable de l’engagement politique ?

Ici, on veut croire que non ! Et un bon exemple est la lutte pour redonner à l’Alsace une instance représentative et décisionnaire pour entrevoir son avenir. Il ne s’agit évidemment pas d’une revendication  « régionalo-autonomiste » comme le jacobinisme aime (mal)traiter tous ceux qui ne pensent pas « centralisation » ! Il s’agit bien d’une question démocratique : nous sommes à l’ère d’exigence citoyenne non seulement de pouvoir dire son mot mais d’être entendu !

L’éloignement des centres de décisions, la prééminence de la technocratie sur les politiques, malmène la démocratie. Les pertes de pouvoir de décision des communes, des intercommunalités, de toutes les collectivités locales font naître dans la population le sentiment de ne plus peser sur les décisions prises en son nom. Le vrai visage d’Emmanuel Macron apparaît, entre autres à travers le budget : toutes les structures décentralisées perdent des moyens alors que s’élargissent leurs domaines d’intervention. Voilà pour le fond. Le président de la République ne discute pas, il ordonne ! Voilà pour la forme.

La fin de la Conférence des Territoires

Devant le mécontentement engendré dans la population française par une réforme territoriale non discutée, imposée par le fait du prince élyséen, Emmanuel Macron a cru bon de créer, il y a deux mois,  une « Conférence des Territoires » rassemblant les collectivités locales et leurs associations. Lors de son lancement, le président de la République assura : « il n’y aura pas de baisse des dotations aux collectivités locales en 2018. Le chef de l’État a évoqué un contrat de confiance passé avec les élus locaux. Il s’engage à ne pas diminuer les dotations aux collectivités en échange d’efforts pour faire des « économies intelligentes » (…) » C’était le 17 juillet 2017.

Lors de la dernière conférence nationale des Territoires, le 28 septembre, toutes les Régions quittent cette instance pour protester contre la suppression de 450 millions de dotations… Les promesses n’engagent que ceux qui veulent bien y croire…

Apparaît ainsi clairement que la réforme territoriale n’a pas accouché d’une décentralisation mais au contraire d’un renforcement de la mainmise de l’Etat central sur les collectivités locales. C’est pourquoi la revendication d’une nouvelle organisation territoriale doit être imposée. Car la faiblesse de la position des Régions c’est qu’elles quittent la Conférence sans pour autant proposer une alternative.

Une majorité pour modifier la réforme territoriale ?

Le  septembre dernier, pas moins de 15 élus alsaciens de tous bords se sont succédé toute la journée à Sélestat, où l’Initiative citoyenne alsacienne (ICA) organisait un débat sur « l’avenir institutionnel de l’Alsace ». Avec quelques nuances, tous se sont exprimés pour que l’Alsace recouvre une certaine « souveraineté » pour s’administrer. Voici quelques échantillons dans laquelle on a parfois du mal à discerner la sincérité de la duplicité…

Patricia Schillinger, sénatrice (LREM) du Haut-Rhin: « Revenir en arrière, découdre ce qui a été fait va être très difficile ». Comme la salle gronde devant cet aveu (à mon sens sincère car il reflète ce qu’assène E. Macron, d’autres Républicains marcheurs veulent redorer leur blason devant une assistance visiblement acquise à la sortie du Grand Est.

Vincent Thiébaut, député LREM, explique qu’il parle au nom des députés LREM et MoDem du Bas-Rhin. « Nous, les députés En marche, souhaitons clairement un retour à une Alsace institutionnelle ».

Bruno Fuchs, lui aussi député LREM mais du Haut-Rhin, plaide pour un « détachement en 2021 de la région Grand Est », mais cela ne sera possible, dit-il, « que si nous avons convaincu que cela créera de la valeur pour la région, pour la communauté nationale, pour l’Europe ».

Le ton devient moins nébuleux avec Daniel Hoeffel,  ancien ministre et président du conseil général du Bas qui invite à « revenir à une région Alsace » qui puisse coopérer avec les régions françaises et étrangères qui l’entourent.

La toute nouvelle présidente du conseil départemental du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert dit sa « colère de voir disparaître l’Alsace des livres scolaires, des cartes de Frances, et de découvrir des tartes flambées estampillées Grand Est »! Elle dénonce « l’ensemble désincarné et désenchanté [du Grand Est] qui est un véritable obstacle à l’ancrage rhénan de l’Alsace ».

Les déclarations d’autres élus tentaient le mariage du carpe et du lapin en étant tout à fait contre le Grand Est et inversement… Sauf Jean-Georges Trouillet, Unser Land, qui rappelait que selon un sondage Sofres, 84% des Alsaciens étaient pour la sortie de l’Alsace du Grand-Est.

Avec le recul, cette conférence, utile, fait surtout craindre que les Alsaciens ne pourront pas compter sur leurs élus pour modifier profondément la réforme territoriale.

D’ailleurs Philippe Richert a immédiatement sifflé la fin de la partie : lors de son discours annonçant sa démission le 30 septembre, il a écarté de la main toute possibilité de séparation de l’Alsace de la nouvelle région. Voilà le bilan de celui qui a soutenu une manifestation à Strasbourg, le 11 octobre 2014, se félicitant de voir 10.000 personnes s’opposer à la disparition de l’Alsace.

Et celui qui aujourd’hui voudrait bien briguer la succession de M. Richert, le maire de Mulhouse Jean Rottner avant, quant à lui, lancé une pétition recueillant 55.000 signatures contre la création de la méga-région… qu’il voudrait bien présider aujourd’hui…

téléchargement

La société civile et le referendum

Visiblement échaudés par les discours à géométrie variable des élus, 100 personnalités alsaciennes ont signé un appel que vous pouvez lire en suivant ce lien :

https://perspectivesalsaciennes.com/2017/09/29/appel-des-100/

Le texte appelle les responsables politiques « à s’engager pour la création d’une Région Alsace pourvue des compétences départementales et régionales ». Cette « collectivité à statut particulier » devrait aussi, écrivent-ils, être dotée de compétences complémentaires transférées par l’État.

Souvent l’exemple de la Corse ou des Antilles a été avancé pour démontrer que cette création était tout à fait possible dans le cadre de la constitution française. Mais pour l’heure, cet appel a malheureusement peu de chance d’être entendu s’il n’est pas soutenu par les citoyens alsaciens.

M. Eric Straumann, député LR, a lancé une idée loin d’être saugrenue… si elle est sincère et si son auteur est prêt à s’engager à la faire aboutir. Lors d’un débat sur l’avenir institutionnel de l’Alsace, sur France 3 Alsace, Eric Straumann a considéré que si aucune solution politique n’intervient d’ici la fin de l’année sur le sujet, « il faudra en appeler au peuple alsacien« . Et d’inviter les départements du Bas Rhin et du Haut Rhin, «  à organiser un référendum pour demander à la population s’il faut sortir ou non du Grand Est« .

Il serait intéressant de voir la réaction du gouvernement à une initiative de ce type. Traitera-t-il cette demande à l’image de ce que fait le gouvernement espagnol à l’égard des Catalans ?

En tout  cas, sans une initiative mobilisant l’opinion publique alsacienne, en organisant un débat large sur la nature et les prérogatives d’une « nouvelle Région Alsace », les élus alsaciens se réfugieront derrière leur impuissance pour que rien ne bouge. Et les Alsaciens se seront fait avoir une nouvelle fois…

Michel Muller

Nous publions ici une réaction fort intéressante de Daniel Muringer sur cette question.

Les aspects culturels et identitaires ne sont pas l’objet du propos (…) qui s’en tient à la seule question de la démocratie. Pour ce qui me concerne, ils pèsent évidemment et fortement dans la nécessité de maintenir une entité territoriale Alsace.

Cette prise en compte a d’ailleurs été celle du communisme alsacien, qui s’est positionné avant-guerre sur l’auto-détermination de la région (avec y compris le soutien en ce sens dirigeants nationaux Duclos et Thorez).

 Font partie de cette question de démocratie ET de l’histoire régionale les départements : il se trouve que les deux nôtres sont peut-être les seuls en France qui ont une justification historique, et ce, depuis l’époque romaine en passant par les comtés carolingiens, les Habsburg ainsi que le fameux et quelque peu mythifié – Reichsland  avec ses trois zones administratives.

 Il m’est impossible de participer à un mouvement où l’on revient à la charge avec le gadget « Conseil unique », que, comble de paradoxe, a appelé de ses vœux le gouvernement auquel s’oppose le mouvement de contestation de l’ALLOC (Alsace-Lorr-Champ) et qui constitue en soi un recul de démocratie locale : au nom de cette même démocratie locale, il est antinomique de s’opposer à la Grande Région et dans le même temps vouloir la suppression des départements.

 Pour mémoire, la Corse est bien plus avancée que nous sur les terrains qui nous préoccupent et le fait d’avoir deux départements n’y suscite pas d’états d’âme ! 

 Ensuite, je suis très inquiet au sujet de l’absence de préoccupations formulées par le mouvement concernant l’avenir du régime Alsace-Moselle de sécurité sociale qui pourrait bien passer à la trappe avec la réforme en cours et la suppression des départements, dont les trois concernés ; cela fait aussi partie du patrimoine historique autant que du progrès social. Ce silence serait-il du à la présence de plusieurs porte-paroles du MEDEF dans les colloques ad hoc qui ont eu lieu récemment ? Comble de paradoxe, il n’est pas exclu que ce soit une région dotée de plus de pouvoirs, mais si peu en lien avec les préoccupations sociales, qui jette le « Bubbala » par-dessus bord.

Heureusement que la CGT régionale a l’œil ouvert et défend le morceau.

Daniel MURINGER