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Le DGB, en mode « lutte »…

Stuttgart était marquée « DGB » en ce samedi 27 janvier 2018. S’y déroulait en effet, la « Bezirkskonferenz du DGB du Bade-Württemberg », en somme le congrès, au niveau du Land, de la puissante centrale syndicale allemande. Fort de 812.000 membres dans le Bade-Württemberg (en progression constante depuis 2011 où il comptait 809.000 adhérents, le DGB compte en 2017, près de 6 millions d’adhérents (5.995.437 exactement) dont les deux plus grosses fédérations sont IG Metall (2.262.661) et Verdi (1.987.336). On estime que toutes les organisations françaises réunies comptent moins de 2 millions d’adhérents.

Une vraie force s’est donc exprimée dans la capitale du Bade-Württemberg avec des débats dominés par la situation dans la métallurgie dont les négociations tarifaires avaient lieu dans la nuit précédent le congrès.

Pendant que les congressistes attendaient le compte rendu des négociations nocturnes entre Gesamtmetall et IG Metall, ils eurent droit à l’intervention de la vice-présidente Elke Hannack dans lequel elle ne développa qu’un seul thème : le soutien aux négociations entre CDU-CSU et SPD pour former une nouvelle grande coalition. Qualifiant le « Sondierungspapier », première mouture d’un accord de gouvernement entre les partis, de « verre à moitié plein », elle prit résolument le contrepied d’une grande partie des membres du SPD opposés à la reconduction d’une coalition.

Membre de la CDU, la syndicaliste du DGB n’a pas vraiment convaincu la salle : applaudissements tièdes et remarques d’un délégué : « Nous ne t’avons pas invité de Berlin pour nous parler de ce sujet ». Incident clos… et Mme Elke Hannack reprit son avion pour rentrer sans attendre la fin du congrès.

Martin Kurzmann : « Nous voulons un verre plein » !

Le président du DGB dans le Land Bade-Württemberg (qui fut réélu triomphalement lors de ce congrès) Martin Kurzmann, a ouvert les débats avec une intervention très offensive. Soutenant les revendications d’IG Metall de 6% d’augmentation des salaires (« Normal, les caisses sont pleines… »), il répondit indirectement à sa vice-présidente nationale en considérant qu’il ne pouvait se contenter d’un verre à moitié plein, « Nous voulons un verre plein ! … Car nous défendons les acquits comme nous voulons de nouvelles conquêtes sociales ». Il se félicita de la progression de 2,5% du PIB dans le BW, « grâce au travailleurs et fonctionnaires ».

Mais il ne manqua pas de dénoncer la situation des salariés qui se dégradent aussi en Allemagne : « La croissance ne bénéficie qu’aux managers…  Pour 40% des salariés, la situation s’est même fortement dégradée. Leur salaire brut réel est plus bas qu’il y a 20 ans… Uniquement un peu plus de la moitié des salariés sont couverts par une convention collective. (Ndlr : en Allemagne, contrairement à la France, les salariés ne sont pas automatiquement couverts par la convention collective. Pour cela, il faut que l’employeur adhère à l’organisation patronale du secteur)…  Le travail à temps partiel s’est développé, surtout pour les femmes qui le subissent plutôt que de le choisir… Beaucoup d’entre elles ont deux ou trois emplois pour vivre… Le travail précaire augmente également dans le si prospère Bade-Württemberg… A présent, près de deux millions de salariés du Land sont soumis à des contrats atypiques : temps partiel, travail intérimaire ou occasionnel…

Martin Kurzmann, comme de nombreux orateurs, ont fait des contrats de travail à durée déterminée successifs sans qu’ils soient subordonnés à l’existence d’une raison objective (sachgrundlosen Befristung von Arbeitsverträgen) le thème principal de la conférence. Exigeant l’abandon de cette mesure (que M. Macron veut généraliser en France par ses ordonnances), le DGB du BW retient quatre axes revendicatifs pour les quatre années à venir : « Un travail meilleur »,  « une meilleure formation », « une vie meilleure » et un « DGB fort ». Les préoccupations principales pour l’avenir sont des emplois stables, une couverture conventionnelle plus importante, plus de cogestion, une formation professionnelle continue pour tous les salariés, une égalité des chances au sein du système de formation, des investissements avec un Etat à la manœuvre ainsi qu’une politique fiscale et sociale plus équitable.

Conclusion de Martin Kurzmann, ovationné par les deux cents participants dans la salle : « Les salariés ne doivent pas s’attendre à des cadeaux. Nous devons ensemble lutter pour obtenir des avancées sociales ».

Roman Zitzelsberger (IG Metall) : 300 entreprises en grève d’avertissement dans le BW !

Milieu de matinée, Roman Zitzelsberger, président de l’IG Metall dans le BW, les traits tirés, vint rendre compte du déroulement des négociations de la nuit. Au petit matin, les patrons ont quitté la table de négociation. Roman refuse de voir cela comme une fin des discussions tarifaires mais comme une suspension : pour ramener les entreprises à de meilleurs sentiments, il annonce que le syndicat va appeler à des centaines de grèves d’avertissement.

On ne sait pas toujours, en France,  comment se déroulent ces négociations chez nos voisins. Les accords conventionnels sont rediscutés régulièrement, en général tous les deux ou quatre ans. Mais les négociations ne se mènent pas dans tous les Länder en même temps : cette année, c’est le land du Bade-Württemberg qui est le premier à entrer en discussion. Cela tombe bien pour le syndicat, c’est un des « Land » où se concentrent les plus grands groupes métallurgiques, comme les industries automobiles. Sans que cela soit automatique dans les textes, dans les faits il s’avère que le résultat des négociations dans le BW vont s’imposer peu ou prou à l’échelle fédérale. D’où l’importance de ces grèves d’avertissement soutenus par le DGB à l’échelle nationale.

Roman Zitzelsberger le dit sans ambage : « Ces grèves d’avertissements ont pour but de ramener les employeurs à la table de négociation. Si la prochaine rencontre se solde par un échec, nous entrerons dans une lutte totale ». Après avoir tenté de poursuivre le syndicat pour « grèves illégales », le patronat a mesuré que cette attitude allait le mener dans une impasse. D’où l’accord intervenu quelques jours après, on peut estimer que le succès éclatant des grèves d’avertissement y est pour quelque chose.

Un DGB du BW ouvert vers les autres

Deux exemples que j’ai découverts durant ce congrès : le DGB du Land est très impliqué dans la politique d’intégration des réfugiés en participant à la LAG Flüchtlingsarbeit ( Landesarbeitsgemeinschaft soit une Commission de travail du Land pour le soutien aux réfugiés). En compagnie d’associations et de divers mouvements, cette commission aide les réfugiés à l’intégration par la formation générale et professionnelle.

Une autre activité internationale d’envergure : « Les quatre moteurs pour l’Europe ». Avec la région Rhône-Alpes françaises, la Lombardie, la Catalunya (Catalogne), le DGB du BW a créé une alliance entre des régions qui n’ont pas de frontière commune, mais elles sont des centres économiques importants parmi les plus aisés d’Europe. L’objectif : faire entrer le social dans la politique européenne par des actions concrètes et des réflexions communes sur la finalité de l’Union européenne.

Très actif dans la coopération transfrontalière, entre autres dans les Comités syndicaux interrégionaux. A noter que, pour la Sud Alsace, le DBG de Fribourg est très actif dans le Comité syndical interrégional avec les syndicats suisses et français, surtout sur la situation des travailleurs frontaliers.

Ce congrès a été une occasion de vérifier que le syndicalisme allemand est très actif et représente une force considérable : la réflexion qui traverse actuellement le DGB à propos du « syndicalisme 4.0 », en clair comment adapter le syndicalisme peut-il relever le défi des conditions sociales précaires que veut imposer l’économie du numérique. Une question fondamentale qui ne se pose pas qu’en Allemagne : mais le reste de l’Europe syndicale se met-elle au diapason du DGB ?

Michel Muller

 

Ari Shavit : la terrible confession…

A l’heure où la reconnaissance par Donald Trump de Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël fait peser sur le monde entier un nouveau risque majeur de graves, très graves, conflits, il n’est pas inutile de rappeler qu’en Israël aussi, des citoyens s’engagent pour éviter cette escalade et militent pour la création d’un vrai Etat palestinien. Nous souhaitons également que leurs voix soit entendues.
L’Alterpresse68

Ari Shavit est un journaliste israélien. Il travaille pour le quotidien Haaretz. Son livre, « Ma terre promise » a obtenu de nombreux prix aux Etats-Unis. Sur la 4e de couverture, l’éditeur présente ainsi l’auteur : « Partisan de la paix et de la création d’un état palestinien, Ari Shavit nous offre, à travers l’histoire de sa famille et des principales étapes de la création d’Israël jusqu’à nos jours, le plus passionnant et contrasté des voyages (…) Son histoire met en évidence la complexité et les contradictions de la condition israélienne. L’évocation d’un pays vibrant d’énergie qui a vécu et vit toujours au bord du gouffre »

Nous publions ici, des extraits du Chapitre 9 de « My Promised Land », intitulé « Gaza Beach 1991 ».

« Vingt ans après que l’Occupation ait débuté et 12 ans après que Ofra fût fondé, la première Intifada éclata. En décembre 1987, les Palestiniens résidant en Cisjordanie et ceux de la bande de Gaza se révoltèrent contre la règle militaire israélienne en vigueur.

Des dizaines de milliers descendirent dans les rues. Villes, villages et camps de réfugiés ne furent que protestation. Un soulèvement palestinien sans précédent défia Israël et mit quasiment en cause son règne sur les Territoires occupés. Mais après le choc initial, Israël riposta. Il mobilisa son armée et l’entraîna pour en faire une force de police effective. Il lâcha le Shin Bet, son efficace service secret sur les masses désarmées qui s’étaient dressées contre lui.

En peu de mois, la force militaire israélienne construisit plusieurs camps de détention dans lesquels de milliers de Palestiniens furent enfermés après avoir été jugés par les tribunaux militaires. En peu d’années, l’insurrection Intifada déclina. L’usage systématique et déterminé de la force oppressive fonctionna. La campagne Palestinienne perdit de sa force propulsive. C’en fut fini des manifestations de masse. C’en fut fini de l’idée que le soulèvement populaire forcerait Israël à en finir avec l’Occupation. Des milliers de civils Palestiniens croupissaient dans les camps de détention. De bien des façons, cet emprisonnement de masse souilla l’identité démocratique d’Israël.

En mars 1991, j’étais un jeune journaliste attendant de devenir père. Quand je dus me signaler à une base militaire proche de Lydda pour mon activité obligatoire de réserve annuelle, je n’avais pas idée de ce que cela signifierait. On me dit que je devrais servir comme geôlier dans un camp de détention de Gaza.

Un endroit idyllique

L’endroit est idyllique, à quelques pas de la plage de sable blanc du bord de la Méditerranée. A 6 h du matin, quand sortent les bateaux de pêche, je me sens en Crète dans les années 50. Tout ce qui est à l’Ouest de moi capture mon cœur : ciel bleu, vagues bleu-vert, pêcheurs pleins d’espoir .Mais la brise fraîche qui souffle dans mon mirador souffle de l’Est dans les clôtures de fil de fer barbelés et sur les sombres tentes militaires. Elle soulève l’âme des Palestiniens emprisonnés et celle des Juifs qui les emprisonnent.

(…) Un jour, quand sera établie la Libre Palestine, son gouvernement louera sûrement ce morceau de terre à un entrepreneur international qui y implantera le Club Med de Gaza Beach.

Un jour, quand il y aura la paix, les Israéliens y viendront pour une courte période de vacances « à l’étranger ». Près de ces eaux bleu-verts, ils boiront du vin blanc et danseront la samba ; sur le chemin du retour ils achèteront les habits noirs palestiniens brodés dans la boutique « duty free » à air conditionné du terminal international qui sépare Israël prospère de la Palestine pacifique.

Mais pour le moment, il n’y a pas ici de Palestine libre et pas de paix. C’est pourquoi nous devons préparer la distribution du matin. Une longue file de prisonniers en uniforme bleu sont conduits à travers les boucles des clôtures de barbelés. Et ceux qui les aiguillonnent avec des tonnes de fusils M-16 sont mes potes. Ils ordonnent aux prisonniers d’arrêter, d’avancer, d’arrêter. Et pendant que la bise fraîche souffle de la mer, ils exigent des prisonniers de tenir leurs mains devant eux. Un jeune soldat va de l’un à l’autre et leur passe durement les menottes.

Le CAMP D’INTERNEMENT DE GAZA BEACH

C’est l’un des multiples camps de ce type construits à la hâte après le soulèvement Palestinien en décembre 1987. Plus d’un millier de Palestiniens sont emprisonnés ici. La plupart ne sont pas des terroristes mais des manifestants et des jeteurs de pierres. Beaucoup sont des ados. Parmi eux ici et là certains sont petits et semblent être des gamins.

Le camp dispose de deux salles d’interrogatoire et 4 compartiments. Dans chaque compartiment une douzaine de vieilles tentes militaires brunes ; dans chaque tente de vingt à trente prisonniers; dans le passé chacune des tentes en comprenait 50 ou 60 mais les conditions se sont améliorées et elles sont maintenant considérées raisonnables.

Chaque compartiment est entouré d’une clôture conventionnelle au-dessus de laquelle il y a des barbelés ; hors de cette clôture un étroit chemin pour les gardiens. Ensuite vient une clôture extérieure – une sorte de mur improvisé fait de barils métalliques remplis de ciment. Comme les geôliers vont et viennent entre ces clôtures il me vient à l’esprit qu’il n’est pas clair pour moi qui est emprisonné et qui est gardien. Le camp dans son ensemble me frappe comme une grande métaphore de ce qu’est l’emprisonnement. Israéliens et Palestiniens sont clôturés ensemble ici.

L’ensemble possède une douzaine de miradors. Certains soldats juifs sont frappés de la similitude entre ces miradors et d’autres de ces objets dont ils ont entendu parler à l’école. Mais le choc n’est qu’émotionnel. Les miradors construits en Europe dans les années 40 étaient faits de solide bois germanique ou polonais, alors que les tours de guet de l’ensemble de Gaza Beach ne sont faites que de métal israélien léger produit en Galilée. Les tours sont équipées de projecteurs qui sont rarement utilisés. En fait le camp est baigné toute la nuit par une lumière jaune extraforte qui vient de centaines de lampadaires puissants. Quand le système électrique n’est pas fermé, comme exigé, à chaque tombée du jour, les lampes et les faisceaux illuminent la lumière du jour.

(…) Une puanteur diabolique flotte dans l’air que la brise méditerranéenne ne peut pas dégager. Bien qu’injuste et infondée, l’analogie traumatisante est partout. Ici elle n’est pas suggérée par la propagande anti-israélienne mais dans le langage que les soldats utilisent comme une façon de parler.

Lorsque A. va prendre son tour de garde au quartier des interrogatoires il dit « Je pars pour l’Inquisition ». Lorsque R. voit une ligne de prisonniers approchant sous les tonnes de M-16 de ses potes, il dit avec une intensité tranquille : « Regardes, l’ « Aktion » a commencé. ». Et même N. qui charrie des idées d’extrême droite grogne auprès de quiconque l’écoute que la place ressemble à un camp de concentration. M. explique avec un sourire fin qu’il a accumulé tellement de temps comme réserviste pendant l’intifada qu’ils vont bientôt le promouvoir comme officier supérieur de la Gestapo.

Et moi aussi, qui aie abhorré l’analogie, qui ait durement polémiqué avec quiconque l’a pointée du doigt, je ne peux pas m’en empêcher. Les associations sont trop fortes. Elles envahissent lorsque je vois un homme de la Prison N° 1 appeler à travers le grillage un homme de la Prison N° 2 pour lui montrer sa fille en photo. Elles envahissent lorsqu’un jeune homme qui vient juste d’être arrêté attend mes ordres dans un mélange de soumission, de panique et de fierté tranquille. Elles envahissent lorsque je me regarde dans une glace, choqué de me voir ici comme geôlier dans cette horrible prison. Et quand je vois des milliers d’hommes, quelque chose comme ça, autour de moi, enfermés dans des prisons, en cage.

Comme un croyant dont la foi vacille je parcours la longue liste de contre arguments, toutes les différences bien connues. Le plus évident est qu’ici il n’y a pas de crématoires. Et en Europe des années 30 il n’y avait pas en Europe de conflit existentiel entre deux peuples. L’Allemagne et sa doctrine raciste étaient l’organisation de l’enfer. Les Allemands n’étaient sous la menace d’aucun danger réel de toute façon.
Mais je réalise alors que le problème n’est pas dans la similitude – personne ne peut penser sérieusement à une réelle similitude.

LE PROBLEME EST QU’IL N’EXISTE PAS ASSEZ DE MANQUE DE SIMILITUDE

Le manque de similitude n’est pas assez fort pour faire taire une fois pour toutes les échos diaboliques.

Peut-être le Shin Bet doit-il en être blâmé. Chaque nuit après avoir réussi à briser quelques jeunes dans la salle d’interrogatoire, les Services Secrets Israéliens livrent aux paras Israéliens qui contrôlent la ville de Gaza, une liste des amis proches de ces jeunes brisés. Et quiconque comme moi, debout près du portail peut voir la jeep des paras quitter le camp de détention après minuit et se rendre dans la ville occupée et dont les lumières sont éteintes à cause du couvre-feu pour arrêter ceux qui sont présumés mettre en danger la sécurité de l’état.

Je serai debout près du portail lorsque les paras reviennent dans leurs véhicules militaires avec des gamins de 15 ou 16 ans qui claquent des dents, leurs yeux sortant de leurs chaussettes. Dans quelques cas ils ont déjà été battus. Les soldats sont rassemblés pour les voir se déshabiller, les voir trembler sous leur sous vêtement. Comme ils tremblent de peur, même S. qui possède une usine de plastiques dans les Territoires occupés n’en croit pas ses yeux « Comment en sommes-nous arrivés là ? » demande-t-il ; «Comment en sommes-nous arrivés à pourchasser ces gosses ?

Ou alors c’est le médecin qu’on doit blâmer pour l’analogie qui me hante ; ce n’est pas un Mengele évidemment mais si je le réveille au profond de la nuit pour s’occuper d’un détenu juste arrivé – pieds nus, meurtri , avec un regard d’épileptique – le docteur lui hurle dessus .Et bien que le détenu ait à peine 17 ans et se plaigne d’avoir été rossé dans le dos , sur son estomac et sur son cœur , et bien qu’en effet il y ait des marques rouges horribles sur tout son corps , le docteur lui hurle : «J’aimerais que tu sois mort » Ensuite , il se tourne vers moi et dit en riant : « J’aimerais qu’ils soient tous morts » .

(…).De ce que j’ai lu des rapports variés relatifs aux droits de l’homme, je sais ce qui pourrait se passer derrière la clôture. Utilisent-ils la méthode de la banane ou des formes de torture encore plus brutales ? Ou appliquent-ils seulement le vieux et rustique passage à tabac ?

Quelle que soit la méthode, je sais qu’à partir de ce moment, je ne connaitrais pas de repos. Parce qu’à cinquante pas des douches où je tente d’éliminer la poussière et la sueur de la journée, des gens hurlent. A quatre-vingts pas du mess où j’essaie de manger, des gens hurlent. A cent pas de mon lit où je tente de dormir, des gens hurlent. Et ils hurlent parce que des gens qui portent le même uniforme que moi les font hurler. Ils hurlent parce que mon état Juif les fait hurler. De façon méthodique, ordonnée, et absolument légale, mon Israël aimé et démocratique les fait hurler.

Arrête ce sentimentalisme, me dis-je. Ne tire aucune conclusion. Est-ce que ce n’est pas le lot de toutes les nations au monde d’avoir ses caves sombres ? Toutes les nations n’ont-elles pas leurs services secrets, leurs unités spéciales et leurs bâtiments d’interrogatoire dissimulés aux yeux du public ? C’est juste ma malchance d’avoir été envoyé à l’endroit exact où je peux entendre tous ces sons. Mais alors que les hurlements deviennent plus intenses, je sais qu’il n’y a pas un atome de vérité dans ce que je viens de me raconter.

Parce que dans ce bâtiment d’interrogatoire, ils n’interrogent ni de dangereux espions ni des traîtres ni des terroristes. Il n’y a pas ici de bombes amorcées. Et dans les complexes d’emprisonnement qu’Israël a érigés dans les années récentes, des milliers et des milliers sont détenus. Beaucoup sont torturés. Dans notre cas la question n’est pas celle d’une douzaine d’agents ennemis mortels et la question n’est pas celle d’une opération limitée et précise de contre-espionnage. Ce qui se passe ici est l’écrasement d’un soulèvement populaire, l’occupation par la force d’une autre nation.

(…) C’est un phénomène sans aucun parallèle à l’Ouest. C’est une brutalité systémique qu’aucune démocratie ne peut tolérer. Et j’en fais partie. Je m’exécute.

Maintenant les hurlements s’atténuent ; ils se transforment en sanglots, en plaintes. Mais dès ce moment je sais que rien ne sera plus comme avant. Un être humain qui a entendu hurler un autre être humain est un être humain transformé .Et j’ai entendu les hurlements de quelqu’un.  Je continue de les entendre .Même lorsque ceux qui hurlent s’arrêtent de hurler, je continue d’entendre leurs hurlements .Je ne peux pas arrêter d’entendre leurs hurlements.

Un référendum pour stopper le CETA

Le CETA, traité de commerce et d’investissement entre le Canada et l’Union Européenne, « conçu à l’écart du processus démocratique » selon Emmanuel Macron, présente des risques importants pour de nombreux aspects de nos vies. Il est malgré tout entré en application provisoire le 21 septembre dernier, mais il n’est pas trop tard pour le stopper car il n’a pas encore été voté en France. Continuer la lecture de Un référendum pour stopper le CETA

Indépendances?

catalogne
« S’il déclare l’indépendance, le président catalan pourrait « finir » comme un de ses prédécesseurs ayant proclamé un Etat catalan ». Ces odieux propos du porte-parole du Parti Popular au pouvoir à Madrid, M. Casado, fait référence à Luis Companys qui a proclamé un « Etat catalan » le 6 octobre 1934, fut immédiatement arrêté puis fusillé en 1940 par Franco..

L’Espagne ne s’est évidemment pas débarrassée de tous les nostalgiques du franquisme et certains d’entre eux gouvernent le pays en n’ayant rien oublié des méthodes de leur Caudillo comme l’ont prouvé la violence des interventions policières pour empêcher la tenue du référendum.

Mais n’est-il pas étonnant qu’un affolement, certes et heureusement moins brutal, s’est emparé de toute l’Europe y compris en France devant l’annonce d’une éventuelle indépendance de la Catalogne. Comme si ces sept millions et demi de Catalans allaient mettre l’Europe à feu et à sang.

Tout comme le gouvernement espagnol, les instances européennes ne veulent pas voir le mouvement qui commence à s’étendre dans toute l’Europe.

Depuis deux siècles environ, les Etats-Nations ont été la matrice dans laquelle les citoyens s’organisaient. Mais ces Etats-Nations se sont construits au fil des années, bien souvent à la suite de conflits voire de guerres, et les frontières ont bougé sans arrêts.

Si aujourd’hui, au sein même de l’Europe, des mouvements indépendantistes se développent, est-ce uniquement l’émergence d’égoïsme régionaux ou l’expression d’un nationalisme de mauvais aloi ?

Nous sommes dans une crise de la démocratie. De moins en moins de citoyens votent, une grande majorité n’attend plus grand-chose des partis politiques et la population doute fortement de la capacité de leur gouvernement d’améliorer les choses.

En Espagne, il n’y a pas de majorité pour le Partido Popular, M. Rajoy gouverne en étant minoritaire ! Les Pays-Bas ont mis deux ans pour former un gouvernement car les électeurs n’ont donné une majorité à un parti. En France, M. Macron a recueilli moins de 20% de voix des inscrits au 1er tour de l’élection présidentielle et pourtant sa majorité n’hésite pas à considérer que « les Français » lui ont donné un mandat pour sa politique ! Y croient-ils eux-mêmes…

La démocratie représentative est dans une impasse et suscite de plus en plus de rejet.

Et l’Etat-Nation qui sert de cadre à cette démocratie représentative en crise, s’affaiblit. On peut se poser légitimement la question : les Etats nations qui ont pris le relais des régimes monarchiques, sont-ils immuables et éternels ? Une population ou une partie d’entre elles a-t-elle le droit de considérer que le cadre démocratique dans lequel elle vit ne lui plaît plus et en désire un autre ?

Faut-il blâmer ces peuples flamands, écossais, lombards, catalans, qui pensent ainsi ? Faut-il dialoguer avec eux ou bien faut-il les mettre à genoux, les contraindre, les menacer. « Si vous n’êtes pas gentils, on vous vire de l’Europe » ? tonne M. Juncker…

Il faut donc utiliser l’autoritarisme, voire la violence, pour maintenir les choses dans l’ordre. On peut raisonnablement penser que, désormais, la survie de l’Etat-nation est peut-être en question.

Peut-il survivre à une mondialisation effrénée qui bouleverse tout ce que les Etats Nations ont pu construire comme protection de leurs peuples ? Peut-il survivre pris entre la tenaille des décisions supranationales européennes et la volonté de plus en plus fortes des populations de vouloir être acteur de leur avenir et non seulement subir les décisions prises loin, très loin, de là où ils vivent, travaillent, s’amusent, se cultivent, s’aiment…

A ne pas vouloir ou pouvoir prendre en compte ces aspirations, les Etats-Nations auront de moins en moins d’attrait pour les citoyens.
La réponse est-elle dans la création de nouveaux Etats-Nations en démantelant ceux qui existent ? Ce n’est pas la voie qui est choisie partout.

Par exemple en Alsace : la constitution d’une région Machin-Truc qu’on appelle Grand Est a courroucé la majorité de nos concitoyens. Car c’est l’exemple même d’une décision de l’Etat-Nation sans la prise en compte une seule seconde des aspirations des populations. « On le fait car c’est notre bon vouloir » dit le président. Et quand une majorité d’Alsaciens demandent le retour à leur région,( pas à leur indépendance !), le gouvernement central répond qu’il n’est pas question de revenir sur la loi qui a créé le Machin-Truc.

Et voilà comment la démocratie de notre pays est ressentie : comme le fait du prince ! Croit-on vraiment que cela peut continuer indéfiniment ? Je crois qu’il n’y a qu’un moyen de se faire entendre au Palais de l’Elysée : que le peuple alsacien proclame son indépendance et les yeux du monde entier seront rivés sur l’Alsace…

Une pub pareille, cela ne se refuse pas !

Michel Muller

ATTENTAT DE BARCELONE: UNE TRIBUNE LIBRE

José Perez se définit comme une « combattant de la paix ». Il a publié une tribune libre sur le blog de l’AFPS 66 (Association France Palestine Solidarité des Pyrénées Orientales) en réaction aux attentats de Barcelone. Il y développe des analyses et arguments auxquels nous souscrivons en allant plus loin que le traitement médiatique que nous connaissons. Nous la publions bien volontiers car comment comprendre le terrorisme actuel en en restant à la seule dimension religieuse et en occultant le contexte géopolitique actuel toujours et encore façonné par des puissances occidentales déclinantes cherchant à maintenir leur domination à tout prix…

L’Espoir

« … Et cent mille danseurs sur la place publique 
Pour que Christophe Colomb découvre la Musique
Dans le ventre d´une Espagnole
Il y a l´espoir qui se gonfle et qui gonfle
Et qui attend… Et qui attend…
Manuel de Falla »

Léo Ferré

Après cette journée de sang et de haine hier à Cambrils et sur la  Rambla de  Barcelone, je suis trop triste pour écrire autre chose que ce texte, petite bougie d’espoir…

Daech a frappé  à Cambrils et Barcelone

Contre les fous de tous bords qui veulent nous replonger dans la barbarie, oui l’Espoir ! Contre les fascistes de l’Etat Islamique et aussi contre nos gouvernants et cet autre fou des USA qui est pourtant le grand gendarme du monde, l’Espoir !  Guerre de civilisation ?  Haine contre islamophobie, Orient contre Occident ? Non, nous ne les laisserons pas nous imposer cette guerre-là. Non! No pasaran ! Je voudrais préciser que l’Espagne que nous pleurons aujourd’hui, ce n’est pas un pays, encore moins un état. C’est l’Espoir chanté par Léo Ferré, l’espoir de justice sociale, de beauté et de liberté.  Les sombres nihilistes de l’Etat Islamique ne veulent surtout pas que cet espoir se renforce et que des ponts d’humanité et de solidarité se construisent entre les deux berges de la Méditerranée.

Mon père avait combattu les armes à la main en Espagne. Nous sommes ici nombreux à être des enfants d’exilés. En 1937, alors qu’il avait vingt ans, il avait écrit ces phrases fortes et claires dans le journal «  Fraga Social » : « (…) Ne voyez-vous pas que la guerre qui s’est engagée en Espagne est une guerre entre le fascisme et ceux qui ont toujours vécu dans l’opulence à nos dépens, contre le prolétariat qui produit toute la richesse et vit pourtant dans l’indigence ? (…) Soyons lucides une fois pour toutes ! Détournons nous de toutes les rancœurs qui pourraient nous désunir et recherchons ensemble le moyen le plus adéquat et le plus sensé pour que, rassemblés dans un seul bloc,  nous exterminions l’ennemi commun de tous les prolétaires, qui n’est autre que le fascisme international représenté par Hitler et son complice Mussolini, secondés par le criminel et imposteur Franco et son armée de traîtres et d’assassins (…) »   Eugenio Perez Castano.   Délégué de la compagnie de mitrailleuses du premier bataillon de la 46ème Brigade Mixte, et ouvrier maçon.

Pourquoi ce détour par ce passé lointain ? Parce que nous sommes au temps du règne des médias, du zapping, et des Smartphones. La vie n’est plus qu’une succession de moments se chassant les uns les autres. Il n’y a plus de mémoire collective. Or il nous faut revenir à cette mémoire historique. Car l’émotion ne doit pas être détournée par les professionnels de la manipulation. On va sans doute assister à une avalanche de condoléances hypocrites venant de tous les chefs de gouvernements, Rajoy, Macron, Trump, Netanyahu… Eux aussi veulent alimenter le feu des haines et de la guerre. Pour ne pas se laisser aveugler, il faut tenter de comprendre les liens entre le présent et le passé. L’histoire est un processus. Sans conscience du chemin qui nous relie au passé, les drames et les erreurs ont toutes les chances de se reproduire. On dit que « l’histoire bégaie ».

 Nous sommes des militants de la paix

Mais nous ne sommes pas des rêveurs, plutôt des « combattants de la paix »  car il nous faut lutter contre les forces qui nourrissent  la haine, les violences et l’injustice du monde.  La question religieuse n’est pas la contradiction principale. Le temps des croisades est révolu. Il faut bien sûr combattre les préjugés mais la contradiction fondamentale est ailleurs. C’est celle qui oppose la grande masse des couches populaires aux puissances de l’argent.  Capital recherchant le profit maximum contre aspiration au bien-être des peuples.  C’est une lutte de classes, l’exploitation de l’homme par l’homme, le talon de fer du néo colonialisme mondialisé. En dernier ressort, la cause de tous les maux, c’est la violence institutionnalisée de ceux qui sont les maîtres et les gendarmes du monde. Dans cette lutte des classes, nous sommes le camp de la paix et de la justice sociale. Nous devrons nous unir avec l’immense majorité des populations, par-delà les tracés des frontières, les religions ou nos couleurs de peau.

En Espagne, depuis les « printemps arabes » et la crise financière, l’unité du peuple se redessine sous des formes nouvelles, mais autour de cette même ligne de classe. Avec le mouvement des Indignés, une vague d’Espoir avait envahi rues et places occupées des villes espagnoles. La vérité sur le passé du fascisme  a commencé à se faire, enfin.  A Barcelone,  l’Estaca, le chant de liberté des Catalans, est aussi chanté en arabe.  Après des années de compromis et de corruption de la fausse gauche, le mouvement des Indignés a ouvert la voie à de grandes marches syndicalistes, celle des mineurs, celle des paysans sans terre d’Andalousie, aux marées sociales des travailleurs et usagers de la santé, à un syndicalisme de lutte des classes et à de multiples luttes et occupations autogérées.

Le massacre d’hier sur la Rambla ne fera pas oublier aux Barcelonais leur formidable élan de solidarité envers les refugiés d’Afrique et du Moyen Orient : cette année, plus de 200 000 personnes se sont rassemblées dans les rues de Barcelone pour exiger l’ouverture des frontières aux sans papiers : « Bienvenue aux réfugiés, criaient les manifestants, chez nous, c’est chez vous. » Les assassins fanatisés de Daesh ne nous feront pas oublier non plus tous ces collectifs de base où les victimes de la crise financière, « los afectados », les « sans travail », « sans logis » et « sans droits », ont fraternisé par delà leurs différences de couleur de peau ou de religion.

Aujourd’hui en Espagne, face à la « crise », hommes et femmes, avec ou sans religion, chrétiens ou musulmans, tous apprennent à lutter ensemble.

Ainsi, la CGT espagnole, qui s’affirme communiste et libertaire, manifeste à présent sa solidarité avec le peuple révolté des régions marocaines du Rif.

 La Palestine et l’Espagne

Je publie ce texte en tribune libre sur le blog de l’AFPS66.  Nous avons déjà parlé du  puissant mouvement de solidarité des Espagnols en soutien au peuple palestinien. Il s’est traduit par l’adhésion de dizaines et dizaines de villes de l’Etat espagnol à la campagne internationale BDS : Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre le colonialisme et l’apartheid israélien. Ces villes se sont déclarées « espaces libérés du colonialisme et de l’apartheid israélien ». Le collectif européen des syndicats pour la Palestine va tenir dans les mois qui viennent une rencontre à Barcelone.

Ici, dans le département 66 des Pyrénées Orientales notre empathie envers le peuple palestinien est liée pour certains d’entre nous avec notre propre histoire d’enfants d’exilés de la guerre d’Espagne. Il y avait d’ailleurs eu des liens, encore peu connus, entre l’Espagne de 1936 et les Palestiniens. Un dirigeant communiste palestinien venu combattre en Espagne dans les brigades internationales avait créé avec des communistes et des libertaires espagnols des comités unitaires de solidarité avec le premier mouvement de libération anticolonialiste du Maghreb, celui des insurgés du Rif (voir pour plus d’infos la brochure de l’AFPS66 sur le syndicalisme en Palestine).

Aujourd’hui comme hier, la paix dans le monde passe par un combat internationaliste pour la justice sociale. Pour rendre hommage à tous ceux qui luttent en Espagne et qui sont aujourd’hui dans la douleur, je vous invite à écouter ou réécouter cette  très ancienne chanson de Léo Ferré, «  Le Bateau espagnol » qu’il interprète ici avec deux autres anti fascistes, Juan Cedron, l’argentin et Paco Ibanez, qui est à la fois catalan, basque et castillan. L’internationalisme, encore et toujours…

Cliquer sur :

https://www.youtube.com/watch?v=n4TsUNo6nIw

 José Perez

« Maut », égal péage, égal pas sympa !

Survivance anachronique des temps médiévaux où les seigneurs finançaient leurs expéditions guerrières en rançonnant de la sorte voyageurs et marchands, l’idée d’un péage visant les voitures particulières pour remédier à l’état défectueux du réseau routier vient d’aboutir à une concrétisation remarquée en Allemagne, et loin d’être consensuelle. Continuer la lecture de « Maut », égal péage, égal pas sympa !

M2A – Technion: liaisons dangereuses?

Le Conseil d’agglomération avait adopté le 24 mars 2016 deux délibérations dont les effets méritent une attention particulière:

La première délibération prévoit une subvention à l’association E-Nov Campus dans le cadre du projet KMØ , projet de création d’une cité dédiée au numérique et reposant sur le concept de fertilisation croisée entre l’industrie et le numérique susceptible de créer emplois et activités. Continuer la lecture de M2A – Technion: liaisons dangereuses?

La quinzaine de l’iraniaiserie à Strasbourg

Le texte ci-dessous émane de quelques franco-iraniens d’Alsace qui tiennent à protester publiquement contre les activités d’une « Association culturelle iranienne» soutenue financièrement, et donc politiquement, par la mairie de Strasbourg.

Cette Association organise tous les deux ans en grande pompe « la quinzaine culturelle iranienne » à Strasbourg. Il s’agit là d’une manifestation qui sert d’écran : si l’activité commerciale et les bonnes affaires s’y déploient, toute voix dissidente y est bannie. Continuer la lecture de La quinzaine de l’iraniaiserie à Strasbourg