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Avec ou sans le Crédit Mutuel, le journal vivra !

C’est par ces mots forts que la secrétaire du comité d’entreprise de L’Alsace, Sandrine Debenath, également déléguée syndicale de la FILPAC-CGT, a conclu la réunion lors de laquelle M. Carli, l’émissaire du Crédit Mutuel, a annoncé la décision du banquier mutualiste ( ?) de jeter 70 familles dans les affres du chômage en fermant l’imprimerie du journal à Mulhouse. Cela montre la détermination du moins des salariés du Centre d’impression de se battre jusqu’au bout pour arriver à empêcher cette hérésie économique et sociale.

Que peuvent encore attendre les salariés de L’Alsace de leur actionnaire unique : celui qui sauva le journal de la disparition en 1972, (certes avec une autre direction et une autre vision d’une banque des valeurs mutualistes) peut devenir le fossoyeur du pluralisme de la presse en Alsace. Et cela au détriment des intérêts du Centre- et du Sud-Alsace, Colmar et Mulhouse compris. Car la pluralité de la presse alsacienne répond à des différences, à des situations propres aux territoires alsaciens : les impératifs économiques, sociaux, politiques, culturels, ne sont pas les mêmes ici qu’à Strasbourg devenue une tentaculaire « Eurométropole ».

Mensonges et cynisme

Le Crédit Mutuel a trouvé son factotum : M. Philippe Carli, ancien PDG de Siemens France qui a fait ses premières armes dans la presse en restructurant à la hache le journal Le Parisien et L’Equipe. Entre autres, en vendant les imprimeries à un imprimeur délinquant fiscal. Il s’est retrouvé disponible quand la direction du groupe Amaury (patron de L’Equipe) a compris que l’individu était juste bon à sabrer dans les effectifs… et que, pour reconstruire, il fallait des gens d’une autre dimension.

M. Carli est donc un de ses mercenaires payés pour tailler dans les effectifs… et après ce funeste travail, il s’en va, ailleurs, au service de nouveaux patrons. Dans de nombreuses entreprises, les salariés ont connus ce type d’individus : pour eux, la fin justifie tous les moyens. Y compris le mensonge et le cynisme.

Ainsi, dans son plan présenté aux élus du personnel de L’Alsace mercredi dernier, il y a beaucoup de promesses : mais sans aucun chiffrage, sans aucun budget annoncé. Même la date de la mise en œuvre de ces prétendues « mesures de relance » sont floues, projetées dans plusieurs mois, voire plusieurs années.

La seule mesure concrète et chiffrée : la fermeture du Centre d’impression de Mulhouse. Et nous apprenons par une lettre d’information consacrée à la presse, La Lettre A, que M. Carli a embauché… M. Riccobono, celui qui a pratiqué l’optimisation fiscale au Luxembourg… et qui imprime dorénavant L’Equipe… M. Carli est apparemment fidèle en « amitiés »… A moins que d’autres facteurs rentrent en ligne de compte dans ce pas de deux Carli-Riccobono…

L’impossibilité technique du plan du Crédit Mutuel

Sans entrer ici dans des détails techniques fastidieux, l’enquête menée par L’Alterpresse68 auprès d’experts en imprimerie et connaisseurs de la particularité de la presse régionale qui édite de multiples éditions (contrairement à la presse nationale, la seule que M. Carli connaisse un peu) démontre qu’il n’est pas possible d’imprimer les deux journaux alsaciens sur un seul site à Strasbourg.

Les deux journaux, DNA et L’Alsace, éditent 25 éditions chaque nuit, plus un journal bilingue. Chaque changement d’édition nécessite l’arrêt des rotatives ce qui peut coûter 1 h 30 à 2 h d’arrêt chaque nuit.

D’autre part, nos journaux alsaciens ont une particularité peu ou pas connue dans la vieille France : plus de 80% de ses lecteurs sont des abonnés qui reçoivent leur journal au plus tard à 7 h chaque matin grâce à un réseau de plusieurs milliers de porteurs. L’éloignement d’un centre d’impression fait peser des risques sur l’acheminement des journaux. Or, les abonnés ont horreur de ne pas recevoir leur journal à l’heure et les retards de distribution sont (avec la hausse des prix) la cause majeure des désabonnements.

M. Carli ose affirmer qu’il garantit la livraison en temps et en heure même dans les territoires les plus excentrés du Haut-Rhin ! Comment peut-il affirmer sérieusement une telle ineptie ! C’est totalement ignorer les aléas de transport dans une région où les conditions climatiques peuvent bouleverser la circulation d’autant plus que le Conseil départemental veut réduire, pour des raisons budgétaires, le déneigement de certaines routes… Il est vrai qu’il dit également que le Crédit Mutuel est prêt à perdre… 2.000 abonnés!

La réponse apportée par le Crédit Mutuel : avancer l’heure de bouclage de L’Alsace à 22 h 30 ! Comment des journalistes aussi expérimentés que ceux du journal  peuvent accepter cet oukase ! Car cela veut dire en clair que le journal mulhousien ne pourra plus rendre compte d’informations qui surviendraient après cette heure. Nous vous laissons imaginer combien d’événements ne pourront plus être couverts par L’Alsace… mais le seront par contre par les Dernières Nouvelles d’Alsace qui garderont leur heure de bouclage bien au-delà de 23 h !

Encore un exemple de l’impossibilité d’imprimer les deux journaux sur un seul lieu ? Les Dernières Nouvelles d’Alsace sont imprimés en 4 cahiers ; L’Alsace en 2 cahiers. M. Carli affirme que cela restera ainsi. Mais ce n’est tout simplement pas compatible avec les temps d’impression nécessaire. Là aussi, nos experts nous confirment que pour passer de 2 cahiers à 4, il faut arrêter les rotatives, modifier les passages du papier… Au minimum de 30 minutes à 1 h d’arrêt de la production pour cela. Et il faudra prier pour qu’il n’y ait aucune casse du papier, car il faudrait refaire tout le processus. Et les casses du papier ne sont pas rares sur ce type de machine…

La solution pour le Crédit Mutuel : le journal unique

Nous ne faisons pas l’injure au Crédit Mutuel de méconnaître tout cela ! Mais il ne peut le reconnaître car pour pouvoir imprimer les deux journaux sur un seul centre d’impression, la seule solution est de faire des deux quotidiens un seul, au même contenu et dans un premier temps, maintenir les titres à la Une… ce qui sera la seule différence entre les deux quotidiens.

Seconde mesure : il faut imprimer l’édition bilingue pendant la journée. Ce qui équivaut à condamner ce journal, car il ne collera plus à l’information quotidienne et se privera totalement des événements relatés par le journal francophone.

Troisième mesure : réduire drastiquement le nombre d’éditions. Passer de 17 éditions (ceux des DNA) à 3 ou 4 est tout à fait envisageable. Mais cela signifie moins de place pour les informations locales et donc appauvrissement de la partie du quotidien qui fait son originalité.

Nous sommes là dans la méthode historique de la presse française : aujourd’hui nous ne comptons plus que 66 quotidiens dans l’Hexagone. Ils sont plus de 320 en Allemagne. Car en France, la concentration s’est faite par des rachats qui se sont soldés par la disparition des titres. En Allemagne, le même phénomène de concentration a conduit les éditeurs à maintenir au sein de leur groupe les différents titres en prenant en compte leur ancrage local.

Ainsi, dans le tout voisin Pays de Bade, les citoyens ont encore 11 quotidiens à leur disposition, avec des imprimeries performantes qui impriment à tout va… Mais le Crédit Mutuel ne regarde plus depuis longtemps vers le pays qui a vu naître Raiffeisen, celui qui a inventé le mutualisme bancaire… Et voilà comment la région Alsace va connaître à brève échéance, l’uniformité éditoriale avec 1 seul journal : ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de notre région. Même sous l’annexion nazie, trois journaux avaient été conservés…

Le Centre- et le Sud-Alsace perdront leur quotidien

Dans la série « mensonges et cynisme », M. Carli affirme, sans ciller, que l’indépendance des deux journaux sera maintenue, voire développée. Pourquoi doit-il affirmer cela actuellement contre toute logique et contre la réalité qui est déjà en marche : par exemple, il est manifeste que la rédaction régionale est à présent celle des DNA et non pas celle de L’Alsace.

Il doit délivrer ce mensonge car la disparition de L’Alsace jette un trouble auprès des élus et de la population du Centre- et Sud-Alsace. Nous l’avons vérifié lors de réunion publiques tenues à Mulhouse, Colmar et Thann pour informer sur les véritables intentions du Crédit Mutuel.

Lors de ces réunions, de nombreuses interventions d’élus locaux, font part de leur insatisfaction qui n’est pas récente : ils constatent, en effet, depuis des mois, qu’il y a de plus en plus d’articles communs aux deux journaux tant dans les pages régionales que locales.

En effet, les élus locaux sont bien plus sensibles à l’information locale et régionale qui rend compte de leur action et leur permet de mesurer son impact. La plupart du temps abonnés aux deux quotidiens, ils sont les mieux placés pour mesurer la dégradation du contenu du quotidien haut-rhinois au profit de celui des DNA.

La plupart des maires restent attachés à l’information locale et à sa diversité. On pourrait croire qu’à l’heure d’Internet, les sites des municipalités ou les blogs des élus pourraient suffire pour rendre compte de leurs actions. Mais eux-mêmes insistent sur le rôle du journaliste ou du correspondant, décryptant l’information par exemple d’un conseil municipal, rôle particulièrement apprécié pour mesurer l’impact d’une politique dans une ville ou un village.

Des élus ont fait part du constat que la disparition d’un correspondant local de L’Alsace, a eu un effet négatif sur l’information. La concurrence entre les deux journaux quotidiens enrichissait les contenus et la rapidité de la parution des informations. Aujourd’hui où il n’y a plus que le correspondant des DNA sur place, les informations paraissent au compte-gouttes et avec des délais de plus en plus longs.

Ces élus estiment que le pluralisme est aussi un atout dans l’information locale. Non pour faire la publicité à une « Dorfpolitik » mais pour faire vivre la démocratie au plus près des citoyens par des informations qui touchent à leur vécu immédiat.

La Centre- et Haute-Alsace ont besoin d’un quotidien

Les élus de toutes tendances sont formels : il n’y a aucune « guerre » entre Haut-Rhin et Bas-Rhin ou de contestation sur la place et le rôle de Strasbourg dans la région. Mais ils sont tout aussi formels en faisant part des différences parfois profondes existant au sein même des territoires alsaciens. La proximité économique, sociale, culturelle, de la Centre- et Haute-Alsace avec le sud du Pays de Bade (Fribourg) et la Suisse (Bâle et le Jura avec Porrentruy et Delémont), mais aussi avec la Franche-Comté, pèse sur les choix et orientations politiques.

C’est ce qu’ont affirmé clairement, MM. Rottner, président de la Région Grand Est, Mme Lutz, maire de Mulhouse, M. Fabian Jordan, président de M2A, dans un courrier adressé à M. Théry, le président du Crédit mutuel. Nous citons :

« Vous nous avez assurés que que le pluralisme et l’identité des titres seraient préservés. Il s’agit pour nous  de deux éléments indispensables notamment pour L’Alsace, titre qui s’écrit et se lit essentiellement dans le sud du Haut-Rhin. Nous nous permettons d’insister sur ce point. »

La réaction de M. Carli à cette lettre lors de la funeste réunion démontre son mépris pour la parole des élus car il laissa entendre que ce courrier était destiné à faire plaisir aux salariés. De l’opportunisme politique donc ! Ce n’est pourtant pas ce que ces élus ont confiés aux membres du comité d’entreprise qui les avaient sollicités.

Faut-il plus pour démontrer que les affirmations et les promesses de M. Carli sont uniquement de la gestion de sa communication. Il faut rassurer les journalistes, les autres salariés de l’entreprise et les élus… pour avoir les mains libres pour liquider l’outil de travail et marginaliser ceux qui se battent pour le maintenir.

Autre exemple du cynisme du personnage : à la sortie de la salle de réunion, il eut cette sublime phrase adressée à des salariés qui l’interpellaient : à l’un d’entre eux, le visage remplis de larmes qui lui expliquait sa détresse et celle de sa famille s’il perdait son emploi, il rétorqua, un peu la mine basse quand même : « Je dois rester froid »… Effectivement, pour faire ce sale boulot, il faut être insensible à ce qui est humain, à oublier le malheur qui couve derrière chaque détresse sociale, il faut être un peu inhumain…

Sauver le journal à tout prix…

Ceux qui ne veulent pas être les dupes du discours dont l’ambivalence est facilement démontable pour qui ne veut pas avoir des œillères, ont le sentiment qu’il n’y a plus rien à attendre du Crédit Mutuel. Pourquoi faut-il conserver un actionnaire qui va tuer votre entreprise alors que des solutions de développement sont possibles comme nous le prouverons dans un article reprenant le plan alternatif proposé par la FILPAC-CGT et ses experts.

Si le Crédit Mutuel considère que le journal L’Alsace ne rentre plus dans ses plans et qu’il faut le faire disparaître (mort lente certes, mais mort tout de même !), pourquoi ne pas le céder à un éventuel repreneur? Selon nos informations, des propositions ont été faites dans ce sens à M. Théry qui les a rejetées car elles n’étaient pas financièrement suffisamment élevées.

Les salariés du Centre d’impression ne baissent pas les bras malgré la volonté de la direction et ses affidés, de faire apparaître la décision comme irrévocable. Rien n’est jamais irrévocable pour les gens qui se battent, disent les travailleurs. Et avertissent gentiment les autres salariés : après notre disparition, c’est vous qui serez sur la sellette.

Et de conclure : « Avec ou sans le Crédit Mutuel, L’Alsace vivra… ».

Michel Muller

Les promesses n’engagent que ceux…

qui y croient !

L’adage se vérifie continuellement. En effet, une promesse répond en général à une attente, une demande. Or, quand celui qui a le pouvoir de la satisfaire n’en a pas envie, il « promet » que cela se fera… un jour ! C’est le jeu que mène aujourd’hui la direction du Crédit Mutuel devant la mobilisation de la population dans le Sud Alsace qui ne veut pas que disparaisse son journal, L’Alsace.

Nous avons été parmi les premiers à le révéler : la restructuration du pôle presse du Crédit Mutuel, propriétaire de neuf journaux dans l’est de la France, plus d’un million d’exemplaire chaque jour, prévoit la liquidation de l’imprimerie de L’Alsace à Mulhouse. Le quotidien du Sud Alsace serait donc imprimé chaque nuit à près de 200 kilomètres de certains de ses points de distribution ! Une première dans la longue histoire de ce journal créé et imprimé à Mulhouse depuis le début du XIXe siècle !

Qui peut croire que cet éloignement de l’impression n’aurait aucune incidence sur la distribution dès potron-minet (au plus tard 7 h) du journal à ses abonnés (80% des lecteurs) ? Surtout dans une région qui connaît des aléas climatiques que la région parisienne ne subit jamais. Rappelons aussi que le Conseil départemental du Haut-Rhin veut réduire les moyens de déneigement à partir de cet hiver…

Pour rester sur les incidences d’une aberration de ce type, notons également que l’allongement des trajets routiers à un impact carbone qu’aujourd’hui tout le monde reconnaît. De quoi même revenir sur des délocalisations industrielles…

Pourquoi la région Alsace a-t-elle deux quotidiens ?

Ce choix industriel est totalement minimisé par le Crédit Mutuel pour  l’imposer sans trop de réactions négatives. Un plan social serait prévu pour les 70 salariés… mais quid de l’impact sur les sous-traitants, sur la disparition d’un outil industriel privant le journal mulhousien de capacité de développement futur ?

Répondons d’abord à une question : pourquoi la Région Alsace possède encore deux quotidiens ? Elle en a connu beaucoup plus, jusqu’à 40 entre 1918 et 1940 et encore 7 en 1945.

A l’heure actuelle, seule deux régions connaissent encore la pluralité de la presse : la Bretagne et l’Alsace, et à degré moindre la Lorraine (mais le Républicain Lorrain est surtout mosellan). Dans TOUTES les autres, un monopole s’est imposé autour d’un titre qui a absorbé tous les autres réduisant à néant toute possibilité d’information pluraliste, contradictoire, diverse… quelques éléments pourtant indispensables au débat démocratique.

Notre région a failli connaître ce sort en 1972… mais le journal L’Alsace menacé fut sauvé par… le Crédit Mutuel, en réalité trois caisses mulhousiennes et une colmarienne du Crédit Mutuel. Cette acquisition n’était pas motivée par l’espoir de faire d’énormes bénéficies, en général la presse quotidienne n’autorise pas des rendements financiers mirifiques. L’intérêt  réside ailleurs : dans la possibilité d’avoir un moyen d’information marqué par son territoire et ses acteurs.

Oui, le journal L’Alsace a survécu parce que les intérêts du Sud de l’Alsace étaient différents que ceux de l’Alsace du nord totalement sous la coupe d’une ville de Strasbourg pas partageuse pour un sou. Est-ce que cela a changé ? Evidemment que non, il suffit de voir la situation précaire d’une ville comme Mulhouse à côté d’une « Eurométropole » cherchant à accaparer tout son environnement, le département du Bas-Rhin en priorité.

Or, les territoires, sans être adversaires, peuvent avoir des intérêts économiques, sociaux, culturels, de services besoins, de réseaux de transports… différents. Toute l’histoire de notre région montre cette dichotomie entre le Nord et le Sud de l’Alsace et la nécessité de donner à chaque territoire les moyens de peser sur son avenir. Parfois en commun, parfois avec d’autres buts et moyens. Aujourd’hui par exemple, plus personne ne conteste que l’avenir économique de la Sud Alsace se construit plus en utilisant les atouts d’un espace allant de Franche-Comté vers Bâle et Fribourg, voire Zurich… A l’ère de la mondialisation, le Rhin serait une frontière intangible sur le plan économique ?

Or, qu’on le veuille ou non, un quotidien épouse les intérêts de sa zone de diffusion. Les Dernières Nouvelles d’Alsace le font bien et même très bien pour le Nord de la Région. L’Alsace a tenté de faire la même chose pour la Sud Alsace… mais est à présent contrôlé par un groupe financier qui en a manifestement cure de ses « subtilités folkloriques » ! Seuls la rentabilité financière doit compter : le journal unique coûtera moins cher à la fabrication. Petite remarque pour les grands économistes : il est prouvé que l’existence de deux titres sur une zone de diffusion améliore les ventes et la qualité de chacun d’entre eux. A contrario, TOUTES les concentrations de titres ont fait reculer la vente d’au moins 30% et ont eu un effet négatif sur la qualité de l’information dispensée.

Commençons par l’imprimerie… le reste suivra!

« Il faut économiser 60 millions d’euros » ! Le moyen : réduire la voilure des quotidiens et d’abord là où il y a pluralité des titres. Dans la zone de diffusion de la presse du Crédit mutuel, seule deux régions connaissent le pluralisme de la presse : l’Alsace et la Lorraine. Ailleurs, en Rhône-Alpes et Franche-Comté, cela fait belle lurette qu’un monopole s’est imposé.

Alors, pour arriver à ce but, il faire disparaître deux journaux : ils ont été choisis par le Crédit Mutuel : L’Alsace à Mulhouse et le Républicain Lorrain à Metz. Objectif bien évidemment inavouable : la pluralité de ces titres a une histoire forte dans ces deux entités territoriales. Alors il faut ruser : commencer par la suppression de leur outil industriel… Le reste suivra peu à peu. Et mentir sur le résultat final : « Nous ne créerons pas le journal unique, les « marques » resteront » ! Les marques ? Oui, le Crédit Mutuel ne parle plus de deux titres, donc deux journaux, mais de deux « marques ». Et vous pouvez bien évidemment vendre les mêmes contenus sous deux marques différentes, cela en fera quand même un journal unique. Mais cela donnera le change pendant un certain temps.

Aujourd’hui même, les contenus des DNA et de L’Alsace sont devenus identiques dans les pages d’information générale, du sport, de la Région… Avec parfois des parutions décalées pour donner le change. Mais le contenu unique est en route et avec clairement la ligne éditoriale des DNA : politiquement plus conservatrice, économiquement très libérale, régionalement totalement tournée vers l’avenir de l’Eurométropole, marquée par une culture centralisatrice jacobine de plus en plus avérée.

Rappelons-nous le résultat du référendum pour le Conseil unique qui a montré la fracture du territoire alsacien : le Bas-Rhin plutôt pour le conseil unique, le Haut-Rhin particulièrement contre. Pourtant, les deux journaux alsaciens ont mené la même campagne pour le Oui. Avec la ligne éditoriale assumée des DNA… Le journal haut-rhinois a suivi en publiant même sous les « vivas » de son éditorialiste Mme Baldeweck, un sondage à la veille du scrutin qui donnait le… « oui » vainqueur. Patatras, les Alsaciens n’ont pas voté comme la majorité de leurs élus et dit « non ». Certes, les DNA étaient assez proches de leur lectorat en préconisant le « oui ». Mais L’Alsace était totalement à contre-courant de ses lecteurs en menant campagne pour le Conseil unique.

Voici ce qui préfigure l’avenir de notre presse alsacienne si le funeste projet du Crédit Mutuel devait aller jusqu’au bout.

L’inéluctable journal unique…

La suppression de l’impression du journal à Mulhouse et son tirage déporté à Strasbourg, aura aussi des effets sur le contenu du journal : le temps supplémentaire nécessaire pour le transport devra être trouvé quelque part. Les deux seules possibilités sont : avancer le « bouclage » de L’Alsace, c’est-à-dire demander aux journalistes de terminer leur rédaction plus tôt et donc se priver de relater de certains événements. Donc, au risque de dévaloriser le contenu. Ceci affectera essentiellement les éditions des endroits éloignées du centre d’impression strasbourgeois. Car pour Strasbourg, pas de problèmes, on pourra retarder le bouclage le plus tard possible puisque les temps de transports sont insignifiants. Donc, journal à deux vitesses : des informations proches de la maison-mère bas-rhinoise seront toujours traitées ; celles de la filiale mulhousienne devra reporter certaines informations au lendemain.

Croit-on vraiment que cela plaide pour l’existence de deux journaux distincts ? Tôt ou tard, la rationalité économique s’imposera et ce d’autant plus facilement que les contenus des deux journaux seront de plus en plus identiques.

Une partie des deux quotidiens diffèrent pourtant encore, ce sont les informations locales. Les cantons haut-rhinois sont mieux couverts par L’Alsace que par les DNA. D’ailleurs l’édition Sud Alsace du journal strasbourgeois regroupe les cantons alors que L’Alsace a des éditions différentes. Ce qui donne au journal mulhousien plus de place pour traiter de plus d’information locale. Il peut le faire car, techniquement, pour imprimer des éditions différentes, il faut arrêter la rotative, remplacer les « plaques » (en fait les pages) et repartir. Cela ralentit la production et a une incidence sur le temps de tirage. Si le journal est imprimé à Strasbourg, ces arrêts pour changement de plaque seront trop chronophages : la direction va donc regrouper des éditions pour faire de L’Alsace… le clone parfait des DNA

Les promesses du Crédit Mutuel…

Le Crédit Mutuel nie bien évidemment ces faits et jure, la main sur le cœur, qu’il ne veut pas aller vers le journal unique. Contre toute évidence, rappelons-le.

Mais on peut comprendre que des promesses de ce type peuvent être crues. D’autant plus facilement qu’on n’entend pas trop de protestations des journalistes, pourtant aux premières loges pour subir les effets d’une concentration des contenus. Mais il est vrai  qu’eux aussi ont droit aux promesses : « Nous allons développer des produits nouveaux, entre autres le journal numérique », cela suffit parfois à rassurer à bon compte. D’autant plus que ces promesses ne sont absolument pas étayées mais correspondent à des attentes des rédacteurs.

Les promesses faites à l’opinion et aux journalistes sur le maintien de deux titres n’engagent que ceux qui y croient ! Maintenir deux titres dans la presse alsacienne nécessite des mesures de reconquête du lectorat par une politique de développement. L’investissement dans le seul avenir « numérique » est aujourd’hui un leurre : dans aucun journal au monde, l’édition numérique n’a trouvé un modèle économique équilibré. Partout, c’est encore l’édition papier qui génère le chiffre d’affaires nécessaire pour exister. L’avenir de deux journaux alsacien nécessite, en plus d’un projet numérique, un développement dans la création éditoriale.

Moyen simple pour savoir si le Crédit Mutuel ment en annonçant l’existence de deux quotidiens différents: va-t-il cesser la politique des contenus identiques dans les deux quotidiens, va-t-on revenir à des rédactions distinctes pour les informations régionales, va-t-on rétablir des postes de rédacteur en chef pour chacun des quotidiens?

Les comités d’entreprises des deux quotidiens font des propositions dans ce sens pour l’instant non prises en compte, voire raillées, par les restructurateurs ! Peut-être que les élus du personnel auraient besoin de plus d’aide, d’appuis, de solidarité pour être entendus…

… et des questions méritant réponse!

Reste une question que le Crédit Mutuel devrait méditer : pourquoi, dans la toute proche région du pays de Bade, existent encore deux grands régionaux, la Badische Zeitung et la Badische Neueste Nachrichten, tirant chacune à environ 115.000 exemplaires, l’une tirant à Fribourg et l’autre à Karlsruhe, dans leur propre centre d’impression. Et pourquoi cette même région possède encore vingt autres quotidiens, dont un à Lörrach (50.000 habitants) « Die Oberbadische » imprimée chaque jour dans ses locaux…

Et pour terminer : peut-on nous expliquer pourquoi la Basler Zeitung (80.000 exemplaires), après avoir fermé son imprimerie en 2013 et être tirée à Zürich, contribue à la construction d’un outil industriel à nouveau à Bâle pour assurer son impression dès le printemps 2018 ?

Ces éléments n’entre absolument pas dans la réflexion actuelle du Crédit mutuel tout occupé qu’il est à prendre ses références dans… la presse parisienne. Dont on connaît le succès : elle a vendu toutes ses imprimeries et s’est vendue à quelques milliardaires avides de contrôler l’information et la communication dans la douce France. Tout en continuant à perdre des lecteurs et de l’argent.

Le modèle qui attend L’Alsace… et les Dernières Nouvelles d’Alsace ?

Michel Muller

PRESSE REGIONALE : LE CREDIT MUTUEL VEUT FERMER L’IMPRIMERIE DE L’ALSACE

Après le gant de velours, apparaît la main de fer  : la personne chargée de la restructuration de la presse du Crédit Mutuel, (groupe Ebra*), M. Philippe Carli, vient de tenir des réunions dites « informelles » pour annoncer aux syndicats de L’Alsace et des Dernières Nouvelles d’Alsace que le Crédit Mutuel veut fermer l’imprimerie du quotidien mulhousien et confier l’impression du journal aux DNA à Strasbourg.

Ce transfert « rapporterait » 6 millions d’euros sur l’année… Une goutte d’eau à l’échelle des déficits qui devraient, selon la direction, monter à 75 millions, voire 100, dans les prochaines années. Que cette situation ne puisse durer est compréhensible, les syndicats eux-mêmes en conviennent. Mais fermer l’imprimerie mulhousienne aurait deux conséquences extrêmement néfastes et sources de futures difficultés :

  • L’éloignement du lieu de l’impression de plus de 100 kilomètres, obligera les journalistes de L’Alsace à boucler le journal très tôt, beaucoup trop tôt pour coller à l’actualité. On parle de bouclage à 22 h 30 (au mieux !) alors que de nombreuses activités économiques, sociales, politiques, culturelles, sportives se déroulent en soirée et ne pourront être couvertes. Cela est flagrant pour le sport : ainsi, dans de telles conditions, L’Alsace n’aurait jamais pu rendre compte dès le lendemain matin, du match de volley qui a couronné l’ASPTT championne de France féminine! On s’imagine la tête des lecteurs concernés! Mais cela ne semble pas inquiéter la direction de L’Alsace totalement soumise à son actionnaire.
  • La presse alsacienne a une particularité en France que tous les journaux lui envient : plus de 80% de son lectorat sont des abonnés. Qui payent leur abonnement en avance et fournissent aux entreprises une trésorerie confortable. Mais cela a un prix : celui de fournir le journal aux abonnés le plus tôt possible, le matin, et surtout avant que les gens partent au travail. Dans certains lieux, comme dans la région frontalière, le journal est souvent livré dès 5 h le matin… Avec le déplacement de l’impression sur Strasbourg, le temps de livraison du journal s’allonge de près de deux heures, avec des risques de retards fréquents, et aura un coût que la direction refuse de communiquer. Quand les délégués de L’Alsace ont fait part de ce risque au restructurateur, celui-ci a rétorqué que la perte de 2.000 abonnés est un risque qu’il était prêt à assumer…

Mais le plus grave dans ce choix concerne l’avenir de L’Alsace. Pour combler les déficits, la vraie réponse serait de développer le journal, d’enrichir l’offre éditoriale, d’aller au plus près des lecteurs en investissant dans l’information locale… Or, l’unification des contenus avec les Dernière Nouvelles d’Alsace, les agences communes comme cela vient de se faire à Guebwiller ne faisant ainsi plus de distinction entre le journal de Strasbourg et celui de Mulhouse, font apparaître le vrai choix de M. Théry, Président du CIC-Crédit Mutuel : ne faire qu’un seul journal en Alsace en concentrant l’information, en liquidant le peu de pluralisme qui existait encore avec les deux quotidiens.

Car une imprimerie peut aussi être un centre de ressources. Si l’outil industriel de L’Alsace devait disparaître, nous n’aurions plus aucune rotative dans le Haut-Rhin et empêcherait définitivement la création d’autres journaux locaux qui pourraient voir le jour dans l’avenir, comme cela se fait dans d’autres régions françaises.

Les syndicats ont une autre proposition : pourquoi le Crédit Mutuel n’utiliserait-il pas ses machines pour optimiser l’impression des titres de son groupe en mutualisant l’impression. Ainsi, Mulhouse serait bien en mesure d’imprimer des exemplaires de l’Est Républicain (faisant partie du même groupe) qui sont diffusés à Belfort et dans le Pays de Montbéliard et qui doivent actuellement être acheminés de Nancy.

Bref, l’argument d’économies à faire pour résorber un déficit ne tient pas. Il serait d’ailleurs intéressant de voir comment le Crédit Mutuel compte assainir les pertes du groupe dans la région Rhône-Alpes qui semblent supérieures à celles dans l’Est.

banderole mulhouse

La fermeture éventuelle (contre laquelle les syndicats s’élèvent, voir un communiqué ci-après) du centre d’impression de L’Alsace à Mulhouse cache en réalité une volonté du Crédit Mutuel de faire disparaître à terme un des 66 quotidiens que la France connaît encore… contre près de 400 en Allemagne.

MM

* Le groupe Ebra est détenu par la Banque Fédérative du Crédit Mutuel est composé de neuf titres : L’Alsace, Le Bien Public, Le Dauphiné Libéré, les Dernières Nouvelles d’Alsace, L’Est Républicain, le Journal de Saône et Loire, Le Progrès, le Républicain Lorrain, Vosges Matin. Ainsi que tous les suppléments.

Il couvre 23 départements et quatre grandes régions (Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne Franche-Comté, Grand Est et Provence Alpes Côte d’Azur). Dans ce bassin de 14 millions d’habitants, il diffuse chaque jour 1 million d’exemplaires touchant 4 millions de lecteurs dans sa version papier et 2 millions dans sa version numérique.

Près de 4.000 salariés oeuvrent quotidiennement. Ils étaient encore 7.000 il y a cinq ans : l’hémorragie des effectifs n’a pas permis de redresser la situation économique, bien au contraire, elle s’est aggravée.

Le groupe Ebra dispose également d’un réseau de distribution maillant tout le territoire : rien qu’en Alsace, il dispose par le biais de deux filiales des journaux régionaux, près de 3.000 porteuses et porteurs dont la revalorisation du travail pourrait être source de produits pour les entreprises.

http://lalterpresse.info/presse-alsacienne-developper-plutot-sacrifier/

COMMUNIQUE

filpac

 COMITÉ DE COORDINATION DES SYNDICATS FILPAC CGT

NON à la FERMETUREdu centre d’impression de Mulhouse

 

Les délégués FILPAC-CGT des DNA et du journal L’Alsace se sont réunis à Mulhouse après l’annonce de M. Carli, chargé pour le Crédit Mutuel de la res­tructuration de la presse alsacienne, du projet de fermeture du centre d’impression de L’Alsace à Mul­house. Unanimement, ils s’opposent fermement à la destruction de leur outil de travail. Ce projet de l’actionnaire est un non-sens économique, tota­lement négatif pour l’avenir des deux quotidiens et bien sûr désastreux socialement.

Si l’objectif du Crédit Mutuel allait à son terme, il ne ferait qu’aggraver la situation économique des entreprises comme le prouve la succession des sup­pressions d’emplois intervenues durant cinq ans dans le groupe de presse (près de 3000 !) qui ont contribué à dégrader encore plus les comptes des quotidiens…

La FILPAC-CGT se positionne, au contraire, sur le terrain du développement des deux journaux, de leur modernisation rédactionnelle et technique, pour mieux répondre aux attentes du lectorat tout en pérénnisant les emplois. Cela passe, entre autre, par la pleine utilisation de tous les outils de production pour dégager des ressources nouvelles.

Les délégués réunis en ce 1er septembre propose­ront aux salariés leur propre projet de développe­ment qui servira de base de mobilisation de l’en­semble des personnels des deux entreprises. Ils ont mis en place des commissions de travail communes aux deux syndicats pour analyser les conséquences dramatiques des objectifs patronaux et élaborer les contrepropositions concrètes que fera l’organisa­tion syndicale.

Ils envisagent également d’informer largement l’opinion publique sur le risque de voir disparaître un des deux derniers quotidiens régionaux ; l’unifor­misation des contenus que le Crédit Mutuel impose depuis des mois aux deux journaux est déjà vécue négativement par le lectorat et a des impacts néga­tifs sur la diffusion.

La FILPAC-CGT appelle à l’unité de tous les syndi­cats pour contraindre le Crédit Mutuel à renoncer à son funeste projet de fermeture d’une imprimerie, première étape d’une restructuration qui conduira à liquider le pluralisme de la presse dans notre région.

Les manifestations du 12 septembre prochain, contre les ordonnances Macron, seront une occasion pour informer l’opinion publique des projets antisociaux que le Crédit Mutuel veut imposer aux salariés de ses entreprises de presse. La FILPAC-CGT appelle les salariés des deux quotidiens à participer mas­sivement aux manifestations pour exprimer leur mécontentement et faire la démonstration de leur volonté d’imposer d’autres solutions.

Mulhouse, le 1er septembre 2017

M. Théry, président du Crédit Mutuel, commettra-t-il l’irréparable ?

Disons-le sans ambages : le propriétaire des deux quotidiens alsaciens veut faire disparaître un de ces titres dans les prochains mois avec des licenciements massifs dans l’ensemble du salariat. L’exécuteur en chef du plan du Crédit Mutuel, M. Carli, l’annonce clairement, il faut lui reconnaître sa franchise : « Nous garderons les « marques » et unifieront les contenus ». Ramener un journal à une simple « marque », c’est le considérer comme une vulgaire marchandise ! Non, M. Carli, un journal c’est un « titre », avec son orientation éditoriale, ses outils rédactionnels, commerciaux, techniques… Les salariés des deux journaux accepteront-ils cette liquidation en contrepartie de mesures sociales comme cela ce fait tellement souvent ?

 

Bref historique de la presse alsacienne

1605 : la presse d’information nait à Strasbourg. Un éditeur et imprimeur Johann Carolus lance un petit périodique intitulé « Ordinarii Avisen » présenté ainsi par son créateur  « Relation aller Fürnemmen und gedenckwürdigen Historien so sich hin und wider in Hoch unnd Nieder Teutschland, auch in Franckreich, Italien, Schott und Engelland, Hisspanien, Hungern, Polen, Siebenbürgen (Transsylvanie), Walachey, Moldaw, Türcken etc verlauffen und zutragen möchte. »

C’est le premier journal qui paraît au monde. « La Gazette » de Théophraste Renaudot ne naît qu’en 1631 et est pourtant présenté comme le premier périodique en France.

En 1650 paraît à Leipzig le premier quotidien, avec une parution sur 6 jours, les « Einkommenden Zeitungen » de Timotheus Ritzsch.  Il fallut attendre la fin du XVIIIe  siècle pour voir apparaître le premier quotidien français Le journal de Paris en 1777.

Bien évidemment, la situation florissante de la région Alsace au sein de l’espace rhénan tant sur le plan économique, technologique, commercial, culturel, en fait le berceau naturel du développement de technologie comme l’imprimerie qui facilite l’apparition d’organes d’information. De là naît en Alsace une tradition d’industrie graphique et de presse.

L’Alsace, une terre d’une presse politique et pluraliste

Ainsi, en 1885,  on compte 35 titres de presse dans la Région à l’époque territoire prussien, donc paraissant en allemand pour la plupart. De cette époque naît également la tradition du « portage à domicile » qui permet à la presse alsacienne, la seule en France, de compter aujourd’hui encore près de 80% d’abonnés parmi ses lecteurs : une véritable manne financière… que tous les quotidiens français lui envient.

En 1918, après le  retour à la France, 52 titres de presse donc 24 quotidiens sont édités en Alsace.

Les journaux, même à l’époque prussienne, sont très liés aux partis politiques et à la vie politique. Cela ne fait que se développer après 1918 où après une euphorie des Alsaciens de redevenir français, un profond malaise se développe dès 1919 devant la politique d’intégration forcenée que mènent les gouvernements de la République. En suivent des débats autour de l’appartenance à la France, du maintien de la langue, de l’autonomie à l’égard du pouvoir central… Tous les partis ont leurs journaux souvent quotidiens et donc partisans.

Dans les années 30, la forte montée de la presse d’extrême-droite en France, touche également la presse,  les Croix de feu et le Parti populaire français créent des journaux en Alsace rédigés en allemand.

Dès l’annexion par l’Allemagne nazie, la presse alsacienne est nazifiée et les autorités interdisent la parution de tous les journaux qui, de fait, disparaissent. Quatre quotidiens, tous sous contrôle du Parti Nazi les remplacent : les « Straßburger Neueste Nachrichten », organe du NSDAP dans le Bas Rhin, le « Elsässer Kurier » à Colmar, le « Mülhauser Tagblatt » et le « Mülhauser Volksblatt » à Mulhouse.

Retour au pluralisme en 1945

L’Alsace compte, en 1948, 17 quotidiens et 11 hebdomadaires. Une véritable soif d’information, de débats, de pluralisme conduit à la parution de dizaine de titres très souvent liés à des mouvements politiques ou idéologiques. Grâce aux décisions du Conseil National de la Résistance, la parution de la presse est encouragée par la création d’aides à la presse facilitant économiquement l’édition de journaux. Notons une ordonnance particulière à l’Alsace, celle du 13 septembre 1945 : entre autres sur l’utilisation de la langue française dans les journaux. La parution rédigée totalement en allemand est interdite : il faut des parutions « bilingues » et le français ne peut descendre en-dessous des 25% des textes. Sont obligatoirement rédigés  en français : le titre, la publicité, le sport, les informations légales, les articles pour la jeunesse…

Pour être lue, la presse alsacienne se doit de paraître évidemment en bilingue : les DNA en 1950 compte 75% de leur diffusion en bilingue ; les mêmes proportions pour L’Alsace à Mulhouse. Cela durera vingt ans, l’édition française passe en tête en 1970.

Les conséquences tragiques de la concentration

Mais la presse alsacienne n’échappe pas à la concentration des titres, véritables plaie de la presse française car le système chez nous est l’absorption d’un titre par un autre. Ce qui conduit à ce que nous ne connaissions plus que 66 quotidiens en France… contre 329 en Allemagne (313 journaux régionaux et des 8 titres nationaux). Le résultat de cette stratégie mortifère pour la presse quotidienne française : son tirage est aujourd’hui d’un peu plus de 8 millions d’exemplaires contre 16 millions en Allemagne.

Il est prouvé qu’à chaque disparition de titres après une concentration, il y a systématiquement perte d’au moins un tiers des lecteurs. Mieux, il est prouvé que les rares régions qui connaissent une pluralité de quotidiens, ont un taux de lectorat plus élevés que les autres régions où ne subsiste qu’un seul titre. Exemple : la Bretagne… et l’Alsace.

Notre région a failli connaître le monopole d’un seul journal début des années 1970. En effet, le journal L’Alsace était à cette époque en grosse difficultés et a failli disparaître : seul le rachat par… le Crédit Mutuel l’a sauvé. On peut donc dire qu’à cette époque, le Crédit Mutuel, du moins quatre caisses mulhousiennes et une colmarienne des CMDP ont sauvé le pluralisme de la presse dans notre région.

FUSION

Le Crédit Mutuel sera-t-il à présent le fossoyeur du pluralisme historique en Alsace ?

Jamais de toute son histoire, l’Alsace n’a connu qu’un seul journal quotidien. Même sous la période nazie, elle en comptait quatre.

Et pourtant, le Crédit Mutuel s’apprête à commettre l’irréparable. Devant de (réelles) difficultés économiques au sein de son groupe presse (9 titres dans tout l’Est et Sud-Est de la France), il fait appel à un « restructurateur » patenté qui a déjà sévi au groupe Le Parisien avec un palmarès éloquent : vente de journaux, liquidation des imprimeries… sans résultat positif sur le développement des journaux.

Cette méthode radicale est celle qu’applique depuis des années la presse nationale avec le succès que l’on sait : nous sommes en queue de peloton de la lecture de la presse en Europe. La presse régionale avait échappé quelque peu à cela en développant des articles sur la vie locale, en assurant des informations de services souvent bien appréciées par le lectorat. Mais cela nécessite le développement d’agences locales et une distribution sans faille. Les quotidiens alsaciens ont, grâce à cela, développé un réseau d’abonnés qui résistent un peu mieux à l’érosion du lectorat qui touche la presse française.

Le « costs-killer » à l’œuvre…

Or, ce sont les pratiques de cette presse là que le « restructurateur » du Crédit Mutuel veut appliquer avec un remède de cheval : liquidation des titres en préservant la « marque », une sorte d’escroquerie vendue aux lecteurs de L’Alsace : leur journal gardera le nom mais le contenu sera le même que celui des DNA… Combien de postes de journalistes en moins ?

Fermeture de l’imprimerie à Mulhouse et impression à Strasbourg : ce qui facilitera évidemment, chacun le comprendra, la distribution des journaux à Ferrette les petits matins d’hiver sur les chaussées enneigées ! Et obligera la rédaction à boucler le journal dès la fin de l’après-midi…

On le voit, c’est la logique d’une économie classique et traditionnelle qui tente de s’imposer, ne tenant aucunement compte que la presse n’est pas un produit comme un autre et qu’elle a besoin d’un modèle économique spécifique. Et la presse régionale n’est en rien comparable à la presse nationale où le « costs-killer » du Crédit Mutuel a fait ses armes.

Pourtant, la presse écrite a de l’avenir : après avoir négligé pendant très longtemps la « recherche et le développement », la presse s’est mise travailler la question. Il en ressort qu’elle a des atouts considérables pour prendre sa place dans le monde de la communication tel que nous le connaissons actuellement. Pour cela, il faut certes des restructurations, des nouveaux produits y compris sur papier et imposer un nouveau modèle économique au grands groupes qui contrôle l’ensemble de la filière: elle aura besoin de toutes ses forces pour y parvenir.

Loin des idées du cost-killer qui deviendra, s’il peut aller sans encombre jusqu’au bout, le « press-killer » des journaux alsaciens.

Michel Muller

 

OPTIMISATION FISCALE DANS LA PRESSE : L’ETRANGE M. RICCOBONO

Quand la presse quotidienne nationale a décidé de se séparer de son outil d’impression, elle a confié le travail a un groupe d’imprimeries appartenant à la famille Riccobono. Celle-ci détient le quasi-monopole de l’impression de la presse quotidienne nationale… et lorgne à présent sur la presse régionale. Elle serait même dans les petits papiers de celui qui doit restructurer la presse en Alsace au nom de M. Théry, PDG du Crédit Mutuel. Un rapide constat permet de découvrir que toutes les entreprises du groupe en France sont déficitaires, pour l’une M. Riccobono demande même la liquidation. Or, surprise : à l’examen des comptes, on s’aperçoit que la famille est riche à millions et réalise ses profits… au Luxembourg ! Informations sur un potentiel scandale majeur…

Un groupe aux pratiques douteuses

L’origine du groupe Riccobono se trouve sur la côte d’Azur avec une imprimerie locale offset installée au Muy. De cette modeste place, la famille conquiert en quelques années l’impression de la presse nationale en proposant des imprimeries décentralisées installées dans divers lieux du pays, ce qui permet aux journaux nationaux d’être plus rapidement distribué, à la même heure que la presse régionale. Auparavant, l’impression centralisée sur Paris allongeait considérablement le temps de trajet.

Ainsi, le groupe a pu installer des imprimeries entre autres à Lyon, Vitrolles (près de Marseille), Toulouse, Nantes, Nancy. Les investissements ? Payés essentiellement par les Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne qui devenaient la tête du réseau de cette impression et distribution décentralisée… et la pompe à fric de M. Riccobono.

Mais M. Riccobono possède également une imprimerie… au Luxembourg. Il installe donc une holding qui détient tout le groupe dans ce pays, bien connu pour être un paradis fiscal au sein de l’Union Européenne. Cette holding détient plusieurs entités avec un système juridique en cascade… Ce qui permet d’effectuer les opérations les plus étranges…

Les entreprises françaises : des coquilles vides… et une holding riche à millions

Le groupe a créé des sociétés détenues par la « Société européenne d’investissements financier » basée au Luxembourg donc. Par un emboitement digne des poupées russes, tous les actifs des entreprises françaises appartiennent à des holdings luxembourgeoises.

Les contrats commerciaux, une partie du personnel, l’immobilier, la trésorerie sont externalisés des imprimeries françaises. Un contrat de sous-traitance les lie aux holdings et en vertu de ce contrat elles versent des sommes rondelettes en paiement de locations diverses.

Ce contrat établit les obligations et les différentes modalités du donneur d’ordre (la holding) et du sous-traitant (l’imprimerie en France).

Il s’agit donc d’un véritable pillage de l’activité en France : en effet, le chiffre d’affaires se réalise dans l’hexagone mais celui-ci ne bénéficie pas aux établissements français. Par le jeu des obligations, locations, assurances, les ressources sont versées à la holding au Luxembourg. C’est ainsi que toutes les entreprises françaises sont en déficit… et la holding luxembourgeoise est florissante.

Comme d’habitude, tous ces montages sont parfaitement opaques et la direction refuse de donner les vrais chiffres au Comité d’entreprise… Mais c’est mal connaître les salariés quand ils sont acculés par exemple en cas du risque de liquidation de leur imprimerie, ils cherchent et trouvent.

Organiser le déficit pour ne pas payer d’impôts…

On peut estimer que la holding luxembourgeoise a redistribué environ 17 millions d’euros de dividendes sur les six dernières années. Et que les résultats financiers étaient, pour la même période, de 22 millions d’euros, ces résultats intégrant le coût des investissements, des impayés clients, des salaires des dirigeants de des frais financiers. Les dividendes ne seraient donc que des pourboires ? Belle affaire… alors que quasiment tous les centre d’impression affichaient des déficits…

Prenons un exemple : pour imprimer un journal, il faut une rotative. Ainsi, le centre d’impression de Vitrolles possède, entre autres, une machine dont le coût est de 3,9 millions à l’achat. Mais bien qu’installée dans ses locaux provençaux, cette machine ne lui appartient pas, elle est la propriété de la holding luxembourgeoise. Le Centre d’impression paye donc un loyer, rubis sur ongle même quand l’imprimerie était en déficit bancaire sérieux : Il parait que ce n’est pas illégal.

Certes, mais regardons de plus près : depuis 2003, le centre d’impression de Vitrolles a payé… 17 millions de location à M. Riccobono au Luxembourg pour une machine qui coûte 3,9…

Bien évidemment, M. Riccobono ne paye pas d’impôts puisque ses entreprises sont en déficit… et récupère l’argent généré en France au Luxembourg où… il ne paye pas d’impôts.

Immoral et abus de biens sociaux… payés par les aides à la presse ?

Mais que fait M. Riccobono avec tout cet argent ? En tout cas, il ne le réinvestit pas en France : dès que nous en saurons plus, nous tiendrons nos lecteurs informés…

Ce qui est étrange, c’est que les payeurs de M. Riccobono, ce sont les éditeurs de presse. Ceux-ci étaient jusqu’à présent bien contents de trouver un professionnel pour externaliser leur outil d’impression et sa gestion pas toujours aisée.

Les éditeurs payent donc grassement leur imprimeur qui, en situation de monopole n’hésite pas à utiliser tous les moyens (pas toujours les plus délicats) pour augmenter les factures. Mais les éditeurs de la presse nationale ont accès à des aides à la presse entre autres pour se moderniser. Une partie de ces aides sert à payer leur impression et donc vont chez M. Riccobono… qui s’empresse de les faire évader vers un paradis fiscal…

Cet imprimeur est donc un parasite de la presse française. Que la presse nationale ait eu besoin d’un tel individu pour se débarrasser de leur outil d’impression n’est pas très glorieux. Mais si la presse régionale lui emboîte à présent le pays, on sait que les richesses vont continuer de s’accumuler au Luxembourg et ne restera à la France que d’assumer les fermetures d’imprimeries et le cortège de licenciements qui s’en suivra.

Michel Muller

Photographe de presse, une profession en déclin…

Depuis les années 90 déjà, le métier de photographe en général et celui de photographe de presse en particulier, part en vrille. Mais les prémices du déclin arrivent bien plus tôt, toutefois, personne ne veut voir les problèmes à venir et qui vont s’accentuer.
Dans les années 70, il y a plusieurs journaux plus ou moins autonomes. Indépendants ? … non pas vraiment.

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Campagne anti-Mélenchon : sévices d’éditocrates

Un lecteur bas-rhinois de revues alternatives a transmis ses impressions à quelques-unes d’entre elles, après avoir vu et entendu quelques « analystes politiques » proférer quelques énormités anti-Mélenchon dans l’émission « C dans l’air » sur France 5. Continuer la lecture de Campagne anti-Mélenchon : sévices d’éditocrates

Dossier Sordi : le député laisse béton ?! Nous pas !

Le député-maire avait organisé il y a un an dans sa bonne ville de Cernay un fantastique meeting autour d’un certain Fillon François, de longue date candidat obstiné aux élections présidentielles, et donc aux primaires de la droite. En comparaison, le meeting de Juppé organisé en juin 2016 à Mulhouse sur le même thème, paraissait léger.

Les ambiances respectives de ces deux raouts préfiguraient sans doute – contrairement à ce qu’indiquaient les sondages de l’époque – le triomphe de François Fillon aux primaires. Son soutien de la première heure dans le Haut-Rhin, Michel Sordi, était aux anges : son propre triomphe devait suivre quelques mois plus tard… Et puis…. Et puis… Et puis… Continuer la lecture de Dossier Sordi : le député laisse béton ?! Nous pas !

Quand le Monde libre vacille sur son piédestal…

Oui, il faut lire le Prix Renaudot de l’essai 2016 ! Il faut le lire à tout prix tant il fait honneur à des journalistes qui osent, un moment ou un autre, se lever et décrire la réalité de ce qui se passe dans des rédactions et qui démontrent combien l’irruption de l’argent, des financiers, des grands groupes de télécommunications, dans le capital de la presse sont en train de la gangréner totalement. Aude Lancelin, ancienne directrice adjointe de la rédaction du Nouvel Observateur, à présent « L’Obs », démontre implacablement les dérives d’un système rédactionnel à tel point inféodé aux pouvoirs politique et économique que l’information s’uniformise et glisse progressivement dans un style propagandiste. Et s’en suit un rejet régulier et innarrêtable du lectorat.

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L’information locale en péril, à Strasbourg, Mulhouse, et Nancy…

En photo, lors d’une conférence de presse du comité de soutien de La Feuille de chou : J.C. Meyer (« La Feuille de chou »), B. Schaeffer (pour L’Alterpresse68) et A. Michon (pour Pumpernickel)

Pour « La Feuille de chou » : un verdict à venir

Accusé d’avoir « porté atteinte à l’honneur et à la considération » du chef de la Mission Roms de la ville de Strasbourg, le fondateur et directeur de publication de la revue électronique « La Feuille de chou« , J.C. Meyer, a été mis en examen en juillet 2015. Il devait comparaitre le 5 avril 2016 devant le TGI de Strasbourg. Reporté, le procès a finalement eu lieu le 2 juin 2016. Continuer la lecture de L’information locale en péril, à Strasbourg, Mulhouse, et Nancy…